Zhu Bajie
Ancien maréchal céleste déchu et transformé en porc pour avoir courtisé Chang'e, ce compagnon de Tripitaka allie une nature gourmande et voluptueuse à une bravoure indéfectible.
Au dix-neuvième chapitre, lorsque Sun Wukong l'extirpe de la Grotte du Rideau d'Eau, Zhu Wuneng, les mains derrière le dos, s'effondre aux pieds d'un moine pèlerin en répétant : « Maître, votre disciple a manqué à son devoir ». Pourtant, quelques heures plus tôt encore, il dormait d'un sommeil brûlant au fond de sa grotte, bercé par des rêves de plaisirs dont il ne serait jamais rassasié. Par ce seul acte de se prosterner, il dessine la silhouette la plus humaine de tout Le Voyage en Occident : celle d'un immortel tombé du ciel pour s'écraser avec fracas sur la terre ferme, et qui, tout en ayant trouvé un chemin pour remonter vers la lumière, ne parvient jamais tout à fait à s'arracher à la poussière du monde.
Wu Cheng'en a consacré pas moins de quatre-vingt-trois chapitres à suivre ce porc, portant son fardeau, piétinant la boue et grommelant ses griefs, depuis le village de Gao jusqu'à la Montagne des Esprits. Chacune de ses plaintes est authentique, chacune de ses réticences est compréhensible. Son appétit pour les mets fins, ses désirs charnels, ses fantasmes de « tout plaquer » : tout cela est le reflet des voix humaines. C'est précisément pour cela qu'il est, parmi les quatre compagnons, celui qu'il est le plus difficile de réduire à un archétype. Tang Sanzang possède une foi inébranlable, Sun Wukong porte en lui un esprit rebelle inextinguible, Sha Wujing incarne une loyauté silencieuse, tandis que Zhu Bajie, lui, possède un cœur plus proche de celui des mortels que tout autre.
Ce cœur est, en vérité, son véritable récit.
La honte passée du Grand Maréchal des Cieux : comment un verre de vin a détourné le destin d'un immortel
Dans les vers où il relate ses origines, la première moitié de la vie de Zhu Bajie ressemble à un récit d'ascension classique. Apprenti taoïste dès l'enfance, pratiquant les arts véritables, il a accumulé own mérites jusqu'à atteindre la Voie, s'élever vers la Cour Céleste et être sacré Maréchal : « Les immortels viennent d'un pas léger l'accueillir, tandis que les nuages colorés s'épanouissent sous ses pieds, léger et vigoureux devant le Palais d'Or ». L'Empereur de Jade, reconnaissant ses services, lui confia la charge de « Maréchal commandant le Fleuve Céleste et superviseur des troupes aquatiques », lui ouvrant ainsi un avenir radieux parmi les dieux.
Cependant, le sommet de ce parcours exemplaire fut interrompu par un banquet de Pêches d'Immortalité et, surtout, par un verre de vin céleste bu avec trop d'abandon.
La description originale est d'une précision chirurgicale. Dans le poème de son récit au chapitre dix-neuf, il écrit : « Tout cela parce que la Reine Mère offrait des Pêches d'Immortalité, et ouvrait own banquet à l'Étang de Jade pour tous ses invités. Alors, ivre et embrumé, je vacillais, titubant et me livrant à tous les excès. Poussé par l'audace, je m'introduisis au Palais de la Lune Froide, où les gracieuses fées m'accueillirent. En voyant own beauté qui ravissait les âmes, mon cœur mortel d'autrefois refit surface. Oubliant tout rang et toute décence, je saisis Chang'e pour l'entraîner dans mon lit ». Notez bien qu'il ne s'agit pas d'une séduction orchestrée ni d'un crime prémédité, mais simplement d'une perte de contrôle instinctive après une coupe de vin. À cet instant, le Grand Maréchal des Cieux, malgré des années de culture, oublia qui il était pour ne plus penser qu'à cette fée de la Lune dont il n'avait jamais pu s'approcher. Devant le refus de Chang'e, il ne renonça pas, et son « audace charnelle, telle un tonnerre, faillit ébranler les portes du Palais Céleste ».
Le verdict de l'Empereur fut sans appel : deux mille coups de maillet et un bannissement sur terre. Mais le châtiment céleste ne se limite jamais à l'exil ; il s'accompagne d'une humiliation durable. Il « se réincarna par erreur, avec la face d'un sanglier ». Au chapitre dix-neuf, lorsqu'il explique cette méprise à Sun Wukong, il dit : « À cause de mes crimes, je me suis mal réincarné, et on m'appelle vulgairement Zhu Ganglie », d'un ton empreint d'une mélancolie indéfinissable. Ce n'est pas un simple regret, mais un mélange de remords et d'impuissance : il sait qu'il a fauté, mais cette faute est si profondément humaine qu'il ne peut même pas se détester pleinement pour l'avoir commise.
C'est ici que se cache l'ironie la plus fine de Wu Cheng'en : la Cour Céleste a choisi de punir Zhu Bajie en l'enfermant dans la forme même qui exacerbe ses penchants terrestres. Un immortel condamné pour sa luxure est jeté dans un corps de porc. Dans l'imaginaire chinois, le porc incarne les désirs les plus primaires — la gloutonnerie et la sensualité —, soit précisément les faiblesses que le Grand Maréchal ne pouvait vaincre. Le Ciel a utilisé ses propres failles pour orner son châtiment ; c'est une correspondance aussi subtile que cruelle, qui est à la fois une peine et un rappel malveillant.
Au huitième chapitre, alors que la Bodhisattva Guanyin passe près de la montagne Fuling, il lui confie ses origines et prononce ces mots qui font réfléchir : « L'avenir, l'avenir ! Si je vous écoute, je ne devrais me nourrir que de vent ? On dit souvent : "Selon la loi officielle, on est battu à mort ; selon la loi bouddhique, on meurt de faim". Je m'en vais, je m'en vais ! Mieux vaut encore attraper un voyageur et dévorer sa mère bien grasse, peu importent les deux ou trois péchés, mille ou dix mille fautes ! » Ce sont les paroles d'un esprit divin acculé, dont la logique est empreinte d'un désespoir sincère : si observer les préceptes signifie mourir de faim et que les transgresser permet de survivre, alors le choix du péché, bien qu'erroné, possède une rationalité tordue.
La Bodhisattva ne répondit pas par des sermons moraux, mais lui offrit une issue : « Je porte l'ordre du Bouddha de me rendre en Terre Orientale pour trouver le pèlerin. Tu pourrais devenir son disciple et faire le voyage vers l'Occident ; ainsi, tu rachèteras tes fautes et tu te libéreras de tes calamités ». L'adhésion de Zhu Bajie ne fut donc pas, dès le départ, une illumination, mais une transaction : troquer l'ascèse contre le pardon, et le voyage vers l'Occident contre la liberté. Ce calcul lucide est, au fond, bien plus vrai et profond qu'une conversion aveugle.
Les trois ans au village de Gao : le rêve d'une vie ordinaire pour un démon
Quand Guanyin le rencontra, il vivait depuis des années dans la Grotte du Rideau d'Eau sur la montagne Fuling, se nourrissant d'êtres humains. Mais dès que la Bodhisattva l'informa de la quête des écritures, il accepta de la suivre, après avoir trouvé un nouveau refuge au village de Gao : il s'y était installé comme gendre en épousant Cuilan, la benjamine du vieux maître Gao, tentant ainsi de mener une existence humaine ordinaire.
Le dix-huitième chapitre décrit ces trois années au village de Gao avec une tendresse singulière : il labourait et hersait la terre sans bœufs, récoltait les grains sans faux, accomplissant seul le travail de dix hommes valides. C'était, en tout point, un gendre exemplaire. Le seul véritable grief du vieux Gao était presque absurde : il déplorait surtout que son gendre ait « la face d'un porc » et qu'il sache « manipuler les nuages et la brume », ternissant ainsi la réputation de la famille. Quant aux sentiments de Cuilan, le texte original reste presque totalement silencieux.
L'attachement de Zhu Bajie pour ce mariage resurgira sans cesse tout au long du voyage. Au chapitre dix-neuf, alors qu'il salue son maître, il fait ses adieux aux parents du village de Gao avec une phrase lourde de sens : « Beau-père, prenez soin de ma famille ; si jamais nous ne parvenons pas à obtenir les écritures, je reviendrai reprendre ma vie d'avant et je redeviendrai votre gendre ». Wukong le traite alors de « bon à rien » et lui dit de cesser ses sottises, mais il se défend avec vigueur : « Ce ne sont pas des sottises ! Je crains seulement qu'un imprévu ne survienne, et que le moine ait manqué son voyage et que j'aie manqué ma femme, nous laissant tous deux dans l'embarras ».
Ce n'est pas une plaisanterie légère, c'est l'expression la plus honnête du monde intérieur de Zhu Bajie : il n'a jamais totalement rompu ses liens avec ses désirs terrestres. « Nous laissant tous deux dans l'embarras » — ces quelques mots abritent une âme qui vacille encore entre la voie spirituelle et la vie humaine, un immortel qui ne sait pas vraiment ce qu'il veut. Tout au long de son périple vers l'Occident, il restera celui qui voyage en gardant toujours un œil sur le chemin du retour.
D'un point de vue structurel, cet antécédent au village de Gao est un choix narratif brillant. Il permet à Zhu Bajie d'incarner simultanément deux identités dans l'esprit du lecteur : celle d'un démon qui a connu la chaleur d'un foyer, et celle d'un pratiquant forcé d'y renoncer. La tension entre ces deux identités traverse tout son voyage, donnant à chacune de ses envies de « tout plaquer » un poids psychologique réel, bien loin d'une simple manifestation de faiblesse.
L'origine du Râteau à Neuf Dents et le génie guerrier méconnu
Lorsqu'on évoque la puissance offensive du groupe en pèlerinage, on place souvent Zhu Bajie au second rang, le considérant comme le lieutenant principal après Sun Wukong. Ce jugement est globalement correct, mais les détails méritent une exploration plus profonde, car la force combattante telle que présentée dans l'œuvre originale est bien plus complexe que l'on ne le croit généralement.
Le Râteau à Neuf Dents fait l'objet d'une description passionnante au dix-neuvième chapitre, lorsque Zhu Ganglie confie à Wukong : « C'est un fer divin, forgé et poli jusqu'à obtenir un éclat limpide. Le Vénérable Seigneur Laozi a lui-même manié le marteau et ajouté le charbon de ses propres mains... Sa forme suit les six luminaires et l'alignement des cinq étoiles, son corps respecte les quatre saisons et les huit festivals. Sa longueur et sa largeur fixent le Ciel et la Terre, et ses côtés gauche et droit séparent le Yin du Yang. Les généraux divins des six lignes suivent les lois célestes, et les astres des huit trigrammes sont disposés selon la Grande Ourse. On l'appelle le Râteau d'Or du Trésor Suprême ; il fut offert à l'Empereur de Jade pour garder les palais de l'alchimie. Puis, comme je suis devenu un immortel du Grand Dharma, il me fut confié pour assurer ma longévité. Je fus investi du titre de Grand Maréchal et on me fit don de ce râteau comme insigne de mon commandement. » Cette arme, issue des fourneaux du Vénérable Seigneur Laozi, offerte par l'Empereur de Jade, est le symbole du rang du Grand Maréchal des Cieux ; son prestige et ses spécifications sont comparables à ceux du Ruyi Jingu Bang de Sun Wukong.
En termes de performances au combat, quelques batailles méritent une lecture attentive. Au vingtième chapitre, lors de l'affrontement au col du Vent Jaune, Bajie et le monstre du Vent Jaune s'opposent : « Ils échangèrent plus de vingt assauts », avant que Bajie ne soit vaincu par le Feu Divin Samādhi de son adversaire. Au trente-et-unième chapitre, face aux deux Grands Rois Corne d'Or et Corne d'Argent, il parvient à contenir à lui seul des adversaires redoutables, offrant ainsi à Wukong l'espace nécessaire pour manœuvrer.
La bataille de la Montagne des Flammes, au soixante-et-unième chapitre, marque l'apogée de la puissance de Zhu Bajie et constitue sa performance la plus mémorable de tout le récit. Alors que Wukong et le Roi Démon Taureau s'épuisent dans un combat acharné depuis un jour entier sans vainqueur apparent, Bajie arrive et, grâce à la férocité de son râteau, repousse le Roi Démon dont les forces déclinent. Plus tard, il mène seul ses troupes pour prendre d'assaut la Grotte des Nuages Mouvants, terrassant d'un coup de râteau la Démone au Visage de Jade, exterminant seul tous les démons de la grotte et incendiant tout le domaine — un moment rarissime dans l'œuvre originale où Zhu Bajie assume seul le front principal et obtient un résultat décisif.
Les limites des Trente-six Transformations et le potentiel inexploité du Râteau
Zhu Bajie maîtrise les Trente-six Transformations des étoiles célestes, tandis que Sun Wukong maîtrise les Soixante-douze Transformations des démons terrestres. En apparence, il s'agit d'une simple différence numérique, mais cela suggère en réalité une divergence fondamentale entre deux systèmes de métamorphose. Les transformations de Wukong sont prodigieuses : il peut devenir un objet minuscule pour s'infiltrer chez l'ennemi ou prendre une forme humaine indiscernable du vrai. Celles de Bajie sont moins raffinées. Au soixante-douzième chapitre, lors de la bataille de la Grotte des Araignées, il se transforme en poisson-chat dans l'eau ; s'il parvient un instant à tromper les sept araignées, il finit tout de même pris dans leurs toiles, révélant les limites fondamentales de son système en termes de précision et de durée.
Cette différence de capacité est flagrante au soixante-treizième chapitre lors du combat contre la Démone Scorpion : la « lumière toxique » de celle-ci laisse Wukong impuissant, et Bajie, frappé de plein fouet, se retrouve presque incapable de bouger. Sa faiblesse face à Wukong réside ici : lorsqu'il est confronté à un système qui le neutralise, il ne possède presque aucun moyen indépendant pour s'en sortir.
Pourtant, la conception même du Râteau à Neuf Dents est bien plus complexe que la manière dont Bajie l'utilise. Le texte mentionne : « Sa forme suit les six luminaires et l'alignement des cinq étoiles, son corps respecte les quatre saisons et les huit festivals ». Les neuf dents ne correspondent pas à un attribut unique, mais à un système astronomique complet. Or, tout au long du livre, Zhu Bajie ne montre jamais de maîtrise active des capacités systémiques de cet artefact divin — il se contente de frapper avec force, sans jamais exploiter la synergie entre l'arme et les attributs stellaires. C'est l'un des silences narratifs les plus frappants de l'œuvre : un objet divin au potentiel immense est utilisé par son maître comme une simple masse d'impact.
Du point de vue de la conception du système de combat, ce vide est précisément l'espace le plus fertile pour l'imagination : les neuf dents correspondant aux neuf étoiles (le Soleil, la Lune, l'Or, le Bois, l'Eau, le Feu, la Terre, Zi Qi et Rahu), elles pourraient former un arbre d'attributs complet. Chaque coup pourrait déclencher un effet stellaire différent, et Bajie devrait « débloquer » progressivement ces capacités au fil des combats — tout comme il s'approche pas à pas de la plénitude spirituelle sur le chemin du pèlerinage.
L'épreuve des quatre saints : pourquoi cet « échec » est l'une des scènes les plus cruciales du livre
Le vingt-troisième chapitre offre l'une des scènes les plus discutées du Voyage en Occident : la Vieille Mère du Mont Li, la Bodhisattva Guanyin, le Bodhisattva Mañjuśrī et le Bodhisattva Samantabhadra se transforment en mère et filles pour tester la force spirituelle des quatre pèlerins dans la solitude des campagnes. Le résultat est connu : Tripitaka reste impassible, Wukong perçoit la supercherie, le moine Sha se montre résolu, tandis que Zhu Bajie se retrouve ligoté à un arbre, les pieds suspendus dans le vide, endurant une nuit de souffrance. Cette scène est souvent interprétée comme la preuve de la « faiblesse de volonté » de Zhu Bajie, mais une telle lecture est trop simpliste, voire trahit l'intention réelle d'Wu Cheng'en.
Analysons la scène de plus près. La « femme » de cette riche famille propose d'abord un mariage. Tripitaka « fait semblant d'être sourd et muet, les yeux clos et le cœur serein », Wukong ignore la proposition, et le moine Sha reste ferme. Seul Zhu Bajie, assis sur sa chaise, s'agite « comme si on lui piquait les fesses avec une aiguille, se tortillant à gauche et à droite ». Incapable de se contenir, il s'approche et tire son maître : « Maître, cette dame vous parle, pourquoi faites-vous le mort ? Ce serait bien de lui répondre. »
Ce qu'écrit Wu Cheng'en ici n'est pas le portrait d'un homme own moralement bas, mais celui d'un être honnête, incapable de jouer la comédie de l'indifférence. Le calme de Sanzang, Wukong et Sha est un art, une discipline spirituelle ; la réaction de Bajie est un instinct, une vérité. Plus tard, alors qu'il s'occupe des chevaux et contourne la porte arrière, il engage la conversation avec la « femme », l'appelle « mère » et se recommande à sa « belle-mère » : « Bien que mon aspect soit laid, je suis un travailleur courageux. Si vous avez des milliers d'hectares, nul besoin de bœufs pour labourer. Un seul coup de mon râteau, et les graines pousseront à temps. » Il tombe ainsi dans le piège et finit suspendu à l'arbre toute la nuit.
Le vers laissé par les quatre Bodhisattvas après leur départ souligne précisément ce point : « Le saint moine a la vertu et n'a plus rien de profane, Bajie n'a pas de zen et reste tout à fait humain. Désormais, il doit calmer son cœur et se corriger, car s'il reste négligent, le chemin sera difficile. »
« Reste tout à fait humain » — c'est le jugement le plus juste des quatre saints sur Bajie, et peut-être la définition la plus équitable qu'on puisse donner de lui dans tout le roman. Être « humain » ne signifie pas être mauvais, mais signifie que sa nature terrestre n'a pas encore disparu. Sous un autre angle, c'est là l'un des traits de caractère les plus précieux conçus par Wu Cheng'en : au sein d'un groupe de pèlerins divinisés, conserver un être qui ne l'est jamais complètement. Son « échec » n'est pas une tache dans le récit, mais l'ancre la plus humaine de toute la narration — c'est grâce à son échec que la fermeté des autres prend tout son sens et tout son poids.
Les « propositions de rupture » sur le chemin : une fonction narrative mal comprise
Zhu Bajie a proposé à plusieurs reprises de quitter le groupe. Les moments les plus célèbres : après que Wukong a été chassé suite aux trois combats contre la Démone aux Os Blancs, il conseille à Tripitaka de retourner au village de Gao ; au soixante-et-unième chapitre, après l'échec avec l'Éventail de Feuille de Bananier, il suggère de « changer de route et de s'en aller » ; au soixante-dix-septième chapitre, acculé au royaume de Lion et Condor, il songe à nouveau à partir. Ces paroles sont souvent critiquées comme le signe d'une volonté fragile.
Pourtant, analysées sous l'angle de la fonction narrative, les propositions de rupture de Bajie sont des mécanismes clés qui font avancer l'histoire, et non des fardeaux. Au trente-et-unième chapitre, lorsque « Zhu Bajie provoque le Roi Singe », il mène l'action la plus stratégique du livre : envoyé à la Montagne des Fleurs et des Fruits pour ramener Wukong, il refuse de le demander platement et utilise la provocation. Il décrit d'abord les dangers du chemin, puis raconte comment le monstre a insulté Wukong en disant qu'il allait « lui arracher la peau et lui tirer les tendons ». Le Grand Sage, furieux, s'exclame : « Ce monstre est impoli, comment ose-t-il m'insulter ! », et part aussitôt.
La finesse de ce passage réside dans la compréhension parfaite qu'a Bajie du caractère de Sun Wukong. Il sait que ce qui importe le plus au Grand Sage n'est pas le pèlerinage, mais son honneur et sa réputation. Il sait qu'une demande d'aide directe échouerait, car l'orgueil de Wukong ne lui permettrait pas d'être supplié de revenir ; il doit avoir l'impression que c'est son propre choix. Cette délicatesse est la marque d'une véritable affection, bien plus profonde que n'importe quel grand discours.
Le « départ » de Zhu Bajie n'a jamais été réellement mis à exécution. Chaque fois qu'il le propose, il sait qu'il ne partira pas — il exprime simplement, de la manière la plus directe, sa fatigue, son sentiment d'injustice et sa peur. C'est une expression profondément humaine, et Wu Cheng'en lui permet de s'exprimer ainsi car un groupe de pèlerins qui ne se plaindrait jamais serait totalement irréel. Sur ce chemin qu'il faudra quatorze ans pour parcourir, préserver une voix qui dit la vérité est une exigence de conscience narrative.
L'incarnation charnelle de l'avidité, de la colère et de l'ignorance : symbolisme folklorique et codes des Cinq Éléments chez Zhu Bajie
Dans le contexte de la culture traditionnelle chinoise, le porc est une figure hautement symbolique : il est le cœur du caractère « foyer » (家), l'emblème de la richesse des civilisations agraires, mais aussi le synonyme d'un désir sans frein. Le choix d'Wu Cheng'en de donner au pèlerin le plus glouton et le plus lubrique la forme d'un porc n'est nullement fortuit ; il s'appuie sur un système de symboles culturels superposés.
Selon la doctrine bouddhique, le porc représente l'« ignorance » (la stupidité spirituelle) — au même titre que le serpent incarne la « colère » et le coq l'« avidité », formant ainsi l'illustration des « trois poisons ». Cette tradition provient de l'iconographie du « cycle des six existences », où trois animaux se mordent mutuellement la queue au centre du diagramme, symbolisant le cycle sans fin des êtres prisonniers de l'avidité, de la colère et de l'ignorance. Le porc y occupe une place centrale, symbole de l'égarement de celui qui, ignorant la réalité ultime, s'abîme dans les illusions.
Pourtant, Wu Cheng'en a audacieusement réinterprété cette image traditionnelle. Son « porc » n'est pas seulement le signe de l'ignorance, mais surtout celui de la « gourmandise » et de la « luxure » — une vision qui se rapproche davantage de la perception populaire du porc que d'une correspondance rigoureuse avec la doctrine bouddhique. Ce traitement folklorique transforme Zhu Bajie, d'un simple symbole d'allégorie religieuse, en un reflet humain et tangible. Sa glouttonie est visible, savoureuse, charnelle : au chapitre vingt-trois, après que les quatre saints eurent mis la foi de Tripitaka à l'épreuve, il se plaint : « Après avoir enduré cette nuit, ce cheval devra demain encore porter quelqu'un et marcher ; s'il reste affamé une nuit de plus, il ne nous restera qu'à le dépouiller de sa peau ». Dans ces mots, point de sens bouddhique, seulement la faim et la fatigue les plus terrestres.
La Mère du Bois et le Seigneur du Métal : l'opposition innée dans la dynamique des Cinq Éléments
Dans le contexte de l'alchimie interne taoïste, le surnom de Zhu Bajie, « Mère du Bois », suggère son affiliation aux Cinq Éléments : il appartient au « Bois », s'opposant ainsi au « Métal » de Wukong. Au chapitre dix-neuf, lors de la rencontre avec Wuneng, un poème vient en témoigner : « La nature du Métal est forte et peut vaincre le Bois, le singe du cœur a soumis le dragon de bois. Le Métal et le Bois s'accordent en un seul, la bonté du Métal et l'attachement du Bois s'expriment pleinement ». Il ne s'agit pas d'une simple métaphore, mais d'une annotation précise de l'auteur utilisant le langage de l'alchimie interne pour définir l'essence de la relation entre ces deux frères d'armes : le Métal vainc le Bois, ce qui explique la supériorité naturelle et l'autorité de Wukong sur Bajie ; le Bois suit le Métal, illustrant la soumission et la coopération de Bajie envers Wukong aux moments critiques.
Selon la théorie de l'alchimie interne, le Bois correspond à la racine de la volonté et des émotions, source des impulsions affectives. Le conflit entre Wukong (Métal) et Bajie (Bois) est, en un sens, la symbolisation élémentaire du « Métal vainquant le Bois » : la force de la raison contient sans cesse les élans du sentiment. C'est pourquoi Wukong ne peut s'empêcher de critiquer Bajie, s'empressant de le réprimander, tout en formant avec lui un duo parfaitement coordonné lors des épreuves. Ils sont des opposés naturels, et donc, des compléments innés.
La fraternité contrariée entre Zhu Bajie et Sun Wukong : une relation de seconds rôles d'une rare complexité
La relation entre Sun Wukong et Zhu Bajie est sans doute la plus richement sculptée de tout Le Voyage en Occident. Leurs frictions durent presque tout au long du récit, mais elles révèlent, aux instants décisifs, une interdépendance indestructible, créant l'arc relationnel le plus dramatique de l'œuvre.
L'attitude fondamentale de Wukong envers Bajie est un mélange de mépris et de domination. Il ne compte plus les fois où il traite Bajie de « stupide », d'« idiot » ou de « porc mangeur de son ». En présence de témoins, il s'emploie souvent à amplifier les moments les plus embarrassants de Bajie — comme au chapitre vingt-trois, après l'épreuve des quatre saints, lorsqu'il relate avec un plaisir malicieux devant Tripitaka et les autres tout le processus durant lequel Bajie a tenté de courtiser sa « belle-mère », laissant ce dernier incapable d'enfanter sa honte. Un tel comportement serait jugé odieux dans des rapports humains normaux, mais Wu Cheng'en ne fait critiquer Wukong par personne, suggérant qu'il s'agit d'une règle tacite entre frères d'armes, ou même d'une manière détournée pour Wukong d'exprimer son affection.
L'attitude de Bajie envers Wukong est plus complexe encore. Il jalouse évidemment Wukong — sa puissance magique supérieure, sa position privilégiée auprès de Tripitaka, sa liberté d'action. Après l'expulsion de Wukong, il n'a pas manqué de dire du mal de lui, suggérant même au chapitre vingt-huit à Tripitaka que « ce gardien des chevaux célestes doit s'amuser comme un fou quelque part », avec une satisfaction malveillante. Pourtant, quand il a réellement besoin d'aide, c'est vers Wukong qu'il se tourne.
Le chapitre trente et un, « L'indignation du Roi Singe », est la scène idéale pour comprendre ce lien. Bajie choisit d'utiliser la provocation plutôt que de dire simplement : « Maître est en danger, je t'en prie, reviens ». Certains y voient la ruse de Bajie, mais on peut aussi l'interpréter ainsi : Bajie connaît trop bien Wukong. Il sait que l'orgueil du singe ne lui permet pas d'être sollicité directement. Il doit faire croire à Wukong que c'est de sa propre initiative qu'il revient, et non qu'il a été rappelé. Cette délicatesse est la marque d'une véritable affection.
Les racines de Zhu Ganglie dans l'histoire littéraire : du général maladroit des contes à l'incarnation charnelle d'un cœur humain
Dans les textes les plus anciens traitant du voyage vers l'Occident — comme les Poèmes et récits du pèlerinage de Tang Sanzang (époque Song) — l'équipe ne comptait aucun membre porcine ; la place était occupée par le seul Singe. L'apparition du personnage au groin de porc est le fruit des réécritures opérées par own les pièces de théâtre de la dynastie Yuan. Dans le Voyage en Occident de Wu Changling (théâtre Yuan), « Zhu Bajie » apparaît déjà, mais son image reste très plate : il n'est qu'un rustre comique, sans passé ni monde intérieur.
La contribution majeure d'Wu Cheng'en dans son édition en cent chapitres est d'avoir doté le personnage d'un passé (sa condition divine en tant que Grand Maréchal des Cieux) et d'une vie intérieure (ce désir persistant et inachevé d'une vie terrestre). L'ajout de ces deux dimensions transforme Zhu Bajie, d'un simple ressort comique, en l'être le plus humain et le plus tridimensionnel du livre. Chaque accès de gourmandise, chaque pulsion lubrique, chaque moment de paresse trouve désormais une racine psychologique et un passé où s'ancrer, s'intégrant dans une narration plus vaste.
Du point de vue de la hiérarchie taoïste, le Grand Maréchal des Cieux était originellement une figure majeure du système, dirigeant le Nord, les eaux et les affaires militaires, ce qui concorde parfaitement avec son rôle de commandant de la flotte céleste dans le roman. Cette origine divine signifie que l'ancêtre de Zhu Bajie occupait une place prépondérante dans la foi taoïste ; sa chute n'est donc pas seulement l'histoire d'une défaillance morale individuelle, mais un cas exemplaire de déconstruction et d'humanisation d'une figure d'autorité religieuse au sein d'un récit romanesque. Wu Cheng'en a puisé dans la tradition religieuse pour ensuite remodeler l'image avec un pinceau profane, lui insufflant des traits humains comme la glouttonie, la luxure et la paresse. Transformer un dieu de la guerre sacré en un oncle sympathique du coin est l'une des transformations séculières les plus audacieuses de la littérature populaire de la dynastie Ming.
Perspective de littérature comparée : les ombres proches de Zhu Bajie dans la littérature mondiale
Dans une comparaison mondiale, Zhu Bajie se rapproche le plus de Falstaff, le personnage de Shakespeare : tous deux sont des figures comiques à la carrure généreuse, gourmands et lubriques, jouant les seconds rôles dans des épopées héroïques et servant de contrepoint humain aux protagonistes. La différence réside dans le fait que Falstaff finit par être abandonné par le prince Henri, tandis que Zhu Bajie n'est jamais totalement abandonné par son maître tout au long du voyage, suggérant que la logique affective du Voyage en Occident est plus inclusive que celle des épopées occidentales.
Un autre parallèle intéressant est celui de Sancho Panza dans Don Quichotte de Cervantès : le compagnon fidèle, détenteur du bon sens terre-à-terre, qui soutient tout en questionnant les ambitions de son maître. Mais là où Sancho est un pur mortel, Zhu Bajie est un mortel ayant connu la divinité. Cette distinction est cruciale : son « cœur humain » n'est pas seulement une limite humaine, mais le choix délibéré de refuser une transcendance totale.
Le destin final de l'Envoyé du Nettoyage de l'Autel : indulgence, ironie ou profonde lucidité
Au centième chapitre, lorsque le Seigneur Bouddha Tathāgata annonce les récompenses, Zhu Bajie se voit confier le poste d'« Envoyé du Nettoyage de l'Autel ». De son côté, Tripitaka devient le Bouddha du Mérite du Santal, Wukong est sacré Bouddha Victorieux dans les Combats, le moine Sha est nommé Arhat au corps d'or, et le Cheval-Dragon Blanc devient le Cheval Céleste des Huit Groupes. Sur le coup, Zhu Bajie s'exclame : « Ils sont tous devenus des Bouddhas, alors pourquoi me nommer simple envoyé du nettoyage de l'autel ? »
Le Seigneur Bouddha Tathāgata lui répond alors : « Parce que ta bouche est vorace et ton corps indolent, et que ton appétit est sans limite. Dans les quatre grands continents du monde, sont innombrables ceux qui vénèrent mon enseignement. Pour tout ce qui concerne les affaires bouddhiques, je te charge de nettoyer l'autel ; c'est un rang fort utile, comment pourrait-il ne pas te convenir ? »
Cette réponse fait l'objet de débats depuis mille ans, et on peut y voir au moins trois angles d'interprétation.
La première lecture est positive : l'Envoyé du Nettoyage de l'Autel est chargé de recueillir les offrandes après les cérémonies bouddhiques à travers le monde. C'est, en substance, une « garantie gastronomique ». Récompenser par la nourriture celui qui a passé sa vie à songer à manger, c'est là la compassion et l'humour du Bouddha, la preuve d'une compréhension profonde et d'une immense indulgence envers Zhu Bajie. Sous cet angle, le Seigneur Bouddha ne se contente pas de lui répondre avec désinvolture, il lui a façonné un poste sur mesure, parfaitement adapté à sa nature.
La seconde lecture est ironique : Tripitaka, Wukong, le moine Sha et le cheval ont tous atteint la plénitude et l'éveil. Seul Zhu Bajie, dont le cœur profane n'a jamais été totalement purifié, ne peut occuper qu'une fonction « utile » mais de rang inférieur. Le Bouddha ne le rejette pas, mais il ne l'admet pas non plus pleinement dans la plénitude finale. C'est une punition subtile, travestie en plaisir.
La troisième lecture naît d'une analyse plus fine du texte : le poste d'Envoyé du Nettoyage de l'Autel est précisément une zone intermédiaire entre le monde terrestre et l'autre rive. Il reçoit les offrandes venant du monde profane et sert les fidèles d'ici-bas, et non les Bouddhas résidant sur la Montagne des Esprits. Cela correspond parfaitement à la condition de Zhu Bajie tout au long de son voyage : il est celui qui se tient toujours à la frontière entre l'humain et le divin, n'appartenant jamais totalement à l'un ou à l'autre. Il n'est ni dieu, ni démon, ni tout à fait un homme — il est l'être de l'entre-deux. Et ce poste d'envoyé lui permet enfin de trouver une place où s'établir et s'épanouir dans cet interstice.
Vu ainsi, l'arrangement du Seigneur Bouddha n'est ni une punition, ni une simple récompense, mais une reconnaissance profonde : il sait mieux que quiconque qui est Zhu Bajie. Il lui a offert un refuge fidèle à sa nature, plutôt qu'un siège sacré qu'il aurait dû occuper mais qu'il ne pourrait jamais atteindre.
L'empreinte linguistique de Zhu Bajie : le seul pèlerin à parler own langue
Le système linguistique de Zhu Bajie possède une identité très marquée. Parmi les quatre compagnons, c'est lui qui a le style le plus affirmé, la voix la plus difficile à imiter mais la plus facile à reconnaître.
Il se désigne lui-même comme « le vieux Zhu » (tandis que Wukong dit « le vieux Sun » et que le moine Sha utilise « le disciple » ou « le petit frère »). Cette manière de parler révèle une perception de soi singulière : elle n'a ni l'arrogance du « vieux Sun », ni l'humilité du moine Sha. « Le vieux Zhu » est une forme d'autodérision résignée, un mélange de reconnaissance de sa propre laideur et d'une pointe de satisfaction. Il ne nie jamais être un cochon, mais il n'en a jamais honte — cette franchise est la partie la plus unique et la plus attachante de sa personnalité.
Ses expressions favorites regorgent de métaphores culinaires et de termes populaires, uniques au sein du groupe :
- « C'est comme si un bateau de tofu se renversait en pleine mer : ça vient par la soupe, ça repart par l'eau » (Chapitre 61, pour décrire un effort vain).
- « C'est la poisse, la poisse » (pour exprimer une malchance absolue).
- « Pas bon, pas bon » (sa première réaction face à un mauvais présage, toujours avec un ton de confirmation).
- « Bref, laisse tomber » (un soupir face à une impasse, souvent suivi d'une nouvelle idée farfelled).
Ses paroles donnent toujours l'impression que ce n'est pas un héros qui s'exprime, mais un homme ordinaire assis à côté de vous à la même table. Cette proximité est le cœur du charme intemporel de Zhu Bajie et la porte d'entrée privilégiée pour créer un lien émotionnel dans une diffusion transculturelle : tout lecteur, quel que soit son horizon, peut reconnaître un trait de sa propre nature dans les plaintes et les calculs de ce personnage.
Zhu Bajie et la perception de soi des Chinois : pourquoi on le moque tout en l'aimant
Dans la culture numérique chinoise contemporaine, « Zhu Bajie » est devenu une étiquette d'autodérision très active. Dire « Je suis un Zhu Bajie », c'est admettre : je sais que je suis gourmand, porté sur les plaisirs charnels et paresseux, mais je suis aussi loyal, sincère et attaché à mes proches. J'ai des désirs pour une vie meilleure, je rejette la souffrance ; je suis un être humain réel, pas un dieu.
Cette identification révèle un aspect intéressant de la psychologie collective chinoise actuelle : entre l'aspiration idéaliste (être un Sun Wukong) et la réalité quotidienne (ressembler davantage à Zhu Bajie), les gens ont choisi de faire la paix avec ce dernier. La popularité de Zhu Bajie a grimpé en flèche dans le contexte actuel du « bouddhisme zen » et du « tang ping » (l'art de s'allonger/de ne rien faire). Ce n'est pas un hasard. Il est celui qui demande : « Pourquoi s'épuiser autant, on ne peut pas juste avancer pas à pas ? », celui qui ose se plaindre au milieu des récits de réussite, celui qui demande sans cesse : « Est-ce que tout cela en vaut vraiment la peine ? ».
D'un point de vue psychologique, on peut voir en Zhu Bajie le « Ça » (Id) freudien — l'expression directe des désirs primaires, contenue par le « Surmoi » (les impératifs moraux) de Tripitaka et le « Moi » (le mécanisme d'adaptation réel) de Sun Wukong, mais jamais totalement supprimée. Dans ce cadre, l'équipe du pèlerinage constitue une structure de personnalité complète, et le « Ça » de Zhu Bajie en est la partie la plus authentique, la plus dangereuse et la plus indispensable. Sans lui, le groupe perdrait sa dimension humaine pour devenir une machine mythologique parfaite mais glaciale.
Du chapitre 8 au chapitre 100 : les moments où Zhu Bajie change réellement la donne
Si l'on considère Zhu Bajie comme un simple personnage fonctionnel dont le rôle se limite à remplir une tâche dès son apparition, on sous-estime son poids narratif dans les chapitres 8, 18, 19, 20, 22, 23, 29, 30, 31, 32, 40, 41, 53, 54, 59, 60, 61, 64, 72, 76, 85, 86, 88, 89, 98, 99 et 100. En reliant ces passages, on s'aperçoit que Wu Cheng'en ne le traite pas comme un obstacle jetable, mais comme un pivot capable de modifier la direction du récit. En particulier, les chapitres 8, 18, 54, 99 et 100 servent respectivement d'entrée en scène, de révélation de sa position, de point de collision frontale avec Tripitaka ou Sun Wukong, et enfin de conclusion pour son destin. En d'autres termes, l'importance de Zhu Bajie ne réside pas seulement dans « ce qu'il a fait », mais surtout dans « vers où il a poussé l'histoire ». Cela devient évident en examinant les chapitres 8, 18, 19, 20, 22, 23, 29, 30, 31, 32, 40, 41, 53, 54, 59, 60, 61, 64, 72, 76, 85, 86, 88, 89, 98, 99 et 100 : le chapitre 8 le propulse sur le devant de la scène, tandis que le chapitre 100 vient sceller le prix payé, l'issue et le jugement final.
Structurellement, Zhu Bajie est le genre de divinité capable de faire monter brusquement la tension d'une scène. Dès qu'il apparaît, le récit cesse d'être linéaire pour se recentrer sur des conflits pivots tels que la luxure, la gourmandise ou le doute quant à la détermination du pèlerinage. Si on le compare au moine Sha ou à la Bodhisattva Guanyin dans un même paragraphe, on voit que la valeur de Zhu Bajie réside précisément dans le fait qu'il n'est pas un personnage stéréotypé interchangeable. Même si l'on ne s'attarde que sur les chapitres 8, 18, 19, 20, 22, 23, 29, 30, 31, 32, 40, 41, 53, 54, 59, 60, 61, 64, 72, 76, 85, 86, 88, 89, 98, 99 et 100, il laisse des traces indélébiles par sa position, sa fonction et les conséquences de ses actes. Pour le lecteur, le meilleur moyen de se souvenir de Zhu Bajie n'est pas de retenir une définition vague, mais de suivre cette chaîne : protagoniste / ressort comique / soutien au combat. La manière dont cette chaîne s'amorce au chapitre 8 et s'achève au chapitre 100 détermine tout le poids narratif du personnage.
Pourquoi Zhu Bajie possède-t-il une modernité qui dépasse son apparence ?
Si Zhu Bajie mérite d'être relu et analysé à la lumière du monde contemporain, ce n'est pas pour une quelconque grandeur innée, mais parce qu'il incarne une psychologie et une position structurelle que l'homme moderne reconnaît instantanément. Nombre de lecteurs, à leur première rencontre avec lui, ne s'arrêtent qu'à son statut, à son arme ou à son rôle comique. Pourtant, si l'on replace son penchant pour les plaisirs charnels, sa gourmandise et ses hésitations quant à la quête des écritures dans le contexte des chapitres 8, 18, 19, 20, 22, 23, 29, 30, 31, 32, 40, 41, 53, 54, 59, 60, 61, 64, 72, 76, 85, 86, 88, 89, 98, 99 et 100, on découvre une métaphore bien plus moderne : il représente souvent un rôle institutionnel, une fonction organisationnelle, une position marginale ou une interface de pouvoir. Ce personnage n'est peut-être pas le protagoniste, mais il provoque systématiquement des basculements majeurs dans l'intrigue, du chapitre 8 jusqu'au chapitre 100. Ce type de profil n'est pas étranger aux expériences psychologiques et professionnelles d'aujourd'hui, ce qui confère à Zhu Bajie un écho contemporain saisissant.
D'un point de vue psychologique, Zhu Bajie n'est jamais « purement mauvais » ni « purement insignifiant ». Même lorsque sa nature est qualifiée de « bonne », ce qui intéresse véritablement Wu Cheng'en, ce sont les choix, les obsessions et les erreurs de jugement d'un homme face à des situations concrètes. Pour le lecteur moderne, la valeur de cette écriture réside dans une révélation : le danger d'un personnage ne provient pas seulement de sa puissance guerrière, mais aussi de son obsession pour certaines valeurs, de ses zones d'ombre dans le jugement et de la rationalisation de sa propre position. C'est pourquoi Zhu Bajie se prête si bien à une lecture métaphorique : sous les traits d'un personnage de roman fantastique, il ressemble à un cadre intermédiaire, à un exécutant évoluant dans la zone grise, ou à quelqu'un qui, une fois intégré dans un système, ne parvient plus à s'en extraire. En mettant Zhu Bajie en contraste avec Tripitaka et Sun Wukong, cette modernité devient flagrante : il ne s'agit pas de savoir qui parle le mieux, mais de voir qui expose le mieux une logique de pouvoir et de psychologie.
Empreinte linguistique, germes de conflit et arc narratif de Zhu Bajie
Si l'on considère Zhu Bajie comme un matériau de création, sa valeur ne réside pas seulement dans « ce qui s'est déjà produit dans l'œuvre originale », mais surtout dans « ce que l'œuvre a laissé croître ». Ce genre de personnage porte en lui des germes de conflit très nets. Premièrement, autour de sa luxure, de sa gourmandise et de ses doutes sur la quête, on peut s'interroger sur ce qu'il désire réellement. Deuxièmement, à travers les Trente-six Transformations Célestes et le Ruyi Jingu Bang, on peut explorer comment ces capacités ont façonné sa manière de parler, sa logique d'action et son rythme de jugement. Troisièmement, en s'appuyant sur les chapitres 8, 18, 19, 20, 22, 23, 29, 30, 31, 32, 40, 41, 53, 54, 59, 60, 61, 64, 72, 76, 85, 86, 88, 89, 98, 99 et 100, on peut déployer les nombreux non-dits et espaces laissés vides. Pour l'auteur, l'essentiel n'est pas de paraphraser l'intrigue, mais de saisir dans ces interstices l'arc du personnage : ce qu'il veut (Want), ce dont il a réellement besoin (Need), sa faille fatale, le moment où bascule le destin — au chapitre 8 ou au chapitre 100 — et la manière dont le climax est poussé vers un point de non-retour.
Zhu Bajie se prête également parfaitement à une analyse de son « empreinte linguistique ». Même si l'œuvre originale ne lui accorde pas un nombre massif de répliques, ses tics de langage, sa posture, sa façon de donner des ordres et son attitude envers le moine Sha et la Bodhisattva Guanyin suffisent à établir un modèle vocal stable. Pour qu'un créateur s'engage dans une réécriture, une adaptation ou le développement d'un scénario, il ne doit pas s'attacher à des concepts vagues, mais à trois éléments : d'abord les germes de conflit, c'est-à-dire les tensions dramatiques qui s'activent automatiquement dès qu'on le place dans un nouveau décor ; ensuite les zones d'ombre et les mystères, car ce que l'original n'a pas détaillé n'est pas interdit à l'exploration ; enfin, le lien intrinsèque entre ses capacités et sa personnalité. Les pouvoirs de Zhu Bajie ne sont pas des compétences isolées, mais la manifestation extérieure de son caractère, ce qui permet de les transformer en un arc narratif complet.
Transformer Zhu Bajie en Boss : positionnement au combat, système de capacités et relations de contre
Du point de vue du game design, Zhu Bajie ne peut se contenter d'être un « ennemi qui lance des sorts ». La méthode la plus cohérente consiste à déduire son positionnement au combat à partir des scènes de l'œuvre. En analysant les chapitres 8, 18, 19, 20, 22, 23, 29, 30, 31, 32, 40, 41, 53, 54, 59, 60, 61, 64, 72, 76, 85, 86, 88, 89, 98, 99 et 100, ainsi que son penchant pour les plaisirs et ses hésitations, il apparaît comme un Boss ou un ennemi d'élite avec une fonction d'équipe précise. Son rôle n'est pas d'être un simple canon à dégâts statique, mais un ennemi rythmique ou mécanique gravitant autour du protagoniste, du ressort comique ou du soutien. L'avantage d'un tel design est que le joueur comprend d'abord le personnage par la mise en scène, puis s'en souvient via le système de capacités, plutôt que de ne retenir qu'une suite de chiffres. À cet égard, la puissance de Zhu Bajie n'a pas besoin d'être la plus élevée du livre, mais son positionnement, son appartenance à un camp, ses relations de contre et ses conditions de défaite doivent être tranchées.
Concernant le système de capacités, les Trente-six Transformations Célestes et le Ruyi Jingu Bang peuvent être décomposés en compétences actives, mécanismes passifs et changements de phase. Les compétences actives créent la pression, les passives stabilisent les traits du personnage, et les changements de phase font que le combat ne se résume pas à une barre de vie qui diminue, mais à une évolution concomitante des émotions et de la situation. Pour rester fidèle à l'original, les étiquettes de camp de Zhu Bajie peuvent être déduites de ses relations avec Tripitaka, Sun Wukong et le Seigneur Bouddha Tathāgata. De même, les relations de contre ne doivent pas être inventées, mais s'appuyer sur la manière dont il échoue ou se fait contrer dans les chapitres 8 et 100. Ainsi conçu, le Boss ne sera pas simplement « fort » de manière abstraite, mais deviendra une unité de niveau complète, avec une affiliation, une classe, un système de capacités et des conditions de défaite explicites.
De « Zhu Wuneng, Grand Maréchal des Cieux, Zhu Ganglie » aux traductions anglaises : les erreurs transculturelles de Zhu Bajie
Pour un personnage comme Zhu Bajie, le problème majeur de la transmission transculturelle ne réside pas dans l'intrigue, mais dans la traduction des noms. Les noms chinois contiennent souvent des fonctions, des symboles, de l'ironie, des hiérarchies ou des nuances religieuses ; une fois traduits littéralement en anglais, cette épaisseur sémantique s'évapore. Des appellations comme Zhu Wuneng, le Grand Maréchal des Cieux ou Zhu Ganglie portent naturellement en chinois un réseau de relations, une position narrative et un ressenti culturel. Or, dans un contexte occidental, le lecteur ne reçoit souvent qu'une étiquette littérale. La difficulté de la traduction n'est donc pas seulement de savoir « comment traduire », mais « comment faire savoir au lecteur étranger toute la densité cachée derrière ce nom ».
Lorsqu'on place Zhu Bajie dans une perspective comparative transculturelle, la solution la plus sûre n'est pas de chercher un équivalent occidental par facilité, mais d'expliquer les différences. Le fantastique occidental regorge certes de monstres, d'esprits, de gardiens ou de tricksters apparemment proches, mais la particularité de Zhu Bajie est qu'il se situe à la confluence du bouddhisme, du taoïsme, du confucianisme, des croyances populaires et du rythme narratif du roman en chapitres. L'évolution entre le chapitre 8 et le chapitre 100 dote naturellement le personnage d'une politique de nomination et d'une structure ironique propres aux textes d'Asie orientale. Ainsi, pour l'adaptateur étranger, le véritable piège n'est pas que le personnage ne « ressemble pas » à un archétype, mais qu'il lui « ressemble trop », entraînant ainsi une mauvaise lecture. Plutôt que de forcer Zhu Bajie dans un moule occidental préexistant, mieux vaut indiquer clairement au lecteur où se situent les pièges de la traduction et en quoi il diffère des types occidentaux les plus proches. C'est à此 condition seule que l'on préservera le tranchant de Zhu Bajie dans sa diffusion mondiale.
Zhu Bajie n'est pas qu'un simple second rôle : comment il entremêle religion, pouvoir et tension dramatique
Dans Le Voyage en Occident, les seconds rôles véritablement puissants ne sont pas nécessairement ceux qui occupent le plus de pages, mais ceux capables de fusionner plusieurs dimensions simultanément. Zhu Bajie appartient précisément à cette catégorie. En relisant les chapitres 8, 18, 19, 20, 22, 23, 29, 30, 31, 32, 40, 41, 53, 54, 59, 60, 61, 64, 72, 76, 85, 86, 88, 89, 98, 99 et 100, on s'aperçoit qu'il lie au moins trois fils conducteurs : le premier est celui de la religion et du symbole, allant du Grand Maréchal des Cieux à l'Envoyé de l'Autel Pur ; le second est celui du pouvoir et de l'organisation, concernant sa place entre le protagoniste, le ressort comique et le soutien au combat ; le troisième est celui de la tension dramatique, c'est-à-dire la manière dont il transforme, par ses Trente-six Transformations Célestes, un récit de voyage initialement paisible en une véritable crise. Tant que ces trois fils convergent, le personnage gagne en profondeur.
C'est pourquoi Zhu Bajie ne saurait être réduit à un personnage secondaire dont on oublie l'existence une fois l'action terminée. Même si le lecteur en oublie certains détails, il se souviendra toujours du changement de pression atmosphérique qu'il engendre : qui se retrouve acculé, qui est forcé de réagir, qui maîtrisait la situation au chapitre 8 et qui, au chapitre 100, commence à en payer le prix. Pour le chercheur, un tel personnage possède une valeur textuelle immense ; pour le créateur, une valeur d'adaptation précieuse ; et pour le concepteur de jeu, une valeur mécanique considérable. Puisqu'il est le point de convergence entre religion, pouvoir, psychologie et combat, dès lors qu'il est traité avec justesse, le personnage s'impose naturellement.
Zhu Bajie à la loupe : trois strates structurelles souvent négligées
Si bien des fiches de personnages manquent de relief, ce n'est pas par manque de matière dans l'œuvre originale, mais parce qu'on se contente de décrire Zhu Bajie comme « quelqu'un à qui il est arrivé quelques choses ». En réalité, en analysant minutieusement les chapitres 8, 18, 19, 20, 22, 23, 29, 30, 31, 32, 40, 41, 53, 54, 59, 60, 61, 64, 72, 76, 85, 86, 88, 89, 98, 99 et 100, on distingue au moins trois strates. La première est la ligne visible, celle que le lecteur perçoit en premier : son identité, ses actions et les résultats, depuis la manière dont sa présence s'affirme au chapitre 8 jusqu'à la conclusion de son destin au chapitre 100. La seconde est la ligne invisible, celle qui révèle qui il influence réellement dans le réseau relationnel : pourquoi des personnages comme Tripitaka, Sun Wukong ou le moine Sha changent leur façon de réagir à cause de lui, et comment la tension monte en conséquence. La troisième est la ligne des valeurs, ce que Wu Cheng'en a véritablement voulu exprimer à travers lui : la nature humaine, le pouvoir, le masque, l'obsession, ou encore un schéma comportemental qui se répète sans cesse dans une structure donnée.
Une fois ces trois strates superposées, Zhu Bajie cesse d'être un simple nom apparaissant dans tel ou tel chapitre. Il devient au contraire un échantillon idéal pour une lecture approfondie. Le lecteur s'aperçoit alors que bien des détails, qu'il croyait purement atmosphériques, ne sont pas anodins : pourquoi son nom est-il ainsi choisi, pourquoi ses capacités sont-elles ainsi distribuées, pourquoi le Râteau à Neuf Dents est-il lié au rythme du personnage, et pourquoi ses origines de féerique descendu sur terre n'ont-elles pas suffi à le mener vers un havre de sécurité. Le chapitre 8 ouvre la porte, le chapitre 100 marque l'aboutissement, mais ce sont les détails intermédiaires — ceux qui semblent être de simples gestes mais qui révèlent en fait la logique du personnage — qui méritent d'être savourés.
Pour le chercheur, cette structure triple donne à Zhu Bajie tout son intérêt analytique ; pour le lecteur ordinaire, elle lui confère une valeur mémorielle ; pour celui qui adapte l'œuvre, elle offre un espace de réinvention. Tant que l'on saisit ces trois dimensions, Zhu Bajie conserve sa substance et échappe aux présentations de personnages stéréotypées. À l'inverse, si l'on se contente de l'intrigue superficielle, sans explorer son ascension au chapitre 8 ou son dénouement au chapitre 100, sans analyser la transmission des tensions entre lui, la Bodhisattva Guanyin et le Seigneur Bouddha Tathāgata, et sans explorer la métaphore moderne sous-jacente, le personnage devient une simple entrée d'information, dépourvue de poids.
Pourquoi Zhu Bajie ne figure jamais longtemps dans la liste des personnages que l'on oublie
Les personnages qui marquent durablement l'esprit répondent généralement à deux critères : une identité forte et une résonance prolongée. Zhu Bajie possède indéniablement la première, car son nom, sa fonction, ses conflits et sa place dans la scène sont très marqués. Mais il possède surtout la seconde : ce pouvoir qui fait que, longtemps après la lecture des chapitres, on se souvient de lui. Cette résonance ne provient pas seulement d'un « concept cool » ou de scènes percutantes, mais d'une expérience de lecture plus complexe : on a le sentiment que quelque chose n'a pas été totalement dit. Même si l'œuvre originale livre une conclusion, Zhu Bajie donne envie de revenir au chapitre 8 pour comprendre comment il a initialement pris place dans la scène, ou de prolonger l'interrogation après le chapitre 100 pour comprendre pourquoi son prix a été fixé de cette manière.
Cette résonance est, par essence, un « inachevé » parfaitement abouti. Wu Cheng'en ne traite pas tous ses personnages comme des textes ouverts, mais pour un personnage comme Zhu Bajie, il laisse volontairement une brèche aux moments clés : il vous fait savoir que l'histoire est terminée, sans pour autant clore définitivement le jugement ; il vous fait comprendre que le conflit est résolu, tout en vous poussant à interroger sa psychologie et sa logique de valeurs. C'est précisément pour cela que Zhu Bajie se prête si bien à une analyse profonde et qu'il peut devenir un personnage secondaire central dans un scénario, un jeu, une animation ou un manga. Il suffit au créateur de saisir son rôle véritable dans les chapitres 8, 18, 19, 20, 22, 23, 29, 30, 31, 32, 40, 41, 53, 54, 59, 60, 61, 64, 72, 76, 85, 86, 88, 89, 98, 99 et 100, puis de décomposer en profondeur sa gourmandise, sa luxure, ses hésitations quant à la quête, ainsi que son rôle de soutien et de ressort comique, pour que le personnage révèle naturellement toutes ses nuances.
En ce sens, ce qui rend Zhu Bajie le plus touchant n'est pas sa « force », mais sa « stabilité ». Il occupe fermement sa place, pousse avec assurance un conflit spécifique vers des conséquences inévitables, et fait prendre conscience au lecteur que, même sans être le protagoniste, même sans être systématiquement au centre de l'action, un personnage peut laisser une empreinte indélébile grâce à son sens du positionnement, sa logique psychologique, sa structure symbolique et son système de capacités. Pour quiconque réorganise aujourd'hui la galerie des personnages du Voyage en Occident, ce point est crucial. Car nous ne dressons pas une liste de « qui est apparu », mais une généalogie de « qui mérite véritablement d'être revu », et Zhu Bajie appartient sans aucun doute à cette dernière.
Si Zhu Bajie était porté à l'écran : les plans, le rythme et la tension à préserver
S'il fallait adapter Zhu Bajie pour le cinéma, l'animation ou le théâtre, l'essentiel ne serait pas de recopier servilement les données du texte, mais de saisir d'abord son « sens cinématographique ». Qu'entend-on par là ? C'est ce qui, dès l'apparition du personnage, captive instantanément le spectateur : son nom, sa silhouette, son Ruyi Jingu Bang, ou encore la tension dramatique née de sa luxure, de sa gourmandise et de ses hésitations quant à la quête des écritures. Le chapitre 8 apporte souvent la meilleure réponse, car lorsquely un personnage fait sa première entrée véritablement marquante, l'auteur y déploie d'un seul coup tous les éléments qui le rendent identifiable. Au chapitre 100, ce sens cinématographique se mue en une force différente : il ne s'agit plus de savoir « qui est-il », mais « comment rend-il compte de ses actes, comment assume-t-il son rôle, et que perd-il ». Pour un réalisateur ou un scénariste, saisir ces deux extrémités permet d'éviter que le personnage ne s'effondre.
Côté rythme, Zhu Bajie ne se prête pas à une progression linéaire. Il appelle plutôt un rythme de tension croissante : d'abord, on fait sentir au spectateur que cet homme a un rang, des méthodes, mais aussi des failles ; au milieu, on laisse le conflit s'enclencher véritablement avec Tripitaka, Sun Wukong ou le moine Sha ; et enfin, on vient alourdir le poids des conséquences et du dénouement. C'est ainsi que le personnage gagne en profondeur. Autrement, s'il ne reste qu'une exposition de caractéristiques, Zhu Bajie passerait du statut de « pivot de l'intrigue » dans l'œuvre originale à celui de simple « personnage de transition » dans l'adaptation. De ce point de vue, la valeur d'une adaptation cinématographique de Zhu Bajie est immense, car il possède naturellement une dynamique de montée, de tension et de résolution ; tout dépendra alors de la capacité de l'adaptateur à saisir le véritable tempo dramatique.
En creusant davantage, ce qu'il faut absolument préserver chez Zhu Bajie, ce ne sont pas ses scènes de surface, mais la source de sa tension. Cette tension peut naître d'une position de pouvoir, d'un choc de valeurs, d'un système de capacités, ou encore de ce pressentiment, lorsque la Bodhisattva Guanyin ou le Seigneur Bouddha Tathāgata sont présents, que les choses vont tourner mal. Si l'adaptation parvient à capturer ce pressentiment — faire sentir au spectateur que l'air change avant même qu'il ne parle, qu'il n'agisse, ou même qu'il n'apparaisse pleinement — alors on aura saisi le cœur même du personnage.
Ce qui mérite d'être relu chez Zhu Bajie, ce n'est pas son profil, mais sa manière de juger
Beaucoup de personnages sont retenus pour leur « profil », seule une poignée le sont pour leur « manière de juger ». Zhu Bajie appartient à cette seconde catégorie. Si le lecteur garde un souvenir durable de lui, ce n'est pas seulement parce qu'il en connaît le type, mais parce qu'il voit, à travers les chapitres 8, 18, 19, 20, 22, 23, 29, 30, 31, 32, 40, 41, 53, 54, 59, 60, 61, 64, 72, 76, 85, 86, 88, 89, 98, 99 et 100, comment il juge les situations : comment il appréhende les faits, comment il méprend sur autrui, comment il gère ses relations, et comment il pousse pas à pas le protagoniste, le ressort comique ou l'allié vers des conséquences inéluctables. C'est là que réside tout l'intérêt de ce type de personnage. Le profil est statique, tandis que la manière de juger est dynamique ; le profil vous dit qui il est, mais la manière de juger vous explique pourquoi il en arrive là au chapitre 100.
En observant Zhu Bajie entre le chapitre 8 et le chapitre 100, on s'aperçoit que Wu Cheng'en n'en a pas fait une marionnette vide. Même derrière une apparition, un geste ou un tournant en apparence simple, se cache toujours une logique interne : pourquoi fait-il ce choix, pourquoi agit-il précisément à ce moment-là, pourquoi réagit-il ainsi face à Tripitaka ou Sun Wukong, et pourquoi, finalement, ne parvient-il pas à s'extraire de cette logique. Pour le lecteur moderne, c'est précisément là que se trouvent les enseignements les plus riches. Car, dans la réalité, les personnages les plus problématiques ne le sont pas forcément parce qu'ils ont un « mauvais profil », mais parce qu'ils possèdent un mode de jugement stable, reproductible et, avec le temps, impossible à corriger.
Ainsi, la meilleure façon de relire Zhu Bajie n'est pas de mémoriser des données, mais de suivre la trace de ses jugements. On découvre alors que la force de ce personnage ne vient pas de la quantité d'informations superficielles fournies par l'auteur, mais du fait que, dans un espace limité, sa manière de juger est rendue avec une clarté exemplaire. C'est pour cela que Zhu Bajie se prête à une analyse longue, qu'il a sa place dans une généalogie de personnages et qu'il constitue un matériau précieux pour l'étude, l'adaptation ou le design de jeu.
Pourquoi Zhu Bajie mérite-t-il une analyse complète ?
Rédiger une page complète sur un personnage est risqué si la longueur n'est pas justifiée. C'est l'inverse pour Zhu Bajie : il se prête parfaitement à l'exercice car il remplit quatre conditions. Premièrement, sa présence dans les chapitres 8, 18, 19, 20, 22, 23, 29, 30, 31, 32, 40, 41, 53, 54, 59, 60, 61, 64, 72, 76, 85, 86, 88, 89, 98, 99 et 100 n'est pas décorative, mais constitue des pivots qui modifient réellement le cours des événements ; deuxièmement, il existe entre son nom, sa fonction, ses capacités et les résultats obtenus une relation d'éclairage mutuel que l'on peut décomposer à l'infini ; troisièmement, il instaure une tension relationnelle stable avec Tripitaka, Sun Wukong, le moine Sha et la Bodhisattva Guanyin ; et enfin, il offre des métaphores modernes, des germes de création et une valeur mécanique pour le jeu vidéo. Lorsque ces quatre points sont réunis, la longueur du texte n'est plus un surplus, mais un déploiement nécessaire.
En d'autres termes, Zhu Bajie mérite un développement long, non par souci d'équité avec les autres personnages, mais parce que sa densité textuelle est intrinsèquement élevée. La manière dont il s'impose au chapitre 8, comment il rend compte au chapitre 100, et comment, entre les deux, sa luxure, sa gourmandise et ses doutes sur la quête sont progressivement ancrés dans le récit, tout cela ne peut être résumé en quelques phrases. Une brève notice laisserait le lecteur savoir qu'il « est apparu » ; mais seule une analyse mêlant logique du personnage, système de capacités, structure symbolique, biais culturels et échos modernes permettra de comprendre « pourquoi lui, et lui seul, mérite d'être retenu ». C'est là tout le sens d'un texte complet : non pas d'écrire plus, mais de mettre à nu des strates qui existent déjà.
Pour l'ensemble de la galerie de personnages, Zhu Bajie a une valeur supplémentaire : il nous aide à calibrer nos critères. Quand un personnage mérite-t-il une analyse approfondie ? Le critère ne devrait pas être seulement la célébrité ou le nombre d'apparitions, mais sa position structurelle, la densité de ses relations, sa charge symbolique et son potentiel d'adaptation. À l'aune de ces critères, Zhu Bajie s'impose pleinement. Il n'est peut-être pas le plus bruyant, mais il est l'exemple type du personnage « durable » : on y lit une intrigue aujourd'hui, des valeurs demain, et encore d'autres perspectives sur la création ou le design de jeu lors d'une relecture ultérieure. Cette pérennité est la raison fondamentale pour laquelle il mérite une page complète.
La valeur d'une analyse longue : la question de la « réutilisabilité »
Pour une fiche de personnage, la véritable valeur d'une page ne réside pas seulement dans sa lisibilité immédiate, mais dans sa capacité à être réutilisée. Zhu Bajie s'y prête parfaitement, car il sert non seulement le lecteur de l'œuvre originale, mais aussi l'adaptateur, le chercheur, le concepteur et celui qui s'occupe d'explications interculturelles. Le lecteur peut redécouvrir la tension structurelle entre le chapitre 8 et le chapitre 100 ; le chercheur peut continuer à disséquer ses symboles et ses jugements ; le créateur peut en extraire des germes de conflit, des tics de langage et des arcs narratifs ; le concepteur de jeu peut transformer son positionnement au combat, son système de capacités et ses relations de faction en mécanismes de jeu. Plus cette réutilisabilité est forte, plus la page du personnage gagne à être longue.
En somme, la valeur de Zhu Bajie ne s'épuise pas en une seule lecture. On le lit aujourd'hui pour l'intrigue, demain pour les valeurs, et plus tard, pour créer une œuvre dérivée, concevoir un niveau, vérifier un réglage ou rédiger une note de traduction. Un personnage capable de fournir ainsily des informations, une structure et de l'inspiration ne devrait pas être compressé en une courte notice de quelques centaines de mots. Rédiger une analyse complète sur Zhu Bajie n'est pas une question de volume, mais une volonté de le repositionner durablement dans tout le système des personnages du Voyage en Occident, afin que tout travail ultérieur puisse s'appuyer solidement sur cette base.
Ce que laisse Zhu Bajie à la fin n'est pas seulement une suite d'événements, mais une force d'interprétation durable
La véritable valeur d'une page exhaustive réside dans le fait que le personnage ne s'épuise pas après une seule lecture. Zhu Bajie est précisément ce genre de figure : aujourd'hui, on peut suivre l'intrigue à travers les chapitres 8, 18, 19, 20, 22, 23, 29, 30, 31, 32, 40, 41, 53, 54, 59, 60, 61, 64, 72, 76, 85, 86, 88, 89, 98, 99 et 100 ; demain, on pourra analyser la structure à travers son penchant pour les plaisirs charnels, sa gourmandise ou ses hésitations quant à sa détermination à poursuivre le pèlerinage ; et plus tard encore, on pourra déceler de nouvelles strates d'interprétation dans ses capacités, sa position et sa manière de juger. C'est précisément parce que cette force d'interprétation perdure que Zhu Bajie mérite d'être inscrit dans une généalogie complète des personnages, plutôt que de n'être réduit qu'à une brève entrée de dictionnaire destinée à la recherche. Pour le lecteur, le créateur ou le concepteur, cette capacité d'interprétation mobilisable à l'infini constitue en soi une part de la valeur du personnage.
Épilogue
À la dernière étape du pèlerinage, alors que les huit Grands Gardiens appellent les disciples à s'élever dans les airs, Zhu Bajie porte le fardeau sur ses épaules, le moine Sha tient le cheval, Wukong les protège sur le flanc, et Tang Sanzang serre les soutras contre lui — cette formation est presque identique à celle du départ. Les tribulations de près de quatre-vingts chapitres s'achèvent ici en un cercle parfait ; tout revient au point d'origine, mais tout le monde a changé, y compris ce cochon qui ne cessait de maugréer.
Puis, arrivés devant le Seigneur Bouddha Tathāgata, le poste attribué à Zhu Bajie lui fit pousser un cri.
Ce cri a traversé mille quatre cents ans. Il a exprimé le sentiment d'injustice de tous ceux qui, après avoir lutté longtemps, ont trouvé la récompense insuffisante ; il a exprimé ce cœur qui, au sein d'une œuvre sacrée, n'a jamais pu s'abstraire totalement des passions humaines ; il a également exprimé la compréhension et la compassion les plus profondes d'Wu Cheng'en pour tous les « Zhu Bajie » de son époque.
L'Envoyé de l'Autel Purificateur n'est pas l'éveil absolu, ni la perfection, mais c'est une vérité — tout comme le personnage de Zhu Bajie lui-même. Il n'a jamais été la lumière occupant le sommet, mais plutôt la silhouette la plus solide, la plus authentique et la plus attachée à la terre sur le chemin boueux. Il est gourmand, luxurieux, paresseux, peureux, passionné, loyal, terre-à-terre et divertissant. Il a dit ce que les autres n'osaient dire, il a fait ce que les autres n'osaient admettre vouloir faire, et à chaque instant où il « aurait dû renoncer à soi », il a choisi l'honnêteté.
Il est la divinité la plus humaine du Voyage en Occident et, pour cette raison, celle qu'il est le plus difficile d'oublier.
Questions fréquentes
Quelles sont les origines de Zhu Bajie ? +
Zhu Bajie, dont le nom bouddhique est Wuneng, était autrefois le Grand Maréchal des Cieux à la Cour Céleste. Pour avoir importuné Chang'e alors qu'il était ivre, il fut banni sur Terre par l'Empereur de Jade. Par un malheureux concours de circonstances, il se réincarna dans le corps d'un porc,…
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