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le Grand Roi Corne d'Or

Aussi connu sous le nom de :
Corne d'Or le Jeune Serviteur du Fourneau d'Or du Vénérable Seigneur Laozi

Ancien serviteur du Vénérable Seigneur Laozi, ce démon s'empare de cinq trésors célestes pour mettre à l'épreuve les pèlerins dans la Grotte du Lotus.

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Published: 5 avril 2026
Last Updated: 5 avril 2026

« Si je t'appelle, oseras-tu répondre ? » — Aujourd'hui, cette phrase serait perçue comme une plaisanterie banale sur Internet, mais dans le trente-troisième chapitre du Voyage en Occident, elle représente une règle où se joue la vie même. Si vous répondez, vous êtes aspiré dans une gourde pour y être réduit en purin ; si vous ne répondez pas, combien de temps pourrez-vous tenir ? Car celui qui vous appelle ne cessera jamais, jusqu'à ce que vos défenses s'effondrent et que le mot s'échappe de vos lèvres. L'inventeur de cette règle — ou plutôt son exécuteur — n'est autre que le Grand Roi Corne d'Or, lequel réside dans la Grotte du Lotus, sur la Montagne du Sommet Plat. Ce démon ne mise pas sur la force brute ; il détient l'arsenal d'objets magiques le plus luxueux de tout le récit, menant une guerre d'écrasement par l'équipement. Et le plus troublant encore : l'identité de ce démon est factice, sa descente parmi les mortels a été orchestrée, et même ces terrifiants trésors sont des emprunts. La bataille que Sun Wukong livre sur la Montagne du Sommet Plat n'est pas un combat à mort, mais un examen — dont les examinateurs sont la Bodhisattva Guanyin et le Vénérable Seigneur Laozi, les épreuves consistent en cinq objets magiques, et la note de passage est tout simplement de sortir vivant.

Les deux enfants gardiens du four du Vénérable Seigneur Laozi : des identités empruntées

La véritable identité du Grand Roi Corne d'Or n'est pleinement révélée qu'au trente-cinquième chapitre, lorsque le Vénérable Seigneur Laozi descend personnellement sur terre. Laozi confie alors à Wukong : « Ces deux monstres, l'un était mon enfant gardien du four d'or, l'autre mon enfant gardien du four d'argent. » En une seule phrase, les grands démons qui avaient bouleversé les cieux et les terres durant quatre chapitres sont ramenés à leur condition originelle : de simples valets chargés de surveiller des fourneaux au palais Tuṣita.

Ce décalage d'identité constitue la tension centrale du récit sur la Montagne du Sommet Plat. Dans la Grotte du Lotus, le Grand Roi Corne d'Or commande des hordes de démons, déploie des stratégies et manie cinq objets magiques avec une superbe digne d'un véritable roi-démon. Il est épaulé par le Grand Roi Corne d'Argent, dispose d'une armée de sbires et a même adopté une renarde pour mère adoptive — un entourage parfaitement organisé. Mais tout cela n'était qu'une mise en scène éphémère. Au trente-cinquième chapitre, Laozi récupère ses trésors et déclare sans ambiguïté : « Chacun de ces objets est mon trésor, volés par ces deux bêtes pour être utilisés ici. » Notez bien ce mot « volés » — qui sera plus tard nuancé par l'affirmation que Guanyin les lui aurait « empruntés » — une hésitation sémantique tout à fait singulière. Vol ou emprunt ? Laozi lui-même ne semble pas vouloir, ou ne peut préciser la nature de l'acte.

L'identité céleste de Corne d'Or et Corne d'Argent détermine un point essentiel : leur descente sur terre n'avait pas pour but de dévorer la chair de Tripitaka, mais de créer une situation suffisamment périlleuse pour que le groupe de pèlerins prouve ses capacités face au désespoir. Au début du trente-deuxième chapitre, un fonctionnaire céleste se métamorphose en bûcheron pour avertir Wukong qu'un « roi-démon aux pouvoirs immenses » l'attend. Que le système de renseignement de la Cour Céleste prenne l'initiative de prévenir le héros prouve que cette épreuve est une « difficulté orchestrée ». Si un démon cherchait réellement la vie de Tripitaka, la Cour Céleste n'enverrait jamais d'avertissement préalable.

Cependant, « orchestré » ne signifie pas « sans danger ». Les objets magiques détenus par Corne d'Or et Corne d'Argent sont de véritables instruments divins forgés par Laozi : la gourde pourpre et or peut contenir l'univers entier, et le vase pur en jade d'agneau peut transformer un homme en purin. Si Wukong avait commis la moindre erreur, cet examen aurait été fatal. C'est comme un exercice militaire avec des munitions réelles : sur le papier, c'est une simulation ; dans les faits, cela peut tuer. Laozi récupère ensuite ses objets avec désinvolture, comme si de rien n'était, mais durant ces quatre chapitres, Tripitaka a été capturé, Zhu Bajie ligoté, le moine Sha enchaîné, et Wukong lui-même a failli être enfermé dans la gourde — pour les protagonistes, la terreur et le danger étaient bien réels.

Si ces deux enfants gardiens ont pu semer un tel chaos dans le monde des mortels, c'est pour une seule raison : les objets magiques. Privés de ces cinq trésors, les arts martiaux de Corne d'Or et Corne d'Argent sont tout à fait médiocres — au trente-quatrième chapitre, lors du duel entre Wukong et Corne d'Argent, ils se battent pendant trente rounds sans que l'un ne prenne le dessus. Le péril de la Montagne du Sommet Plat ne résidait pas dans la puissance des démons, mais dans celle des objets. Les deux enfants n'étaient que les porteurs de ces trésors ; la menace véritable provenait du palais Tuṣita du Vénérable Seigneur Laozi.

Les cinq objets magiques : l'arsenal le plus luxueux du récit

Dans le Voyage en Occident, la plupart des démons ne possèdent qu'un seul objet remarquable. L'Enfant de Feu compte sur le Feu Samādhi Véritable, le démon du Vent Jaune sur le Vent Divin Samādhi, et la Démone Scorpion sur son pieu toxique — un démon pour une spécialité, c'est la norme. Mais Corne d'Or et Corne d'Argent brisent cette règle en emportant cinq objets magiques d'un coup.

Ces cinq trésors sont : la gourde pourpre et or, le vase pur en jade d'agneau, l'épée aux sept étoiles, l'Éventail de Feuille de Bananier et la Corde d'Or Oscillante.

La gourde pourpre et or et le vase pur en jade d'agneau sont les armes centrales, avec des fonctions quasi identiques : on appelle quelqu'un par son nom, et s'il répond, il est aspiré et rapidement réduit en purin. Que deux objets servent la même fonction semble redondant, mais c'est en réalité une conception de « double sécurité » : si l'un est volé, l'autre reste. De fait, Wukong a bien volé l'un des deux en premier, mais l'autre demeurait une menace — sans avoir réussi à substituer les cinq objets, Wukong n'aurait jamais pu triompher.

L'épée aux sept étoiles est l'arme de combat rapproché. Le texte décrit le Grand Roi Corne d'Argent brandissant cette épée face à Wukong. Elle est la moins visible parmi les trésors, mais elle comble un vide crucial : lorsque les objets magiques ne peuvent être utilisés à temps (comme lors d'un corps-à-corps), l'épée constitue l'ultime ligne de défense.

L'Éventail de Feuille de Bananier n'est pas ici celui de la Princesse Éventail de Fer sur la Montagne des Flammes, capable d'éteindre le feu, de créer du vent ou de faire pleuvoir, mais celui que Laozi utilisait pour attiser le feu de son four. Au trente-cinquième chapitre, Laozi précise : « Cet éventail me servait à attiser le feu. » Sa fonction est de créer des attaques enflammées, servant ainsi de complément aux autres objets pour former des frappes combinées.

La Corde d'Or Oscillante était à l'origine... non, ce n'est pas le Bâton de Fer aux Cerceaux d'Or — la Corde d'Or Oscillante était la ceinture que Laozi utilisait pour serrer sa robe. Laozi l'explique clairement : « La Corde d'Or Oscillante est l'une de mes ceintures de robe. » Qu'une simple ceinture devienne, entre les mains d'un démon, un outil de capture est une transformation imaginative. En combat, son rôle est le contrôle : immobiliser l'adversaire pour qu'il ne puisse plus bouger, avant de l'aspirer dans la gourde ou le vase.

Ces cinq objets forment un système tactique complet : la Corde d'Or Oscillante assure le contrôle (immobilisation), la gourde et le vase assurent la capture (absorption), l'épée gère le corps-à-corps et l'éventail les attaques de zone. Cette configuration ne ressemble pas à une bagarre de démons, mais plutôt à l'organisation d'une armée entraînée — combinant portée et proximité, attaque et défense, force principale et secours. Que deux simples gardiens de four puissent orchestrer un tel système prouve qu'ils ont appris bien plus que la surveillance des fourneaux au palais Tuṣita.

Plus remarquable encore : ces cinq objets sont tous des effets personnels du Vénérable Seigneur Laozi. La gourde servait à contenir les pilules d'immortalité, le vase à l'eau, l'épée était un accessoire personnel, l'éventail servait au feu et la corde à ceinturer sa robe. Ce qui était un usage quotidien au ciel devient une arme meurtrière sur terre. Cela suggère un fait terrifiant : les objets banals du monde céleste sont, pour le monde terrestre, des armes de destruction massive. Un éventail servant à attiser un feu peut consumer une montagne entière ; une ceinture de robe peut immobiliser le Grand Sage Égal du Ciel. Le gouffre de puissance entre le Ciel et la Terre s'exprime ici avec une clarté absolue.

« Oserais-tu répondre si je t'appelais par ton nom ? » : Le son comme arme et règle de combat

Dans Le Voyage en Occident, la plupart des combats suivent un schéma classique : deux adversaires sortent leurs armes et celui qui possède l'art martial le plus accompli l'emporte. Parfois, des trésors magiques entrent en jeu, mais ils agissent sur un plan physique : le Bâton de Fer aux Cerceaux d'Or s'abat, le râteau frappe, l'épée tranche. Cependant, la Calebasse Pourpre et Or et le Vase Pur en Jade de Mouton instaurent une règle de combat totalement inédite : le son devient l'arme.

Le principe est simple : on tient la calebasse (ou le vase), on place le fond vers le ciel, et on appelle l'adversaire par son nom. Dès que celui-ci répond par un « Je suis là » ou un « Oui », il est instantanément aspiré dans l'objet. Le trente-troisième chapitre le décrit ainsi : « (Yinjiao) tourna le fond de la calebasse vers le ciel et l'ouverture vers la terre, et appela : "Sun Xingzhe !" Le Voyageur ne put s'empêcher de répondre, et dans un sifflement, l'homme et son bâton furent aspirés dans la calebasse. » Et une fois à l'intérieur ? « En moins d'un quart d'heure, il fut réduit en sang et en pus. »

Pourquoi cette règle est-elle terrifiante ? Parce qu'elle contourne tous les indicateurs traditionnels de puissance. Peu importe votre maîtrise des arts martiaux, le nombre de vos métamorphoses ou la vitesse de votre Nuage-Saut-de-Carpe : si vous « répondez », tout est fini. C'est une attaque visant l'identité même ; elle ne frappe pas le corps, mais la réaction instinctive d'un individu à son propre nom. Entendre quelqu'un nous appeler et répondre est un réflexe ancré dans l'instinct. Le trésor magique exploite précisément ce mécanisme.

C'est ainsi que Wukong tomba pour la première fois dans le piège. Il connaissait parfaitement le fonctionnement de la calebasse, et pourtant, il « ne put s'empêcher de répondre ». Ces quelques mots sont d'une précision chirurgicale. Ce n'est pas un manque d'intelligence, mais une question d'instinct. Dites à quelqu'un de ne pas cligner des yeux, et il clignera ; dites à Wukong de ne pas répondre, et il répondra. Le lien entre le nom et le soi est si profond que même le Grand Sage Égal du Ciel ne peut le trancher.

Wukong finit par trouver la parade : changer de nom. Au trente-quatrième chapitre, alors qu'il s'est métamorphosé en petit démon pour voler la calebasse, l'adversaire veut tester l'authenticité de l'objet et l'appelle. Wukong s'est inventé un faux nom, « Xingzhe Sun ». Lorsqu'on l'appelle « Sun Xingzhe », il ne répond pas, car à cet instant, il n'est plus « Sun Xingzhe », mais « Xingzhe Sun ». Cette solution est d'une finesse remarquable : le trésor reconnaît la correspondance entre un nom et une personne ; dès que l'on modifie ownce correspondance, l'objet devient inefficace.

On trouve peu de précédents à une telle règle dans l'histoire littéraire. La fantasy occidentale connaît le concept du « vrai nom » — connaître le nom secret d'un elfe ou d'un démon permet de le contrôler — mais là, il s'agit de « connaissance du nom = pouvoir ». La logique de la Calebasse Pourpre et Or est différente : « appel du nom + réponse de l'autre = activation de la récolte ». Les deux parties participent, l'une ne va pas sans l'autre. Ce n'est pas un contrôle unilatéral, mais un piège qui exige la « coopération » de la victime. Ce procédé crée une tension narrative immense : le spectateur sait qu'il ne faut pas répondre, mais voir Wukong s'approcher pas à pas de cet instant où il « ne pourra s'empêcher » de le faire génère une angoisse qu'aucune scène de combat purement physique ne saurait produire.

La série télévisée de 1986 a transformé ce passage en une réplique culte, « Oserais-tu répondre si je t'appelais par ton nom ? », devenue célèbre dans tout le monde sinophone. Pourtant, l'effroi dans l'œuvre originale est bien plus profond : être enfermé dans la calebasse signifie être réduit en bouillie. Ce n'est pas une simple captivité, c'est une dissolution. Le corps se retrouve dans un espace clos et sombre, décomposé lentement en liquide. Wu Cheng'en ne détaille pas le processus, mais l'imagination du lecteur complète d'elle-même cette image macabre.

Le réseau d'informateurs de la Grotte du Lotus : le portrait de Sun Wukong

Dans le récit du Mont aux Sommets Plats, un détail souvent négligé réside dans le degré de connaissance que les frères Corne d'Or et Corne d'Argent ont du groupe de pèlerins, bien supérieur à celui des démons ordinaires.

Au trente-deuxième chapitre, deux petits démons, « l'Esprit Fin » et « l'Esprit Agile », sont envoyés en reconnaissance. Le Grand Roi Corne d'Or ne leur donne pas l'ordre simpliste de « capturer tout moine venu », mais précise que la cible est « le maître Tang Sanzang du Grand Tang de la Terre Orientale et ses trois disciples ». Plus frappant encore, le Grand Roi Corne d'Argent sort un portrait — « représentant Tang Sanzang, Sun Xingzhe, Zhu Bajie et le moine Sha » — pour que les démons puissent identifier les cibles avec précision.

Comment des démons tapis sur le Mont aux Sommets Plats peuvent-ils posséder des portraits du groupe ? C'est un cas unique dans tout Le Voyage en Occident. Habituellement, les démons s'informent par le bruit : ils entendent dire qu'un « moine vient de l'Orient et que manger sa chair donne l'immortalité », puis ils attendent patiemment que la proie arrive. Ici, Corne d'Or et Corne d'Argent ont mené un véritable travail de renseignement : ils connaissent le nombre de cibles, leur apparence et leurs noms.

Une telle précision n'a qu'une seule explication : elle provient du Palais Céleste. Corne d'Or et Corne d'Argent étaient les serviteurs du Vénérable Seigneur Laozi ; avant de descendre sur terre, ils disposaient de toutes les informations sur le voyage. Ces données étaient publiques à la Cour Céleste, car le pèlerinage est un projet d'envergure lancé conjointement par le Bouddha et la Bodhisattva Guanyin, et aucun immortel ne l'ignorait. Les deux serviteurs ont fait leurs devoirs avant leur descente, dessinant les portraits pour leurs subordonnés. Cette rigueur s'apparente à l'exécution d'une mission minutieusement planifiée.

L'existence de ces portraits crée également un effet dramatique : elle pose un nouveau défi à l'art de la métamorphose de Wukong. Auparavant, il lui suffisait de prendre l'apparence d'un autre pour s'infiltrer, mais face à des subordonnés munis de portraits officiels, son art perd de son efficacité. Au trente-troisième chapitre, quand Wukong se transforme en démon pour espionner, il redouble de prudence : il ne choisit pas une apparence au hasard, mais usurpe l'identité d'un démon déjà mort, évitant ainsi d'être démasqué par la présence de « deux personnes identiques ».

Au-delà du renseignement, le déploiement tactique de Corne d'Or et Corne d'Argent surpasse la moyenne. Ils ne se contentent pas d'attendre dans leur grotte que le groupe arrive ; ils passent à l'offensive : reconnaissance par des éclaireurs, embuscade une fois la position confirmée, puis répartition des tâches — Corne d'Argent combat sur le front tandis que Corne d'Or commande à l'arrière. Cette méthode de combat planifiée, organisée et appuyée par des renseignements rend l'épreuve du Mont aux Sommets Plats particulièrement « professionnelle » parmi les quatre-vingt-un périls du livre.

Les trois vols de trésors : une bataille classique où l'esprit supplante la force

La bataille du Mont aux Sommets Plats est sans doute celle où le duel intellectuel est le plus prédominant dans tout Le Voyage en Occident. Wukong ne triomphe pas en battant ownce Adversaires à la force, mais en volant leurs trésors pour retourner leurs propres armes contre eux.

Le premier vol : la Corde d'Or Oscillante. Au trente-troisième chapitre, Wukong s'infiltre dans la Grotte du Lotus sous les traits d'un démon et dérobe la Corde d'Or. Cependant, il ne sait pas s'en servir : « il savait comment ligoter, mais ignorait comment délier ». Après l'avoir utilisée, Corne d'Argent la lui reprend. Cet échec est crucial : il démontre que posséder un trésor ne suffit pas ; il faut aussi en connaître les formules et les gestes. Wukong a su voler l'objet, mais pas son mode d'emploi.

Le deuxième vol : la Calebasse Pourpre et Or. C'est le moment le plus brillant du récit. Au trente-quatrième chapitre, Wukong se transforme en vieux taoïste et approche les subordonnés de Corne d'Or et Corne d'Argent avec une fausse calebasse, prétendant que la sienne peut « contenir le ciel ». Les démons sont sceptiques, alors Wukong fait une démonstration : il a préalablement demandé la coopération du Roi Dragon de la Mer du Nord pour obscurcir la moitié du ciel. Wukong souffle alors dans sa calebasse, et le ciel semble y être « aspiré » (en réalité, le Roi Dragon a simplement levé son sort, et la lumière est revenue). Convaincus et persuadés qu'une calebasse capable d'aspirer le ciel doit être supérieure à la Calebasse Pourpre et Or, les démons acceptent l'échange.

La subtilité de cette ruse réside dans l'exploitation de la cupidité. Si Corne d'Or et Corne d'Argent sont avisés, leurs subordonnés sont limités. L'idée d'une calebasse « contenant le ciel » est si stupéfiante qu'ils en oublient de vérifier l'authenticité de l'objet. Ici, l'art de la métamorphose n'est pas utilisé pour combattre, mais pour mener une attaque d'« ingénierie sociale » : Wukong ne brise pas les murs de la Grotte du Lotus, mais la ligne de défense cognitive des démons.

Le troisième vol : le Vase Pur en Jade de Mouton. En utilisant la même stratégie — métamorphose, tromperie et exploitation de l'asymétrie d'information — Wukong s'empare également du Vase Pur. Désormais, les deux armes les plus létales des frères sont entre ses mains.

Une fois les trésors échangés, la situation s'inverse totalement. Armé de la Calebasse Pourpre et Or, Wukong s'écrie : « Grand Roi Corne d'Or ! ». Face à son propre trésor, le Grand Roi ne peut résister : mêmes règles, même réflexe instinctif, et ce même « incapable de s'empêcher de répondre ». Dans un sifflement, il est aspiré dans l'objet dont il était si fier.

La conclusion est d'une ironie cinglante : le Grand Roi Corne d'Or est vaincu par sa propre arme. Plus il s'était montré arrogant — capturant Tang Sanzang, ligotant Bajie et le moine Sha, et manquant d'aspirer Wukong — plus sa chute est pathétique. De plus, il est capturé exactement de la même manière qu'il capturait les autres : appel du nom, réponse, aspiration. Le processus forme une boucle parfaite : celui qui a créé la règle est anéanti par elle.

La victoire de Wukong au Mont aux Sommets Plats est l'une des rares dans tout l'ouvrage où il triomphe « par ses propres moyens ». Il n'a sollicité ni l'aide de Guanyin, ni le renfort des armées célestes, ni les trésors des Bodhisattvas ; il n'a utilisé que son art de la métamorphose, son éloquence et son sens de l'improvisation. Ce combat prouve une chose : quand la supériorité de l'adversaire repose entièrement sur son équipement, voler cet équipement revient à voler la victoire. Et celui qui est capable de tel exploit dans tout Le Voyage en Occident n'est autre que Sun Wukong.

Le Vénérable Seigneur Laozi descend sur terre pour tout récupérer : un examen dont le scénario était déjà écrit

Au trente-cinquième chapitre, alors que Wukong vient de soumettre les Grands Rois Corne d'Or et Corne d'Argent grâce aux trésors magiques et s'apprête à reprendre la route, le cœur léger et fier de lui, le Vénérable Seigneur Laozi descend soudain des cieux. Il ne vient pas pour prêter main-forte, mais pour récupérer sa marchandise.

L'entrée en scène de Laozi est singulière. Il ne descend pas nonchalamment sur son bœuf bleu, mais arrive « précipitamment », comme s'il craignait que Wukong n'ait endommagé ses précieux objets. En voyant Laozi, la première réaction de Wukong n'est pas le respect, mais l'indignation : « Comment avez-vous pu laisser vos propres serviteurs devenir des démons et nuire aux hommes ? » Le sous-entendu est clair : vous saviez pertinemment que vos pages étaient descendus sur terre pour jouer les monstres, alors pourquoi n'avez-vous rien dit ?

La réponse de Laozi apporte l'explication finale à tout l'épisode de la Montagne aux Sommets Plats : « C'est parce que la Bodhisattva de la mer m'a sollicité à trois reprises que j'ai fini par consentir. » La Bodhisattva Guanyin l'avait donc prié trois fois avant qu'il n'accepte de laisser descendre deux de ses pages. Ce mot, « solliciter », définit l'ensemble de l'affaire comme une transaction : Guanyin avait besoin d'une épreuve ardue pour tester le groupe de pèlerins, mais elle manquait de cartes dans son jeu (ou ne souhaitait pas intervenir personnellement) ; elle a donc emprunté deux pages et cinq trésors magiques à Laozi.

Cette explication soulève plusieurs questions cruciales.

Premièrement, pourquoi Guanyin a-t-elle emprunté les hommes de Laozi ? Elle dispose pourtant de Shancai, de la fille du Dragon et du voyageur Huian ; pourquoi ne pas avoir envoyé ses propres fidèles ? La réponse réside sans doute dans le fait que ses propres agents seraient trop facilement démasqués. Les « épreuves » sur le chemin du pèlerinage doivent paraître authentiques ; si Wukong découvrait que le démon est un envoyé de Guanyin, l'examen perdrait tout son sens. Utiliser les gens de Laozi présente un avantage : la distance entre le système taoïste et le système bouddhique est suffisante pour que Wukong ne soupçonne pas immédiatement qu'il s'agit d'un « arrangement ».

Deuxièmement, pourquoi Laozi a-t-il accepté ? Le fait qu'il ait fallu être sollicité « trois fois » prouve qu'il a d'abord refusé : confier deux pages et cinq trésors personnels à la disposition d'autrui représente un risque non négligeable. S'il a fini par céder, c'est peut-être pour plusieurs raisons : d'une part, il est difficile de décliner la requête de Guanyin (le bouddhisme et le taoïsme collaborent étroitement sur le projet du pèlerinage) ; d'autre part, cela pouvait lui être bénéfique : si ces deux pages vivaient une expérience dans le monde profane, elles reviendraient peut-être plus sages. Avec le recul, l'attitude de Laozi en récupérant ses pages ressemble effectivement à celle d'un père reprenant deux enfants turbulents après qu'ils aient été attrapés ; il ne leur inflige aucune punition sévère.

Troisièmement, les Grands Rois Corne d'Or et Corne d'Argent savaient-ils qu'ils n'étaient que des pions ? L'œuvre originale ne le précise pas. Cependant, au vu de leur comportement sur terre, ils agissent comme de « véritables démons » plutôt que comme des acteurs jouant une pièce : ils veulent réellement manger la chair de Tripitaka (le chapitre trente-trois mentionne explicitement vouloir le « cuire à la vapeur »), ils veulent sincèrement tuer Wukong, et ils adoptent une renarde comme mère adoptive pour étendre leur influence. Si tout cela n'était qu'une mise en scène, leur jeu serait d'un réalisme effrayant. L'explication la plus plausible est qu'une fois descendus sur terre, ils ont été corrompus par les désirs terrestres, la nature docile du page s'effaçant devant l'ambition du roi-démon. Lorsque Laozi les traite de « bêtes » en les récupérant, ce n'est pas tant pour avoir volé les trésors, mais parce qu'ils ont oublié qui ils étaient.

Le processus de récupération des trésors est d'une concision extrême : « D'un geste du doigt, les deux pages se transformèrent en deux courants de souffle véritable et s'envolèrent instantanément dans la manche de Laozi. » Pas de lutte, pas de résistance — car ils sont essentiellement des extensions de Laozi, et celui-ci les récupère aussi naturellement qu'on reprend son ombre. Les cinq trésors retrouvent également leur place : la gourde pour les élixirs, le vase pour l'eau, l'éventail pour attiser le feu, la corde pour ceindre la robe, et l'épée pour la ceinture. L'ordre quotidien du Palais Céleste est rétabli, comme si ce combat épique dans le monde des hommes n'avait jamais eu lieu.

La requête de Guanyin et la complicité de Laozi : un pacte secret entre Bouddhisme et Taoïsme

L'histoire de la Montagne aux Sommets Plats semble, en surface, être le récit des combats de Wukong contre des démons, mais elle cache en réalité une manœuvre de pouvoir orchestrée entre bouddhistes et taoïstes. Cette opération se déploie sur trois niveaux.

Le premier niveau est celui de la « conception de l'examen ». La Bodhisattva Guanyin est la directrice exécutive du projet du pèlerinage — le Seigneur Bouddha Tathāgata a fixé la direction générale, et Guanyin s'occupe de la mise en œuvre. Les quatre-vingt-un obstacles du voyage sont sa « liste de sujets d'examen ». Mais Guanyin a des ressources limitées ; elle ne peut organiser chaque épreuve personnellement et doit donc « sous-traiter » certains sujets à d'autres systèmes. L'épreuve de la Montagne aux Sommets Plats a ainsi été sous-traitée au système taoïste.

Le second niveau est celui de la « répartition des ressources ». Guanyin n'a pas seulement emprunté deux pages à Laozi, mais tout un « kit d'examen » : deux examinateurs et cinq instruments de test. Une telle concentration de ressources est rare parmi les quatre-vingt-un obstacles — la plupart des épreuves sont causées par des montures ayant fui le ciel (le démon du Bœuf Bleu est le bœuf de Laozi, le Grand Roc aux Ailes d'Or est la monture de Guanyin), où un seul démon et un seul trésor suffisent. Ici, on a déployé deux démons et cinq trésors, ce qui prouve que le « coefficient » de cette épreuve est très élevé : elle ne demande pas seulement de la force brute, mais une véritable intelligence tactique.

Le troisième niveau est celui de la « complicité tacite ». Le pèlerinage est un projet bouddhique, et le taoïsme n'en est, officiellement, que le spectateur. Pourtant, l'épisode révèle que l'implication taoïste est bien plus profonde qu'il n'y paraît. Laozi n'a pas seulement prêté des hommes et des objets ; le moment de son intervention est d'une précision chirurgicale — ni trop tôt, ni trop tard, juste après que Wukong a soumis les deux frères avec les trésors. S'il était venu plus tôt, Wukong n'aurait pas pu démontrer ses capacités intellectuelles ; s'il était venu plus tard, Wukong aurait peut-être déjà utilisé la gourde pour liquéfier Corne d'Or (et Laozi aurait bel et bien perdu un page). Ce contrôle temporel parfait prouve que Laozi « observait le combat » : il savait tout ce qui se passait et attendait l'instant opportun pour intervenir.

La question plus profonde est la suivante : pourquoi s'imposer un tel détour ? Guanyin aurait pu organiser l'épreuve elle-même, pourquoi impliquer Laozi ? Une raison possible serait d'« éviter les conflits d'intérêts ». Guanyin est à la fois la créatrice de l'épreuve et la protectrice du groupe ; si elle organisait et résolvait elle-même toutes les difficultés, la valeur des quatre-vingt-un obstacles serait dépréciée. En introduisant Laozi comme tierce partie, elle fait appel à un « examinateur indépendant » : le sujet est le mien, mais l'examinateur n'est pas mon subordonné, et la réussite du candidat dépendra de son jugement. Cela donne plus de crédibilité à l'ensemble du processus — du moins, sur les registres de la Cour Céleste.

Ce mécanisme de coopération entre bouddhisme et taoïsme apparaît à plusieurs reprises dans Le Voyage en Occident, mais l'histoire de la Montagne aux Sommets Plats l'illustre avec la plus grande clarté. La tragédie des Grands Rois Corne d'Or et Corne d'Argent (si l'on peut parler de tragédie) est là : ils se croyaient rois-démons, alors qu'ils n'étaient que des pions ; ils pensaient mener un combat pour leur survie, alors qu'ils ne faisaient que suivre un protocole établi par deux puissances supérieures. Leur cruauté était réelle, leur peur était réelle, leur défaite était réelle — mais tout cela s'est déroulé dans un cadre dont la fin était déjà écrite.

Personnages liés

  • le Grand Roi Corne d'Argent : Frère cadet du Grand Roi Corne d'Or et ancien serviteur chargé de surveiller le fourneau du Vénérable Seigneur Laozi. Tous deux sont descendus sur terre pour s'installer dans la Grotte du Lotus sur la Montagne au Sommet Plat ; le Grand Roi Corne d'Argent était chargé des conquêtes extérieures tandis que le Grand Roi Corne d'Or gardait la demeure. Ses prouesses martiales étant légèrement supérieures à celles de son frère, il a affronté Wukong de front la plupart du temps. Finalement, tous deux furent récupérés par le Vénérable Seigneur Laozi pour être ramenés aux cieux.

  • le Vénérable Seigneur Laozi : Le maître originel des deux Cornes. Il est le véritable possesseur des cinq trésors magiques. Il accepta de prêter ses serviteurs et ses objets à la Bodhisattva Guanyin afin de mettre le groupe de pèlerins à l'épreuve, et descendit promptement sur terre pour tout reprendre une fois que Wukong eut triomphé. Dans cette affaire, Laozi joue le rôle de « fournisseur de ressources » et de « juge final » : il a fourni les outils de l'examen et a décidé du moment où celui-ci prendrait fin.

  • la Bodhisattva Guanyin : La véritable architecte de l'épreuve de la Montagne au Sommet Plat. Elle sollicita à trois reprises le Vénérable Seigneur Laozi pour lui emprunter les serviteurs et les trésors, avec l'intention de créer un obstacle suffisamment ardu pour le groupe de pèlerins. Bien que Guanyin n'apparaisse pas directement dans l'action, elle est l'éminence grise de tout l'événement : la motivation initiale de la descente des deux Cornes sur terre provient de sa « requête ».

  • Sun Wukong : Le plus grand adversaire des deux Cornes. Lors de la bataille de la Montagne au Sommet Plat, Wukong fit preuve d'une finesse tactique sans égale dans tout le récit : plutôt que de s'épuiser dans un combat de force brute, il utilisa ses arts de métamorphose et la ruse pour dérober un à un les cinq trésors, finissant par retourner les armes de l'ennemi contre lui en capturant le Grand Roi Corne d'Or grâce à la Gourde Pourpre et Or.

  • la Grande Reine A-Qi : Une démone renarde que les deux Cornes adoptèrent comme mère adoptive dans le monde des mortels. Sa présence démontre que, dès leur arrivée sur terre, les deux frères s'étaient rapidement intégrés à la société des monstres en tissant un réseau de relations locales — nouer des liens de parenté et rendre hommage aux puissants, comme tout démon ordinaire le ferait.

  • Tripitaka : La cible des deux Cornes, du moins en apparence. Tripitaka fut capturé et emmené dans la grotte, mais ne subit aucun dommage réel. Sous l'angle de l'« examen », sa capture fait partie intégrante du sujet : il s'agissait de tester la capacité de Wukong à réagir avec sang-froid sous la pression de voir son maître enlevé.

  • Zhu Bajie : Lors de la bataille de la Montagne au Sommet Plat, il faillit perdre la vie, écrasé sous le poids des monts Sumeru, Emei et Tai, transportés là par la magie du Grand Roi Corne d'Argent. Bajie a révélé durant ce combat ses faiblesses — sa paresse lors de la surveillance et sa facilité à être démasqué par les démons — contrastant ainsi vivement avec l'ingéniosité de Wukong.

  • Sha Wujing : Capturé et emmené dans la Grotte du Lotus avec Tripitaka. Le rôle de Sha Wujing dans ce récit reste fidèle à son habitude : loyal, mais dépourvu de capacité à résoudre les problèmes de manière autonome, servant principalement de personne à secourir.

Questions fréquentes

Quelle est la véritable identité du Grand Roi Corne d'Or ? +

Il est l'enfant chargé de veiller au Fourneau d'Or dans le palais Tuṣita du Vénérable Seigneur Laozi. Avec son frère, le Grand Roi Corne d'Argent, il est descendu parmi les mortels à la demande de la Bodhisattva Guanyin, emportant avec eux cinq trésors magiques. Installés dans la Grotte du Lotus de…

Comment fonctionne le mécanisme d'« appel nominal » de la Gourde Rouge Pourpre-Dorée ? +

En tenant la gourde avec le fond vers le ciel et l'ouverture vers la terre, il suffit d'appeler le nom de l'adversaire. Dès que celui-ci répond « présent » ou « oui », il est instantanément aspiré dans la gourde et, peu après, transformé en pus. Ce mécanisme exploite la réaction instinctive de…

Quels sont les cinq trésors magiques détenus par Corne d'Or et Corne d'Argent ? +

La Gourde Rouge Pourpre-Dorée (pour aspirer les gens et les transformer en sang), le Vase Pur en Jade de Graisse de Mouton (fonction similaire), l'Épée aux Sept Étoiles (pour le combat rapproché), l'Éventail de Feuille de Bananier (pour les attaques de feu) et la Corde d'Or Oscillante (pour le…

Comment Sun Wukong a-t-il neutralisé les trésors et renversé la situation ? +

Il n'a pas triomphé par un combat frontal, mais s'est infiltré dans la Grotte du Lotus grâce à ses métamorphoses. Il a substitué la véritable gourde par une fausse, puis a utilisé l'illusion de « capturer le ciel » pour tromper Corne d'Argent et lui soutirer le vase. Après avoir dérobé et remplacé…

La descente de Corne d'Or et Corne d'Argent était-elle l'œuvre de véritables démons ou une épreuve orchestrée ? +

C'est un peu des deux. Leur venue sur terre est un mécanisme d'épreuve emprunté par Guanyin au Vénérable Seigneur Laozi. Les trésors sont réels, le danger est réel, et la souffrance de Tripitaka capturé ou de Wukong opprimé est bien réelle — pourtant, la trame globale de l'histoire est celle d'un…

Comment le Vénérable Seigneur Laozi a-t-il finalement récupéré Corne d'Or et Corne d'Argent ? +

Au trente-cinquième chapitre, Laozi descend sur la Montagne au Sommet Plat. D'un simple geste vers les deux enfants, ceux-ci se transforment instantanément en deux flux de Qi véritable et s'envolent pour rejoindre la manche du Seigneur. Le processus est aussi naturel que le retrait d'une ombre, sans…

Apparitions dans l'histoire

Épreuves

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