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Chapitre 86 : La Grotte du Léopard — Feu, Ruse et Victoire dans la Montagne du Brouillard

Wukong et Bajie retrouvent la grotte du démon-léopard. Wukong fait dormir les démons par magie, libère Tang Sanzang et le bûcheron prisonnier, puis brûle le repaire. Le groupe est accueilli chez la mère du bûcheron, qui les régale de plats de montagne en guise de remerciement.

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La grotte s'ouvrait dans la falaise comme une mâchoire — et elle l'était, en quelque sorte. Sur le linteau de pierre : « Grotte de la Ceinture Lunaire, Montagne du Brouillard et des Nuages Enroulés. »

Falaises à pic masquant les recoins secrets, pierres étranges dressées comme des sentinelles. Fleurs précieuses et herbes rares embaument l'air, abricotiers roses et pêchers d'un éclat de sang. Vieux arbres noueux encerclement l'entrée ; pins centenaires s'élancent vers le ciel bleu. Aigles solitaires rôdent, cerfs sauvages s'en vont par deux. Renards et pieuvres s'y terrent depuis des siècles. Un endroit qui ressemble au paradis — et qui est l'enfer.

Bajie abattit son râteau sur la porte de pierre avec une satisfaction bruyante et cria :

— Démons ! Rendez notre maître ou je démolis votre porte et tout ce qui vient avec !

Un petit démon passa la tête par le trou dans la porte — aperçut la longue gueule et les grandes oreilles — et cria à ses supérieurs : « C'est le Cochon-Maréchal, pas bien dangereux. »

Wukong interpella alors depuis derrière.

— Grand-père Sun est là aussi.

La panique s'installa. L'avant-garde avait une idée : sortir une fausse tête humaine, faire croire que Tang Sanzang avait été mangé, et décourager les disciples.

On trouva une souche de saule, on lui donna vaguement la forme d'une tête, on la trempa dans du sang de bête, et on la présenta sur un plateau.

Bajie se mit à pleurer à chaudes larmes.

— Regardez dans quel état ils l'ont mis !

— Bajie, dit Wukong, avant de pleurer, vérifie que c'est vrai.

— Les têtes, ça n'a pas de vrais et de faux !

Wukong prit la « tête » et la lança contre la pierre. Elle rebondit — bong ! — comme un tambour en bois.

— Mouillée et creuse. C'est une souche de saule.

Il la fracassa. Bajie, mortifié d'avoir pleuré sur du bois, jura en termes que les chroniques ne rapportent pas.

Les démons apportèrent alors une vraie tête humaine — quelqu'un pris dans « le pavillon des écorchés ». Elle était fraîche, rouge de sang, et elle roula jusqu'aux pieds de Wukong.

Wukong la reconnut pour vraie. Et cette fois, ses trois yeux brillèrent de larmes réelles.

Bajie enterra la tête sur un versant exposé au soleil avec des brindilles de saule en guise de pins funèbres et des cailloux ronds comme offrandes.

— Ce bois de saule représente les pins, dit-il avec une solennité inattendue. Ces pierres représentent les gâteaux de riz. C'est l'intention qui compte.

Wukong demanda à Sha Wujing de rester à la tombe garder bagages et cheval pendant que lui et Bajie iraient fracasser la porte et venger le maître.

— Venge-le bien, dit Sha Wujing avec larmes.

La porte de pierre éclata sous les coups. Les petits démons fuyaient dans tous les sens, les couloirs résonnaient de cris. Le vieux léopard était fort, mais face à deux adversaires acharnés, il décrochait.

Son avant-garde fut abattu d'un coup de bâton — un loup à l'échine d'acier, révélé sous sa forme véritable.

Le vieux léopard, lui, s'enfuit en empruntant le vent.

Bajie et Wukong poursuivirent jusqu'à la porte principale, qui était désormais bouchée à la pierre et à la terre.

— Il a muré la porte, dit Bajie.

— Il doit y avoir une sortie de derrière, dit Wukong.

Il se transforma en souris d'eau, se glissa par le canal de drainage du jardin intérieur, traversa les corridors, trouva les petits démons qui faisaient sécher de la viande humaine au soleil. Il se retransforma en fourmi ailée — minuscule, invisible — et vola jusqu'à la grande salle.

Le vieux léopard était là, maussade, et un petit démon lui apportait des nouvelles du dehors.

— Grand roi, dit-il, les disciples de Tang Sanzang pleurent sur une tombe. Ils ont pris une tête pour celle de leur maître. Dans deux jours, désespérés, ils partiront. Alors on pourra manger le moine tranquillement.

Wukong, perché sur la poutre centrale, retint sa joie. Le maître était vivant.

Il vola jusqu'au jardin du fond, chercha parmi les arbres — et les trouva : Tang Sanzang et le bûcheron, tous deux ligotés à des troncs.

Il se posa sur le crâne rasé du moine.

— Maître.

— Wukong ! dit Sanzang, la voix brisée. Sauve-moi vite !

— Encore un moment. Je dois d'abord m'occuper du démon.

— Comment ?

— Patiemment.

Il retourna dans la grande salle, arracha une poignée de poils, les mâcha, les souffla sur les démons assemblés — des insectes du sommeil, invisibles et implacables, qui se glissèrent dans chaque narine. Les petits démons bâillèrent, se frotèrent les yeux, s'affalèrent. Le vieux léopard lui-même, qui résistait mieux, reçut une double dose — deux insectes par narine — et finit par ronfler comme une montagne.

Wukong sauta de la poutre, reprit forme humaine, fracassa la porte du jardin à coups de bâton.

— Maître !

— Disciple ! Les cordes, vite !

Wukong trancha les liens. Puis il coupa aussi ceux du bûcheron, à la demande de Sanzang.

— Il a une vieille mère qui n'a que lui, dit le moine. On ne peut pas le laisser là.

Ils sortirent tous trois par la porte du fond, escaladèrent la falaise, traversèrent le ravin sur des pierres.

— Huit Règles ! Sha Wujing ! cria Sanzang du haut de la crête.

En bas, Bajie pleurait encore, affalé sur la tombe. Il leva la tête.

— Le maître revient en fantôme nous consoler ?

— C'est le maître en vrai, dit Sha Wujing. Relève-toi.

Bajie se releva, regarda, n'en crut pas ses yeux de cochon. Il abattit son râteau sur la tombe — une fois, deux fois, réduit la butte de terre en miettes.

— Désolé, dit Sanzang. Cette tête nous a peut-être sauvé la vie.

— Vous avez raison, dit Bajie à contrecœur. On va lui refaire une tombe.

Il en fit une deuxième, plus petite. Sha Wujing y planta deux brindilles.

Pendant ce temps, Wukong collecta des fagots de bambou mort, de pin creux, de saule fendu, de roseaux secs — le bûcheron guidait. On les porta dans les couloirs de la grotte par la porte de derrière. Wukong y mit le feu. Bajie activa la flamme de ses deux grandes oreilles-soufflets.

La fumée monta en spirales noires. Les petits démons se réveillèrent au milieu de l'incendie. Ils n'eurent pas le temps de fuir.

Le vieux léopard, lui, se réveilla le dernier — juste assez pour sentir la chaleur et hurler. Bajie l'acheva d'un coup de râteau, propre et net. Quand la fumée se dissipa, la forme véritable du monstre apparut : un léopard à la peau tachetée de feuilles d'armoise, un vieux démon de montagne vaincu.

Ils suivirent le bûcheron jusqu'à sa maison — quelques pièces basses sous un mur de bambou, un jardin potager, un chien qui aboyait, et une vieille femme de quatre-vingt-trois ans appuyée contre la porte qui pleurait en appelant son fils.

Le bûcheron tomba à genoux devant elle.

— Mère, je suis là.

Ce soir-là, la mère et le fils préparèrent ce qu'ils avaient : des plats de montagne modestes, servis sur des bols ébréchés.

Tige de chrysanthème blanchie à l'eau chaude, pissenlit blanc et bardane marinée dans le vinaigre, lierre sauvage et pourpier des champs cuit à l'huile, tiges de massette et grains de lotus séchés. Fougères, pousses de fougères, herbe au chat, orties. Cuites à l'ail, salées, relevées de poivre rouge. Un festin de pauvre, offert avec un cœur de roi.

Bajie mangea pour six.

Au moment de partir, Tang Sanzang remercia la vieille mère. Le bûcheron les accompagna jusqu'à la grande route et leur dit, la main posée sur son bâton d'aubépine :

— À l'ouest-sud-ouest, moins de mille li, c'est le Royaume du Ciel de l'Ouest. Vous y êtes presque, vénérable maître.

Sanzang descendit de cheval et s'inclina devant lui.

— Merci de nous avoir guidés. Je prierai pour vous et votre mère.

Le bûcheron les regarda s'éloigner jusqu'à ce qu'ils disparaissent derrière un tournant de la route. Puis il rentra chez lui — vers la vieille femme, le potager, et un ciel enfin dégagé au-dessus de la montagne.