Chapitre 40 : L'enfant rouge appelle la tempête — Tang Sanzang disparaît dans les flammes
Sur la route après Wuji, le groupe rencontre un nuage rouge — signe d'un démon de feu. C'est l'Enfant Saint, fils du Roi Démon du Taureau et de la Princesse de l'Éventail de Fer. Il se fait passer pour une victime attachée à un arbre, et malgré l'avertissement de Sun Wukong, Tang Sanzang insiste pour le secourir. L'enfant déclenche un vent magique et enlève le pèlerin.
Ils quittèrent Wuji au matin, dans la lumière fraîche d'une aurore sans nuages. Le roi les avait escortés jusqu'aux portes de la ville, avait offert des provisions, de l'argent, des chevaux supplémentaires — ils avaient refusé poliment tout sauf la nourriture. Le chemin vers l'Occident ne s'empruntait pas avec un équipage de cour.
Pendant trois jours, rien. Des routes de montagne, des cols venteux, des villages où on les regardait passer sans les reconnaître. Tang Sanzang récitait à voix basse sur son cheval blanc. Bajie portait les bagages en grognant raisonnablement. Sha Wujing marchait en silence. Wukong allait devant, revenait, repartait, son énergie débordante mal contenue dans le rythme lent du pèlerinage.
Le quatrième matin, Wukong vit le nuage.
Il s'arrêta net au sommet d'une côte, son regard fixé vers le nord. Un nuage bas, d'un rouge brique profond, stagnait au-dessus d'une vallée encaissée. Ce n'était pas un nuage de pluie — la couleur était trop chaude, trop dense, le bord inférieur trop net. Wukong plissa les yeux.
— Maître, dit-il, j'aimerais vous suggérer de faire demi-tour et de chercher un autre chemin.
— Pourquoi ? demanda Tang Sanzang.
— Ce nuage rouge. C'est le signe d'une présence démoniaque, et une présence liée au feu en plus. Je ne connais pas beaucoup de démons qui usent du feu et qui soient faciles à convaincre.
— Il y a peut-être une autre explication.
— Il y en a rarement une.
Tang Sanzang regarda le nuage un moment, puis baissa les yeux vers la route qui descendait dans la vallée.
— Nous ne pouvons pas dévier de notre chemin chaque fois qu'un signe nous inquiète, dit-il. Avançons. La foi protège ceux qui marchent avec un cœur pur.
Wukong ne répondit rien. Il y avait des conversations avec son maître qui se terminaient de cette façon, et l'expérience lui avait appris que continuer à discuter n'en changeait pas l'issue.
Ils descendirent dans la vallée.
L'enfant était attaché à un grand pin au bord de la route.
Il avait l'apparence d'un garçon d'environ sept ans — visage rond, joues rouges, cheveux noués en deux petits chignons sur les tempes. Ses vêtements étaient déchirés. Des cordes grossières lui liaient les poignets au tronc de l'arbre. Il pleurait — des larmes régulières, bien calibrées, du genre qui ne tachent pas vraiment les joues mais qui se voient bien de loin.
Tang Sanzang posa pied à terre avant même que quelqu'un l'en prie.
— Wukong ! s'écria-t-il. Vite, coupe ces cordes, cet enfant est prisonnier —
— Maître. — Wukong s'était planté entre son maître et l'arbre, son bâton en travers. — Regardez-le mieux.
— Je le regarde. C'est un enfant blessé.
— Ses joues sont trop rouges. Ses yeux ne sont pas des yeux d'enfant. Et il n'y a personne dans cette vallée depuis des heures — qui l'aurait attaché ici ? Pour quelle raison ?
Tang Sanzang le contourna.
— Je ne laisserai pas un enfant souffrir pendant que je débats de métaphysique avec toi.
— C'est un démon, dit Wukong avec une clarté absolue. Je le sens à trois li. Il sent le soufre sous la rosée et le bois frais.
— Tu sens des démons dans tout le monde.
— Parce qu'il y en a partout sur cette route, Maître.
Mais Tang Sanzang était déjà à genoux devant l'enfant, ses doigts défaisant les nœuds des cordes. L'enfant le regardait avec ses yeux trop sombres et souriait — pas un sourire de soulagement, quelque chose de plus ancien et de plus calme, le sourire de quelqu'un qui voit ses calculs se vérifier.
Wukong fit un pas en avant, son bâton levé.
Et à cet instant, l'enfant bougea.
Pas un mouvement d'enfant libéré de ses liens — un mouvement de combat. Il sauta sur le dos de Tang Sanzang, ses jambes se refermant autour de la taille du moine avec une force qui ne pouvait pas venir d'un corps de cette taille. Tang Sanzang chancela, essaya de se redresser, mais l'enfant s'était fait soudain aussi lourd qu'une enclume — mille livres au moins, peut-être plus, un poids qui n'obéissait à aucune loi naturelle.
Tang Sanzang tomba à genoux. Ses bras essayèrent d'attraper quelque chose pour se stabiliser.
Wukong frappa — son bâton décrivit un arc parfait vers la tête de l'enfant — mais l'enfant avait déjà lâché et sauté à dix pieds de distance, léger comme une plume à nouveau, debout sur l'air, les bras étendus.
— Je suis le Roi Sage de l'Enfance, dit-il — mais ce n'était plus une voix d'enfant, c'était quelque chose de beaucoup plus vieux. Je suis le fils du Roi Démon du Taureau et de la Princesse de l'Éventail de Fer. Et ce moine est à moi.
Il souffla.
Un vent se leva — pas un vent ordinaire, pas le vent de la montagne ou de la plaine. Un vent chargé de quelque chose d'invisible, un vent qui brûlait sans flamme, qui aveuglait sans sable, qui soulevait les feuilles en spirales d'un rouge sang.
Tang Sanzang disparut dedans.
Quand le vent retomba, il n'y avait plus personne entre les deux pins de la route. Juste le cheval blanc, qui piaffait, et les bagages éparpillés sur les cailloux.
Ils cherchèrent pendant des heures.
Wukong fit le tour de la vallée trois fois à vitesse maximale — soit soixante-dix li dans chaque direction — et ne trouva rien. Bajie et Sha Wujing ratissèrent les sous-bois jusqu'à la nuit sans résultat. Les dieux de la montagne, convoqués d'urgence par Wukong, se prosternèrent et donnèrent ce qu'ils savaient.
— Ce nuage rouge, dit l'un d'eux, appartient au Roi Sage de l'Enfance, qu'on appelle aussi l'Enfant Saint. Il habite la Grotte du Nuage de Feu, sur le Ruisseau des Pins Secs, à soixante li d'ici vers le nord. Sa puissance sur le feu et le vent est réelle — il n'a pas besoin de subterfuges pour vaincre la plupart des adversaires. Mais il aime les jouer quand même.
— Pourquoi ? demanda Wukong.
— Parce qu'il est encore jeune, dit le dieu de la montagne. Et que les jeunes démons puissants aiment montrer qu'ils peuvent gagner de toutes les façons possibles.
Wukong hocha la tête. Il connaissait ce sentiment — il l'avait eu lui-même, quelques centaines d'années auparavant.
Bajie regarda la direction du nord, puis regarda Wukong.
— Alors ? dit-il.
— Alors on y va, dit Wukong.
— Il contrôle le feu.
— Je sais.
— Et le vent.
— Je sais aussi.
Bajie réfléchit une seconde.
— Tu as un plan ?
— Je commence à en avoir un, dit Wukong. Viens.
Ils se mirent en route vers le nord dans la nuit qui tombait, en direction du Ruisseau des Pins Secs et de la Grotte du Nuage de Feu, où l'Enfant Saint attendait avec son maître prisonnier et ses flammes de trois mille degrés.