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Chapitre 59 : La Montagne des Flammes — Le Premier Essai de l'Éventail

La route est barrée par la Montagne des Flammes, huit cents li de feu permanent. Seul l'Éventail de Feuille de Bananier de la Princesse Éventail de Fer peut l'éteindre. Mais la princesse est l'épouse du Roi Démon Taureau et la mère de l'Enfant Rouge — elle déteste Wukong. Après une première défaite, puis une victoire grâce à la pilule coupe-vent, Wukong obtient l'éventail — qui s'avère être un faux.

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Tang Sanzang avait repris Wukong, les deux cœurs en conflit s'étaient réconciliés, et le chemin reprit sa cadence — les quatre pèlerins, un seul but.

Le temps passa. L'été céda la place à l'automne.

Nuages fins coupés par le vent d'ouest, grues criant sur les crêtes couvertes de givre. Lumière douce de fin de saison, montagne longue, eau plus longue encore. Oies migratrices venant du Nord, hirondelles noires rentrant vers le Sud. Le pèlerin sur la route se sent seul — la robe de coton du moine prend le froid facilement.

Ils marchèrent et virent un phénomène étrange. La chaleur montait de la route — en plein automne. Tang Sanzang tira les rênes.

— Wukong, on est en automne. Pourquoi cette chaleur ?

Bajie intervint en se donnant des airs de savant :

— À l'extrême Occident se trouve le Pays de Siha, là où le soleil se couche. Le soir, le roi envoie des tambours et des trompes pour couvrir le sifflement du soleil qui entre dans la mer — sinon ce bruit sonnerait la mort pour les enfants de la ville. Peut-être qu'on approche de là...

— Tais-toi, dit Wukong. Ce pays-là est encore loin. À ton rythme de moine qui hésite chaque matin, même si tu grandissais et vieillissais et recommençais trois vies, on n'y arriverait pas.

Bajie boudait. — Alors d'où vient cette chaleur ?

Sha Wujing dit :

— L'automne fait parfois ce que l'été devrait faire. Les saisons sont désordonnées.

Ils débattirent jusqu'à ce qu'ils aperçoivent, sur le côté de la route, des maisons aux tuiles rouges, aux murs de briques rouges, aux portes peintes en rouge.

Tang Sanzang dit :

— Wukong, va te renseigner.

Wukong prit l'air du lettré — s'arrangea la robe, esquissa un maintien posé — et s'approcha des maisons. Un vieil homme en sortit, sceptre à la main, chapeau de paille, chaussures usées, visage rouge comme du cuivre.

Le vieil homme vit Wukong et recula d'un saut.

— Vous êtes un monstre ?

— Grand-père, pas de peur. Je suis un moine envoyé par la Grande Tang. Ma chaleur semble vous avoir surpris. Permettez que je vous pose une question.

Le vieux se calma et sourit. — Pardon, vos traits sont... particuliers. Votre maître est sur la route ?

— Oui. Là-bas, sur le chemin principal.

— Faites-le venir.

Tang Sanzang mit pied à terre et entra avec Bajie et Sha Wujing. Le vieux fit servir du thé et demanda poliment d'où ils venaient. Tang Sanzang expliqua la mission.

— Votre pays est en automne, dit le vieux, mais ici nous ne connaissons pas les saisons. Été et hiver confondus. Toujours brûlant. On appelle cet endroit la Montagne des Flammes.

— Et elle est sur notre chemin ?

— À soixante li d'ici, vers l'ouest. Huit cents li de feu continu. Aucune herbe ne pousse dans un rayon de cent pas. Même un homme au crâne de cuivre et au corps de fer se liquéfierait en la franchissant.

Tang Sanzang blêmit. Plus une question.

Dehors, un jeune homme poussait une charrette rouge criarde.

— Gâteaux chauds ! Gâteaux chauds !

Wukong tira un poil de son bras, le transforma en pièce de cuivre, et acheta un morceau de gâteau. Le gâteau brûlait comme une brique de four. Il se le passa d'une main à l'autre.

— Ça brûle ! Comment vous faites ?

L'homme rit.

— Vous n'êtes pas d'ici, c'est évident. Tout brûle comme ça.

— Mais vous faites pousser du grain quand même ?

— Il y a une Immortelle qui possède l'Éventail de Feuille de Bananier. Un coup d'éventail éteint les flammes, un deuxième fait lever le vent, un troisième fait tomber la pluie. Alors on cultive, on récolte, et on mange. Sans cet éventail, pas une pousse ne survirait.

Wukong rentra dans la maison, tendit le gâteau au maître.

— Mangez ça en attendant que je vous explique.

Tang Sanzang tendit le gâteau au vieux qui refusa avec un sourire. — Vous l'avez acheté, c'est le vôtre.

— Alors d'abord dites-moi : cette Immortelle à l'éventail — où habite-t-elle ?

— Au sud-ouest. La Montagne des Nuages Émeraude. Dans la Grotte du Bananier. On marche pendant un mois pour l'atteindre — environ mille quatre cents ou mille cinq cents li. Nos paysans y vont une fois tous les dix ans avec des présents — quatre cochons, quatre moutons, encens, vin, fruits — pour la supplier de sortir et d'utiliser son éventail.

— Je n'ai pas besoin d'un mois. Je reviens tout de suite.

Avant que quiconque n'ait réagi, Wukong avait disparu.

Le vieux resta interdit.

— Des dieux ?


En moins d'un battement de cils, Wukong atteignit la Montagne des Nuages Émeraude. Forêts magnifiques, rochers sculptés par le temps, orchidées sauvages, bambous.

Fleurs sauvages brodant les sentiers, herbes folles tapissant les pentes de bleu. Cascades glissant de grotte en grotte, nuages vagabonds flottant en paresse. Roseaux touffus et lianes généreuses, arbres vénérables et grands pins enchevêtrés. Oiseaux criant le passage des oies, cerfs à l'abreuvoir pendant que les singes grimpent.

Il trouva la porte de la Grotte du Bananier. Deux battants bien fermés. Il s'avança et dit :

— Je suis Sun Wukong, grand disciple du moine Tang. Je cherche ma belle-sœur pour un emprunt.

Une servante — cheveux ébouriffés, tablier usé, bêche à l'épaule, panier au bras — sortit.

— Dites à votre maîtresse que le disciple du maître Tang vient d'arriver. Je souhaite emprunter l'Éventail de Feuille de Bananier pour éteindre la Montagne des Flammes.

La servante rentra annoncer. Musique de guqin, silence soudain. Puis des pas précipités. La princesse apparut sur le seuil, deux épées à la main.

Foulard floral enroulé autour de la tête, robe de loi brodée de fils d'or. Chaussures de nuage sur broderies superposées, ceinture de joyaux enlacée à la taille. Mitaines à motifs de vague, jupe à demi cachée de soie brodée. Deux épées brillantes tenues à bout de bras — yeux de phénix, sourcils de fer, barbe de braise sur le menton.

Elle cria :

Sun Wukong, tu es là ?

Wukong s'inclina calmement.

— Belle-sœur, en personne.

— Qui est ta belle-sœur ? dit-elle froidement. Le Roi Démon Taureau et toi étiez amis autrefois — mais tu m'as volé mon enfant. Pour ça, il n'y a plus de fraternité.

— Belle-sœur, vous faites fausse route. Votre fils est maintenant l'enfant Vertu Fertile auprès de Guanyin. Immortel, incorruptible, éternel. Valait-il mieux qu'il reste roi d'une grotte, ou qu'il accède à l'immortalité avec le Bouddha ?

— Mon enfant est immortel, certes. Mais il ne peut plus venir me voir quand il veut. Ma joie de mère — tu l'as prise. Ça ne se pardonne pas.

Elle frappa. Wukong esquiva et para.

La robe de cour cache un cœur de mère en deuil. Le singe habile offre des mots doux mais elle ne cède pas. Il voulait emprunter — elle répond avec le tranchant. Un désaccord sur un fils — la paix impossible. Elle : acier et décision. Lui : souplesse et endurance. Les coups de lame frappent dix fois, vingt fois — le singe ne bat pas une épouse. Mais le soleil tombe à l'Ouest et la dame s'épuise. Elle sort l'éventail — et ça, ce n'était pas prévu.

Au crépuscule, la princesse sortit l'Éventail de Feuille de Bananier et le déploya. Un seul souffle — et Wukong fut emporté.

Un vent immense, froid, puissant. Il tourbillonnait, montait, descendait — pas de prise, pas d'appui. Comme une feuille morte dans une tempête. Il fut porté toute la nuit, en tous sens.

Au matin, il atterrit enfin — les deux mains agrippées à un rocher sur un pic montagneux. Il attendit que sa tête arrête de tourner.

Il regarda autour de lui. Il reconnut. La Petite Montagne du Sumeru.

— Cette femme m'a soufflé jusqu'ici.

Il avait eu l'occasion de venir ici avant — pour sauver son maître du démon du vent jaune. Le Bodhisattva Lingji lui avait donné sa pilule coupe-vent. Il réalisa qu'il était tombé exactement au bon endroit.

Il descendit vers le temple au bas de la pente. Un moine au portail le reconnut.

— C'est encore le Grand Sage aux Yeux de Foudre !

Lingji l'accueillit chaleureusement.

— Vous avez atteint la Montagne de l'Esprit ?

— Pas encore. Un long chemin encore. Et justement je suis bloqué par la Montagne des Flammes...

Il expliqua tout — la princesse, l'éventail, le voyage involontaire.

Lingji sourit.

— Ma pilule coupe-vent — je l'avais gardée pour vous. Je savais que vous en auriez besoin. Et d'ici à la Montagne des Flammes, il y a cinquante mille li. Heureusement que vous avez votre nuage-pirouette, sinon aucun humain ne pourrait s'arrêter avant de tomber à la mer.

Il sortit de sa manche un petit sac en soie et glissa dedans une pilule de la taille d'un grain de sésame. Il l'apporta à Wukong avec une aiguille et du fil.

— Cousez-la dans le col de votre veste.

Wukong la cacha dans le tissu, le col recousu solidement.

— La prochaine fois qu'elle utilise l'éventail, vous ne bougerez pas.

Wukong remercia Lingji, s'envola, et en peu de temps arriva de nouveau devant la Grotte du Bananier.

Il tambourina.

— Ouvrez ! Je reviens pour l'éventail !

La servante accourut prévenir. La princesse, cette fois, frémit intérieurement. Ce singe avait été soufflé jusqu'à je ne sais où hier soir, et il est de retour ce matin ? Quel genre de créature est-ce là ?

Elle décida d'augmenter la dose — cette fois deux ou trois coups d'éventail de suite.

Elle sortit avec ses deux épées.

— Tu n'as pas peur ?

— J'ai besoin de votre éventail. Si vous me le prêtez, je vous le rends. Je ne suis pas du genre à prendre sans restituer.

— Tête de singe sans scrupules ! Tu as pris mon fils. Je veux que tu souffres.

Elle frappa. Wukong para. Cinq, sept rounds — elle voyait qu'il tenait le coup trop bien. Elle sortit l'éventail, visa, souffla.

Wukong était là. Immobile. Comme planté dans le sol.

Elle souffla encore. Deux coups. Trois coups.

Pas un cheveu ne bougea.

Wukong ricana.

— À votre tour.

Il brandit son bâton. La princesse recula précipitamment, rentra dans la grotte et verrouilla la porte.

Wukong était dehors, souriant. Il n'allait pas forcer — il avait une idée plus élégante.

Il recracha la pilule coupe-vent et la garda dans sa main gauche. Il murmura un sort de transformation, fit osciller son corps et se transforma en un insecte minuscule — un cousin de la cigale, transparent, minuscule — et se faufila dans la fissure entre les deux battants.

À l'intérieur, la princesse réclamait du thé d'une voix exaspérée. Une servante apporta une théière parfumée, remplit un bol, le présenta. Le thé moussoait légèrement à la surface.

Wukong, minuscule, plongea sous les bulles de mousse.

La princesse but une gorgée. Deux. Trois.

Wukong se retrouvait dans l'estomac.

Il reprit sa forme.

— Belle-sœur ! Vous m'entendez ?

La princesse laissa tomber sa tasse.

— Wukong est dans ma maison ?

— Dans votre ventre, à votre service.

Elle cria à ses servantes de vérifier que la porte était fermée. La porte était fermée. Alors Wukong était entré comment ?

— Par votre bouche, dit-il depuis l'intérieur.

— Qu'est-ce que tu fais là ?

— Je visite vos intestins.

Il lui envoya un coup de pied vers le bas.

La princesse s'écroula sur le sol, tordant de douleur, le bas-ventre en feu.

— Un petit en-cas, dit Wukong. Et maintenant un dessert.

Il leva la tête et se cogna contre quelque chose de dur. La princesse hurla, le visage blanc, les lèvres jaunes.

— Oncle Sun ! Pitié, pitié !

— Ah. Vous m'appelez oncle, maintenant ?

— Oncle, je vous demande pardon. Sorties. Je vous donne l'éventail.

— D'abord montrez-moi l'éventail.

La princesse appela une servante. On apporta un objet — aussi petit qu'une feuille d'abricot.

Wukong l'examina par la gorge.

— Bien. Maintenant ouvrez la bouche trois fois.

La princesse ouvrit la bouche. Wukong se transforma en insecte, s'envola par la bouche, atterrit sur l'éventail, reprit sa forme, et cria :

— Je suis là. Merci pour le prêt.

Il se tourna vers les servantes stupéfaites.

Il sortit de la grotte à grandes enjambées, bondissant sur son nuage, tenant l'éventail dans la main.

De retour chez le vieux aux murs rouges, il déposa l'éventail.

— Voilà. C'est bien ça ?

Le vieux cria de joie.

Tang Sanzang s'illumina.

Wukong raconta tout en détail — la princesse, l'éventail, l'esquive, la pilule, le passage dans le thé. Tang Sanzang remerciait à n'en plus finir.

Ils repartirent. À quarante li de la Montagne des Flammes, la chaleur devenait insupportable. Sha Wujing criait que ses semelles brûlaient. Le cheval galopait frénétiquement, incapable de s'arrêter.

Wukong dit :

— Maître, restez ici. Je vais éteindre les flammes. Ensuite vous traversez.

Il s'approcha de la montagne et déploya l'éventail. Un coup.

Les flammes bondirent.

Deux coups.

Cent fois plus fort.

Trois coups.

Le feu atteignait mille mètres de haut.

Wukong déguerpit en courant. Ses poils du bas brûlaient déjà.

— Reculez ! Reculez ! Le feu arrive !

Tang Sanzang remonta sur son cheval et ils reculèrent de vingt li, hors de danger.

— Qu'est-ce qui se passe ? dit Tang Sanzang.

Wukong lança l'éventail par terre.

— Ce n'est pas le bon. On m'a donné un faux.

Tang Sanzang, sourcils froncés, larmes aux yeux :

— Que faire ?

Bajie dit :

— Grand Frère, tu cours toujours si vite — et là tu cries en retraite comme si c'était un incendie. Tu n'as pas peur du feu normalement, non ?

— Ce n'est pas la même chose. En temps ordinaire je pense à me protéger et le feu ne me touche pas. Là j'étais concentré sur éteindre les flammes, sans incantation de protection. Résultat, deux touffes de poils brûlées.

Sha Wujing murmura :

— Vers l'Est — pas de feu. Vers le Sud — pas de feu. Vers le Nord — pas de feu. Mais les Écritures sont à l'Ouest, où il y a le feu.

— C'est le principe, dit Tang Sanzang. Là où il y a des Écritures, il y a des épreuves. Là où il n'y a pas d'épreuves, il n'y a pas d'Écritures.

Ils discutaient encore quand une voix les interpella depuis la route :

— Grand Sage, venez vous restaurer avant de vous fatiguer davantage.

Un vieil homme s'approchait — manteau de cape flottant dans le vent, chapeau en lune croissante, bâton à tête de dragon, bottes de fer aux pieds. Derrière lui, un esprit-fantôme à bec crochu portait un plateau de cuivre avec des gâteaux, des bouillies, du riz au millet jaune.

— Je suis le génie du Sol de la Montagne des Flammes. Je sais que le Grand Sage protège le saint moine et que la route est bloquée. J'apporte un repas.

— À manger plus tard, dit Wukong. D'abord dites-moi : comment éteindre ces flammes pour que mon maître puisse passer ?

— Il faut emprunter le vrai éventail à la Dame aux Feuilles de Bananier.

— J'ai un éventail, dit Wukong en ramassant l'objet par terre. Il ne marche pas.

Le génie regarda et rit doucement.

— Grand Sage, ce n'est pas le bon. Elle vous a trompé. Pour avoir le vrai —

Il s'inclina et chuchota :

Si vous voulez vraiment l'éventail, cherchez le grand Roi de la Force.