le Grand Roi Corne d'Argent
Ancien serviteur du Vénérable Seigneur Laozi, ce redoutable démon régnait sur la Grotte du Lotus avec son frère, maniant des trésors magiques capables d'emprisonner tout adversaire.
Au trente-troisième chapitre, sur le sentier de la montagne Pingding, Sun Wukong se retrouve importuné par un vieux taoïste. Ce dernier, prétendant être blessé au pied, supplie le voyageur de le porter sur son dos. Wukong accepte et le hisse sur ses épaules. À l'instant suivant, le vieillard récite une incantation, et le mont Sumeru s'abat du ciel, écrasant Wukong. Tandis que ce dernier s'efforce de soutenir le poids,en serrant les dents, un second mont, le mont Emei, s'écrase sur lui. Avant même qu'il ne puisse reprendre son souffle, le mont Tai tombe à son tour — trois montagnes colossales s'abattent simultanément sur un seul homme. C'est l'une des scènes magiques les plus spectaculaires, les plus brutales et les plus déraisonnables de tout l'ouvrage ; et le magicien n'est ni un démon antique, ni une bête primordiale, mais un simple disciple s'étant échappé du four d'argent du Vénérable Seigneur Laozi.
Il s'appelle le Grand Roi Corne d'Argent.
Comparé à son frère, le Grand Roi Corne d'Or, la figure d'Argent reste floue dans la mémoire de nombreux lecteurs. L'arc narratif de la montagne Pingding est souvent résumé aux quatre mots « Corne d'Or et d'Argent », fusionnant les deux personnages sous une seule étiquette, ce qui efface leurs traits individuels. Pourtant, en relisant attentivement le texte, la distinction entre les deux est frappante : Corne d'Or est le stratège, Corne d'Argent l'exécutant ; Corne d'Or maîtrise la situation grâce aux trésors magiques, tandis que Corne d'Argent s'engage personnellement par la force brute et l'art des métamorphoses ; Corne d'Or attend les résultats depuis la grotte, alors que Corne d'Argent se précipite en première ligne pour déplacer des montagnes et écraser l'adversaire. Si Corne d'Or est le démon conseiller qui planifie dans l'ombre, Corne d'Argent est le général d'assaut — plus impulsif, plus violent, et bien plus présent.
Le disciple du four d'argent : ombre de Corne d'Or ou existence autonome ?
L'origine du Grand Roi Corne d'Argent est révélée au trente-cinquième chapitre par le Vénérable Seigneur Laozi lui-même : lui et Corne d'Or étaient respectivement les deux disciples chargés de surveiller le four d'or et le four d'argent. Profitant du moment où Laozi raffinait les élixirs, ils dérobèrent cinq trésors magiques et s'enfuirent vers le monde mortel. Ce dispositif les lie dans un même cadre narratif — ils forment un duo, comme les deux faces d'une même pièce.
Mais être un « duo » ne signifie pas être « identique ».
Corne d'Or est l'aîné, Corne d'Argent le cadet. Dans la structure du pouvoir de la grotte du Lotus, c'est Corne d'Or qui décide — c'est lui qui résout de capturer Tripitaka, c'est lui qui charge Corne d'Argent de patrouiller la montagne. Le rôle de Corne d'Argent s'apparente à celui d'un éclaireur : il frappe là où son frère le désigne. Au trente-deuxième chapitre, lorsque Corne d'Or apprend par un messager céleste que Tripitaka passera par la montagne Pingding, sa réaction est de rester dans la grotte pour élaborer un plan. Celle de Corne d'Argent est radicalement différente — il propose immédiatement de sortir lui-même pour s'emparer du moine. Cette divergence révèle une faille dans leurs tempéraments : Corne d'Or a l'habitude d'attendre que la proie vienne à lui, Corne d'Argent préfère l'offensive.
Cette différence s'accentue tout au long du récit. Lors de sa patrouille, Corne d'Argent croise Wukong, lequel parvient à le tromper en se métamorphosant en petit démon. Loin de se laisser décourager, Corne d'Argent redouble d'ardeur — il décide de se transformer lui-même en vieux taoïste blessé pour que Wukong le porte, lui permettant ainsi de lancer son sort à bout portant. Cette décision illustre son style unique : il ne se contente pas d'un contrôle à distance, il veut le combat au corps à corps. Corne d'Or n'agirait jamais ainsi. La méthode de Corne d'Or consiste à télécommander les choses depuis la grotte avec des trésors ; celle de Corne d'Argent est de s'infiltrer derrière les lignes ennemies sous un déguisement pour agir en personne.
La répartition des trésors magiques suggère également cette distinction. Parmi les cinq objets, la Gourde Pourpre et le Vase en Jade de Mouton servent à capturer, la Corde d'Or Oscillante à ligoter, l'Éventail de Feuille de Bananier à brûler et l'Épée aux Sept Étoiles à tuer. Corne d'Argent emporte avec lui pour la patrouille la gourde et le vase — les deux outils les plus directs et les plus brutaux : il suffit de prononcer le nom d'une personne pour que celle-ci réponde et soit aspirée pour être transformée en bouillie. Ce mode d'exécution, « appeler le nom pour tuer », est simple et brutal, en parfaite adéquation avec le caractère de Corne d'Argent : pas de détours, pas de ruse, juste un écrasement frontal.
Sur le plan narratif, la relation entre Corne d'Or et Corne d'Argent ressemble à une division entre le « cerveau » et le « poing ». Ce genre de duo est extrêmement rare dans tout l'ouvrage — la plupart des démons sont des loups solitaires, un grand roi entouré d'une horde de sbires anonymes. Même les trois frères du Lion, du Tigre et de l'Aigle sont, par essence, l'alliance de trois démons indépendants, ayant chacun leur origine et leur style de combat. Mais Corne d'Or et Corne d'Argent ne forment pas une alliance, ils sont un tout : même maître (le Vénérable Seigneur Laozi), même demeure (la grotte du Lotus), même set de trésors (tous volés à Laozi), même objectif (capturer Tripitaka). Leur relation s'apparente davantage à celle de deux cofondateurs d'une entreprise — l'un gère la stratégie, l'autre l'exécution.
Corne d'Argent n'est pas l'ombre de Corne d'Or. Il est son complément. Sans la force d'exécution brutale de Corne d'Argent, tous les plans de Corne d'Or ne seraient que des théories sur papier.
Déplacer les montagnes et renverser les mers : le poids du Sumeru, de l'Emei et du Tai
L'art de déplacer les montagnes et de renverser les mers, au trente-troisième chapitre, marque l'apogée de Corne d'Argent et constitue l'une des scènes magiques les plus percutantes visuellement du Voyage en Occident.
À ce moment, Corne d'Argent s'était métamorphosé en vieux taoïste blessé et avait réussi à convaincre Wukong de le porter. Accroupi sur le dos du singe, il récita son incantation et invoqua trois montagnes — le mont Sumeru, le mont Emei et le mont Tai — pour qu'elles s'abattent simultanément sur Wukong.
Le mont Sumeru est le centre du monde dans la cosmologie bouddhique, s'élevant à 84 000 yojanas ; le mont Emei est l'une des quatre montagnes sacrées du bouddhisme chinois ; le mont Tai est le premier des cinq monts sacrés, et l'expression « le mont Tai écrase le sommet » est en soi la métaphore la plus extrême d'une pression écrasante. Corne d'Argent a fait venir trois de ces géants d'un seul coup, chacun étant un sommet illustre du système mythologique. Il ne s'agit pas de « déplacer un gros rocher », mais d'arracher trois monuments géographiques de leur emplacement originel pour les transporter par les airs vers la montagne Pingding et les empiler sur un singe.
L'horreur de ce sort réside dans son caractère « contre-intuitif ». La plupart des magies dans le Voyage en Occident suivent une certaine logique interne : la métamorphose change l'apparence, l'art d'immobilisation bloque le mouvement, le Feu Samādhi Véritable attaque par la chaleur — chaque technique a un principe de fonctionnement compréhensible. Mais l'art de déplacer les montagnes brise ce cadre. Il ne s'agit pas d'attaquer une cible précise, mais de modifier directement l'environnement géographique. Corne d'Argent n'a pas besoin de vaincre Wukong au combat ; il lui suffit de déplacer trois montagnes. Aussi fort que soit Wukong, il reste un être de chair et de sang, et le poids de trois montagnes constitue un écrasement physique absolu.
Wukong, coincé sous les monts, se retrouve incapable du moindre mouvement. La portée symbolique de cette image est puissante : cinq cents ans plus tôt, il avait été écrasé pendant cinq siècles sous la Montagne des Cinq Éléments par le Seigneur Bouddha Tathāgata, ce qui était la punition d'un dieu envers un rebelle. Aujourd'hui, un disciple du Vénérable Seigneur Laozi l'écrase à nouveau avec trois montagnes — ce n'est plus une punition, c'est un écrasement tactique en plein combat. Dans les deux cas, il est prisonnier d'une montagne, mais si la Montagne des Cinq Éléments représentait le poids du destin, ces trois montagnes représentent le poids de la violence. Corne d'Argent a rejoué, de la manière la plus primitive, le pire cauchemar de Wukong.
La manière dont Wukong se libère enfin est également notable. Il ne renverse pas les trois montagnes par sa propre force — ce serait trop extravagant, même pour lui. Il récite une incantation pour appeler les divinités protectrices locales afin qu'elles l'aident à déplacer les monts. Ce détail prouve que la puissance de ce sort dépassait les capacités de réaction individuelles de Wukong, nécessitant le recours à des ressources extérieures pour être brisé. Durant son pèlerinage, Wukong a rarement besoin de « demander secours » pour sortir d'une impasse — c'est ici une exception.
L'art de déplacer les montagnes est unique dans tout le système magique de l'œuvre. Les sorts des autres démons sont pour la plupart des confrontations « d'homme à homme » — vous enfermer, vous brûler, vous geler ou vous tromper. La magie de Corne d'Argent est celle de « l'environnement contre l'homme » — il ne joue pas avec vous, il modifie le champ de bataille lui-même. En termes militaires, on appellerait cela « modifier la topographie du terrain », une tactique d'une dimension bien supérieure à l'affrontement frontal. Corne d'Argent n'avait peut-être pas conscience de ce qu'il faisait, mais son choix a objectivement manifesté une philosophie de la guerre dépassant la simple force individuelle : plutôt que de vaincre l'ennemi, mieux vaut rendre l'ennemi incapable de combattre.
La Gourde Rouge d'Or Pourpre et le Vase Pur en Jade : Divergences entre deux trésors capturants
Les deux trésors centraux transportés par le Grand Roi Corne d'Argent — la Gourde Rouge d'Or Pourpre et le Vase Pur en Jade — constituent les accessoires les plus cruciaux de l'intrigue du mont Pingding. Si le mode d'emploi de ces deux objets semble identique, il existe entre eux des nuances subtiles qui reflètent la logique interne du système de forge du Vénérable Seigneur Laozi.
Le mécanisme commun à ces deux trésors est celui de « l'appel nominal » : il suffit de diriger l'ouverture de la gourde ou du vase vers la cible et de prononcer son nom ; dès que la victime répond, elle est instantanément aspirée. Une fois à l'intérieur, elle se transforme en quelques instants en un liquide visqueux. La cruauté de ce procédé réside dans l'exploitation d'un réflexe social élémentaire : lorsque quelqu'un appelle votre nom, l'instinct est de répondre. Corne d'Argent a transformé cet instinct biologique en un instrument de mort.
La Gourde Rouge d'Or Pourpre était le récipient utilisé par Laozi pour conserver ses élixirs, façonnée à partir d'une gourde naturelle issue d'un objet spirituel primordial. Le Vase Pur en Jade, quant à lui, est l'objet en jade servant à contenir l'eau — le terme « jade gras de mouton » souligne qu'il s'agit du jade blanc le plus précieux. L'un est organique (la gourde), l'autre minéral (le jade) ; l'un contient des élixirs (attribut du feu), l'autre de l'eau (attribut de l'eau), formant ainsi une relation de complémentarité yin et yang.
En combat, la stratégie de Corne d'Argent consiste à alterner l'usage de ces deux trésors. Au trente-quatrième chapitre, il tente d'abord de s'en prendre à Wukong avec la Gourde Rouge d'Or Pourpre, mais Wukong y échappe grâce à ses métamorphoses. Sans s'affoler, Corne d'Argent sort alors le Vase Pur en Jade pour réitérer l'attaque. L'enchaînement de ces deux objets impose une pression constante à l'adversaire : si vous évitez la gourde, il reste le vase ; si vous évitez le vase, la gourde revient à la charge. Une telle configuration de « double sécurité » est unique parmi tous les démons du récit. Alors que la plupart ne possèdent qu'un seul trésor majeur, Corne d'Argent en dispose de deux, aux fonctions similaires mais aux formes distinctes, doublant ainsi la fréquence de ses assauts.
Pour contrer ces objets, Wukong ne choisit pas l'affrontement direct, mais le vol. Se métamorphosant en petit démon pour s'introduire dans la grotte, il substitue la véritable gourde par une fausse, puis use d'une ruse pour dérober le vase. L'essence de cette solution réside dans un constat : Wukong réalise que ces trésors sont presque impossibles à contrer frontalement — on ne peut pas s'empêcher de « répondre » car, en plein combat, il est inévitable que l'adversaire appelle votre nom. La seule issue est de priver l'ennemi de ses outils. Wukong adopte la stratégie la plus pragmatique : plutôt que de briser le mécanisme, il s'empare tout simplement de l'objet.
D'un point de vue narratif, la Gourde Rouge d'Or Pourpre et le Vase Pur en Jade représentent la conversion militaire d'« ustensiles domestiques » issus de l'atelier de Laozi. La gourde servait aux élixirs, le vase à l'eau — leurs fonctions originelles étaient celles d'outils quotidiens de l'alchimie. Mais entre les mains de Corne d'Argent, ces objets banals deviennent des armes de destruction massive. Cette mutation suggère une proposition inquiétante : combien d'autres « outils quotidiens » dans le laboratoire du Vénérable Seigneur Laozi recèlent un tel potentiel meurtrier ?
Le vieux taoïste métamorphosé : l'astuce pour faire porter Wukong sur son dos
La performance tactique la plus remarquable du Grand Roi Corne d'Argent ne réside pas dans une force brute capable de déplacer des montagnes, mais dans la ruse consistant à se transformer en vieux taoïste pour convaincre Wukong de le porter. Cet épisode révèle une facette de Corne d'Argent souvent occultée par son image de « bourreau » : il est, en réalité, très intelligent.
Au trente-troisième chapitre, lors de sa première reconnaissance, Corne d'Argent est démasqué et ridiculisé par Wukong, subissant un revers non négligeable. En pareille circonstance, un démon ordinaire aurait soit cédé à la colère en attaquant frontalement, soit battu en retraite vers sa demeure pour implorer l'aide de son frère. Corne d'Argent ne fait ni l'un ni l'autre — il choisit de « tenter une nouvelle approche ». Il se métamorphose en un vieux taoïste blessé à la jambe, gisant au bord du chemin, et joue les misérables au passage du groupe de pèlerins. Tripitaka, dont le cœur est naturellement tendre, demande alors à Wukong de porter le vieillard sur son dos pour un bout de chemin.
La finesse de ce stratagème réside dans le fait qu'il cible la faiblesse structurelle du groupe : la compassion de Tripitaka. Corne d'Argent n'attaque pas Wukong directement — sachant qu'un duel frontal serait risqué — mais utilise la bonté du moine pour créer une situation que Wukong ne peut refuser. Puisque Tripitaka a donné l'ordre, Wukong ne peut désobéir à son maître. C'est une attaque indirecte, un art d'utiliser la force de l'autre contre lui.
Plus subtile encore est l'utilisation du geste de « porter ». Corne d'Argent ne cherche pas simplement à s'approcher de Wukong, mais à chevaucher son dos. C'est seulement dans cette position qu'il peut déclencher l'art de déplacer les montagnes au moment où Wukong est totalement sans défense — car les montagnes s'abattent d'en haut, et la position de Corne d'Argent sur le dos de Wukong lui permet de bondir hors de portée à la dernière seconde. En combat face à face, Wukong aurait eu le temps de réagir ; mais lors d'une surprise dans le dos, Wukong n'a même pas le temps de se retourner que trois montagnes se sont déjà abattues sur lui.
Cette tactique repose sur trois niveaux de calcul : premièrement, utiliser la compassion de Tripitaka pour forcer l'obéissance de Wukong ; deuxièmement, profiter de l'action de porter pour obtenir la position idéale de lancement du sort ; troisièmement, lancer l'assaut alors que Wukong est distrait par le soin apporté au « blessé ». Ces trois étapes s'imbriquent parfaitement, aucune n'est superflue.
Par la suite, Corne d'Argent emploie une seconde métamorphose : il demande à l'un de ses subordonnés de se transformer en sa propre mère, gisant elle aussi sur le chemin, pour exploiter à nouveau la bonté de Tripitaka. Cette fois, Tripitaka exige que Wukong porte également la « vieille mère ». Bien que Wukong soit désormais méfiant, il doit s'exécuter par respect pour son maître. En variant la même ruse, Corne d'Argent fait preuve d'une résilience tactique : si un plan échoue, il en propose un autre, et le nouveau est une version améliorée du précédent — la première fois, il se transformait lui-même ; la seconde, il faisait transformer un subordonné tout en restant caché pour observer la réaction de Wukong.
Ce cycle « observation-ajustement-attaque » est extrêmement rare chez les démons du récit. La plupart suivent une ligne tactique unique : un seul tour réussi et ils s'en tiennent là. Corne d'Argent démontre une capacité d'itération — il apprend de ses échecs, ajuste sa stratégie et frappe à nouveau. Ce n'est pas de la force, c'est de l'intelligence tactique.
Le vol des trésors : quand l'astuce se retourne contre soi
La chute du Grand Roi Corne d'Argent est l'un des exemples les plus classiques de « l'intelligence vainquant la force » dans l'œuvre. Wukong ne bat pas Corne d'Argent dans un combat frontal — d'ailleurs, lors de l'écrasement sous les trois montagnes, Wukong a été totalement vaincu sur le plan de la puissance. La victoire de Wukong passe par la substitution des trésors : remplacer le vrai par le faux pour transformer l'arme la plus puissante de Corne d'Argent en un morceau de fer inutile.
Au trente-quatrième chapitre, après s'être libéré, Wukong ne se précipite pas vers la vengeance, mais engage une série d'opérations de substitution minutieuses. Il se métamorphose d'abord en petit démon pour s'infiltrer dans la grotte des Lotus et repérer l'emplacement des cinq trésors. Puis, utilisant une gourde ordinaire métamorphosée pour ressembler à la Gourde Rouge d'Or Pourpre, il profite de la confusion pour subtiliser l'originale. Lorsque Corne d'Argent tente d'aspirer Wukong avec la fausse gourde, rien ne se passe, peu importe combien de fois il appelle — c'est alors qu'il réalise pour la première fois que quelque chose ne va pas.
La stratégie de substitution de Wukong cible la faiblesse psychologique fatale de Corne d'Argent : sa confiance absolue envers ses trésors. Ce dernier n'a jamais douté de l'authenticité des objets qu'il détenait — car dans son esprit, ces artefacts volés au Vénérable Seigneur Laozi sont uniques au monde, comment pourraient-ils être faux ? C'est précisément cette confiance qui a constitué la plus grande faille. Wukong n'a pas eu besoin de briser le mécanisme du trésor, il lui a suffi de briser le lien de confiance entre Corne d'Argent et son objet — et le moyen le plus direct de rompre cette confiance était de faire disparaître le véritable trésor des mains du démon.
L'enchaînement des tromperies qui suit est encore plus brillant. Wukong prétend posséder lui aussi une gourde et, sous les yeux de Corne d'Argent, utilise le tour de « capturer le ciel » pour impressionner son adversaire. Voyant que la gourde de Wukong peut aspirer le ciel tout entier, Corne d'Argent, terrifié, propose de lui échanger son propre vase. Wukong suit le mouvement et s'empare ainsi du second trésor. À cet instant, les deux armes fondamentales de Corne d'Argent ont changé de mains.
L'ironie de ce processus réside dans le fait que le Grand Roi Corne d'Argent a été conduit à sa perte par sa propre intelligence. Il était assez fin pour imaginer la ruse du vieux taoïste, mais c'est précisément parce qu'il se croyait intelligent qu'il a cru, sans aucune hésitation, que la gourde de Wukong était un véritable trésor capable d'aspirer le ciel. Sa logique était la suivante : « Mon trésor a été volé à Laozi, et celui de l'autre peut aspirer le ciel, il est donc forcément plus puissant que le mien — si j'échange mon vase contre sa gourde, je suis gagnant. » Chaque étape de ce raisonnement semble logique, mais la prémisse est fausse : le « ciel aspiré » n'était qu'une illusion, et la gourde était une imposture.
Finalement, le Vénérable Seigneur Laozi descend personnellement sur le mont Pingding pour récupérer ses deux serviteurs et ses cinq trésors. L'attitude de Laozi est singulière : il ne punit pas Corne d'Argent ni Corne d'Or, il se contente de les ramener avec lui. Tel un parent venant chercher un enfant ayant fait des troubles à l'école, son expression ne traduit aucune colère, seulement la résignation de celui qui se dit : « Je savais que cela arriverait. » Corne d'Argent est renvoyé surveiller son four d'alchimie, une fin plus cruelle encore que la mort — il a brièvement goûté au pouvoir et à la violence d'un roi, pour être ensuite renvoyé à son poste initial, simple serviteur chargé de surveiller un four.
L'échec de Corne d'Argent n'est pas un échec de puissance, mais un échec de l'information. Il possédait les sorts les plus spectaculaires, les trésors les plus violents et les métamorphoses les plus rusées du livre, mais il lui manquait une chose : un jugement précis de sa propre situation. Il se croyait le chasseur, alors qu'à l'instant même où Wukong a commencé à substituer les trésors, il était déjà devenu la proie.
Personnages liés
- le Grand Roi Corne d'Or : Frère aîné du Grand Roi Corne d'Argent et ancien serviteur chargé de surveiller le fourneau d'or du Vénérable Seigneur Laozi. Ensemble, ils occupent la Grotte du Lotus. Le premier est le stratège et le second l'exécuteur, formant ainsi l'un des rares duos de démons de tout l'ouvrage.
- le Vénérable Seigneur Laozi : Ancien maître du Grand Roi Corne d'Argent. Ce dernier n'était alors qu'un humble serviteur auprès du fourneau d'argent de Laozi avant de dérober cinq trésors magiques pour descendre parmi les mortels et devenir un démon ; il fut finalement rappelé par Laozi en personne. L'attitude du Seigneur Laozi envers ses deux serviteurs s'apparente davantage à celle d'un parent dont la discipline a fait défaut qu'à celle d'une divinité entrée dans une colère noire.
- Sun Wukong : Principal adversaire du Grand Roi Corne d'Argent. Lors des affrontements directs, Wukong se vit dominé par l'art de déplacer les montagnes et d'inverser les mers, mais il parvint à renverser la situation grâce à sa ruse en substituant les trésors magiques. Ce duel illustre parfaitement le motif classique du triomphe de l'esprit sur la force brute.
- Tripitaka : La ruse du Grand Roi Corne d'Argent, qui se métamorphosa en vieux taoïste pour tromper Tripitaka, s'appuya précisément sur la compassion du moine. Dans cet épisode, la bonté de Tripitaka devient la plus grande faiblesse tactique du groupe de pèlerins.
- Zhu Bajie : Dans le récit du Mont Pingding, Bajie fut capturé par les petits démons aux ordres du Grand Roi Corne d'Argent, étant l'un des premiers membres de l'expédition à tomber aux mains de l'ennemi.
Questions fréquentes
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