le Roi Démon Taureau
Souverain parmi les démons et frère de sang de Sun Wukong, ce colosse à la force herculéenne règne sur la Montagne aux Nuages d'Émeraude avant de succomber aux armées célestes.
Au troisième chapitre, alors que le singe vient tout juste de rapporter le Ruyi Jingu Bang du palais du Dragon et d'effacer son nom du Registre de Vie et de Mort aux Enfers, il se trouve au sommet de sa gloire quand, soudain, « soixante-douze rois démons vinrent rendre hommage au Roi Singe ». Parmi ces monarques, six se distinguent particulièrement : « le Roi Démon Taureau, le Roi Démon Dragon, le Roi Démon Peng, le Roi Lion-Éléphant, le Roi Singe et le Roi Yulong ». Ils se lient ensemble par un serment de fraternité avec Sun Wukong, formant ainsi les « Sept Grands Sages ». Le Roi Démon Taureau occupe le premier rang et se proclame le « Grand Sage qui Égale le Ciel ». L'ambition nichée dans ces quatre caractères dépasse largement celle des six autres : être « égal au ciel », « recouvrir la mer », « troubler le ciel », « déplacer les montagnes », « commander aux vents » ou « chasser les esprits » relève soit d'une capacité concrète, soit d'une posture. Mais « aplatir le ciel » — vouloir écraser la voûte céleste elle-même — constitue une négation totale de l'ordre établi. Cinq cents ans plus tard, alors que Wukong porte désormais le Bandeau d'Or, s'est vêtu d'une peau de tigre et appelle « Maître » celui qui le guide sur le chemin des écritures, son frère aîné mène toujours une vie de potentat à la Montagne aux Nuages d'Émeraude, entouré d'une épouse et d'une concubine. Leurs retrouvailles ne sont pas celles de nostalgiques, mais le début d'une guerre. Un singe, déjà assimilé par le système, vient confronter un taureau qui refuse toujours de s'y soumettre, pour exiger la remise d'un éventail précieux tenu par sa femme. C'est l'un des conflits les plus complexes du Voyage en Occident, car il entremêle quatre fils narratifs : la loyauté fraternelle, les querelles conjugales, la séparation d'un père et son fils, et l'opposition entre le bien et le mal. Et aucun de ces fils n'est tout blanc ou tout noir.
La septième chaise de la Montagne des Fleurs et des Fruits : les origines du Grand Sage qui Égale le Ciel
L'apparition du Roi Démon Taureau au troisième chapitre est extrêmement succincte. Wu Cheng'en se contente d'écrire qu'il est « à la tête » du groupe, sans même décrire son apparence. Pourtant, cette position de leader livre une information capitale : dans la hiérarchie des Sept Grands Sages, il précède Sun Wukong. Le titre de « Grand Sage Égal du Ciel » que Wukong s'est auto-attribué est déjà une transgression monumentale, mais le titre de « Grand Sage qui Égale le Ciel » porté par le Roi Démon Taureau va, sémantiquement, encore plus loin : il ne s'agit pas d'être au même niveau que le ciel, mais de le piétiner pour l'aplatir.
Le serment des Sept Grands Sages a lieu durant la période la plus insolente de Wukong — juste après avoir saisi le pilier stabilisateur des mers, rayé le Registre de Vie et de Mort, et s'être vu dénoncer conjointement par le Roi Dragon et le Roi des Enfers auprès de la Cour Céleste. Le texte raconte qu'ils « passaient leurs journées à discourir de littérature et d'art martial, s'échangeaient le vin, chantaient, dansaient et jouaient de la musique, partant le matin pour ne revenir que le soir, dans une joie sans cesse renouvelée » (chapitre 3). Cette lune de miel fut brève : un seul chapitre plus tard, la Cour Céleste envoya des émissaires pour proposer un pardon et une intégration. Wukong monta au ciel pour devenir le gardien des chevaux Célestes, et l'histoire des sept frères s'interrompit là.
Du chapitre 4 au chapitre 59, soit sur une étendue de cinquante-cinq chapitres, le Roi Démon Taureau disparaît totalement. Durant ce vide, Wukong a provoqué le chaos au Palais Céleste, a été écrasé sous la Montagne des Cinq Éléments pendant cinq cents ans, a trouvé un maître, a entrepris son pèlerinage et a terrassé d'innombrables démons ; son identité a glissé de celle de « roi démon » à celle de « disciple bouddhiste ». Et qu'a fait le Roi Démon Taureau durant ces cinq cents ans ? Le livre n'en dit pas un mot. On peut toutefois déduire la suite : durant cette période, il a épousé la Princesse Éventail de Fer, a engendré l' Enfant de Feu, a pris la Renarde au Visage de Jade comme concubine et a établi son hégémonie sur deux territoires, la Montagne aux Nuages d'Émeraude et la Montagne des Tonnerres Accumulés. En cinq siècles, ce roi démon est passé du statut de « frère de sang » à celui de « suzerain régional ». Pendant ce même temps, son frère a troqué son titre de « Grand Sage Égal du Ciel » contre celui de « garde du corps d'un moine pèlerin ».
Ce contraste d'identité est la clé pour comprendre tout le conflit de la Montagne des Flammes. Quand Wukong vient emprunter l'éventail de bananier, il ne fait pas face à un simple monstre, mais à un miroir — un miroir reflétant ce qu'il aurait pu devenir s'il n'avait pas été soumis.
La Montagne aux Nuages d'Émeraude et la Montagne des Tonnerres Accumulés : le double domaine d'un roi démon
Le Roi Démon Taureau est le seul démon du Voyage en Occident à posséder simultanément deux demeures. La Grotte du Bananier, à la Montagne aux Nuages d'Émeraude, est le foyer officiel qu'il partage avec la Princesse Éventail de Fer ; la Grotte des Nuages Mouvants, à la Montagne des Tonnerres Accumulés, est son « appartement secret » avec la Renarde au Visage de Jade. Les deux montagnes sont très éloignées — pour passer de l'une à l'autre, Wukong doit « chevaucher les nuages » pour rattraper le taureau — mais ce dernier circule librement entre les deux.
Une telle organisation de « double foyer » est rare chez les démons. La plupart n'ont qu'une seule demeure : le Démon du Vent Jaune a sa grotte au col du Vent Jaune, les Démones Araignées ont la Grotte des Fils de Soie, la Démone aux Os Blancs a la Colline du Tigre Blanc — un démon pour un territoire, simple et net. Le modèle du Roi Démon Taureau ressemble davantage aux privilèges des puissants own humains : l'épouse légitime gère le domaine familial aux Nuages d'Émeraude, tandis que la concubine offre les plaisirs aux Tonnerres Accumulés. Au chapitre 59, quand Wukong se rend à la Grotte du Bananier, la Princesse Éventail de Fer lui confie que le Roi Démon Taureau « n'est pas à la maison ces jours-ci », étant parti aux Tonnerres Accumulés pour « boire du vin avec la Princesse au Visage de Jade ». Au chapitre 60, quand Wukong le poursuit jusqu'à la Montagne des Tonnerres Accumulés, il le trouve effectivement dans la Grotte des Nuages Mouvants, « buvant et s'amusant » avec la renarde.
Le nom de la Grotte du Bananier provient de l'éventail de la Princesse Éventail de Fer — l'atout majeur de ce domaine n'est pas la terre, mais cet objet. Chaque année, les habitants des environs de la Montagne des Flammes offrent « quatre cochons, quatre agneaux, des étoffes précieuses et des fruits exotiques » à la princesse pour qu'elle éteigne les feux de la montagne, permettant ainsi aux récoltes de pousser. L'éventail n'est pas ici une arme, mais un outil économique — un seul objet maintient la survie agricole d'une région entière, et la Princesse Éventail de Fer en est l'unique distributrice. Le Roi Démon Taureau laisse son épouse légitime dans ce bastion aux « revenus stables » pour s'en aller courtiser une jeune et belle concubine aux Tonnerres Accumulés — un arrangement aussi froid que pragmatique.
L'origine de la Grotte des Nuages Mouvants est plus singulière. Le chapitre 60 nous révèle que la Renarde au Visage de Jade est la fille du « Roi des Renards Millénaires », qu'elle possède « des millions de biens » et qu'elle a grandi « sans aucune discipline ». Elle n'a pas été enlevée par le Roi Démon Taureau ; c'est elle qui a « sollicité le Roi Démon Taureau pour en faire son époux ». Elle a convoité sa force brute, et lui a convoité sa fortune. C'est un mariage d'intérêt au sein du monde des démons. Wu Cheng'en n'utilise jamais le mot « amour » pour décrire cette relation ; tout le vocabulaire tourne autour de « se tenir compagnie », « boire du vin » et « s'amuser » — un échange de chair et de biens, sans aucune profondeur sentimentale.
La Princesse Éventail de Fer, la Renarde au Visage de Jade et l'Enfant de Feu : la famille la plus complexe du monde démoniaque
Dans le Voyage en Occident, les démons sont pour la plupart des êtres solitaires. Même lorsqu'ils ont des sbires, il s'agit d'un rapport de servitude ; les démons possédant une véritable « structure familiale » sont extrêmement rares. La famille du Roi Démon Taureau est la plus complète du livre : un mari, une épouse légitime, un fils, une concubine et un frère — cinq personnages formant un réseau familial qui traverse plusieurs arcs narratifs.
La Princesse Éventail de Fer est le personnage le plus touchant de cette famille. Au chapitre 59, lors de sa première rencontre avec Wukong, elle s'exclame : « Espèce de singe effronté ! Je te reconnais ! Mon fils n'est peut-être pas mort, mais s'il arrivait jusqu'à moi, je ne te pardonnerais jamais de lui avoir fait du mal ! » Cette phrase est lourde de sens : elle sait que l'Enfant de Feu n'est pas mort (« n'est peut-être pas mort »), mais elle sait aussi qu'il ne reviendra jamais (« s'il arrivait jusqu'à moi »). La colère d'une mère ne naît pas ici de la mort de son enfant, mais du fait que l'enfant est vivant et pourtant définitivement arraché à elle. Cette rage est plus désespérante que la douleur du deuil, car elle ne peut même pas se consoler en se disant que « la mort libère ». À cet instant, l'Enfant de Feu se tient aux côtés de la Bodhisattva Guanyin en tant que Jeune Pèlerin Shancai ; il est vivant, mais il ne lui appartient plus.
La Renarde au Visage de Jade occupe dans cette famille un rôle proche de celui d'un « investisseur financier ». En utilisant sa fortune pour « recruter » le Roi Démon Taureau, elle a acheté un garde du corps doublé d'un compagnon. Au chapitre 60, quand Wukong se fait passer pour le taureau, la renarde l'accueille « parfaitement apprêtée » et « rayonnante » — une posture de séduction classique. Mais quand le vrai Roi Démon Taureau revient et découvre la supercherie, elle éclate en sanglots et hurle, traitant le taureau d'« incapable ». Son attitude envers lui dépend entièrement de sa capacité à protéger ses actifs — ce n'est pas de l'amour, c'est un contrat de sécurité assorti d'obligations affectives.
Bien que l'histoire de l' Enfant de Feu se déroule aux chapitres 40 à 42, son ombre plane jusqu'à l'épisode de la Montagne des Flammes. L'attitude du Roi Démon Taureau face à la perte de son fils est très révélatrice : il n'a jamais exprimé directement sa colère ou sa tristesse. Dans les cinq chapitres allant du 59 au 63, il ne mentionne l'Enfant de Feu aucune fois. Est-ce par indifférence ? Pas forcément. L'explication la plus probable est que, tel un « mâle alpha » du monde démoniaque, il refuse d'étaler ses sentiments. Pourtant, ses actes disent tout : quand Wukong vient emprunter l'éventail, il choisit de soutenir sa femme plutôt que son frère de sang. Ce choix est en soi une réponse silencieuse à la douleur d'avoir perdu son fils.
Le Vénérable Ruyi est le frère du Roi Démon Taureau, apparu au chapitre 53. Il a accaparé les eaux de la Source du Fœtus au monastère de Juyan. Quand Wukong vient chercher l'eau, il lui lance franchement : « Tu as fait du mal à mon neveu, l'Enfant de Feu, et cette vengeance n'est pas encore accomplie ! » Là où le Roi Démon Taureau s'est tu, son frère exprime le non-dit. Le Vénérable Ruyi disparaît après avoir été vaincu par Wukong, mais son existence prouve une chose : l'assimilation de l'Enfant de Feu a provoqué un séisme bien plus profond au sein de la famille du Roi Démon Taureau que ce que les apparences suggèrent.
Après la perte de l'enfant : dix-sept chapitres de silence, de 42 à 59
Du chapitre 42, où la Bodhisattva Guanyin soumet l'Enfant de Feu, au chapitre 59, où Wukong se rend pour la première fois à la Montagne aux Nuages d'Émeraude pour emprunter l'Éventail de Feuille de Bananier, s'écoulent dix-sept chapitres — soit environ un à deux ans dans la chronologie du voyage. Qu'est-il advenu de la famille du Roi Démon Taureau durant cet intervalle ?
Wu Cheng'en ne l'écrit pas explicitement, mais on peut le déduire à rebours à travers la réaction de la Princesse Éventail de Fer au chapitre 59 : elle a attendu. Elle a attendu le retour de l'Enfant de Feu — tout en sachant que c'était impossible. Lorsqu'elle prononce ces mots au chapitre 59 : « Même si ma vie n'était pas en jeu, comment pourrait-il revenir vers moi ? », elle emploie un ton qui trahit une acceptation résignée, mais teintée d'une amertume persistante. Une mère a mis plus d'un an pour que le fantasme du « peut-être qu'il reviendra » s'érode lentement jusqu'à devenir la réalité du « il ne reviendra jamais ».
La réaction du Roi Démon Taureau, quant à elle, fut la fuite. Au lieu de soutenir son épouse à la Montagne aux Nuages d'Émeraude, il s'est enfui vers la Montagne du Tonnerre Accumulé pour s'ébattre avec la Renarde au Visage de Jade. Ce schéma comportemental n'est pas étranger au monde réel : face à un drame familial majeur, l'un choisit d'affronter la douleur (la Princesse Éventail de Fer own seule la Grotte du Bananier), tandis que l'autre choisit l'évasion (le Roi Démon Taureau se réfugiant dans la Grotte des Nuages Mouvants). Impuissant à récupérer son fils, incapable de consoler sa femme et incapable d'exiger justice auprès de la Bodhisattva Guanyin — un roi démon se proclamant « Grand Sage qui Égale le Ciel » se retrouve totalement désarmé face au pouvoir bouddhique.
L'apparition de l'Immortel Ruyi au chapitre 53 est l'écho extérieur du traumatisme de cette famille. Lorsque Wukong et Sha Wujing se rendent à la Montagne du Soleil Levant pour puiser l'eau de la Source du Fœtus, l'Immortel Ruyi leur barre la route, non pas pour protéger la source, mais parce que « mon neveu, l'Enfant de Feu, a été victime de tes méfaits ». Logiquement, cet argument ne tient pas — l'Enfant de Feu a été recueilli par Guanyin, non tué par Wukong — mais émotionnellement, il est tout à fait fondé. Pour la famille du Roi Démon Taureau, Wukong est l'élément déclencheur de la chaîne : sans Wukong pour solliciter Guanyin dans la mer du Sud, celle-ci ne serait pas venue à la Grotte des Nuages de Feu, l'Enfant de Feu n'aurait pas été enchaîné par les cinq cercles d'or, et ne serait pas devenu le Jeune Pèlerin Shancai.
Première tentative pour l'éventail : les doubles lames et le souffle de la fille de Rakshasa
Le chapitre 59 marque le début de l'arc narratif de la Montagne des Flammes. Arrivés devant la montagne, les pèlerins « sentent une chaleur accablante, rendant toute progression presque impossible ». Le génie local les informe que ce feu provient d'une brique tombée du fourneau des huit trigrammes du Vénérable Seigneur Laozi, et que seul l'Éventail de Feuille de Bananier de la Princesse Éventail de Fer, à la Montagne aux Nuages d'Émeraude, peut l'éteindre.
Arrivé à la Grotte du Bananier, Wukong s'annonce à la porte : « Je suis ton ancien compagnon, Sun Wukong ». La réaction de la Princesse Éventail de Fer est d'une violence extrême — elle s'exclame, « les dents serrées par la haine » : « Tu as fait souffrir mon fils, comment pourrais-je te pardonner ! » Elle dégaine alors deux épées précieuses pour le frapper. Ce détail est souvent négligé : l'arme de la Princesse n'est pas l'éventail, mais des épées. L'éventail est un trésor magique, tandis que l'épée est son arme conventionnelle. Le fait qu'elle tente de le trancher plutôt que de le chasser avec l'éventail prouve que son premier réflexe est de venger son fils par le sang, et non simplement de s'en débarrasser.
Cependant, « la fille de Rakshasa et le Voyageur combattirent pendant cinq ou sept tours, jusqu'à ce que ses bras soient engourdis » — incapable de vaincre Wukong, elle sort alors l'Éventail de Feuille de Bananier. « D'un seul coup d'éventail, elle envoya le Voyageur disparaître dans les airs » (chapitre 59). Wukong est projeté à cinquante-quatre mille lieues de là, jusqu'au Petit Mont Meru. Cette distance est précise au chiffre près dans l'œuvre originale — Wu Cheng'en n'a pas choisi ce nombre au hasard. Un saut de Wukong parcourt cent huit mille lieues, et l'éventail le projette à cinquante-quatre mille — exactement la moitié d'un saut. Ce calcul suggère la puissance de l'objet : il peut rivaliser de front avec le Nuage-Saut-de-Carpe de Wukong.
La Bodhisattva Lingji donne alors à Wukong une « pilule de stabilisation du vent » qu'il doit garder en bouche pour ne plus craindre le souffle de l'éventail. Lors de sa seconde visite, la Princesse s'acharne avec son éventail, mais cette fois, « après sept ou quatre-vingts coups, il ne bouge pas d'un pouce ». Terrifiée, elle s'enferme. Wukong se métamorphose alors en petit insecte pour s'introduire dans son ventre et s'y mettre à donner des coups de poing et de pied. La Princesse, roulant au sol sous la douleur, finit par céder et lui remet l'éventail.
Mais elle lui a donné un faux éventail. Lorsque Wukong tente d'éteindre le feu de la Montagne des Flammes, les flammes, loin de diminuer, s'intensifient : « Plus on éventait, plus le feu grandissait, embrasant tout le ciel » (fin du chapitre 59). Il comprend alors qu'il a été dupé. La ruse de la Princesse, bien que simple, s'avère redoutable : même alors qu'elle était torturée dans son propre ventre, elle a gardé la tête froide pour remettre le faux objet. Ce détail prouve que la Princesse Éventail de Fer n'est pas un monstre de force brute, mais une adversaire d'une intelligence fine.
Duel de métamorphoses : quand le Roi Démon Taureau affronte les Soixante-douze Métamorphoses de Sun Wukong
Le chapitre 60 est le plus dense de tout l'arc de la Montagne des Flammes. Wukong se rend à la Montagne du Tonnerre Accumulé pour demander l'éventail au Roi Démon Taureau, qui refuse : « Tu as fait souffrir mon fils, tu as brisé ma lignée, comment pourrais-je te prêter l'éventail ? » C'est la seule fois dans tout le livre que le Roi Démon Taureau mentionne directement l'Enfant de Feu. Il utilise l'expression « briser la lignée » plutôt que « faire souffrir mon fils » — dans la société ancienne, l'extinction de la lignée était plus grave que la perte d'un enfant, car elle signifiait la fin du sang familial. Bien que vivant, l'Enfant de Feu est devenu moine (le Jeune Pèlerin Shancai) et ne peut plus transmettre le nom familial ; dans le système de valeurs du Roi Démon Taureau, cela équivaut à une disparition définitive.
Après ce refus, le combat s'engage. Ils se ownent pendant une centaine de tours sans que nul ne l'emporte — un fait extrêmement rare dans l'œuvre. Jusqu'ici, hormis Erlang Shen et le Singe aux Six Oreilles, Wukong avait rarement rencontré un adversaire d'un niveau martial équivalent. Le fait que le Roi Démon Taureau puisse tenir tête à Wukong confirme que leurs forces sont du même ordre de grandeur. Cela fait écho à leur fraternité d'autrefois : un démon capable de se lier d'amitié avec Wukong cinq cents ans plus tôt ne pouvait être faible.
En plein combat, un invité vient chercher le Roi Démon Taureau pour un banquet. Ce dernier part chevaucher sa « Bête aux Yeux d'Or fuyant l'Eau » vers le Bassin des Ondes Vertes de la Montagne des Roches Confuses pour rejoindre le Roi Dragon. Wukong dérobe sa monture, prend l'apparence du Roi Démon Taureau et se rend à la Grotte du Bananier pour tromper la Princesse. Celle-ci ne reconnaît pas le faux époux — un ressort narratif repris sans cesse dans les opéras et adaptations cinématographiques ultérieures — et remet le véritable éventail au faux mari.
De retour du banquet, le Roi Démon Taureau s'aperçoit de la disparition de sa monture et comprend immédiatement la supercherie. Lui aussi maîtrise les Soixante-douze Métamorphoses — c'est le seul démon du livre explicitement décrit comme possédant ce don. Il prend l'apparence de Zhu Bajie, intercepte Wukong en chemin et lui ravit l'éventail par la ruse.
La structure narrative de ce passage est un « miroir symétrique » savamment orchestré : Wukong se transforme en Roi Démon Taureau pour tromper la Princesse $\rightarrow$ le Roi Démon Taureau se transforme en Zhu Bajie pour tromper Wukong. Les deux « frères de sang » utilisent les mêmes procédés pour s'abuser mutuellement. Ici, l'art de la métamorphose n'est plus seulement une arme de combat, mais la métaphore d'un effondrement de la confiance. Ils se connaissent trop bien, au point de pouvoir imiter avec précision les proches de l'autre — et cette connaissance n'est pas mise au service de la protection, mais de la tromperie.
Le Grand Bœuf Blanc : la bataille des formes originelles la plus spectaculaire du livre
Au chapitre 61, après l'échec de la troisième tentative pour obtenir l'éventail, Wukong et Zhu Bajie décident d'affronter le Roi Démon Taureau frontalement. Cette fois, point de ruse ni de métamorphose, mais un pur duel de force.
Le Roi Démon Taureau combat d'abord Wukong, et « après une centaine de tours, aucun des deux ne l'emporte ». Zhu Bajie s'ajoute à la mêlée, et sous l'assaut conjugué des deux, le Roi Démon Taureau commence à faiblir. « Le Roi Démon s'irrita alors, secoua la tête et révéla sa forme originelle : un grand bœuf blanc » (chapitre 61).
Cette forme est la plus grandiose de tous les démons du récit. Wu Cheng'en la décrit ainsi : « Sa tête était comme une montagne escarpée, ses yeux comme des éclairs, ses deux cornes comme deux tours de fer et ses dents comme des lames tranchantes. De la tête à la queue, il mesurait plus de mille zhang ; du sabot au dos, il culminait à huit cents zhang. » Plus de mille zhang de long et huit cents zhang de haut — soit environ trois mille mètres de long et deux mille mètres de haut selon les mesures modernes — ce n'est plus un bœuf, c'est une chaîne de montagnes mouvante.
Wukong révèle à son tour sa forme originelle — un « corps d'or de dix mille zhang » — et utilise son Bâton de Fer aux Cerceaux d'Or pour contrer les cornes de fer du bœuf. Deux colosses s'entre-déchirent entre ciel et terre — « un combat titanesque qui ébranla le monde » (chapitre 61). Wu Cheng'en utilise un poème pour décrire la scène, comparant ce duel de monstres aux affrontements les plus tragiques et héroïques de l'histoire humaine, tels que celui de Jing Ke face au Premier Empereur ou le départ d'Xiang Yu et de sa concubine Yu Ji.
La particularité de ce combat réside dans son caractère « incontrôlable ». Pour la plupart des démons, révéler sa forme originelle est l'ultime tentative désespérée avant la défaite — comme l'Esprit Scorpion dont la forme est neutralisée par l'Officier Astral du Soleil. Mais pour le Roi Démon Taureau, la transformation intervient au sommet de la bataille ; c'est une montée en puissance volontaire et non une exposition forcée. Devenu le Grand Bœuf Blanc, il devient encore plus redoutable : ni Wukong ni Bajie ne parviennent à le maîtriser, et le bœuf, « chargeant et fracassant tout sur son passage », devient une force irrésistible.
L'encerclement des Quatre Rois Célestes : Pourquoi la Cour Céleste a-t-elle déployé tout son arsenal ?
Wukong, incapable de vaincre le Roi Démon Taureau sous sa forme originelle, se vit contraint d'appeler des renforts. Mais cette fois, il ne s'agissait pas d'un simple Bodhisattva ou d'une divinité astrale, mais de toute la puissance militaire de la Cour Céleste : Li Jing, le Roi Céleste porte-pagode, à la tête du prince Nezha, des Quatre Rois Célestes et des Vajras bouddhiques, épaulés par les génies de la terre, les dieux des montagnes et les Rois Dragons, formant ainsi une armée d'encerclement colossale.
Un tel déploiement est sans précédent dans tout l'ouvrage. Comparons cela à la manière dont les autres grands démons furent soumis : l'Esprit Ours Noir fut maîtrisé par la seule Bodhisattva Guanyin, tout comme l'Enfant de Feu ; les Grands Rois Corne d'Or et Corne d'Argent furent récupérés par le seul Vénérable Seigneur Laozi ; et le Grand Roi aux Sourcils Jaunes fut soumis par le seul Bouddha Maitreya. Presque tous les monstres furent neutralisés individuellement par « une seule divinité de haut rang ». Seul le Roi Démon Taureau a nécessité une « opération collective » pour être terrassé.
Pourquoi la Cour Céleste a-t-elle ainsi mis les grands moyens ? La raison apparente est la puissance prodigieuse du Roi Démon Taureau : son niveau martial égale celui de Wukong, il maîtrise les Soixante-douze Métamorphoses et sa forme originelle est d'une démesure absolue ; dans un duel singulier, nul ne peut garantir sa victoire contre lui. Mais les raisons profondes sont sans doute plus complexes. Le Roi Démon Taureau est le seul grand démon de tout le récit à n'avoir absolument aucune dépendance envers les puissances célestes. Les autres grands démons sont, plus ou moins, liés au Ciel : le démon au bœuf vert était la monture du Vénérable Seigneur Laozi, le Grand Roc aux Ailes d'Or est l'oncle de Tathāgata, le Sage aux Neuf Esprits était la monture du Vénérable Taiyi, et le Grand Roi aux Sourcils Jaunes était le disciple du Bouddha Maitreya. La « force » de ces monstres repose sur des ressources ou des relations célestes. La force du Roi Démon Taureau, elle, vient purement de lui-même. Il n'a jamais volé de trésors célestes, n'a jamais servi de monture, n'a jamais été le subordonné d'aucun immortel : c'est un démon autodidacte qui s'est bâti un empire par sa seule culture et sa seule force.
Pour la Cour Céleste, une telle puissance « sauvage » est bien plus dangereuse qu'une « monture fugitive ». Une monture échappée sur terre peut être récupérée d'un seul mot du maître ; mais un roi démon indépendant qui n'a jamais rampé devant personne coûte bien plus cher à soumettre, car il ne possède aucun gène d'obéissance. Le déploiement d'un tel dispositif n'est pas seulement dû à la force du Roi Démon Taureau, mais au fait qu'il représente une possibilité hors de l'ordre établi : un être sans attaches célestes, refusant d'intégrer le système, mais dont la puissance suffit pour s'y opposer. Une telle existence est, en soi, une menace pour l'ordre des Trois Mondes.
La soumission par le nez : les derniers instants d'une âme libre
La seconde partie du chapitre 61 décrit le processus de capture avec une précision chirurgicale. Les soldats et généraux célestes encerclent le Roi Démon Taureau ; Nezha frappe sa tête de bœuf avec l'épée tranchant les démons — la tête est tranchée, mais « une autre repousse » aussitôt. On en tranche une autre, et une nouvelle apparaît. On lui coupe ainsi une dizaine de têtes sans pouvoir le tuer. C'est alors que le Roi Li sort le Miroir Révélateur de Démons, « immobilisant sa forme originelle » et l'empêchant de se métamorphoser à nouveau.
Le mode de capture final est hautement symbolique : Nezha « suspend ses roues de feu à ses cornes » et utilise l'épée tranchant les démons pour « lui transpercer le nez ». Une chaîne de fer traverse les narines, deux roues de feu pendent aux cornes — l'impact visuel de cette scène dépasse de loin la simple idée d'être « vaincu » ou « enfermé dans un flacon ». Car transpercer le nez est la méthode humaine pour dompter le bœuf : le paysan utilise un anneau de fer pour guider l'animal par une corde, forçant une bête de mille kilos à obéir docilement. Pour un roi démon se proclamant « Grand Sage qui Égale le Ciel », être percé au nez signifie qu'il est dégradé du rang de « Roi » à celui de « Bétail ». Ce n'est pas une reddition ordinaire, c'est un anéantissement ontologique.
Une fois le nez percé, le Roi Démon Taureau « poussa un grand cri : "Épargnez ma vie ! Je consens à rejoindre la voie de la droiture !" ». Ce cri de pitié fait écho, de manière subtile, au « Bouddha, épargnez-moi » que Wukong hurlait alors qu'il était écrasé sous la Montagne des Cinq Éléments. Deux frères de sang, liés cinq cents ans plus tôt, finissent par s'incliner devant le pouvoir avec la même posture. Mais la différence est là : la soumission de Wukong lui a valu un chemin vers les écritures, un Bandeau d'Or et l'opportunité de traverser quatre-vingt-un obstacles pour se racheter ; celle du Roi Démon Taureau ne lui a apporté qu'une chaîne au nez et un verdict : « être escorté vers la Montagne des Esprits pour se soumettre au Bouddha ». Pas d'épreuve, pas de voyage expiatoire, seulement l'incarcération à vie.
Le Grand Sage qui Égale le Ciel : l'unique et véritable électron libre du monde démoniaque
En observant l'arc narratif complet du Roi Démon Taureau (du chapitre 3 au chapitre 63), on s'aperçoit qu'il est le plus singulier de toute la galerie des monstres du Voyage en Occident. Cette singularité ne réside pas dans sa puissance — bien qu'elle soit au sommet — mais dans son « indépendance ».
Parmi les cinquante grands démons de l'œuvre, presque tous tombent dans deux catégories : la première est celle des « exilés du Ciel » — le bœuf vert de Laozi, le poisson doré de Guanyin, le Roc d'origine divine — dont la force provient des ressources célestes et dont la capture revient à « rendre l'objet à son propriétaire ». La seconde est celle des « esprits autodidactes » — la Démone aux Os Blancs, les araignées, le scorpion — qui n'ont pas d'atours célestes, mais n'ont pas non plus la force nécessaire pour constituer une menace réelle, étant généralement neutralisés d'un seul coup par un astre ou un trésor magique.
Le Roi Démon Taureau n'appartient à aucune de ces catégories. Il est un « esprit autodidacte », mais sa puissance a atteint le niveau des « exilés du Ciel ». Il n'a volé aucun trésor, n'a jamais fui un poste céleste ; ses Soixante-douze Métamorphoses sont le fruit de son propre travail, sa forme de bœuf blanc est la sienne — tout en lui est authentique. Cela fait de lui l'« exception » de l'ordre des Trois Mondes : une force sauvage, hors système, mais dont les capacités égalent celles des plus hautes instances du système.
Le titre que Wu Cheng'en lui a donné, « Ping Tian Da Sheng » (le Grand Sage qui Égale le Ciel), contient toute la philosophie du personnage. « Égaler le Ciel » peut s'entendre comme être au même niveau que le Ciel, ou comme vouloir « aplatir le Ciel ». Le premier cas est de la confiance en soi, le second est de l'outrecuidance — or, pour quiconque se trouve hors du système, toute confiance en soi est définie par le système comme une transgression. La soumission finale du Roi Démon Taureau, le nez percé, est la manière standard dont le système traite l'« exception » : tu peux exister, mais tu dois être domestiqué ; tu peux vivre, mais tu dois avoir une corde qui te traverse le nez.
Le contraste entre lui et Wukong est l'un des rapports les plus mélancoliques de tout le Voyage en Occident. Deux rois démons autodidactes, tous deux se proclamant « Grand Sage », tous deux encerclés par les armées célestes. Wukong, après cinq cents ans d'écrasement, a choisi d'« entrer dans le système » ; le Roi Démon Taureau, durant ces mêmes cinq cents ans, a choisi de « rester libre ». Le résultat est sans appel : celui qui est entré dans le système est devenu le Bouddha Victorieux dans les Combats, tandis que celui qui a préservé sa liberté a fini avec le nez percé. Ce n'est pas ici le récit de la « victoire du bien sur le mal », mais celui de la « digestion de l'hérésie par le système ». Et c'est à travers les mots de la Princesse Éventail de Fer — « même si ma vie est épargnée, comment pourrais-je encore revenir vers toi » — que Wu Cheng'en exprime la douleur de tous ceux qui furent absorbés par la machine.
Personnages liés
- Sun Wukong — Frère de sang d'il y a cinq cents ans, devenu adversaire à cause de l'affaire de l'Enfant de Feu, principal opposant dans l'épisode de la Montagne des Flammes.
- la Princesse Éventail de Fer — Épouse légitime, détentrice de l'Éventail de Feuille de Bananier, maîtresse de la Grotte du Bananier sur la Montagne aux Nuages d'Émeraude.
- l'Enfant de Feu — Fils biologique, recueilli par Guanyin comme Jeune Pèlerin Shancai, source du conflit entre le couple et Wukong.
- la Renarde au Visage de Jade — Concubine, maîtresse de la Grotte des Nuages sur la Montagne du Tonnerre, finalement tuée d'un coup de râteau par Zhu Bajie.
- l'Immortel Ruyi — Frère cadet, occupant la Source du Fœtus sur la Montagne Jueyang, cherchant vengeance contre Wukong pour la capture de son neveu.
- Zhu Bajie — Membre du groupe du pèlerinage, allié de Wukong contre le Roi Démon Taureau dans l'épisode de la Montagne des Flammes.
- Nezha — Personnage clé ayant soumis le Roi Démon Taureau en lui perçant le nez avec ses roues de feu.
- Li Jing, le Roi Céleste porte-pagode — Commandant en chef des troupes célestes lors de l'encerclement du Roi Démon Taureau.
- la Bodhisattva Guanyin — Bodhisattva ayant emmené l'Enfant de Feu, instigatrice indirecte de la tragédie familiale du Roi Démon Taureau.
Questions fréquentes
Quel est le lien entre le Roi Démon Taureau et Sun Wukong ? +
Ils étaient, cinq cents ans plus tôt, des frères de sang ayant prêté serment, faisant partie des « Sept Grands Sages ». Le Roi Démon Taureau occupait le premier rang et portait le titre de « Grand Sage qui Égale le Ciel ». Cependant, Sun Wukong ayant indirectement causé la capture de son fils,…
Qui sont les membres de la famille du Roi Démon Taureau ? +
Son épouse légitime, la Princesse Éventail de Fer, possède le petit Éventail de Feuille de Bananier et garde la Grotte du Bananier sur la Montagne aux Nuages d'Émeraude. Son fils biologique, l'Enfant de Feu, fut plus tard recueilli par Guanyin comme Enfant Pèlerin Sudhana. Sa concubine, le Renard au…
Comment Sun Wukong a-t-il réussi à dérober l'Éventail de Feu, et quel en fut le résultat ? +
Wukong vola la monture du Roi Démon Taureau et prit son apparence pour tromper la Princesse Éventail de Fer, laquelle lui remit le véritable éventail. Mais le Roi Démon Taureau, se transformant à son tour en Zhu Bajie, parvint à lui soutirer l'objet par la ruse. Les deux adversaires utilisèrent les…
Comment le Roi Démon Taureau fut-il finalement maîtrisé ? +
Égalant Wukong en force brute, il devint encore plus redoutable lorsqu'il reprit sa forme originelle de grand bœuf blanc. Il fallut alors que les Quatre Rois Célestes, Nezha et Li Jing, le Roi Céleste porte-pagode, mobilisent toutes leurs troupes pour l'encercler. Nezha, en accrochant ses roues de…
En quoi la fin du Roi Démon Taureau et le destin de Sun Wukong sont-ils comparables ? +
Tous deux étaient des Grands Sages ayant prêté serment cinq cents ans plus tôt et tous deux furent traqués par les armées célestes. Pourtant, ils connurent des destins opposés : Wukong choisit d'intégrer le système en achevant son pèlerinage pour être sacré Bouddha Victorieux dans les Combats ; le…
Pourquoi fallut-il mobiliser toute la Cour Céleste pour vaincre le Roi Démon Taureau, alors que les autres grands démons n'avaient pas requis un tel déploiement ? +
Le Roi Démon Taureau est le seul démon de tout le récit à ne dépendre d'aucune puissance céleste, ayant atteint un niveau de combat suprême par sa seule pratique. Sans appui divin et n'ayant jamais rampé devant personne, il représentait une existence indépendante, véritablement hors du système des…
Apparitions dans l'histoire
Épreuves
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