Chapitre 62 : La Tour Souillée — Enquête au Royaume de Jisai
Les pèlerins arrivent au Royaume de Jisai et découvrent des moines enchaînés accusés d'avoir volé les reliques de la pagode d'or. Tang Sanzang entreprend de balayer la tour la nuit, et Sun Wukong y surprend deux petits démons en train de boire.
Douze heures du jour, impossible d'oublier — cent instants d'exercice, pleinement récoltés. Cinq ans, cent mille huit cents révolutions. Ne laisse pas l'eau sacrée tarir, ne laisse pas la flamme de l'esprit flamber. Équilibre eau et feu — rien ne se perd. Les cinq éléments s'enchaînent comme des crochets. Yin et yang s'accordent, on monte vers la demeure de jade. On chevauche la grue vers les îles des Immortels.
C'était la fin de l'automne. Les feuilles de chrysanthème tombaient, les premiers bourgeons de prunier pointaient. Dans les villages, on rentrait la récolte. Les pèlerins avançaient légers sur la grande route de l'ouest.
Ils aperçurent bientôt une cité aux murailles hautes comme des falaises, aux tours enveloppées de brumes. Sun Wukong identifia la capitale d'un royaume — seule une métropole impériale pouvait avoir cette envergure. Ils entrèrent dans la ville par la grande porte.
La foule grouillait, les marchands criaient. Mais au détour d'une ruelle, Tang Sanzang s'arrêta net. Devant lui : une douzaine de moines en haillons, portant des cangues de bois autour du cou, mendiaient leur pitance de porte en porte.
Le moine ressentit une douleur fraternelle. — Renard en deuil de lapin — même espèce, même douleur. Allez leur parler, dit-il à Sun Wukong.
— Vous, moines, de quel temple êtes-vous ? Pourquoi ces chaînes ?
Les moines tombèrent à genoux. — Nous sommes les moines du Temple de la Lumière d'Or. Innocents, condamnés à tort.
Ils les menèrent jusqu'au temple — une bâtisse jadis magnifique, désormais envahie par les araignées, les feuilles mortes, le silence. Au-dessus du portail : « Temple de la Lumière d'Or, construit par décret impérial ». À l'intérieur, les lampes à huile étaient éteintes depuis des années. Les clochettes ne sonnaient plus. Les Bouddhas peints regardaient dans le vide.
Tang Sanzang pleura.
Les moines racontèrent leur histoire dans la salle des abbés. Trois ans plus tôt, dans la nuit noire du premier jour du huitième mois lunaire, une pluie de sang avait souillé la ville. Au matin, la pagode de la relique — la fameuse tour aux sept étages de la Lumière d'Or — avait perdu son éclat surnaturel. Plus de halo doré planant au-dessus des toits, plus de lumière rayonnant jusqu'aux quatre royaumes tributaires. Et sans cette lumière, les royaumes voisins avaient cessé d'envoyer leurs tributs.
Le roi, ignorant et coléreux, avait conclu que les moines avaient volé la relique sacrée. Deux générations de moines avaient été torturées, certains jusqu'à la mort. Cette troisième génération portait encore ses chaînes.
— Nous n'avons rien volé, dit le plus vieux moine. Comment pourrions-nous voler la lumière de Bouddha ?
Tang Sanzang hocha la tête. Il avait fait un vœu jadis, au Temple de la Porte du Dharma : lors de chaque voyage, il balaierait les tours qu'il rencontrerait. Ce soir, il tiendrait ce vœu.
— Préparez des balais neufs. Je vais nettoyer la tour moi-même.
Les moines coururent en chercher. On brisa les cadenas des novices enfermés aux colonnes — Sun Wukong passa simplement la main sur les serrures, qui s'ouvrirent d'elles-mêmes. On prépara le repas du soir, on fit chauffer l'eau du bain.
Au son des tambours de la nuit, Tang Sanzang revêtit une robe courte et légère, chaussa des pantoufles souples, et prit son balai neuf. Sun Wukong en prit un aussi.
— Je t'accompagne. Les tours abandonnées attirent le mauvais. Mieux vaut n'y pas aller seul.
Ils allumèrent les lampes de jade au rez-de-chaussée, brûlèrent de l'encens devant les Bouddhas, et commencèrent à balayer étage par étage. La tour était immense — treize niveaux, cent marches par palier, des toiles d'araignées épaisses comme des rideaux, des crottes de souris dans les brûle-parfums, des vitres noircies par des années de poussière.
La tour était noble malgré sa décrépitude :
Des colonnes de jade s'élèvent vers les nuages, des clochettes d'or sonnaient jadis au vent marin. Chaque étage une porte de lumière, chaque alcôve un Bouddha qui attend le pèlerin.
Tang Sanzang balaya jusqu'au sixième étage, puis commença à fléchir. À la dixième marche du dixième palier, il s'assit, épuisé.
— Remplace-moi pour les trois derniers, dit-il à Sun Wukong.
Le singe prit le relais. Il gravit le onzième, le douzième étage en quelques enjambées. Arrivé au treizième, il entendit des voix. Des rires, même. Quelqu'un trinquait dans les hauteurs de la tour.
Sun Wukong posa son balai, s'élança dans les airs, et se hissa jusqu'au sommet. Dans l'alcôve centrale de la treizième coupole : deux démons attablés devant des écuelles de nourriture et une cruche de vin, en train de jouer à colin-maillard.
Sun Wukong coinça l'entrée avec son bâton.
— Bandits ! C'est vous qui avez volé la relique !
Les deux démons se levèrent d'un bond, balancèrent leur vaisselle au hasard. Sun Wukong les plaqua contre le mur d'un simple mouvement du bras.
— Je pourrais vous tuer sur place. Mais un cadavre ne parle pas. Et j'ai besoin d'un témoignage.
Il les traîna jusqu'au dixième étage où Tang Sanzang somnolait à demi.
— Maître, j'ai trouvé les voleurs.
Le moine se réveilla en sursaut. — Où les as-tu pris ?
— Au sommet, en train de boire du vin comme des seigneurs.
Les deux démons s'agenouillèrent et supplièrent. Sous la pression du bâton de Sun Wukong, ils avouèrent : ils étaient les éclaireurs du roi dragon Wan Sheng du Lac aux Vagues d'Émeraude, sur la Montagne des Pierres Éparpillées, à cent lieues de là. Leur maître avait un gendre — un beau-fils à neuf têtes, le Beau-Fils aux Neuf Têtes — qui avait orchestré le vol. Trois ans plus tôt, ils avaient versé une pluie de sang sur la ville pour masquer leur intrusion, puis dérobé la relique de Bouddha au sommet de la tour. La Princesse Wan Sheng avait également volé une herbe à neuf feuilles au palais de la Reine-Mère du Ciel, et les deux trésors réunis illuminaient le palais sous-marin comme un soleil permanent.
Bajie descendit au bruit et découvrit la scène avec un grand sourire.
— Qu'est-ce qu'on fait de ces deux-là ?
— On les garde vivants. Ils serviront de preuves devant le roi.
— Ou de soupe de poisson pour les moines affamés, plaisanta Bajie. Poisson-chat et carpe noire — ça doit être bon.
— Ne touche pas à ces prisonniers.
Bajie rit et aida à descendre les captifs. Les novices, alertés, accoururent avec des lanternes, criant que leur innocence allait enfin être reconnue.
Au matin, Tang Sanzang et Sun Wukong se rendirent à la cour. Le roi reçut le moine Tang avec déférence — il était touché que cet étranger venu de si loin s'intéresse à ses affaires. Tang Sanzang présenta les deux démons enchaînés et raconta tout : la tour balayée la nuit, les monstres surpris, leur aveu.
Le roi fit transférer les démons à la prison royale et ordonna d'ôter les cangues de tous les moines. Il offrit un banquet somptueux.
— À présent, dit-il, qui ira capturer les voleurs et récupérer la relique ?
— Mon premier disciple, répondit Tang Sanzang.
Sun Wukong s'inclina, accepta la mission. Bajie bondit.
— Lui aussi va y aller, non ?
— Moi aussi.
Sha Wujing resterait garder le maître et les bagages. Sun Wukong et Bajie prirent les deux démons sous le bras et s'envolèrent vers le sud-est, vers le Lac aux Vagues d'Émeraude.