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Le Grand Roi du Vent Jaune

Aussi connu sous le nom de :
le Grand Roi du Vent Jaune la Belette à Poils Jaunes

Ancienne belette ayant acquis des pouvoirs au pied de la Montagne des Esprits, ce démon règne sur la grotte du Vent Jaune après avoir fui le ciel pour un vol d'huile sacrée.

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Published: 5 avril 2026
Last Updated: 5 avril 2026

Ce démon se tenait au sommet de la montagne, brandissant un trident d'acier. Il gonfla soudain ses joues et souffla de toutes ses forces — et ce n'était pas un vent ordinaire. C'était un souffle où le sable jaune occultait le soleil et où les pierres et les graviers volaient en éclats. Lorsqu'il frappa le visage de Sun Wukong, ses yeux de feu et d'or furent pris d'une douleur insoutenable ; des larmes jaillirent sans cesse, et il se retrouva, malgré lui, incapable d'ouvrir les yeux. Le chapitre 21 raconte qu'à cet instant, Wukong « sentit sa vue s'obscurcir et ses larmes couler comme une source ». Le grand Sage Égal du Ciel, si fier et si puissant, était devenu aveugle à cause d'une simple rafale. Ce souffle est nommé le « Vent Divin Samādhi », et le monstre qui en est l'auteur n'est autre que le Grand Roi du Vent Jaune, seigneur de la grotte du Vent Jaune sur la colline du même nom — un esprit de putois à poils jaunes qui s'était enfui du pied de la Montagne des Esprits après y avoir dérobé de l'huile.

Le fugitif du pied de la Montagne des Esprits : le putois voleur d'huile

L'origine du monstre du Vent Jaune est singulière parmi tous les démons du Voyage en Occident : il n'est pas un esprit sauvage issu d'une quelconque montagne ou forêt s'étant cultivé seul, mais un putois à poils jaunes originaire du pied de la Montagne des Esprits, vivant donc initialement sur les terres bouddhiques. Au chapitre 21, le Bodhisattva Lingji révèle à Wukong les dessous de son histoire : ce putois avait atteint un certain niveau d'éveil au pied de la Montagne des Esprits et, en théorie, n'était plus très loin d'atteindre la plénitude. Pourtant, il commit une stupidité monumentale : il déroba et mangea l'huile pure contenue dans une lampe de verre.

La lampe de verre est un objet d'offrande placé devant le Bouddha, et l'huile qu'elle contient sert à éclairer la divinité. Voler un objet d'offrande est, selon les règles bouddhiques, un crime impardonnable — c'est comme voler l'argent des offrandes d'un temple, et d'autant plus grave qu'il s'agissait de l'autel du Seigneur Bouddha Tathāgata. Conscient d'avoir commis une faute grave, le putois ne resta pas à attendre son châtiment ; il s'enfuit dans la nuit vers le monde inférieur, gagna la colline du Vent Jaune, s'empara d'une grotte pour y régner en maître et se proclama « Grand Roi du Vent Jaune ».

Ce passé détermine la place unique qu'occupe ce monstre dans la hiérarchie des démons. Il n'est pas un pur sauvage — il a pratiqué l'ascèse à la Montagne des Esprits, a vu des choses grandioses et connaît le fonctionnement du système bouddhique. Son « Vent Divin Samādhi » n'est pas non plus le fruit de recherches aléatoires dans la montagne, mais découle très probablement de sa culture spirituelle own au pied de la Montagne des Esprits. Un putois ayant atteint l'éveil aux pieds du Bouddha possède naturellement des pouvoirs bien supérieurs à ceux d'un vulgaire esprit de montagne. Cependant, il n'est pas un membre officiel de la Cour Céleste ou de la Montagne des Esprits — son statut est celui d'un « déserteur », un pratiquant inachevé ayant fui le système.

Ce choix narratif produit un effet subtil : le monstre du Vent Jaune n'est pas un scélérat que le lecteur hait viscéralement ; sa « méchanceté » relève plutôt d'un instinct de survie. S'il a volé l'huile, c'était par gourmandise ; s'il a fui, c'était par peur du châtiment ; s'il s'est proclamé roi, c'est parce qu'il n'avait nulle part où aller. Il n'est ni perfide comme la Démone aux Os Blancs, ni téméraire comme l'Enfant de Feu — il ressemble davantage à un malfrat qui, ayant fauté et n'osant plus rentrer chez lui, a décidé de s'en sortir comme il pouvait. L'intrigue de la colline du Vent Jaune ne s'étend que sur deux chapitres, et ce monstre n'occupe pas une place prépondérante dans l'œuvre de Wu Cheng'en, mais son origine pointe vers un problème profond qui traverse tout le livre : l'incapacité du système de la Montagne des Esprits à « gérer les siens ». Qu'un putois aux pieds du Bouddha puisse voler un objet et s'enfuir pour régner en roi démon pendant des années révèle une faille de sécurité tout à fait singulière.

Plus remarquable encore est son mode de vie après la fuite. Le monstre du Vent Jaune a prospéré sur sa colline — il possède sa demeure, ses subordonnés et son domaine. Il ne vit pas comme un fugitif caché dans l'ombre, mais règne ouvertement sur son sommet. Cela prouve que la Montagne des Esprits n'a jamais cherché activement à le capturer ou, plus exactement, que personne ne s'est soucié du sort d'un putois voleur d'huile avant que les pèlerins ne passent par là. L'« avis de recherche » de la Montagne des Esprits ressemblait à un vieux papier inutile collé sur un mur — ce n'est que lorsque Wukong a forcé la porte que le Bodhisattva Lingji est intervenu, avec l'attitude de celui qui se dit : « Puisqu'on est tombé dessus, autant régler l'affaire ». Cette justice sélective apparaît à maintes reprises dans le Voyage en Occident, et le monstre du Vent Jaune n'en est qu'un exemple.

Le Vent Divin Samādhi : l'effrayable sort qui aveugle

Le Vent Divin Samādhi est la capacité centrale du monstre du Vent Jaune et le pivot narratif de tout l'épisode. Au chapitre 21, Wukong et le monstre s'affrontent face à face pendant trente rounds sans que personne ne l'emporte. Voyant qu'il ne peut vaincre par la force, le monstre utilise son Vent Divin Samādhi — il gonfle ses joues et souffle un sable jaune qui envahit tout l'espace, « occultant le ciel et le soleil ». Le plus redoutable est que ce vent s'attaque spécifiquement aux yeux.

L'état de Wukong après avoir été frappé par ce souffle est pitoyable. Ses yeux de feu et d'or, forgés dans le fourneau own du Vénérable Seigneur Laozi, peuvent percer toutes les métamorphoses démoniaques, mais le Vent Divin Samādhi est précisément leur point faible — le sable et les énergies maléfiques transportés par le vent frappent les globes oculaires. Wukong voit ses « larmes couler comme la pluie », et ses yeux gonflent comme des pêches pourries, rendant sa vision totalement floue. Un personnage dont la capacité emblématique est justement d'avoir des « yeux de feu et d'or » se retrouve semi-aveugle à cause d'un souffle ; c'est une frappe d'une précision chirurgicale, comme si le sort avait été conçu pour le contrer.

Il y a ici un ressort narratif intéressant : les yeux de feu et d'or de Wukong sont le produit dérivé du fourneau du Vénérable Seigneur Laozi — s'ils permettent de voir les démons, ils ont laissé une faiblesse fatale : la sensibilité à la fumée et au vent. Le chapitre 21 mentionne qu'après avoir reçu le vent, Wukong est pris d'un « malaise » et ses yeux le brûlent au point qu'il ne peut plus combattre. Cette faiblesse est occasionnellement évoquée plus tard, mais c'est ici, à la colline du Vent Jaune, qu'elle est exploitée le plus ownment. Le Vent Divin Samādhi n'est pas puissant par sa force de frappe brute — le corps de Wukong peut y résister — mais parce qu'il frappe exactement là où il est vulnérable.

D'un point de vue magique, le terme « Samādhi » apparaît plusieurs fois dans le Voyage en Occident : l'Enfant de Feu possède le Feu Samādhi Véritable, et le monstre du Vent Jaune possède le Vent Divin Samādhi. Le « Samādhi » est un terme bouddhique désignant un état de concentration profonde ; dans le roman, il est utilisé comme préfixe pour des sorts dépassant les normes. Le Feu Samādhi Véritable transcende les cinq éléments et ne peut être éteint par l'eau ; le Vent Divin Samādhi n'est pas non plus un vent ordinaire — il est chargé de puissance magique et attaque directement les sens. Il ne s'agit pas d'une question de force physique du vent, mais d'un effet surnaturel proche de la malédiction. De même que les quatre rois dragons invoqués par Wukong ne purent éteindre le Feu Samādhi Véritable, aucun sortilège classique de protection contre le vent ne peut arrêter le Vent Divin Samādhi.

Après avoir subi ce revers, Wukong trouve d'abord un « protecteur de temple » qui lui fournit un remède pour ses yeux. Il recouvre péniblement la vue, mais il sait pertinemment que si le monstre souffle encore une fois, il sera à nouveau terrassé. S'il ne craint aucun démon dans un combat frontal, ce souffle est un problème qu'il ne peut résoudre seul. C'est la même impasse qu'il rencontrera plus tard face au feu de l'Enfant de Feu : ce n'est pas qu'il soit incapable de combattre, c'est que la capacité maîtresse de l'adversaire coïncide exactement avec sa propre faille.

L'horreur tactique du Vent Divin Samādhi réside également dans sa portée — il ne s'adresse pas à un seul individu, mais embrasse tout le champ de bataille. Le chapitre 21 décrit qu'une fois le vent levé, « le ciel et le soleil sont occultés, et le monde s'assombrit », au point que Zhu Bajie et le moine Sha sont eux aussi aveuglés par le sable. Un seul souffle suffit à neutraliser tout le groupe de pèlerins ; une telle capacité de suppression collective est rare parmi les démons du Voyage en Occident.

Le Général Tigre : la tragédie d'un avant-garde fidèle

Parmi les subordonnés du monstre du Vent Jaune, le Général Tigre est le plus notable. Au chapitre 20, alors que Tripitaka et ses compagnons arrivent à la colline du Vent Jaune, ce n'est pas le monstre lui-même qui surgit, mais son officier d'avant-garde — un esprit de tigre. Profitant de l'absence de Wukong aux côtés de Tripitaka, le Général Tigre déclenche une tornade, enlève le moine et le ramène à la grotte pour l'offrir au Grand Roi.

En termes de puissance martiale, le Général Tigre se situe dans la moyenne basse des démons du Voyage en Occident. Il s'est affronté avec Zhu Bajie, et après un court combat, il a été vaincu et a pris la fuite. Plus tard, lorsque Wukong arrive devant la grotte pour défier le roi, le Général Tigre sort combattre sur ordre et est tué en quelques coups de bâton — il n'a même pas tenu un round décent. Sa mort a une fonction narrative : en éliminant le Général Tigre, Wukong peut enfin passer au duel final contre le monstre du Vent Jaune.

Pourtant, le personnage du Général Tigre a une portée plus profonde. Il est le seul subordonné du monstre à posséder un nom et un titre — les autres ne sont que des « petits démons », sans nom, sans paroles, sans personnalité. Le Général Tigre, lui, fait preuve de discernement et d'initiative : il patrouille seul, combat seul et décide seul de capturer Tripitaka. Au chapitre 20, lorsqu'il rapporte le moine à la grotte, le Grand Roi se réjouit et loue son efficacité. Cette interaction montre que leur relation n'est pas celle d'un simple maître et son esclave, mais celle de supérieurs et de subordonnés liés par une certaine confiance et une complicité.

La tragédie du Général Tigre réside dans le fait que sa loyauté ne lui apporte aucun retour. Il a patrouillé, combattu et capturé des prisonniers pour le Grand Roi, pour finir battu à mort par Wukong. Le monstre du Vent Jaune ne manifeste ni tristesse ni colère face à sa perte — apprenant la mort du tigre, il s'indigne, mais c'est une colère née du fait que « quelqu'un ose venir frapper à sa porte », et non parce que « son subordonné a été tué ». Dans le monde des démons, l'avant-garde est un consommable : on meurt, et le roi continue de se battre. En tant qu'officier fidèle mais faible, le destin du Général Tigre était scellé dès le début — dans l'affrontement entre un grand démon et le Grand Sage, la vie ou la mort des petits démons n'importe à personne.

Ce schéma de « l'avant-garde condamnée » revient sans cesse dans le Voyage en Occident. Presque chaque grand démon possède un ou plusieurs lieutenants chargés de mener la charge et de tâter le terrain, pour être ensuite éliminés sans effort par Wukong. Le Général Tigre n'est qu'un nom de plus sur cette longue liste de sacrifices. Mais Wu Cheng'en lui a donné le titre de « Général » — non pas « démon tigre » ou « esprit tigre », mais « Général » — ce grade militaire suggère son statut officiel dans la grotte du Vent Jaune et donne à sa mort une dimension de sacrifice pour son maître.

La Bodhisattva Lingji et le Bâton précieux du Dragon Volant : un antidote conçu sur mesure

Après que ses yeux furent blessés par le Vent Divin Samādhi, Wukong comprit qu'il ne pourrait l'emporter par la seule force et partit s'enquérir du moyen de soumettre le démon du Vent Jaune. Un gardien Dharma le guida alors vers la petite montagne Sumeru pour y trouver la Bodhisattva Lingji, laquelle possédait un trésor nommé le « Bâton précieux du Dragon Volant », conçu spécifiquement pour contrer le démon du Vent Jaune.

Dans la hiérarchie des divinités du Voyage en Occident, la Bodhisattva Lingji n'est pas un personnage de premier plan. Elle n'apparaît pas aussi fréquemment que Guanyin, et n'est pas non plus aussi souveraine que le Seigneur Bouddha Tathāgata. Résidant sur la petite montagne Sumeru, elle se fait rare, mais elle détient ce Bâton précieux du Dragon Volant dont l'origine est fort singulière : la Bodhisattva Lingji affirma explicitement que le Seigneur Bouddha Tathāgata le lui avait confié dans l'unique but de terrasser le démon du Vent Jaune.

« Dans l'unique but de terrasser » : ces quelques mots sont riches de sens. Ils révèlent que le Seigneur Bouddha savait depuis longtemps que le démon s'était enfui dans le monde inférieur, qu'il régnait en maître sur la crête du Vent Jaune, et qu'il avait même prévu que les pèlerins croiseraient son chemin et entreraient en conflit avec lui. La stratégie du Seigneur Bouddha ne consista pas à envoyer des troupes traquer ce fugitif — le vol d'huile étant un crime trop mineur pour justifier un tel déploiement — mais plutôt à positionner en amont la Bodhisattva Lingji et son bâton sur la petite montagne Sumeru, attendant que les pèlerins tombent dans le piège pour régler l'affaire avec opportunité.

Ce schéma, consistant à « préparer l'antidote et attendre le déclenchement », est récurrent tout au long du voyage. Bien des démons ne sont pas vaincus par la seule force de Wukong, mais grâce à l'intervention d'une divinité capable d'apporter le remède spécifique à chaque mal. Le cas du démon du Vent Jaune est encore plus extrême : même l'artefact fut préparé à l'avance, et la Bodhisattva Lingji attendait patiemment que ce jour arrive. Les quatre-vingt-et-un obstacles du pèlerinage sont ainsi comme autant d'examens minutieusement conçus, dont les réponses sont déjà détenues par tel ou tel dieu.

Au vingt-et-unième chapitre, la Bodhisattva Lingji accompagne Wukong jusqu'à la crête du Vent Jaune pour y affronter le démon. Dès qu'il l'aperçoit, le démon comprend que le sort lui est rupteur : il reconnaît cette figure, ou plus exactement, il sait que la traque lancée depuis la Montagne des Esprits est enfin arrivée à son terme. Sans perdre un instant, la Bodhisattva Lingji brandit le Bâton précieux du Dragon Volant et frappe. Ce n'est pas un simple bâton : un dragon d'or s'en échappe pour fondre sur le démon. Frappé de plein fouet, celui-ci « retrouve sa forme originelle » : un simple putois à poils jaunes, gisant au sol et tremblant de peur, ayant perdu toute la superbe du « Grand Roi du Vent Jaune ».

L'efficacité du Bâton précieux du Dragon Volant réside dans son attribut de « contre-mesure spécifique ». Ce n'est pas une arme polyvalente — tout le monde peut être frappé par le Bâton de Fer aux Cerceaux d'Or, mais le Bâton précieux du Dragon Volant ne possède cet effet foudroyant qu'envers le démon du Vent Jaune. Ce trésor s'apparente davantage à un « mandat d'arrêt ciblé », exerçant une domination absolue sur une cible précise. Cette précision chirurgicale confirme une fois de plus un fait : dès l'instant où il s'enfuit de la Montagne des Esprits, le démon fut marqué par le Seigneur Bouddha. Il s'imaginait avoir trouvé refuge sur la crête du Vent Jaune, loin des regards et du pouvoir impérial, pour y régner en roi des démons ; il ignorait que le Seigneur Bouddha l'avait déjà inclus dans son jeu d'échecs, et que le Bâton précieux du Dragon Volant n'était que le pion attendant de tomber.

Retour à la Montagne des Esprits : le prisonnier reconduit vers son administration

Une fois que le démon fut ramené à sa forme originelle, la Bodhisattva Lingji ne l'exécuta pas sur place et ne le prit pas non plus comme disciple. Elle fit quelque chose de bien plus significatif : elle le captura pour le ramener à la Montagne des Esprits et le présenter au Seigneur Bouddha Tathāgata.

Ce dénouement diffère de celui de la plupart des démons du Voyage en Occident. Les démons sauvages, eux, finissent généralement massacrés ; ceux qui ont un protecteur sont récupérés par leur maître — comme le bœuf bleu du Vénérable Seigneur Laozi, le poisson doré de Guanyin ou le jeune disciple aux sourcils jaunes du Bouddha Maitreya — chacun retournant chez soi. Mais le cas du démon du Vent Jaune est plus subtil : il n'est la monture, le disciple ou l'animal de compagnie de personne. Il était un « agent externe » au sein du système de la Montagne des Esprits, un employé ayant commis une faute avant de s'enfuir, et qui est désormais rapatrié.

« Le ramener à la Montagne des Esprits pour voir le Seigneur Bouddha » revient, en termes modernes, à un « rapatriement vers l'administration d'origine pour traitement ». L'affaire du démon ne relevait ni de la Bodhisattva Lingji, ni de la Cour Céleste : il avait atteint l'éveil au pied de la Montagne des Esprits et avait volé des biens appartenant à celle-ci ; la Montagne des Esprits avait donc sur lui un droit de juridiction. La Bodhisattva Lingji n'était que l'exécutante de l'arrestation, tandis que le pouvoir de condamnation et de sanction appartenait au seul Seigneur Bouddha.

Cette conclusion révèle un trait institutionnel du monde divin du Voyage en Occident : le sort d'un démon dépend de son « affiliation ». Les démons ayant un maître retournent chez lui, ceux venant de la Montagne des Esprits y retournent, et ceux de la Cour Céleste y sont reconduits. Quant à ceux qui n'ont aucune origine, tout dépend alors de la solidité du Bâton de Fer de Wukong. En tant que « fugitif » de la Montagne des Esprits, le dossier du démon du Vent Jaune a suivi un circuit administratif complet : faute, fuite, marquage, déploiement d'un contre-mesure, arrestation et reconduite — un véritable processus judiciaire.

Ce traitement n'est pas forcément une mauvaise chose pour le démon. Être reconduit devant le Seigneur Bouddha prouve qu'il est toujours considéré comme faisant partie des « siens » — un membre fautif, certes, mais pas un étranger. Le Seigneur Bouddha s'est toujours montré clément envers les siens : le Grand Roc aux Ailes d'Or avait dévoré la population d'un pays entier, et le Seigneur Bouddha l'avait tout de même accueilli comme protecteur. Le putois à poils jaunes n'avait volé qu'une lampe d'huile, un crime bien moins grave. Son retour à la Montagne des Esprits se solderait probablement par une réprimande, une réduction de ses pouvoirs et un nouveau placement — il ne perdrait pas la vie, mais sa liberté, elle, serait définitivement abolie.

Du point de vue du démon, ses jours sur la crête du Vent Jaune furent les moments les plus libres de son existence. Il possédait sa propre montagne, sa grotte, ses sbires, et faisait tout bon plaisir. Cette liberté, bien que volée et bâtie sur un statut de fugitif, était pour lui bien réelle. Une fois reconduit à la Montagne des Esprits, tout cela s'évanouit. De « Grand Roi du Vent Jaune », il redevint « le putois ayant volé de l'huile au pied de la Montagne des Esprits », passant de seigneur absolu à insignifiant rouage du système. On ne sait pas si ce déchirement est pire que celui de l'Enfant de Feu, dont la tête était enserrée de cinq bandeaux d'or.

L'arc narratif de la crête du Vent Jaune ne s'étend que sur deux chapitres (le 20 et le 21), une part infime des cent chapitres du Voyage en Occident. Pourtant, ces deux chapitres condensent un schéma classique du pèlerinage : Wukong rencontre un démon, lutte sans succès, cherche l'antidote et emprunte la force d'une divinité pour vaincre. Le démon du Vent Jaune, comme premier échantillon de ce modèle, offre une démonstration limpide et concise de la chaîne complète : « fugitif interne du bouddhisme + contre-mesure spécifique + rapatriement d'origine ».

Personnages liés

  • Sun Wukong — Adversaire principal, dont les yeux furent blessés par le Vent Divin Samādhi, puis sollicita la Bodhisattva Lingji pour vaincre le démon.
  • La Bodhisattva Lingji — Celle qui soumit le démon grâce au Bâton précieux du Dragon Volant et le reconduisit à la Montagne des Esprits.
  • Tripitaka — Enlevé par le Tigre d'Avant-garde, il était la cible du démon du Vent Jaune.
  • Zhu Bajie — Combattit le Tigre d'Avant-garde et assista Wukong lors de la bataille de la crête du Vent Jaune.
  • Le Seigneur Bouddha Tathāgata — « Supérieur hiérarchique » du démon du Vent Jaune, il confia le Bâton précieux du Dragon Volant à la Bodhisattva Lingji et récupéra le prisonnier.
  • Le Tigre d'Avant-garde — Officier du démon du Vent Jaune, loyal mais médiocre au combat, tué par Wukong.

Questions fréquentes

Quelles sont les capacités spéciales du Vent Divin Samādhi, et pourquoi les Yeux de Feu et d'Or de Sun Wukong ne peuvent-ils pas les contrer ? +

Le Vent Divin Samādhi n'est pas un courant d'air ordinaire, mais un sort surnaturel imprégné de pouvoirs magiques. Il s'attaque spécifiquement aux yeux, forçant l'adversaire à pleurer, brouillant sa vue, voire le privant totalement de toute capacité de combat. Les Yeux de Feu et d'Or sont le produit…

Quelle est la différence entre le Vent Divin Samādhi et le Feu Samādhi Véritable, et que signifie le fait qu'ils partagent la même racine dans leur nom ? +

Le terme « Samādhi » provient du vocabulaire bouddhique de la méditation et représente, dans le roman, des sorts ultimes dépassant les normes conventionnelles. Le Feu Samādhi Véritable transcende les Cinq Éléments et ne peut être éteint par l'eau ; le Vent Divin Samādhi, tout comme lui, s'affranchit…

Quelles sont les origines du Monstre du Vent Jaune, et comment une martre aux poils jaunes pratiquant au pied de la Montagne des Esprits est-elle devenue un roi démon ? +

Le Monstre du Vent Jaune était à l'origine une martre aux poils jaunes vivant au pied de la Montagne des Esprits. En volant de l'huile pure dans la coupe de verre devant le Bouddha, il a transgressé les grands préceptes bouddhiques. Sachant qu'il était coupable, il s'est enfui durant la nuit pour…

Pourquoi Tathāgata a-t-il préparé à l'avance le Bâton du Dragon Volant et fait appel au Bodhisattva Lingji pour vaincre le Monstre du Vent Jaune ? +

Le Bodhisattva Lingji affirme explicitement que le Bâton du Dragon Volant est un trésor offert par Tathāgata spécifiquement pour contrer le Monstre du Vent Jaune. Cela prouve que Tathāgata l'avait intégré à son grand jeu dès l'instant où il s'était échappé de la Montagne des Esprits. Plutôt que de…

Comment Wukong a-t-il finalement soumis le Monstre du Vent Jaune, et aurait-il pu y parvenir seul ? +

Après que ses yeux ont été blessés par le Vent Divin Samādhi, Wukong s'est trouvé incapable de vaincre le Monstre du Vent Jaune par ses propres moyens et est allé solliciter l'aide du Bodhisattva Lingji. Ce dernier, armé du Bâton du Dragon Volant, a porté un coup direct : sous l'impact, le Monstre…

Quelle est la portée symbolique de la fin du Monstre du Vent Jaune, escorté vers la Montagne des Esprits, et est-ce une bonne ou une mauvaise issue pour lui ? +

Le fait que le Bodhisattva Lingji le capture pour le ramener à la Montagne des Esprits plutôt que de le tuer sur place indique que Tathāgata le considère toujours comme faisant partie des « gens de la maison ». Pour le Monstre du Vent Jaune, régner sur la Crête du Vent Jaune fut la période la plus…

Apparitions dans l'histoire

Épreuves

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