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le Lion Bleu

Aussi connu sous le nom de :
le Lion à la Fourrure Bleue le Chef du Mont Lion-Chameau le Vieux Démon

Chef des trois démons du Mont Lion-Chameau et monture du Bodhisattva Mañjuśrī, ce redoutable lion commande la plus vaste armée de monstres de tout Le Voyage en Occident.

le Lion Bleu le Lion à la Fourrure Bleue le Chef du Mont Lion-Chameau les trois démons du Mont Lion-Chameau monture du Bodhisattva Mañjuśrī le Lion Bleu et Sun Wukong le Lion Bleu dévorant Wukong les quarante-huit mille petits démons du Mont Lion-Chameau le Lion Bleu et le Royaume de Wuji
Published: 5 avril 2026
Last Updated: 5 avril 2026

À l'ouverture du chapitre 74, alors que la troupe du pèlerinage n'a pas encore atteint le pied du mont Shituo, l'Étoile d'Or du Métal s'est donné la peine de venir porter own message. Ce détail est presque unique dans tout Le Voyage en Occident : l'Étoile d'Or du Métal est le premier diplomate de la Cour Céleste, celui-là même qui s'était chargé de recruter Sun Wukong et de calmer les disputes du Palais Céleste ; son rang est comparable à celui d'un Premier ministre auprès de l'Empereur de Jade. En temps ordinaire, il ne s'occupe guère des démons qui jalonnent le chemin du pèlerinage — cela relève de la Bodhisattva Guanyin. Pourtant, cette fois, il descend personnellement sur terre pour avertir Wukong : « En avant, trois chefs démoniaques aux pouvoirs prodigieux. Le premier est le Lion à la Crinière Bleue, le second l'Éléphant aux Défenses Jaunes, et le troisième le Grand Roc aux Ailes d'Or. Ils commandent une armée de quarante-sept mille huit cents petits démons. » Quand même l'Étoile d'Or du Métal juge nécessaire de prévenir ainsi le voyageur, c'est que le poids de l'épreuve est déjà colossal. Tout au long de son périple, Wukong a terrassé d'innombrables esprits et dévasté maintes grottes, mais jamais un immortel n'avait pris la peine de venir lui dire « fais attention » — jusqu'au mont Shituo.

Le lion de la Bodhisattva Mañjuśrī : une seconde descente sur terre

La véritable identité du démon lion bleu est celle du Lion à la Crinière Bleue, monture de la Bodhisattva Mañjuśrī. Ce n'est pas la première fois qu'il descend parmi les mortels.

Bien plus tôt, dans l'arc narratif du Royaume de Wuji (chapitres 37 à 39), un lion lié à la Bodhisattva Mañjuśrī était déjà apparu. Le roi de Wuji, ayant offensé la Bodhisattva — en ligotant Mañjuśrī sous les traits d'un moine et en le laissant tremper dans la rivière pendant trois jours et trois nuits — s'était vu infliger un châtiment : le Bouddha avait permis à Mañjuśrī d'envoyer son lion bleu se venger. Ce lion, métamorphosé en taoïste, avait poussé le roi de Wuji dans un puits pour usurper le trône et régner pendant trois ans. À l'arrivée de Wukong, la Bodhisattva Mañjuśrī s'était manifestée en personne pour reprendre sa monture, expliquant que tout cela n'était que « karma ».

Arrivé au chapitre 74, au mont Shituo, ce même lion bleu réapparaît dans le monde des hommes. Mais cette fois, la situation est tout autre. Pour l'épisode du Royaume de Wuji, il y avait au moins un motif plausible : le roi avait profané la Bodhisattva, et le lion descendait pour exécuter une « sentence bouddhique ». Et pour le mont Shituo ? Rien n'est justifié. Le texte original ne dit rien d'une quelconque faute commise par le roi du pays de Shituo, ne mentionne aucun plan de punition approuvé par le Bouddha, ni aucune instruction de la Bodhisattva Mañjuśrī ordonnant à sa monture de descendre. Ce lion est venu de son propre chef — ou plutôt, l'auteur n'a tout simplement pas jugé utile d'expliquer pourquoi il revenait.

Il en résulte une faille logique assez dérangeante pour le lecteur : comment se fait-il que la monture d'un Bodhisattva, comme si personne ne veillait sur elle, puisse descendre sur terre à sa guise ? La première fois, on pouvait invoquer un ordre ; mais la seconde, qu'est-ce que c'est ? Un abandon de poste ? Une descente clandestine ? Si l'on suppose que la Bodhisattva ignorait la fuite de sa monture, alors son « omnipotence » n'est qu'un vain mot ; si elle le savait et n'a rien dit, c'est encore plus troublant : ne pas empêcher tout en sachant, n'est-ce pas là une forme de complicité ? Wu Cheng'en ne répond pas frontalement à cette question, mais il la laisse planer, poussant chaque lecteur à s'interroger : pourquoi ces montures, ces enfants et ces serviteurs bouddhiques tombent-ils toujours « par hasard » sur la route du pèlerinage ?

Les quarante-huit mille soldats de Shituo : la plus vaste armée démoniaque de l'œuvre

Si les autres démons sont des « seigneurs de la montagne », le démon lion bleu est un « commandant d'armée ».

Au chapitre 74, Wukong se métamorphose en petit démon pour s'infiltrer dans la grotte de Shituo et s'enquérir de la situation ; il constate alors de ses propres yeux l'ampleur de cette troupe. Le texte est explicite : quarante-sept mille huit cents petits démons, répartis aux alentours du mont Shituo, s'exerçant avec discipline sous des bannières distinctes. Ce chiffre est, de loin, le plus élevé de tout Le Voyage en Occident. Pour d'autres démons, commander quelques centaines ou milliers de sbires suffit à les rendre puissants — le Démon du Vent Jaune n'en a que quelques dizaines, les Rois Corne d'Or et Corne d'Argent en ont quelques centaines, et même le Roi Démon Taureau n'est jamais décrit comme possédant une armée organisée. Or, le lion bleu a levé un corps expéditionnaire de près de cinquante mille démons.

Que signifie une telle échelle ? Dans le contexte des guerres antiques, cinquante mille hommes constituent une armée de campagne capable de prendre des villes et des forts. Sous le système des soldats territoriaux à l'apogée des Tang, la force d'un commandement régional oscillait entre huit cents et mille deux cents hommes. Cinquante mille soldats représentent la somme de cinquante commandements : on n'est plus ici dans le repaire de bandits d'une grotte, mais face à un régime doté d'une puissance militaire d'État.

De plus, ces soldats ne sont pas une populace désorganisée. Dans la grotte de Shituo, Wukong observe une armée régulière où « les bannières flottent et les lames brillent ». Il y a des sentinelles, des patrouilles, un système de transmission d'ordres — dès que Wukong, sous son apparence de démon, est suspecté, l'information se répand sur tout le mont en un instant. Cela prouve que le lion bleu ne s'est pas contenté de rassembler des troupes, il les a dressées. Il a transformé une bande de mercenaires en une force militaire organisée.

Cela explique pourquoi l'Étoile d'Or du Métal est venue prévenir Wukong personnellement. Face à un démon ordinaire, Wukong se bat s'il le peut, ou appelle des renforts s'il échoue. Mais au mont Shituo, la question n'est pas de savoir s'il « peut gagner ou non » — c'est une place forte militaire. S'y précipiter seul, ce n'est pas affronter un roi démon, c'est se faire encercler par cinquante mille soldats. L'avertissement de l'Étoile d'Or du Mét ne dit pas « ce démon est fort », mais « cet endroit est dangereux » — un danger lié au nombre, et non seulement à la puissance individuelle.

Avaler Sun Wukong tout entier : l'appétit effrayant du vieux démon

Le moyen de combat le plus impressionnant du lion bleu n'est ni un trésor magique, ni un sortilège, mais un geste d'une primalité absolue : ouvrir la bouche et avaler.

Au chapitre 75, alors que Wukong lance son défi devant le mont Shituo, le lion bleu sort de sa grotte pour l'affronter. Après quelques échanges, le lion ouvre soudainement sa gueule — le texte précise qu'elle est « vaste comme une porte de ville » — et, d'un seul coup, engloutit Sun Wukong.

L'impact visuel de cette scène est l'un des plus forts du récit. Wukong a été piégé de mille façons par divers démons : écrasé sous une montagne, enfermé dans une gourde, enchaîné dans un gong d'or ou captif d'un flacon aux deux souffles. Mais être avalé tout entier, c'est une première. Et ce n'est pas un espace créé par un objet magique, mais simplement la bouche et l'estomac d'un lion — la manière la plus brute, la plus bestiale qui soit.

Bien entendu, Wukong n'est pas une proie facile à digérer. Il s'est déchaîné dans l'estomac du lion, « brandissant le Bâton de Fer aux Cerceaux d'Or pour donner des coups dans tous les sens ». Le lion bleu se roulait au sol sous la douleur, mais sans pour autant recracher Wukong — il tenait bon. Plus tard, Wukong se métamorphosa en corde, sortit par les narines du lion et le tira par le nez hors de sa grotte. Voyant le danger, le lion profita d'un moment d'inattention et, d'une nouvelle aspiration, engloutit Wukong ainsi que la corde.

Ce segment est écrit comme un va-et-vient : avalé, s'en sort, avalé à nouveau. Par ce procédé presque absurde, Wu Cheng'en souligne le trait fondamental du lion bleu : ce fauve ne craint ni la douleur, ni les attaques internes. Son estomac est son champ de bataille ; il a fait de son propre corps un piège.

Plus notable encore est la légende selon laquelle le lion bleu aurait « avalé cent mille soldats célestes d'un coup ». Au chapitre 74, l'Étoile d'Or du Métal mentionne explicitement ce fait en présentant les trois chefs démoniaques. Cent mille soldats célestes — c'est la force totale déployée par la Cour Céleste lors de la campagne contre Sun Wukong. Engloutir cent mille soldats, même avec une part d'exagération, prouve que la capacité combattante de ce lion dépasse largement celle des démons ordinaires. Il ne s'appuie ni sur la magie, ni sur des trésors, mais sur sa seule gueule — cette manière de « tout écraser par la force physique » s'avère d'autant plus terrifiante dans un monde saturé de sortilèges et d'objets magiques.

La structure du pouvoir des trois frères de Shītuó : qui est le véritable chef ?

Le démon Lion Vert est le frère aîné nominal du mont Shītuó, suivi du démon Éléphant Blanc en deuxième position, et du Grand Roc aux Ailes d'Or en troisième. Pourtant, une lecture attentive de l'œuvre originale révèle que la hiérarchie du pouvoir entre les trois frères est bien plus complexe que ce simple ordre de préséance.

En termes d'origines, leurs antécédents sont diamétralement opposés. Le Lion Vert est la monture du Bodhisattva Mañjuśrī, et l'Éléphant Blanc celle du Bodhisattva Samantabhadra ; tous deux sont des êtres « assignés », protégés par la puissance d'un Bodhisattva. Le Grand Roc aux Ailes d'Or, lui, est d'une nature tout autre : fils du Phénix, frère de lait du Paon, il partage un lien de sang avec le Seigneur Bouddha Tathāgata. S'agissant de la noblesse du lignage, le Roc surpasse de loin le Lion et l'Éléphant.

Quant à la puissance guerrière, le Roc est également le plus fort des trois. Ses ailes, déployées sur quatre-vingt-dix mille lieues, lui confèrent une vitesse telle que même le Nuage-Saut-de-Carpe de Wukong ne peut le rattraper. Au 76e chapitre, lorsque Wukong est saisi par le Roc, celui-ci « déploie ses deux ailes et, en un instant, a déjà parcouru cent huit mille lieues ». Si Wukong parcourt également cent huit mille lieues en un seul saut, le Roc, lui, vole en continu, là où Wukong se téléporte ; en termes de mobilité, le Roc ne cède rien. De plus, lors de la capture finale des trois démons, si le Lion retourne à Mañjuśrī et l'Éléphant à Samantabhadra, le Roc, lui, nécessite l'intervention personnelle du Seigneur Bouddha Tathāgata. La différence de rang est flagrante entre une monture récupérable par un Bodhisattva et un roi démon exigeant l'action directe du Bouddha.

Pourquoi alors le Roc occupe-t-il le troisième rang et non le premier ? L'auteur ne l'explicite pas, mais le récit suggère que l'ordre des « trois frères » repose davantage sur la date de leur serment de fraternité que sur la force. Le Lion Vert et l'Éléphant Blanc s'étaient probablement installés sur le mont Shītuó plus tôt, et le Roc, en rejoignant le groupe, s'est placé comme le « petit frère » — à l'image de Sun Wukong lorsque son alliance avec le Roi Démon Taureau et les autres Grands Sages ne suivait pas strictement l'ordre de la puissance.

Dans les faits, leur relation s'apparente davantage à une « alliance » qu'à un rapport de subordination. Les décisions importantes sont prises d'un commun accord : au 74e chapitre, alors que les trois démons délibèrent sur la manière de s'en prendre au groupe de pèlerins, chacun propose ses idées sans qu'aucun ne s'impose comme seul maître à bord. Le Lion Vert, l'aîné, gère la troupe et les combats frontaux ; l'Éléphant Blanc, le second, s'occupe de l'encerclement et du nettoyage ; et le Roc, le cadet, fait office d'arme stratégique ultime. Leur répartition des tâches est complémentaire et non hiérarchique.

Ce dispositif où « le rang nominal ne correspond pas au pouvoir réel » est unique dans tout le système des monstres du Voyage en Occident. Les autres organisations démoniaques — comme celles des Cornes d'Or et d'Argent — possèdent généralement un chef clairement identifié. Les trois frères de Shītuó ressemblent plutôt à une « société » formée par trois puissances indépendantes, chacune ayant ses propres capacités et protecteurs, unies par des intérêts communs et non par une soumission mutuelle.

L'apocalypse du royaume de Shītuó : la description la plus sombre de l'œuvre

L'arc narratif du mont Shītuó occupe une place particulière dans le Voyage en Occident, non seulement en raison de la puissance des démons, mais surtout parce qu'il présente la scène la plus angoissante du livre : l'anéantissement d'un pays.

Au 77e chapitre, les quatre pèlerins sont capturés par les trois démons et conduits à la ville de Shītuó. Cette cité était autrefois un royaume ordinaire, avec son roi, son peuple, ses remparts et ses rues. Mais depuis que les trois démons s'en sont emparés, tout a changé. La description de la ville est d'une noirceur absolue : « Les crânes forment des collines, les ossements des forêts. » Aucun être vivant n'y subsiste, seulement des os blanchis jonchant le sol. Toute la population, du roi aux plus humbles citoyens, a été dévorée par les trois démons.

C'est la seule scène de « génocide national » de tout le Voyage en Occident. Les méfaits des autres démons sont, à l'échelle, dérisoires. La Démone aux Os Blancs dévore quelques passants, le Démon à la Robe Jaune enferme une princesse, la Démone Araignée piège des gens dans un domaine — ce sont des crimes isolés. Mais les trois démons de Shītuó ont pratiqué une extermination totale : ils ont effacé l'humanité d'un pays entier pour la remplacer par un régime purement démoniaque, où des soldats monstres se substituent aux citoyens.

La plume de Wu Cheng'en est ici d'un calme troublant. Il ne décrit ni les cris des paysans, ni leur fuite, ni la manière dont ils furent dévorés un à un. Il ne livre que le résultat : des collines de crânes et des forêts d'ossements. Tout est terminé. Le processus est occulté, laissant place au silence des os. Ce procédé du « vide » est plus effrayant que n'importe quelle description sanglante : l'imagination comble elle-même les images manquantes, et elle s'avère souvent plus terrifiante que les mots de l'auteur.

Dans ce massacre, le rôle du Lion Vert en tant qu'aîné est crucial. Les quelque cinquante mille soldats démons n'ont pas pu être rassemblés par le seul Roc ; c'est la force militaire organisée et entraînée sur le long terme par le Lion Vert qui a constitué le socle de l'opération d'extermination. Si le Roc était le « bras armé » et l'Éléphant Blanc le « complice », le Lion Vert était le « logisticien » et le « pilier militaire » de ce génocide. Sans ses quarante-huit mille soldats pour garder les sommets et bloquer tout accès, les trois démons n'auraient jamais pu engloutir un pays si silencieusement, sans alerter la Cour Céleste.

Lorsque Tripitaka et ses compagnons arrivent à la ville de Shītuó, ils sont capturés. Au 77e chapitre, les trois démons s'apprêtent même à cuire Tripitaka à la vapeur — le processus de préparation est décrit avec un soin minutieux : le chaudron est installé, l'eau est portée à ébullition. Après bien des péripéties, Wukong parvient finalement à solliciter le Seigneur Bouddha Tathāgata pour résoudre la crise. Mais qu'en est-il du peuple de Shītuó ? L'œuvre ne dit pas qu'ils furent ressuscités. Le Bouddha a emmené les trois démons, mais on ne mentionne jamais les morts. Cette « absence de justice » est la partie la plus dérangeante de tout l'arc du mont Shītuó : les monstres sont partis, mais les victimes, elles, ne seront jamais compensées.

Le second retour du Lion à Mañjuśrī : pourquoi les montures bouddhiques descendent-elles sans cesse sur terre ?

Au 77e chapitre, le Seigneur Bouddha Tathāgata charge le Bodhisattva Mañjuśrī et le Bodhisattva Samantabhadra de récupérer respectivement leurs montures. Mañjuśrī repart vers le mont Wutai sur son lion à la fourrure verte, Samantabhadra regagne le mont Emei sur son éléphant blanc, et le Roc est conduit personnellement par le Bouddha à la Montagne des Esprits pour devenir un Roi Protecteur. Tout semble s'être terminé harmonieusement.

Pourtant, à y réfléchir, un détail cloche : c'est la deuxième fois que le Bodhisattva Mañjuśrī vient « récupérer » ce lion. La première fois, au Royaume de Wuji, Mañjuśrī s'était montré péremptoire — il agissait alors « selon l'ordre du Bouddha », la descente du lion sur terre étant officiellement autorisée. Mais ici, au mont Shītuó, quelle est l'attitude de Mañjuśrī ? L'auteur ne lui accorde pas une seule réplique. Il arrive en silence, reprend son lion, et repart sans aucune explication.

Ce silence est en soi un signal. Si Mañjuśrī avait la conscience tranquille — s'il agissait à nouveau sous mandat bouddhique — il aurait pu, comme la fois précédente, le proclamer avec assurance. Or, il ne dit rien. Cela signifie soit que cette descente n'était pas autorisée (la monture s'étant enfuie de son propre chef), soit qu'elle l'était, mais pour des raisons qui ne peuvent être divulguées (touchant aux zones grises du fonctionnement interne du sang bouddhique). Dans les deux cas, cela pointe vers un fait inquiétant : la gestion des montures par le clergé bouddhique souffre de graves lacunes — ou, pire, n'a jamais été destinée à être colmatée.

Entre le Royaume de Wuji et le mont Shītuó s'écoulent plus de trente chapitres et plusieurs années de voyage. Durant cet intervalle, qu'a fait le Bodhisattva Mañjuśrī pour empêcher le lion à la fourrure verte de redescendre sur terre ? Manifestement rien. Ce lion a ravagé le Royaume de Wuji pendant trois ans, et peu après être retourné auprès de Mañjuśrī, il s'est à nouveau échappé pour participer à un massacre à l'échelle d'un pays. Si l'épisode de Wuji était une « faute légère » (le roi ayant finalement été ressuscité), celui de Shītuó est un crime irréparable : tout un peuple a péri, et nul ne peut le ramener à la vie.

Le problème plus profond est que ce schéma — « la monture descend pour commettre des atrocités, le Bodhisattva la récupère après coup » — revient sans cesse dans le Voyage en Occident. Le poisson doré de Guanyin s'échappe de l'étang de lotus pour devenir le Grand Roi de la Grâce Spirituelle, l'éléphant blanc de Samantabhadra s'enfuit pour s'allier au Lion et au Roc, le bœuf bleu du Vénérable Seigneur Laozi descend avec le mortier d'adamantium — presque chaque grand Bouddha ou immortel possède un subalterne « ingérable ». Ces « accidents » cumulés constituent une part considérable des quatre-vingt-un obstacles du pèlerinage.

L'ironie de Wu Cheng'en est ici subtile mais limpide : parmi les fameuses « quatre-vingt-un épreuves », combien sont réellement dues au « destin » et combien sont les conséquences d'une « mauvaise gestion » des ordres bouddhiques et taoïstes ? Si les Bodhisattvas avaient su tenir leurs montures et leurs serviteurs, le voyage aurait pu compter vingt ou trente épreuves de moins. Les deux descentes du Lion Vert sont la manifestation la plus frappante de cette faille systémique : un même lion, un même Bodhisattva, deux pertes de contrôle, deux réparations tardives, et au milieu, la disparition totale de la population d'un royaume.

Personnages liés

  • le Bodhisattva Mañjuśrī — Le propriétaire originel, véritable maître de l'esprit du lion bleu, qui descendit deux fois sur terre pour récupérer sa monture.
  • l'Esprit du 白象 — Le second frère de sang, l'éléphant blanc monture du Bodhisattva Samantabhadra descendu parmi les mortels, partageant le domaine du mont Shituo avec l'esprit du lion bleu.
  • le Grand Roc aux Ailes d'Or — Le troisième frère de sang, fils du Phénix et parent sanguin du Seigneur Bouddha Tathāgata, le plus puissant des trois démons de Shituo.
  • Sun Wukong — L'adversaire principal, englouti d'un seul coup dans le ventre de l'esprit du lion bleu, et qui ne s'en sortit qu'après bien des péripéties.
  • le Seigneur Bouddha Tathāgata — Le juge ultime, descendu en personne à la cité de Shituo pour soumettre les trois démons.
  • le Bodhisattva Samantabhadra — Le propriétaire originel de l'esprit de l'éléphant blanc, arrivé en même temps que Mañjuśrī pour reprendre sa monture.
  • l'Étoile d'Or du Métal — Le messager, descendu exceptionnellement sur terre pour avertir Wukong des périls qui règnent sur le mont Shituo.
  • Tripitaka — Capturé par les trois démons, il faillit être cuit à la vapeur et dévoré dans la cité de Shituo.

Questions fréquentes

Quelle est la véritable identité du Lion Azur et à quel Bodhisattva est-il lié ? +

La véritable forme du Lion Azur est celle du Lion à Crinière Bleue, la monture du Bodhisattva Mañjuśrī. C'est la seconde fois qu'il descend sur terre sous les traits d'un démon. Il était apparu une première fois dans le récit du Royaume de Wuji, où il agissait alors selon la volonté du Bouddha pour…

Quelle est l'ampleur de l'armée du Lion Azur dans l'ensemble du Voyage en Occident ? +

Il commande quarante-sept mille huit cents petits démons, ce qui fait de lui le roi démon disposant de la plus vaste armée de tout l'ouvrage. Son influence dépasse largement celle d'autres puissances comme les Cornes d'Or et d'Argent ou le Roi Démon Taureau ; il dirige presque une véritable armée de…

Comment le Lion Azur s'en est-il pris à Sun Wukong et quels moyens singuliers a-t-il employés ? +

Son moyen le plus célèbre consiste à ouvrir une gueule « vaste comme la porte d'une cité » pour engloutir Sun Wukong d'un seul coup. Alors que Wukong s'agite et frappe violemment avec son bâton à l'intérieur de son ventre, le Lion Azur, malgré la douleur, refuse de le recracher et en profite pour…

En quoi a consisté le massacre du Royaume du Lion-Chameau et comment s'est-il terminé ? +

Après que les Trois Démons se furent emparés du Royaume du Lion-Chameau, ils dévorèrent l'intégralité de la population, du roi aux plus humbles citoyens. La ville devint une forêt d'ossements blancs, constituant le seul cas de génocide total dans tout le livre. Finalement, le Seigneur Bouddha…

Puisque le Lion Azur est la monture de Mañjuśrī, comment a-t-il pu semer le chaos pendant tant d'années au Royaume du Lion-Chameau ? +

Il apparaît clairement que Mañjuśrī n'avait pris aucune mesure de précaution après les événements du Royaume de Wuji, permettant à sa monture de s'échapper à nouveau et de participer à un massacre national. Ce phénomène reflète l'ironie profonde du Voyage en Occident quant aux manquements…

Parmi les trois frères du Lion-Chameau, qui est le plus puissant et le Lion Azur mérite-t-il son rang de chef ? +

En termes de puissance pure, le Grand Roc aux Ailes d'Or est le plus fort, puisqu'il fallut l'intervention personnelle de Tathāgata pour le soumettre ; le Lion Azur et l'Éléphant Blanc furent simplement récupérés par leurs Bodhisattvas respectifs. Le Lion Azur excelle plutôt par l'ampleur de son…

Apparitions dans l'histoire

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