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Chapitre 39 : La pilule d'or ramène un mort à la vie — le lion bleu est démasqué en pleine cour

Sun Wukong s'envole jusqu'au palais du Seigneur Laozi pour obtenir une pilule de résurrection, ranime le roi de Wuji d'un souffle de qi pur, puis pénètre dans la ville déguisé pour dénoncer l'imposteur. Le démon, acculé, prend le visage de Tang Sanzang pour semer la confusion — jusqu'à ce que Manjushri Bodhisattva arrive et révèle que le faux roi n'était qu'un lion bleu, sa propre monture.

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Avant l'aube, Wukong était déjà dans les airs.

Il n'avait rien dit à personne — pas le temps d'expliquer, et de toute façon l'explication aurait pris plus longtemps que le voyage. Il prit la direction des cieux supérieurs, son nuage filant à travers les couches du firmament comme une aiguille dans de la soie, et au bout d'un laps de temps difficile à mesurer dans ces altitudes, il atteignit les trente-troisième cieux, là où le Seigneur Laozi entretenait son four de cinabre et ses laboratoires d'alchimie éternelle.

Le vieillard était dans sa cour, en train de superviser la calcination d'un lot de minerai. Il entendit les pas de Wukong et ne se retourna pas.

— Grand Sage, dit-il. Qu'est-ce que tu viens encore chercher ici ?

— Une pilule, dit Wukong. Juste une. La plus petite que vous ayez.

Laozi se retourna pour le regarder. Une petite pilule d'or dans les doigts — ronde comme une graine de moutarde, lourde comme une promesse.

— Pour qui ?

— Un roi mort injustement. Trois ans dans un puits, un démon sur son trône.

Laozi examina Wukong un moment. Son regard était celui d'un homme qui a tout vu et qui ne se hâte pas de juger.

— Cette pilule, dit-il, ressuscite en cas de mort non naturelle. Si cet homme a été assassiné, le qi de vie n'a pas encore quitté son corps définitivement — il attend. La pilule réveillera ce qu'il reste à réveiller.

Il la posa dans la paume tendue de Wukong.

— Ne la perds pas. Et ne l'avale pas toi-même par erreur.

— Je ne fais jamais ce genre d'erreur, dit Wukong.

Laozi haussa un sourcil mais ne répondit rien.


Wukong revint au temple de Baolinsi avec la lumière du matin.

Tout le monde attendait — Tang Sanzang assis en méditation à côté du corps enveloppé, Bajie endormi dans un coin, Sha Wujing debout près de la porte, les yeux dans le vague.

Wukong s'agenouilla près du corps. Il prit la pilule, la glissa entre les lèvres du roi mort, puis posa ses deux mains sur la poitrine de l'homme et souffla — un souffle long, régulier, chargé de qi pur, le souffle d'une créature qui avait vécu des millénaires et qui savait ce qu'était la vie à son niveau le plus fondamental.

Rien.

Puis un frémissement, imperceptible, au niveau de la gorge. Puis un mouvement des paupières. Puis la poitrine se souleva — une fois, hésitante, comme quelqu'un qui se rappelle comment on fait.

Le roi de Wuji ouvrit les yeux.

Il ne cria pas. Il ne parla pas. Il regarda le plafond du temple, puis le visage de Tang Sanzang penché au-dessus de lui, puis il ferma les yeux à nouveau et dit, d'une voix à peine audible :

— J'ai froid.

— On va s'en occuper, dit Tang Sanzang.


Ils entrèrent dans Wuji en fin de matinée — le roi en palanquin fermé, Tang Sanzang et ses disciples à pied, comme de simples pèlerins demandant audience. Wukong avait pris l'apparence d'un scribe ordinaire, maigre et effacé, son bâton réduit à une simple plume d'écriture derrière l'oreille.

Le faux roi donnait audience quand ils arrivèrent dans la salle du trône. Il était assis sur le siège royal avec la sûreté de quelqu'un qui avait oublié depuis longtemps qu'il mentait — ou peut-être n'avait-il jamais eu conscience de le faire, les démons ont parfois cette façon d'habiter un rôle jusqu'à le confondre avec leur propre nature.

Wukong s'avança au centre de la salle et claqua des mains.

— J'ai un témoignage à présenter à cette cour !

Un murmure courut parmi les courtisans. Le faux roi fronça les sourcils.

— Qui es-tu, toi ?

Wukong déclama, à voix haute et dans un rythme qui tenait à mi-chemin entre la déposition officielle et la chanson de marché :

Je suis moine du chemin d'Occident, disciple du Grand Tang, Mon maître porte les écritures, je porte la justice. On m'a dit qu'un puits contient un roi, qu'un trône contient un mensonge — Alors j'ai remonté le mort de l'eau et je vous apporte la vérité.

Un taoïste est venu, a fait tomber la pluie, a pris le trône, Trois ans que le peuple de Wuji vit dans l'illusion. Le vrai roi est derrière cette porte, vivant, les yeux ouverts — Et l'homme qui vous gouverne n'est qu'une forme empruntée.

Le silence qui suivit fut de la qualité de ceux qui précèdent les tempêtes.

Le faux roi se leva du trône. Sa posture changea — quelque chose de moins humain dans la façon dont il tenait les épaules.

— Mensonge, dit-il. Attrape ce moine.

Les gardes bougèrent. Wukong sortit son bâton et le fit tourner une fois — les gardes s'arrêtèrent.

Pendant ce temps, les portes de la salle s'ouvrirent en grand. Le prince et sa garde personnelle entrèrent, flanquant le palanquin fermé. La reine apparut derrière eux, le visage d'une femme qui n'a plus peur de ce qu'elle est en train de faire.

Le palanquin s'ouvrit. Le roi de Wuji descendit — pâle, un peu vacillant, mais debout, vivant, reconnaissable.

La cour éclata en un chaos de cris, de pleurs, de gens qui tombaient à genoux.

Le faux roi regarda le vrai roi et, pour la première fois, quelque chose faillit dans sa contenance. Il n'avait pas prévu ça. Trois ans sans que personne ne cherche, trois ans d'impunité — et maintenant un moine singe avec une pilule d'or avait tout défait en une matinée.

Il sauta par-dessus la balustrade royale et se jeta sur Tang Sanzang, le saisissant par les épaules, et en un clin d'œil prit son apparence exacte — les vêtements de brocart, le crâne rasé, les yeux doux, jusqu'à la cassure de la lèvre inférieure que Tang Sanzang avait depuis l'enfance.

— Lequel est le vrai ? cria-t-il. Lequel choisissez-vous ?

Wukong s'arrêta, son bâton à mi-course.

Les deux Tang Sanzang étaient face à face. Identiques.

— Je propose un test, dit Bajie depuis l'entrée. Le mantra de la bandelette.

Il expliqua brièvement au prince : si Tang Sanzang récitait le mantra, Wukong souffrirait d'une douleur de tête. Si l'imposteur le récitait, il ne se passerait rien.

Le premier "Tang Sanzang" récita. Wukong chancela, porta les mains à son crâne, ses yeux s'injectèrent de sang.

L'imposteur resta immobile, bouche ouverte sur des mots qu'il ne connaissait pas.

Wukong, la tête encore bourdonnante, le frappa de son bâton — mais le démon s'était déjà transformé en vent et cherchait la fuite.

Un nuage d'or descendit alors du plafond de la salle.

Dessus se tenait une femme en robe de bodhisattva, une couronne de lotus, un sourire d'une absolue sérénité. Manjushri Bodhisattva. Dans ses mains, elle tenait un miroir — un miroir dont la surface ne reflétait rien, ou plutôt, reflétait ce que les choses étaient réellement.

Elle leva le miroir en direction du vent tourbillonnant.

La forme se figea. Se contracta. Et un lion surgit à l'endroit où le démon avait été — un lion aux crinières teintées de bleu, plus grand qu'un cheval, dont les yeux bridés exprimaient quelque chose qui ressemblait à de la honte.

— Voilà mon animal d'invocation, dit Manjushri d'une voix calme. Il m'a échappé il y a trois ans. Je vous prie de m'en excuser.

Elle descendit de son nuage, passa une corde de soie autour du cou du lion, et remonta dans les airs sans autre explication.

Le lion rugit une fois — un son qui fit vibrer les murs de la salle — puis disparut avec sa maîtresse dans les cieux bleus de Wuji.


Le roi de Wuji se retourna vers Tang Sanzang. Ses genoux pliaient légèrement — pas de faiblesse, mais de gratitude.

— Sans vous, dit-il, je serais resté dans ce puits pour l'éternité.

— Sans votre fils, dit Tang Sanzang, sans votre reine, sans mes compagnons — moi seul n'aurais rien pu faire.

Il s'inclina.

Le soir, la ville de Wuji célébrait. Les pèlerins repartirent à l'aube, avant que les fêtes ne deviennent trop bruyantes pour la méditation.