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Chapitre 37 : Le roi noyé visite le pèlerin — un lapin blanc mène le prince vers la vérité

Le fantôme du roi du royaume de Wuji apparaît en rêve à Tang Sanzang pour raconter comment un faux mage taoïste a pris sa place après l'avoir noyé dans son propre puits. Sun Wukong se transforme en lapin blanc pour attirer le prince jusqu'au temple, puis révèle la vérité au jeune homme.

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La nuit de Baolinsi était silencieuse depuis longtemps quand le froid entra dans la chambre.

Tang Sanzang n'entendit rien. Il ne perçut pas non plus de lumière particulière, ni d'odeur. Simplement, à un moment, il sut que quelqu'un se tenait au pied de son lit. Il ouvrit les yeux.

Un homme était là — ou ce qui avait été un homme. Sa peau était livide, ses vêtements de brocart d'un vert passé comme une eau stagnante, ses pieds ne touchaient pas tout à fait le sol. Ses yeux, dans l'obscurité, brillaient d'un éclat humide.

— Moine, dit-il d'une voix qui semblait venir de très loin, pardonne cette visite à une heure indécente. Je suis le roi du royaume de Wuji.

Tang Sanzang s'assit sur sa couche. Sa respiration était calme — les années de chemin avaient appris à son corps à ne pas paniquer devant l'inhabituel.

— Votre Majesté, dit-il doucement. Parlez.

Le spectre raconta.

Il y avait trois ans de cela, un homme était apparu aux portes de sa capitale. Il se présentait comme un ermite taoïste, maître du vent et de la pluie. Le royaume souffrait d'une sécheresse terrible — les récoltes brûlaient, le peuple mourait. Le roi l'avait reçu, il l'avait cru, il lui avait accordé toute confiance.

Le taoïste avait fait tomber la pluie.

Puis, lors d'une promenade dans le jardin royal, profitant d'un moment d'inattention, il avait poussé le roi dans un puits au fond du jardin — un puits profond, à l'eau noire, dont le couvercle de pierre avait été soigneusement replacé au-dessus. Le roi avait coulé, coulé, ses vêtements de brocart l'entraînant vers le fond.

Et le taoïste avait pris son visage, son trône, sa vie.

— Depuis trois ans, dit le fantôme, il règne à ma place. Ma reine croit qu'il est son mari. Mon fils croit qu'il est son père. Mon peuple ne voit rien. Et moi, je suis au fond de ce puits, dans le palais de cristal du dragon des eaux, incapable de partir, incapable d'agir.

Sa voix ne tremblait pas. C'était pire que s'il avait pleuré.

— J'ai appris que le Grand Sage Égal du Ciel était parmi vos compagnons, continua-t-il. Lui seul peut rétablir la vérité. Moine, je t'en supplie.

Il tendit quelque chose. Tang Sanzang hésita, puis tendit la main. Un objet se posa dans sa paume — froid, lisse, carré. Une tablette de jade blanc, de la taille d'une paume, gravée du sceau royal de Wuji.

Puis le froid se retira de la pièce. L'homme avait disparu.

Tang Sanzang resta assis dans le noir, la tablette dans la main, jusqu'à ce que la lumière grise de l'aube commence à filtrer sous le volet.


Wukong écouta le récit sans l'interrompre. Quand Tang Sanzang eut fini, il examina la tablette, la soupesa, la renifla presque.

— Vrai jade, dit-il. Vrai sceau. Ce n'est pas une hallucination, Maître. Ce roi est bien mort.

— Alors tu peux l'aider ?

— Je peux essayer. — Il marqua une pause. — Il y a d'abord un problème pratique : pour aller chercher ce roi dans le puits, il faudra la coopération du prince. Et pour avoir le prince, il faudra d'abord qu'il vienne ici.

— Comment le faire venir ?

Wukong sourit, ce sourire en coin qu'il avait quand une idée commençait à prendre forme dans sa tête.

— Laissez-moi faire, Maître.


Ce matin-là, une chasse royale traversait la forêt au pied des collines. Le prince du royaume de Wuji, jeune homme d'environ vingt ans, chevauchait en tête, son arc à l'épaule, entouré de gardes et de chiens. C'était son plaisir préféré — la vitesse, le vent dans les arbres, la tension de la corde avant le lâcher.

Un lapin blanc déboucha soudain du sous-bois.

Ce n'était pas un lapin ordinaire. Sa fourrure était d'un blanc immaculé, presque lumineux, ses oreilles dressées comme deux pétales de lotus. Il regardait le prince avec des yeux roses qui semblaient comprendre ce qu'ils voyaient. Puis il repartit en bondissant, tranquillement, pas à pas, comme s'il montrait une direction.

Le prince banda son arc. Le lapin s'arrêta, le regarda, repartit.

— Suis-le ! cria le prince.

La chasse s'élança. Mais le lapin blanc était insaisissable — jamais tout à fait rattrapé, jamais tout à fait perdu. Il menait la cavalcade à travers les sous-bois, remontait vers les collines, longeait un sentier, et débouchait finalement dans la cour de Baolinsi.

Le lapin fit trois bonds, disparut derrière un pilier, et il n'y avait plus rien.

Le prince, essoufflé, mit pied à terre. Son regard cherchait l'animal — et tomba sur un moine étrange, assis sur les marches du temple, qui l'observait avec un sourire amusé.

Un moine à la tête de pierre, aux yeux d'or, qui tenait un bâton de fer posé en travers de ses genoux comme s'il attendait quelqu'un.

— Tu l'as perdu ? demanda Wukong.

— Le lapin blanc, dit le prince. Il est entré ici.

— Possible. — Wukong se leva. — Mais ce n'est pas le lapin qui t'a amené ici, Prince. C'est quelque chose d'autre. Entre.


Tang Sanzang accueillit le prince dans la salle principale. Il lui montra la tablette de jade. Le prince la reconnut — c'était bien le sceau de son père, l'écriture de son père, le jade que son père avait reçu de la cour impériale du Nord des années auparavant.

Il devint très pâle.

— Mon père... est mort ?

— Son esprit nous a rendu visite cette nuit, dit Tang Sanzang avec douceur. Il nous a tout expliqué. L'homme qui occupe votre trône n'est pas votre père.

Le prince regarda Wukong. Wukong le regarda en retour — sans sourire cette fois, droit dans les yeux.

— Tu sais, au fond de toi, dit Wukong, que quelque chose a changé. Tu l'as su depuis trois ans. L'homme qui règne ne réagit pas comme ton père réagissait. Il y a des gestes qui ne sont pas les siens, des habitudes qui manquent, des colères qui viennent de nulle part. Tu l'as remarqué.

Le prince baissa les yeux.

— Oui, dit-il après un silence. Oui, j'ai remarqué.

— Alors retourne dans la ville. Vas voir ta mère en secret — elle seule saura la vérité sur son lit depuis trois ans. Et reviens nous dire ce qu'elle t'a dit.

Le prince repartit à cheval dans l'après-midi, sans ses gardes, par un sentier détourné. Le soleil descendait sur les collines de Wuji.

Wukong se rassit sur les marches et attendit.