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Le Ver à Neuf Têtes

Aussi connu sous le nom de :
Le Gendre à Neuf Têtes Le Monstre à Neuf Têtes

Unique créature du Voyage en Occident à avoir échappé à son sort, ce monstre ailé à la régénération prodigieuse s'est volatilisé dans la mer du Nord après un affrontement épique avec Erlang Shen.

Le Ver à Neuf Têtes Le Ver à Neuf Têtes Le Voyage en Occident Pourquoi le Ver à Neuf Têtes a-t-il pu s'échapper La fin du Ver à Neuf Têtes Le Ver à Neuf Têtes du Royaume de Jisai Démons de l'Étang aux Ondes Vertes Le seul démon ayant fui dans Le Voyage en Occident Le Ver à Neuf Têtes et Erlang Shen
Published: 5 avril 2026
Last Updated: 5 avril 2026

Parmi les cinquante-deux grands démons qui peuplent l'ouvrage, une dizaine ont péri, une trentaine ont été domptés et une dizaine encore sont retournés vers les cieux. Pourtant, il en est un qui n'a été ni tué, ni soumis, et encore moins reconduit au paradis. Blessé, il a pris la fuite et s'est volatilisé dans la nature. Ce démon est le Vermine à Neuf Têtes, un oiseau monstrueux doté de neuf têtes, nichant dans l'Étang aux Ondes Vertes de la Montagne des Pierres Confuses, et gendre du Roi Dragon Wansheng. Son nom n'apparaît que deux fois dans tout le récit — aux 62e et 63e chapitres — mais ces deux passages laissent une faille narrative unique dans Le Voyage en Occident : celle d'un démon ayant réussi son évasion. Le sort de tous les autres grands démons est scellé — mort, soumission ou retour à leur rang — mais le Vermine à Neuf Têtes, lui, a disparu dans les flots de la Mer du Nord, pour ne plus jamais reparaître. Wu Cheng'en ne lui a pas assigné de dénouement, et ce « manque de fin » constitue, en soi, la conclusion la plus intrigante de l'histoire.

Le gendre du palais du dragon des Ondes Vertes : la vie d'un démon par alliance

Le statut du Vermine à Neuf Têtes est singulier dans la généalogie des monstres du Voyage en Occident : il n'est pas le maître d'une caverne, mais un « gendre installé ». Son beau-père est le Roi Dragon Wansheng de l'Étang aux Ondes Vertes, sa belle-mère est la Reine Dragon Wansheng, et son épouse est la Princesse Wansheng. L'Étang aux Ondes Vertes est, par essence, un palais own-dragon — non pas un palais orthodoxe comme ceux des quatre Rois Dragons des mers, mais la demeure aquatique d'un « dragon sauvage ». Le Roi Dragon Wansheng ne possède aucun titre officiel à la Cour Céleste et n'appartient pas au système des quatre mers ; c'est une puissance draconique locale ayant fondé son propre domaine.

En s'installant dans une telle famille, le Vermine à Neuf Têtes occupe une position délicate. À l'Étang aux Ondes Vertes, on l'appelle le « gendre princier ». En apparence, il est co-maître du palais, mais en réalité, tout pouvoir de décision reste entre les mains du Roi Dragon Wansheng. Le 62e chapitre relate le vol des trésors bouddhiques comme le résultat d'un « complot » entre le Roi Dragon et le Vermine à Neuf Têtes ; toutefois, si l'on observe les rapports de force narratifs, le Vermine apparaît davantage comme l'exécuteur que comme le décideur. Sa force au combat est prodigieuse, et c'est précisément pour cela que le Roi Dragon Wansheng a besoin de lui : un clan de dragons sauvages, dépourvu de reconnaissance officielle, a besoin d'un gendre à la puissance guerrière hors pair pour servir de bras armé et de garde du corps.

Ce statut de « gendre installé » est rarissime parmi les démons du livre. La plupart sont soit les seigneurs absolus d'un territoire (comme le Roi Démon Taureau qui règne sur la Montagne aux Nuages d'Émeraude), soit des subalternes vivant sous la dépendance d'un autre (comme les petits démons des diverses grottes), soit totalement dépourvus de liens familiaux. La position du Vermine à Neuf Têtes se situe entre celle du « maître » et celle du « mercenaire » : il jouit des richesses du palais, mais doit y risquer sa vie. Le vol des trésors bouddhiques en est la preuve éclatante : il a bravé le risque d'attirer le malheur sur lui en volant dans le royaume de Jisai, non pour son propre compte, mais pour s'attirer les faveurs de sa belle-famille.

La géographie de l'Étang aux Ondes Vertes est également révélatrice : la « Montagne des Pierres Confuses ». Wu Cheng'en ne nomme jamais rien au hasard. Les « pierres confuses » suggèrent un ordre chaotique et instable. L'étang est caché au milieu de ce désordre, tout comme la puissance du Roi Dragon Wansheng se cache en dehors du système orthodoxe des dragons. Le fait que le Vermine à Neuf Têtes ait choisi (ou ait été choisi) de s'installer dans un tel lieu montre qu'il n'est pas non plus un personnage « officiel » du monde des démons : c'est un être marginal au sein d'une puissance marginale, ayant acquis own titre de « gendre princier » par la seule force des armes.

Le vol des trésors bouddhiques : le tumulte du royaume de Jisai

L'histoire du royaume de Jisai commence avec une pagode. La pagode des reliques du temple Jinguang « diffusait chaque nuit des lueurs crépusculaires sensibles jusqu'à dix mille lieues » ; elle était le trésor national de Jisai et la raison pour laquelle les royaumes voisins venaient rendre hommage — « c'est pourquoi le pays supérieur fut nommé royaume de Jisai ». Mais le Vermine à Neuf Têtes et le Roi Dragon Wansheng se sont alliés pour dérober la relique bouddhique au sommet de la tour. Dès lors, « la lumière auspicieuse disparut » et la pagode cessa de briller. Le roi de Jisai, persuadé que les moines du temple avaient volé le trésor, fit emprisonner et torturer les douze moines du temple Jinguang, condamnant ainsi des innocents.

Le mobile de ce crime est également singulier parmi les démons de l'œuvre. La plupart des méchantes actions ont un but personnel clair : dévorer la chair de Tripitaka pour obtenir l'immortalité, kidnapper une beauté pour en faire son épouse, ou s'emparer d'une montagne pour s'y proclamer roi. Or, le but du Vermine à Neuf Têtes en volant la relique n'était pas son propre profit — la relique n'avait aucune utilité pratique pour lui. Il ne pratique pas le bouddhisme et n'a pas besoin de reliques pour accroître sa culture spirituelle. Le véritable bénéficiaire de ce vol était le Roi Dragon Wansheng : collecter des trésors est l'instinct naturel des dragons, et posséder la relique bouddhique au palais des Ondes Vertes était pour lui un moyen d'étaler sa puissance.

La logique comportementale du Vermine à Neuf Têtes se rapproche davantage d'un « gendre agissant pour sa famille » que d'un « démon cherchant son profit ». Il a volé la relique pour s'illustrer auprès de son beau-père et consolider sa place au palais. Ce motif le distingue des autres : la Démone aux Os Blancs veut manger Tripitaka pour elle-même, le Grand Roi du Vent Jaune cherche à dominer une région pour son propre compte, tandis que le Vermine à Neuf Têtes risque tout pour l'intérêt d'autrui. Sous cet angle, sa « méchanceté » prend une teinte tragique : il n'est pas purement malveillant, mais l'exécuteur otage des intérêts familiaux.

Les conséquences du vol furent graves. La perte de la lumière de la pagode entraîna le déclin de la fortune nationale de Jisai — les pays voisins cessèrent leurs tributs et le prestige international du royaume s'effondra. Des moines innocents furent jetés au cachot et subirent des tortures atroces. Le Vermine à Neuf Têtes n'avait peut-être pas prévu ces suites, mais il en fut l'instigateur. Lorsque Tripitaka et ses disciples passèrent par le royaume de Jisai et découvrirent la vérité sur la disparition de la relique en inspectant la tour, toutes les pistes menèrent à l'Étang aux Ondes Vertes : l'aura démoniaque du palais, les traces de dragon au sommet de la tour et les révélations du génie local sur la famille du Roi Dragon Wansheng.

La renaissance infinie : le casse-tête du démon immortel

La capacité fondamentale du Vermine à Neuf Têtes réside dans ses neuf têtes — non pas une simple multiplicité, mais une faculté de régénération : « coupez une tête, et une autre repousse ». Ce trait est unique dans tout le livre. Même les démons les plus puissants possèdent une forme fixe : le grand bœuf blanc du Roi Démon Taureau, quelle que soit sa taille, peut être décapité ; la queue du Démon Scorpion, si redoutable soit-elle, est inoffensive une fois contrée. La régénération du Vermine à Neuf Têtes brise la logique habituelle du combat : comment tuer une créature qui repousse sa tête dès qu'on la lui tranche ?

La description des combats au 63e chapitre illustre parfaitement l'effroi suscité par ce pouvoir. Sun Wukong et Zhu Bajie affrontent le Vermine à l'Étang aux Ondes Vertes. Lorsque le Bâton de Fer aux Cerceaux d'Or de Wukong lui tranche une tête, le monstre, loin de reculer, en fait pousser une nouvelle pour poursuivre le combat. Contrairement aux démons ordinaires qui s'affaiblissent et paniquent après une blessure, la régénération du Vermine est quasi instantanée — la nouvelle tête surgit au moment même où la précédente touche le sol. Cela signifie que les dommages physiques classiques sont pour lui inexistants. Wukong a combattu d'innombrables monstres, mais n'avait jamais rencontré un tel adversaire.

L'intérêt narratif de ce pouvoir est de créer un « problème insoluble ». Le schéma classique du Voyage en Occident est le suivant : Wukong ne parvient pas à vaincre le démon $\rightarrow$ il part chercher des renforts $\rightarrow$ les renforts apportent le moyen de contrer le monstre $\rightarrow$ le démon est soumis. Mais la régénération du Vermine à Neuf Têtes rend le « moyen de contrer » difficile à définir : on n'a pas besoin d'une force plus grande, mais d'une puissance particulière capable de mettre fin à la régénération elle-même. Une telle force est extrêmement rare dans le système des trésors et des pouvoirs magiques du livre, car la plupart des objets sont conçus pour « augmenter la puissance d'attaque » ou « limiter les mouvements de l'adversaire », et aucun n'est spécifiquement dédié à stopper une « régénération infinie ».

La régénération du Vermine à Neuf Têtes possède également une dimension symbolique profonde. Dans la mythologie chinoise ancienne, le chiffre « neuf » est le nombre suprême, représentant le maximum, l'abondance et l'extrême. « Neuf têtes » symbolisent l'apogée de la force vitale : on en coupe une, il en reste huit ; on en coupe deux, il en reste sept ; et même quand on arrive à la dernière, elle peut repousser. Ce concept du « plus on coupe, plus ça pousse » rappelle l'Hydre de Lerne dans la mythologie grecque, où Hercule fit face au même dilemme. Cependant, la résolution des deux histoires diffère : Hercule utilisa le feu pour cautériser les cous tranchés et empêcher la repousse, tandis que la fin de la régénération du Vermine à Neuf Têtes fut bien plus inattendue — elle vint d'un chien.

L'entrée en scène d'Erlang Shen : la seconde alliance fraternelle du récit

Wukong et Bajie, incapables de vaincre ensemble le Ver à Neuf Têtes, se voient contraints d'appeler des renforts. Mais cette fois, il ne se rend pas au Mont Potalaka de la Mer du Sud pour solliciter la Bodhisattva Guanyin, ni au Palais Céleste pour implorer l'Empereur de Jade ; il se dirige vers l'embouchure du fleuve Guanjiang pour trouver Erlang Shen. Ce choix est, en soi, fort révélateur.

Le lien entre Wukong et Erlang Shen est unique dans toute l'œuvre. Au sixième chapitre, lors du grand vacarme au Palais Céleste, Erlang Shen fut le seul général céleste capable de tenir tête à Wukong lors d'un duel singulier — leur affrontement, où chacun déployait les Soixante-douze Métamorphoses, demeure l'un des combats les plus saisissants du livre. Pourtant, ce chapitre s'achevait par la capture de Wukong, faisant d'Erlast Shen un « ennemi ». Au soixante-troisième chapitre, Wukong sollicite volontairement l'aide d'Erlang Shen, et le statut de l'autre glisse de l'adversaire à l'allié. Cette transition s'opère sans transition aucune : dès son arrivée à l'embouchure du fleuve, Wukong demande l'aide d'Erlang, qui accepte avec empressement. Deux êtres qui s'étaient autrefois combattus avec une violence tellurique se retrouvent désormais combattant côte à côte, tels de vieux compagnons.

Erlang Shen arrive accompagné des « Six Frères de la Montagne de Mei » — Kang, Zhang, Yao, Li, Guo et Zhi — ainsi que de son chien owné. Cette formation n'apparaît que deux fois dans tout le récit : la première fois au sixième chapitre pour encercler Wukong, et la seconde fois, au soixante-troisième, pour chasser le Ver à Neuf Têtes. Les Six Frères de la Montagne de Mei ne sont pas de simples soldats célestes ; chacun maîtrise l'art des métamorphoses, formant ainsi une unité d'élite.

Plus intrigant encore est le motif pour lequel Wukong a choisi Erlang Shen plutôt qu'un autre général. Si la raison apparente réside dans la puissance d'Erlang Shen, la Cour Céleste regorge de guerriers redoutables. La raison profonde est sans doute celle-ci : Wukong sait que la capacité de régénération du Ver à Neuf Têtes est invincible face aux moyens conventionnels, tandis qu'Erlang Shen dispose d'une « arme non conventionnelle » : son chien. Ce canidé avait déjà fait montre de capacités singulières au sixième chapitre, mordant Wukong et le faisant basculer lors de leur affrontement. Wukong a peut-être pressenti que pour terrasser un monstre « immortel » tel que le Ver à Neuf Têtes, il ne fallait pas davantage de force, mais un moyen imprévisible.

La bataille conjuguée du soixante-troisième chapitre offre l'un des rares exemples de déploiement massif de troupes dans Le Voyage en Occident. Wukong, Bajie, Erlang Shen et les Six Frères de la Montagne de Mei lancent un assaut coordonné sur l'étang Bibo, attaquant simultanément par les airs et par les eaux : Wukong et Erlang interceptent l'ennemi à la surface, Bajie plonge pour dévaster le palais du dragon, tandis que les frères de Mei encerclent la zone. La famille du Roi Dragon Wansheng est anéantie : le Roi Dragon Wansheng est tué par Wukong, la Reine Mère Wansheng est écrasée par la fourche de Bajie, et la Princesse Wansheng est capturée et mise à mort. Seul le Ver à Neuf Têtes parvient, au milieu de ce carnage, à se frayer un chemin sanglant pour s'envoler vers le ciel.

Le chien sectionne la neuvième tête : le seul dommage effectif

Le tournant du combat s'opère dans les airs. Après avoir jailli des eaux de l'étang Bibo, le Ver à Neuf Têtes « s'ébroue, et ses neuf têtes se déploient simultanément », engageant un combat acharné contre Wukong et Erlang Shen. Les deux héros attaquent de concert — l'un maniant le Ruyi Jingu Bang, l'autre son trident à deux lames. Bien que le Ver à Neuf Têtes commence à péricliter, chaque tête tranchée repousse instantanément, et les deux guerriers s'avèrent incapables de lui porter un coup fatal.

C'est alors, au cœur de cette impasse, que le chien d'Erlang Shen lance son assaut. D'un bond prodigieux, le chien s'élance dans les airs et happe l'une des têtes du monstre. Ce n'est pas le cycle habituel où la tête tranchée repousse pour être mordue à nouveau, mais une morsure telle que « le sang jaillit à flot », et la plaie refuse de cicatriser. C'est la seule fois dans tout l'ouvrage qu'une attaque parvient à interrompre la régénération du Ver à Neuf Têtes.

Le dessein narratif de ce détail est d'une finesse extrême. Le chien n'est pas une « arme » ou un « trésor magique » au sens conventionnel ; c'est simplement un chien. Dans l'univers du Voyage en Occident, où foisonnent les démons et les artefacts célestes, la solution finale ne réside pas dans un pouvoir fracassant, mais dans la morsure d'un chien. Cette résolution par « réduction d'échelle » — employer le moyen le plus simple pour résoudre le problème le plus complexe — est l'une des signatures narratives de Wu Cheng'en.

Pourquoi la morsure du chien a-t-elle interrompu la régénération ? L'auteur ne fournit aucune explication, et aucun indice n'est semé ailleurs dans le texte. C'est là que réside la magie de l'intrigue : elle ne suit pas la logique établie des « contre-pouvoirs » (comme le Miroir Révélateur de Démons contrant les métamorphoses, ou la Clochette de Pourpre contrant le feu), mais brise l'impasse de manière imprévisible. La morsure du chien représente peut-être une force transcendante, extérieure aux systèmes établis — elle ne repose ni sur la magie, ni sur la culture taoïste, ni sur l'autorité céleste, mais sur quelque chose de plus primitif, de plus instinctif.

Une fois sa tête sectionnée, le Ver à Neuf Têtes se retrouve « couvert de sang », et sa puissance guerrière s'effondre. Sa capacité de régénération le rendait presque invincible, mais il sait désormais que son immortalité n'est pas absolue et qu'une force existe pour la briser. Pour la première fois, la peur s'empare du monstre. Il cesse de combattre et fait un choix unique parmi tous les démons du livre : la fuite.

S'échapper blessé : l'unique rescapé du récit

Après que le chien a sectionné l'une de ses têtes, le Ver à Neuf Têtes « s'enfuit en souffrant » et s'engouffre dans la mer du Nord, pour disparaître à jamais. Wukong et Erlang ne le poursuivent pas — ou plutôt, ils ne parviennent pas à le rattraper. La bataille de l'étang Bibo prend fin, les trésors bouddhiques sont récupérés, la lignée du Roi Dragon Wansheng est exterminée, mais le Ver à Neuf Têtes a filé.

Cette conclusion constitue une véritable « anomalie » dans le système narratif du Voyage en Occident. Le sort de chaque démon majeur est normalement scellé. Ceux qui sont tués, comme la Démone aux Os Blancs après trois assauts ou les démons araignées, sont définitivement éliminés. Ceux qui sont soumis, comme l'Enfant de Feu devenu le Jeune Pèlerin Shancai sous l'égide de Guanyin, ou le Grand Roi aux Sourcils Jaunes récupéré par le Bouddha Maitreya, trouvent leur place. Ceux qui retournent au ciel, comme le démon poisson d'or ou le démon taureau bleu, sont repris par leurs maîtres respectifs. Chaque monstre a une fin close — seul le fil narratif du Ver à Neuf Têtes reste ouvert. Il s'est réfugié dans la mer du Nord, et après ? Wu Cheng'en ne l'écrit pas.

Ce silence n'est pas un oubli. Wu Cheng'en maîtrise parfaitement la trame des démons : chaque créature suit une chaîne causale complète, de son apparition à sa disparition. Il n'a pas pu « oublier » de conclure l'histoire du Ver à Neuf Têtes. L'explication la plus probable est qu'il a délibérément fait de lui une exception. Le sens narratif de cette exception est de prouver que les « quatre-vingt-un obstacles » du pèlerinage ne forment pas un système parfait. Certains problèmes sont insolubles, certains ennemis ne peuvent être anéantis, et certaines menaces perdurent.

L'évasion du Ver à Neuf Têtes a une autre portée. Il est le seul démon du livre qui n'est ni absorbé ni détruit par le Système. Les démons soumis (l'Enfant de Feu, l'Esprit Ours Noir, etc.) sont intégrés au Système ; ceux qui sont tués (la Démone aux Os Blancs, etc.) sont effacés par lui ; ceux ramenés au ciel retournent dans ses méandres. Seul le Ver à Neuf Têtes s'est échappé — il a fui vers un lieu où la puissance du Système ne peut l'atteindre. Il n'est ni sur les registres bouddhiques, ni sous la juridiction céleste, ni dans le Registre de Vie et de Mort du Roi des Enfers : il est une existence véritablement « hors-système ».

Cela explique pourquoi les générations suivantes ont formulé tant de conjectures et écrit des suites sur sa destination. Certains imaginent qu'il s'est fortifié dans la mer du Nord pour revenir se venger, d'autres qu'il a succombé à ses blessures — mais tout cela relève de l'imaginaire. Dans le texte original de Wu Cheng'en, l'histoire s'arrête aux mots « s'enfuit en souffrant ». Un monstre, le corps mutilé, disparaissant dans l'immensité de l'océan. Le livre ne reparle plus jamais de lui.

D'un point de vue structurel, l'arc du Ver à Neuve Têtes se situe aux chapitres 62 et 63, alors que le voyage est déjà largement entamé. Placer une telle « évasion » à ce stade suggère peut-être une réflexion de l'auteur : plus on approche de la « plénitude du mérite », plus on doit admettre l'imperfection du monde. Tous les démons ne peuvent être domptés, toutes les épreuves ne peuvent être résolues — c'est là la vérité du chemin vers l'Occident.

Personnages liés

  • Sun Wukong — Principal combattant de l'arc du Royaume de Jisaï, allié à Erlang Shen contre le Ver à Neuf Têtes.
  • Zhu Bajie — Celui qui plonge dans l'étang Bibo pour dévaster le palais du dragon et attaque le Ver à Neuf Têtes aux côtés de Wukong.
  • Erlang Shen — Figure clé venue combattre le Ver à Neuf Têtes sur l'invitation de Wukong ; son chien sectionne l'une des têtes du monstre.
  • Roi Dragon Wansheng — Beau-père du Ver à Neuf Têtes, maître du palais de l'étang Bibo et complice du vol des trésors bouddhiques, tué par Wukong.
  • Princesse Wansheng — Épouse du Ver à Neuf Têtes et fille du Roi Dragon Wansheng, finalement capturée et mise à mort.
  • Tripitaka — Celui dont la visite à la pagode révèle la vérité sur le vol des trésors bouddhiques.
  • Roi Démon Taureau — Soumis dans l'arc précédent (la Montagne des Flammes, chapitres 59-61), juste avant l'apparition du Ver à Neuf Têtes.

Questions fréquentes

D'où vient le Monstre à Neuf Têtes et quel est son lien avec l'Étang aux Ondes Vertes ? +

C'est un oiseau monstrueux à neuf têtes qui s'est établi comme gendre dans la famille du Roi Dragon Wansheng, au palais de l'Étang aux Ondes Vertes sur la Montagne des Roches Confuses. En épousant la Princesse Wansheng, il est devenu le gendre du palais du Dragon. L'Étang aux Ondes Vertes est un…

Pourquoi le Monstre à Neuf Têtes a-t-il voulu voler la Relique Sarira du Bouddha du Royaume de Jisai ? +

Il n'agissait pas pour son propre compte, mais pour s'attirer les faveurs de son beau-père, le Roi Dragon Wansheng. La nature des dragons est de collectionner les trésors, et la Relique Sarira du Bouddha représentait pour le Roi Dragon Wansheng le summum du prestige et de la puissance. La logique du…

Comment fonctionne la capacité de régénération du Monstre à Neuf Têtes, et pourquoi Sun Wukong était-il impuissant face à lui ? +

Chaque fois qu'une de ses neuf têtes était tranchée, elle repoussait instantanément, rendant toute force physique conventionnelle totalement inefficace. Malgré l'attaque conjuguée de Wukong et Bajie, une nouvelle tête surgissait aussitôt après que la précédente eut été abattue, plongeant le combat…

Quel moyen a finalement permis de mettre un terme à la régénération du Monstre à Neuf Têtes ? +

Erlang Shen entra en scène accompagné de son chien fidèle. Lorsque le chien mordit et trancha l'une des têtes du Monstre à Neuf Têtes, le sang jaillit abondamment, mais aucune nouvelle tête ne repoussa à l'endroit de la plaie. Ce fut la seule attaque de tout le récit capable d'interrompre sa…

Quel fut le sort final du Monstre à Neuf Têtes, et est-il le seul démon du livre à ne pas avoir été éliminé ? +

Après s'être fait trancher une tête, le Monstre à Neuf Têtes s'enfuit, « rongé par la douleur », pour s'engouffrer dans la Mer du Nord, et disparut à jamais. Parmi les cinquante余 principaux démons du récit, il est le seul à n'avoir été ni tué, ni soumis, ni même raccompagné vers le Royaume…

Pourquoi Sun Wukong a-t-il choisi de demander l'aide d'Erlang Shen pour vaincre le Monstre à Neuf Têtes ? +

Wukong savait que la régénération du monstre était insoluble et qu'il fallait employer un « moyen non conventionnel ». Erlang Shen avait déjà fait étalage des capacités spéciales de son chien lors du chaos au palais Céleste, et Wukong a sans doute senti intuitivement que cet animal pouvait débloquer…

Apparitions dans l'histoire

Épreuves

  • 62
  • 63