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la Démone Lapin de Jade

Aussi connu sous le nom de :
la Fausse Princesse le Lapin de Jade du Palais Lunaire

Ce lapin, chargé de piler les élixirs au Palais de la Frigidité, s'est incarné au royaume de Tianzhu pour capturer la véritable princesse et s'emparer de la pureté virginale de Tripitaka.

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Published: 5 avril 2026
Last Updated: 5 avril 2026

Le docile Lapin de Jade, qui broyait les médicaments au palais lunaire pour le compte de Chang'e, descendit sur terre pour se faire passer pour la princesse du royaume de Tianzhu et tenter d'épouser Tripitaka. C'est là la dernière « tentative de mariage forcé » du voyage vers les Écritures — après celle de la Démone Scorpion, de la Démone Souris et de la Reine du Royaume des Femmes. Alors que le groupe arrive enfin au royaume de Tianzhu, à un cheveu de la Montagne des Esprits, il doit encore subir cette épreuve. Wu Cheng'en n'a pas placé cet épisode entre les chapitres quatre-vingt-treize et quatre-vingt-quinze par hasard : c'est l'ultime test de la « tentation charnelle » pour Tripitaka, et le dénouement de l'intrigue des « mariages forcés par des démons » qui a filé tout au long du récit. Un simple lapin broyeur de remèdes, porté par des rancunes d'une vie antérieure, dresse ce dernier piège au moment même où Tripitaka s'apprête à atteindre l'éveil.

Le lapin broyeur du Palais de la Lune : les tourments d'une vie antérieure

Le mobile de la descente du démon Lapin sur terre est le plus « littéraire » de toutes les démons du Voyage en Occident. Elle ne cherche pas à dévorer la chair de Tripitaka pour obtenir l'immortalité, ni n'est simplement mue par une nature sauvage cherchant à ravir un homme ; elle agit pour venger un affront passé.

L'histoire remonte aux temps anciens de la Cour Céleste. Au palais Guanghan, dans la cité lunaire, vivait une fée nommée Su'e qui, lors d'un concours de circonstances, avait asséné un coup de paume au Lapin de Jade. À l'époque, ce geste semblait insignifiant — une fée frappant un lapin n'est même pas un incident notable dans la hiérarchie céleste. Mais le lapin s'en souvint. Non seulement il s'en souvint, mais il garda cette rancœur toute une vie — ou plutôt, durant plusieurs vies.

Plus tard, pour avoir enfreint les lois célestes, Su'e fut bannie sur terre et réincarnée en princesse du royaume de Tianzhu. Apprenant la nouvelle, le lapin descendit à son tour avec un objectif limpide : Su'e m'a frappé, elle est désormais princesse, je vais donc usurper son identité et lui ravir tout ce qu'elle possède. Ce n'est pas une simple vengeance, c'est un renversement total : « Tu m'as méprisé quand tu étais au sommet, je te remplacerai quand tu seras tombée. »

Ce lien karmique permet au personnage du démon Lapin de dépasser le cadre habituel de la « démone qui capture Tripitaka ». Sa malveillance repose sur un motif concret et personnel — non pas une « nature démoniaque » vague, mais une humiliation gravée dans la mémoire. Un lapin, frappé d'une main distraite au palais lunaire, a attendu un nombre incalculable d'années pour saisir l'occasion de sa revanche.

L'usurpation de la princesse de Tianzhu : l'ultime « mariage forcé »

La stratégie du démon Lapin une fois sur terre se déroule en deux temps : premièrement, elle enlève la véritable princesse de Tianzhu pour l'enfermer au temple Bujin Chan ; deuxièmement, elle prend l'apparence de la princesse, s'installe au palais et attend son heure.

Cette heure sonne avec l'arrivée de Tripitaka. Selon les dispositions de Wu Cheng'en, la princesse de Tianzhu a justement atteint l'âge de choisir son époux, et le groupe des pèlerins passe par là. Usant de son identité usurpée, le démon Lapin suggère au roi de Tianzhu de lancer un bouquet de soie depuis une haute tour pour choisir son prétendant — et own naturellement, le bouquet atterrit sur Tripitaka.

Ce motif du « lancer de bouquet » est un classique du romantisme dans la littérature chinoise : une princesse lance une boule depuis son balcon, et celle-ci désigne l'élu du destin. Mais ici, le romantisme est totalement perverti — celle qui lance n'est pas une princesse mais un monstre, celui qui reçoit n'est pas un amant mais un moine en pèlerinage, et tout ce « choix d'époux » n'est qu'un piège minutieusement tendu.

Le fait que Tripitaka soit ainsi sollicité pose un immense problème de prestige au roi de Tianzhu : la princesse d'un souverain cherche un époux, et celui-ci refuse. Sun Wukong agit alors avec une finesse remarquable : il ne révèle pas immédiatement que la princesse est un démon (ce qui aurait donné au roi l'impression d'être dupé), mais engage d'abord un combat privé avec elle pour la forcer à se trahir, avant de prouver devant le roi que la « princesse » est une imposture. Par là, il terrasse le démon tout en préservant la dignité du souverain — la sagesse politique de Wukong, en cette fin de voyage, a largement supplanté l'impétuosité de sa jeunesse.

Le pilon à médicaments : quand l'outil de cuisine devient arme

L'arme du démon Lapin est son pilon à médicaments, l'outil de travail du palais lunaire. Ce détail est très singulier dans l'arsenal du Voyage en Occident. La plupart des monstres manient des armes conventionnelles : sabres, lances, épées, hallebardes. Seuls quelques rares êtres utilisent les « outils de leur métier » — comme la Princesse Éventail de Fer dont l'éventail servait initialement à éteindre les flammes, ou l'Enfant de Feu dont le Feu Samādhi Véritable provient d'une discipline spirituelle et non d'une arme. Le pilon du démon Lapin est la conversion la plus pure d'un outil de travail en arme : l'objet servant à broyer les remèdes le jour au palais lunaire devient, sur terre, l'instrument d'un duel contre Wukong.

Ce pilon possède une symbolique intéressante. Au palais lunaire, le lapin broie les médicaments pour concocter des élixirs d'immortalité — la voie droite de la longévité. Une fois descendu sur terre, ce même pilon sert à frapper et à nuire — l'outil de vie devient outil de destruction. On retrouve ici la même logique que pour le Démon Cerf Blanc : un lapin et un cerf, tous deux serviteurs du Dieu de la Longévité, ont pris des chemins opposés en descendant parmi les hommes. La logique céleste selon laquelle on devient semblable à ceux que l'on côtoie a totalement échoué pour ces serviteurs — ils ont appris les techniques, mais pas la morale.

Le combat entre Wukong et le démon Lapin est bref. Bien que remarquable, le pilon ne fait pas le poids face au Ruyi Jingu Bang. Le véritable avantage du démon Lapin ne réside pas dans sa force, mais dans son statut : tant qu'elle conserve son apparence de « princesse de Tianzhu », Wukong ne peut frapper librement au sein de la cour. C'est une défense politique : on ne peut pas frapper la princesse d'un pays, même si elle est une imposture.

La Dame de la Lune récupère son lapin : le maître vient chercher son animal

Alors que Wukong a forcé le démon Lapin à reprendre sa forme originelle et s'apprête à l'achever d'un coup de bâton, la Dame de la Lune arrive précipitamment du palais lunaire — on retrouve ici ce motif récurrent du Voyage en Occident : le maître vient récupérer son animal.

L'intervention de la Dame de la Lune est plus complexe que celle de l'Immortel Vénérable du Pôle Sud pour le cerf blanc. Elle est non seulement la maîtresse du lapin, mais elle est liée à tout le contexte des griefs de Su'e. En venant chercher son animal, elle explique les causes et les effets de cette descente sur terre — le coup porté au lapin, le bannissement de Su'e, et la vengeance du lapin. Ces explications offrent à Wukong et au lecteur la clé de l'énigme, tout en soulevant une question embarrassante : en tant qu'administratrice du palais lunaire, la Dame de la Lune était parfaitement au courant de cette querelle, pourquoi n'est-elle pas intervenue plus tôt ?

La réponse est sans doute que les administrateurs célestes se soucient peu des rancunes personnelles de leurs subordonnés. Qu'un lapin s'échappe n'est pas grave, tant que la situation ne devient pas incontrôlable. Ce n'est que lorsque l'affaire arrive devant le groupe des pèlerins et que Wukong fait éclater le scandale que la Dame de la Lune se voit « contrainte » d'intervenir. C'est la même logique que pour le cerf ou le bœuf du Vénérable Seigneur Laozi : la gestion céleste n'est pas préventive, elle est curative.

Une fois le démon Lapin ramené au palais lunaire, la véritable princesse de Tianzhu est libérée du temple Bujin Chan et retrouve son père. C'est l'une des rares fins « heureuses » du voyage — personne n'est mort, la fausse princesse est partie, la vraie est sauvée, et l'honneur du roi est préservé. Pourtant, pour la véritable princesse, prisonnière du temple et victime collatérale de ce drame, la terreur et la colère liées à cette expérience ne sont pas évoquées d'un seul mot dans le livre.

La dernière démone du voyage : un écho structurel

La place du Lapin de Jade dans la structure narrative du Voyage en Occident est fondamentale. Elle est la dernière démone du périple dont l'objectif est de « forcer Tripitaka au mariage » ; après elle, le moine ne rencontrera plus jamais d'épreuve de ce genre.

Si l'on revoit la séquence des « mariages forcés » tout au long de la route : au chapitre 55, la Démone Scorpion retient Tripitaka de force dans la Grotte de la Pipa sur la Montagne de l'Ennemi Empoisonné ; au chapitre 54, la reine du Royaume des Femmes tente de le retenir par un amour sincère ; aux chapitres 80 à 83, la Démone Rat enlève Tripitaka vers la Grotte sans Fond pour l'obliger à l'épouser ; enfin, aux chapitres 93 à 95, le Lapin de Jade organise un « recrutement d'époux » par le lancer de la balle de soie dans le pays de Tianzhu. Cette séquence évolue progressivement de la « coercition physique » vers le « piège institutionnel » : le Scorpion kidnappe brutalement, la reine des Femmes retient avec tendresse, la Rat utilise la magie pour l'enlever, et le Lapin de Jade s'appuie sur les rites d'État pour recruter un époux. Les moyens deviennent de plus en plus « civilisés », mais l'épreuve imposée à la volonté de Tripitaka devient, elle, d'un niveau supérieur.

En clôturant cette série, le Lapin de Jade incarne la forme de tentation la plus complexe : il ne s'agit plus d'un monstre ravisseur dans la solitude des montagnes, mais d'une démarche officielle, suivant des procédures légales, visant à « épouser » Tripitaka publiquement à la cour d'un royaume. Refuser un ravisseur est aisé, car on refuse alors la violence ; refuser la princesse d'un pays est bien plus ardu, car on refuse le « bonheur » que l'ordre social tout entier a disposé pour soi.

Le fait que Wu Cheng'en place cette épreuve ultime entre les chapitres 93 et 95 — alors qu'il ne reste que cinq chapitres avant d'atteindre la Montagne des Esprits — démontre sa maîtrise précise du rythme narratif. L'ultime défi doit être le plus difficile, et ce défi n'est pas d'ordre guerrier (les épreuves de force ont déjà été surmontées), mais d'ordre spirituel. Un moine, après avoir parcouru des milliers de lieues et traversé quatre-vingts tribulations, peut-il encore préserver la pureté de son cœur face à un mariage qui semble tout à fait raisonnable ? L'existence du Lapin de Jade sert précisément à répondre à cette question.

Personnages liés

  • la Dame de la Lune — Maîtresse du Palais de la Froideur Lumineuse au palais lunaire et propriétaire originelle du Lapin de Jade ; elle descend finalement sur terre pour ramener le lapin au palais.
  • Chang'e — L'une des maîtresses du palais lunaire, pour qui le Lapin de Jade broyait les médicaments au Palais de la Froideur Lumineuse.
  • Su'e — Ancienne fée lunaire qui avait frappé le lapin d'un coup de paume, avant d'être bannie sur terre et réincarnée en princesse du pays de Tianzhu.
  • Sun Wukong — Celui qui démasque la fausse princesse et force le Lapin de Jade à reprendre sa forme originelle.
  • Tripitaka — Cible du « recrutement d'époux » par la balle de soie ; il fait face ici à sa dernière épreuve de mariage forcé.
  • le Roi de Tianzhu — Le père dupé, ignorant que sa « princesse » a été remplacée.

Questions fréquentes

Pourquoi l'Esprit Lapin de Jade est-il descendu sur terre pour se faire passer pour la princesse du Royaume de Tianzhu ? +

L'Immortelle de la Pure Lune, Su'e, avait autrefois décoché une gifle au Lapin de Jade dans le Royaume Supérieur. Plus tard, Su'e fut bannie sur terre et se réincarna en princesse du Royaume de Tianzhu. Pour venger cette offense passée, le Lapin de Jade descendit lui aussi parmi les mortels, enleva…

Comment l'Esprit Lapin de Jade a-t-elle tendu son piège pour placer Tripitaka dans l'impasse d'un « mariage forcé » ? +

S'appuyant sur son statut légal de princesse du Royaume de Tianzhu, elle lança depuis une haute tour une balle de soie aux pèlerins. La balle frappa Tripitaka, et elle utilisa alors le protocole national pour instaurer une situation de « choix d'un époux ». Dans l'ordre social de l'époque, refuser…

Comment Sun Wukong a-t-il démasqué et affronté la fausse princesse ? +

Il engagea d'abord un combat privé avec la fausse princesse pour la forcer, dans la mêlée, à révéler sa nature démoniaque. Ensuite, il la poursuivit et la frappa devant le roi de Tianzhu, l'obligeant à reprendre sa forme originelle de lapin. Ce faisant, il préserva la face du souverain, lui évitant…

Quelle fut la fin de l'Esprit Lapin de Jade ? A-t-elle été tuée ? +

Le Seigneur de l'Étoile Taiyin (le Maître du palais Lunaire) accourut dès que le lapin fut démasqué pour le ramener au palais de la Lune. C'est une répétition du motif classique de l'œuvre où le « maître intervient pour récupérer sa monture ou son subordonné ». Le Lapin de Jade ne fut pas tué, mais…

En quoi l'Esprit Lapin de Jade diffère-t-elle des autres démons femmes ayant tenté de forcer Tripitaka au mariage ? +

L'Esprit Scorpion utilisait la force brute pour kidnapper, le Démon Rat employait des sorts d'enlèvement, et la Reine du Pays des Femmes misait sur la sincérité des sentiments pour le retenir. L'Esprit Lapin de Jade, elle, s'est servie du protocole d'État pour organiser un « choix d'époux » public.…

Quelle place occupe l'histoire de l'Esprit Lapin de Jade dans le récit global du voyage ? +

Elle apparaît entre les chapitres 93 et 95, alors qu'il ne reste plus que cinq chapitres avant l'arrivée à la Montagne des Esprits. C'est la dernière démone dont l'objectif est le mariage forcé. En plaçant cette épreuve de volonté, la plus difficile de toutes, à la toute fin du voyage, Wu Cheng'en…

Apparitions dans l'histoire

Épreuves

  • 93
  • 94
  • 95