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Chapitre 83 : Le Singe Reconnaît le Secret — La Démone Retrouve sa Nature Première

Sun Wukong sort du ventre de la démone et l'affronte. Elle s'échappe et enlève de nouveau Tang Sanzang. Wukong monte au Palais Céleste déposer plainte contre le Roi Céleste Li et son fils Nezha, dont la démone-rat est la fille adoptive. Père et fils descendent avec des troupes divines et capturent enfin la démone dans son repaire secret.

Sun Wukong démone-rat Roi Céleste Li Nezha Palais Céleste Abîme sans Fond chapitre 83

Sha Wujing vit son maître sortir du gouffre porté sur le dos de la démone et dit simplement :

— Maître, vous voilà. Et notre grand frère ?

Sanzang pointa du doigt la créature qui le portait encore.

— Il est dans son ventre.

Bajie leva les yeux au ciel.

— Sors de là, grand frère. Tu aurais pu rester et lui faire un festin de tripes !

— Ouvre la bouche, dit Wukong depuis l'intérieur.

La démone obéit, bouche grande ouverte. Wukong, réduit à la taille d'un noyau de jujube, se glissa hors de la gorge — puis se redressa, saisit son bâton au passage, lança un « Transforme-toi ! » et se retrouva debout, de toute sa hauteur, bâton levé.

La démone sortit deux sabres. La montagne trembla.

L'un brandit l'âme du singe aux astres née, l'autre agite sa lame de démone, enfant de la terre. Ils combattent — haine et désir mêlés dans l'air froid — l'eau et le feu qui ne se mélangent jamais. Le bâton fend les nuages de brume glacée, les sabres lèvent une tempête de poussière noire. La pluie de coups ébranle les dix-huit Arhats, et les trente-deux cieux regardent en silence.

Bajie et Sha Wujing se précipitèrent à la rescousse avec bonne volonté, si pas grande finesse. La démone, submergée par trois adversaires, fit la seule chose intelligente qui lui restait : elle arracha sa chaussure brodée de son pied droit, souffla dessus, murmura un sortilège — la chaussure prit son apparence — et la vraie démone s'envola sur un vent invisible.

Cette fois, elle alla droit vers l'entrée du gouffre, où Tang Sanzang attendait seul. Elle l'emporta à nouveau dans les profondeurs.

Bajie abattit son râteau sur la silhouette — qui s'effondra, révélant une chaussure brodée.

— C'est toi qui as voulu venir m'aider, dit Wukong avec acidité. Regarde le résultat.

Ils remontèrent en courant vers l'entrée du gouffre : plus de maître, plus de bagages, plus de cheval blanc. Il ne restait qu'un bout de corde tranchée dans les herbes.

Wukong ramassa la corde. Ses yeux, d'ordinaire si ironiques, se mouillèrent.

— Maître, murmura-t-il.

Bajie rit — ce rire nerveux, déplacé, qui était sa façon à lui de ne pas pleurer.

— Grand frère, tu es entré deux fois dans cet abîme. La troisième est la bonne. C'est bien connu.

Wukong essuya ses larmes et plongea pour la troisième fois.

Cette fois, il entra en pleine lumière, bâton à la main, sans se déguiser.

Corps ancien, cœur de pierre, force du singe sans égale — haut comme une selle de cheval, yeux d'or crachant des flammes, poils durs comme des aiguilles d'acier, ceinture de peau de tigre. Il a renversé le ciel, agité les mers, tenu tête à cent mille soldats célestes, porté le titre de Grand Sage Égal au Ciel. Aujourd'hui il revient dans le gouffre pour y retrouver Tang Sanzang.

Il força la porte du pavillon, traversa les couloirs vides — la démone avait déménagé. L'abîme faisait trois cents li de circonférence, et ses repaires étaient nombreux. Wukong appela, frappa, tempêta.

Puis une odeur d'encens l'arrêta net. Il suivit le fil de fumée jusqu'à une pièce du fond où, sur une table face au mur nord, brûlaient des bâtons d'encens devant deux tablettes dorées. Sur la plus grande : « Autel de notre vénéré père, le Grand Roi Céleste Li. » Sur la plus petite : « Siège de notre grand frère, le Prince Nezha des Trois Sanctuaires. »

Wukong resta immobile un long moment.

Puis il sourit — le sourire du joueur qui vient de comprendre la mise.

Il saisit les tablettes et l'encensoir, remonta hors de l'abîme, éclata de rire en rejoignant ses frères.

— Je n'ai pas besoin de chercher le maître, dit-il. Je vais le demander à ces tablettes.

— Des tablettes ne parlent pas, dit Bajie.

— Celles-là vont parler. Regardez ce qu'elles disent.

Sha Wujing lut : Roi Céleste Li, Prince Nezha.

— La démone honore le Roi Céleste comme son père et Nezha comme son frère, dit Wukong. Elle est donc leur fille adoptive. Et si leur fille adoptive retient mon maître prisonnier, c'est leur affaire à eux aussi. Je monte au Palais Céleste déposer une plainte.

Il rédigea mentalement la requête :

Le plaignant Sun Wukong, disciple du moine Tang Sanzang envoyé par l'Empereur Tang vers l'Occident, déclare ce qui suit : le Roi Céleste Li Jing et son fils le Prince Nezha ont manqué de vigilance dans la garde de leur famille, laissant leur fille adoptive descendre sur terre sous la forme d'un esprit malfaisant qui a tué des innocents en grand nombre et enlevé notre maître bien-aimé dans sa caverne obscure. En conséquence, le plaignant demande justice au Palais Céleste.

Il prit les tablettes sous le bras et sauta dans les airs.

Aux Portes du Ciel, les Grands Rois Célestes gardiens s'effacèrent sans un mot. Wukong traversa les avenues célestes jusqu'à la salle Tongming, où les Quatre Maîtres Célestes Zhang, Ge, Xu et Qiu vinrent à sa rencontre.

— Grand Sage, que venez-vous faire ici ?

— Déposer une plainte.

Ils le conduisirent jusqu'à la Salle du Jade Céleste. L'Empereur de Jade lut la requête. Il la tamponna de son sceau impérial et ordonna à la Vénus d'Or — le vieux Taibai Jinxing — de conduire Wukong au Palais des Nuages pour y convoquer le Roi Céleste Li.

Le Roi Céleste Li était chez lui quand la convocation arriva. Il vit la Vénus d'Or en premier. Il vit Wukong ensuite — et sa colère monta d'un cran, car cinq cents ans plus tôt, pendant le Grand Désordre Céleste, il avait été l'ennemi juré de ce singe.

— Une plainte ? Contre moi ?

La Vénus d'Or tendit les tablettes.

— Vos propres insignes, devant l'Autel de Jade comme preuves.

Li Jing voulut dégainer son sabre. Nezha bondit en avant, son épée interposée entre la lame de son père et le crâne de Wukong.

— Père, attendez !

Li Jing regarda son fils avec stupeur.

— Tu prends le parti du singe ?

Nezha se prosterna.

— Père, vous avez oublié. Il y a trois cents ans, nous avons capturé un esprit de rat qui avait volé des offrandes sur la Montagne de l'Esprit — fleurs et bougies sacrées destinées au Bouddha Tathāgata. Le Bouddha ordonna de l'épargner, disant que les eaux profondes nourrissent le poisson sans l'hameçonner, et que la montagne profonde nourrit le cerf sans l'abattre. En signe de gratitude, cet esprit se fia à notre famille. Elle vous appela père, m'appela frère, et nous dressa des autels là en bas.

— J'avais oublié, dit Li Jing, blêmissant.

— Elle s'appelle l'Esprit au Museau d'Or et au Pelage Blanc. Elle a eu trois noms : d'abord la Vieille Souris au Museau d'Or, puis la Demi-Guanyin — parce qu'elle avait volé les offrandes, elle imitait la Bodhisattva — et enfin la Dame Jaillie de la Terre.

Le Roi Céleste défit lui-même les liens que ses gardes avaient passés aux poignets de Wukong. Wukong, lui, ne se leva pas.

— Je ne bouge pas tant que le Roi Céleste ne vient pas témoigner en personne devant l'Empereur de Jade.

Un bras de fer s'ensuivit, interminable, absurde — Wukong réclamant le déplacement de Li Jing, Li Jing refusant d'y aller, la Vénus d'Or médiateur courant de l'un à l'autre. Finalement, c'est la Vénus d'Or qui fit valoir l'argument décisif :

— Un jour de procès céleste équivaut à une année terrestre. Pendant ce temps, la démone fait ce qu'elle veut du moine.

Wukong cessa son obstination.

— Dans ce cas, dépêchons-nous. Roi Céleste, levez vos troupes et suivez-moi. Vieille Vénus, retournez rendre compte à l'Empereur.

Nezha, Li Jing et leurs soldats célestes descendirent sur la montagne Xiankong. Bajie et Sha Wujing les attendaient, émerveillés d'une armée du ciel à leur porte.

— Roi Céleste, dit Bajie avec sa grande déférence, désolé pour le dérangement.

Ils descendirent tous dans l'abîme — Wukong et Nezha en tête, Li Jing à l'entrée. Ils fouillèrent les trois cents li de galeries, pièce par pièce, couloir par couloir. Rien. Puis, dans un recoin obscur au sud-est, un petit couloir étroit. Une minuscule porte. Une chambre basse, des pots de fleurs, des bambous en pot, une atmosphère dense d'encens et d'obscurité.

La démone était là, avec Tang Sanzang. Elle tentait ses dernières séductions.

Un soldat céleste glissa et heurta un petit démon qui hurlait : « Ici ! Ils sont ici ! »

Wukong chargea, bâton levé. Les démons de la garde furent balayés. Nezha tendit ses cordes magiques.

La démone, prise au piège, se prosterna devant Nezha, suppliant.

— Prince, épargnez-moi. J'ai honoré votre père comme le mien.

— Tu as capturé le saint moine du Tathāgata, dit Nezha. Ce n'est pas mon père qui peut te pardonner cela.

Ils lièrent la démone avec des cordes enchantées et sortirent tout le monde de l'abîme — Tang Sanzang d'abord, puis les bagages, puis le cheval blanc. Le soleil les frappa en plein visage.

— Merci, dit Sanzang en s'inclinant devant le Roi Céleste et Nezha.

— C'est nous qui vous devons des excuses, dit Nezha avec une gravité inattendue. Elle portait notre nom.

Le Roi Céleste et son fils remontèrent au ciel avec la démone enchaînée, pour y rendre leurs comptes à l'Empereur de Jade. La prison du Palais Céleste avait accueilli des prisonniers plus célèbres.

Sur la route de l'Ouest, Tang Sanzang remonta en selle. Sha Wujing chargea les bagages. Bajie saisit la bride du cheval.

Les chaînes du faucon cassées, la cage de jade ouverte — en avant.