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le Seigneur Démon aux Cent Yeux

Aussi connu sous le nom de :
le Monstre aux Yeux Multiples l'Esprit Centipède Mille-Yeux

S'étant métamorphosé en taoïste au temple Huanghua, ce redoutable esprit centipède possède mille yeux capables de projeter des rayons d'or aveuglants, ne pouvant être vaincu que par l'intervention de la Bodhisattva Pílánpó.

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Published: 5 avril 2026
Last Updated: 5 avril 2026

Une lumière dorée jaillit simultanément de ses deux flancs — non pas un ou deux rayons, mais mille. Au 73e chapitre, Sun Wukong poursuit sa route jusqu'au Temple des Fleurs Jaunes et s'affronte à ce démon se faisant passer pour un taoïste. Le Seigneur Démon aux Cent Yeux se dépouille de sa tunique, dévoilant ses flancs où mille yeux s'ouvrent d'un seul coup, déployant une myriade de rayons d'or qui envahissent tout l'espace. Wukong — celui-là même dont les Yeux de Feu et d'Or furent forgés dans le fourneau octogonal du Vénérable Seigneur Laozi — se retrouve ébloui par cet éclat, les yeux « embrumés et douloureux », incapable d'ouvrir les paupières ou de s'approcher de l'adversaire. Ce n'est pas ici un duel de sortilèges, ni un écrasement par la force brute, mais une pure question de luminosité : c'est « trop brillant ». C'est l'attaque la plus singulière de tout le récit, aucun autre démon n'ayant eu recours à un tel procédé. Le Grand Sage Égal du Ciel n'est pas vaincu par les coups, mais par la lumière.

Le taoïste du Temple des Fleurs Jaunes : la vie masquée d'un esprit centipède

Le Temple des Fleurs Jaunes est un lieu d'une sérénité et d'une élégance apparentes, niché dans un coin discret des montagnes sur le chemin du pèlerinage. Au 73e chapitre, lorsque Tripitaka et ses compagnons y parviennent, ils sont accueillés par un taoïste au « visage émacié et à l'air ownement vertueux » — l'apparence humaine du Seigneur Démon aux Cent Yeux. Contrairement à la plupart des monstres qui hurlent dans les forêts et règnent sur des cavernes, il a choisi une dissimulation bien plus subtile : celle d'un ascète vivant dans un temple, brûlant de l'encens et méditant tout en recevant les voyageurs.

Une telle stratégie de camouflage est extrêmement rare dans le bestiaire du Voyage en Occident. La vaste majorité des démons dédaignent les faux-semblants — ils possèdent leurs demeures, leurs sbires et leur territoire, et se contentent de piller et de dévorer quiconque croise leur route. Quelques-uns, plus rusés, se métamorphosent en humains pour tromper Tripitaka, mais il s'agit là de déguisements éphémères, jetés après usage. Le Seigneur Démon aux Cent Yeux diffère : son identité de « taoïste » est une œuvre de longue haleine. Le Temple des Fleurs Jaunes n'est pas un décor improvisé, mais son véritable bastion. Il dispose de jeunes acolytes pour le servir, d'offrandes d'encens et de fidèles qui lui rendent visite. Sans le passage fortuit de Tripitaka et des siens, nul n'aurait soupçonné qu'un centipède millénaire habitait ce temple.

La nature même du centipède apporte une profondeur symbolique à ce masque. Dans la culture traditionnelle chinoise, le centipède compte parmi les « cinq poisons », aux côtés du serpent, du scorpion, du gecko et du crapaud. Sombre, multi-pattes et venimeux, il incarne naturellement une image inquiétante. Qu'un centipède se transforme en taoïste raffiné revient à verser du venin dans un flacon de jade : plus la surface est pure, plus le contraste intérieur est saisissant. L'horreur créée ici par Wu Cheng'en n'est pas celle des griffes et des crocs, mais celle du « poignard caché derrière le sourire » — le démon le plus dangereux est celui avec lequel on boit le thé sans même savoir qui il est.

Le fait que le Seigneur Démon aux Cent Yeux ait choisi un temple plutôt qu'une grotte après mille ans de culture prouve que son cheminement spirituel diffère radicalement de celui des démons animaux. Il ne recherche pas la force brute ou la domination territoriale, mais une existence proche de celle d'un « ermite ». Cela explique peut-être pourquoi son mode d'attaque est si unique : ni le feu, ni le vent, ni les coups physiques, mais la lumière. Le centipède est originellement une créature d'ombre ; qu'il maîtrise après mille ans la « lumière », attribut opposé et extrême, constitue une ironie fascinante, un retournement des contraires.

Le banquet du thé empoisonné : l'art de l'assassinat sans armes

La première offensive du Seigneur Démon aux Cent Yeux contre Tripitaka et ses compagnons ne prend pas la forme d'un combat ou d'un rapt, mais d'une invitation à prendre le thé.

Au 73e chapitre, après que Wukong a semé le chaos dans la Grotte des Soies, les sept démons araignées s'enfuient au Temple des Fleurs Jaunes pour se plaindre à leur aîné. Ayant écouté le récit des araignées, le Seigneur Démon aux Cent Yeux décide de prendre leur défense — mais il choisit de ne pas s'élancer dans un affrontement direct avec Wukong. Il ordonne aux acolytes de préparer le thé, y glisse un poison, puis, suivant les rites de l'hospitalité, sert cette infusion aux pèlerins venus de loin.

Tripitaka, Zhu Bajie et le moine Sha, sans le moindre soupçon, boivent le thé. Le poison agit foudroyantement, et les trois hommes s'effondrent instantanément. Seul Wukong, par vigilance, s'abstient de boire — ou plutôt, s'il en a bu, sa culture spirituelle lui a permis de résister au poison.

Ce recours au « poison » est rarissime dans tout le Voyage en Occident. Le schéma classique des démons est le suivant : se transformer en humain pour tromper Tripitaka $\rightarrow$ capturer le moine et le ramener à la grotte $\rightarrow$ le cuire à la vapeur ou à l'eau. Le Seigneur Démon aux Cent Yeux est pratiquement le seul à empoisonner ses victimes à table. Ce procédé reflète la nature même du centipède, créature qui chasse grâce à son venin ; l'empoisonnement du thé n'est qu'une version amplifiée de la chasse naturelle du centipède.

À un niveau plus profond, le banquet du thé empoisonné bouleverse le mode d'interaction habituel entre les démons et les pèlerins. Dans les autres chapitres, la relation est hostile dès le départ : interception sur la route ou captivité en grotte. Au Temple des Fleurs Jaunes, l'interaction initiale est celle de « l'hôte et de l'invité » : un taoïste offrant le thé à un moine, une scène d'une banalité absolue. Le thé empoisonné ne brise pas seulement le corps de Tripitaka, il brise aussi la narration simpliste du « bien contre le mal » sur le chemin du pèlerinage — ici, la malveillance se cache derrière la politesse, et la mort sommeille au fond de la tasse.

C'est également là que s'illustre la différence de style entre le Seigneur Démon aux Cent Yeux et les sept araignées. Si les méthodes de ces dernières étaient trompeuses — utilisant la beauté et les fils de soie pour piéger Tripitaka — elles restaient un « combat rapproché » que Wukong a pu déstabiliser facilement. Le banquet du thé du Seigneur Démon est, lui, froid, posé et mortel en un coup, révélant le fossé immense en termes de culture et de méthode entre un vieux démon millénaire et quelques jeunes araignées. Il n'a nul besoin de toiles, de beauté ou de fracas — une théière suffit.

La lumière dorée des mille yeux : l'attaque la plus insoluble du récit

Le thé a terrassé Tripitaka et ses deux compagnons, mais pas Wukong. L'atout maître du Seigneur Démon aux Cent Yeux arrive ensuite.

Lorsque Wukong démasque le poison et engage le combat, le Seigneur Démon échange d'abord quelques coups d'armes avec lui. En termes de force pure, il est loin d'être l'égal de Wukong. Mais il n'a pas besoin de gagner par la force — il lui suffit de retirer sa tunique.

Sous ses flancs, mille yeux s'ouvrent simultanément. Ce n'est pas une métaphore, mais une caractéristique précise du texte original du Voyage en Occident : la forme véritable du Seigneur Démon est un centipède, et les segments latéraux de son corps se sont transformés, avec le temps, en mille yeux, chacun capable de projeter une lumière dorée. Mille rayons jaillissent alors, formant un rideau de lumière aveuglant qui enveloppe tout le champ de bataille.

Wukong — détenteur des Yeux de Feu et d'Or — se retrouve incapable d'ouvrir les yeux face à cet éclat. Ce point est particulièrement savoureux. Les Yeux de Feu et d'Or sont un don acquis après quarante-neuf jours de fumées et de flammes dans le fourneau du Vénérable Seigneur Laozi, permettant de percer toutes les illusions démoniaques. Mais l'essence de ce pouvoir est de « voir à travers », et non de « résister à une lumière intense ». En réalité, ce don a un effet secondaire : Wukong redoute la fumée, qui lui brûle les yeux. La lumière des mille yeux frappe précisément là où Wukong est vulnérable : ses yeux étant plus sensibles que ceux d'un homme ordinaire, ils sont d'autant plus sensibles à l'éblouissement.

C'est là que réside l'étrangeté de l'attaque du Seigneur Démon aux Cent Yeux : il ne « bat » pas Wukong, il l'« éblouit ». La lumière dorée ne cause aucun dommage physique, n'est pas toxique et n'est pas un sortilège — elle est simplement trop brillante. Trop brillante pour que Wukong puisse ouvrir les yeux, trop brillante pour qu'il puisse s'approcher. Un guerrier incapable de voir son ennemi, quelle que soit sa maîtrise des arts martiaux ou sa puissance magique, est réduit à moitié.

De nombreux démons ont mis Wukong en difficulté tout au long du récit — le Vent Divin Samādhi du démon du vent jaune, le Feu Samādhi Véritable de l'Enfant de Feu, ou le Mortier d'Or du démon du bœuf bleu — mais la logique de ces épreuves était presque toujours que « l'objet ou le sort de l'adversaire était plus puissant que celui de Wukong ». La lumière des mille yeux est différente : elle n'est pas « plus forte », elle attaque depuis une dimension pour laquelle Wukong n'a aucune défense. Ce n'est pas un écrasement de puissance, mais un décalage dimensionnel. C'est comme si un maître d'armes se retrouvait face à un projecteur : il peut briser la pierre ou percer les murs de fer, mais il ne peut pas trancher la lumière.

Cela explique pourquoi Wukong considère le Seigneur Démon aux Cent Yeux comme un adversaire de niveau « extrêmement difficile ». En termes de force brute, il serait peut-être inférieur au démon du vent jaune ; mais la capacité des mille yeux se situe précisément dans l'angle mort du système de pouvoirs de Wukong. Elle n'entre pas dans le cadre des « cinq éléments », ne répond pas à la logique de la « force contre la force », et ne relève même pas de la solution classique consistant à « appeler un immortel plus puissant ». La seule façon de briser ce sort doit être tout aussi inhabituelle — ce qui nous conduit aux renforts les plus mystérieux de tout le livre.

Le frère aîné des araignées : les liens secrets entre la Grotte du Rideau de Soie et le Temple Huanghua

Le Seigneur Cent-Yeux n'est pas un démon isolé. Il entretient avec les sept araignées de la Grotte du Rideau de Soie une relation de « frère et sœurs d'étude » — un lien qui unit les chapitres 72 et 73 en un seul et même arc narratif.

Au chapitre 72, Tripitaka se retrouve prisonnier des sept araignées dans leur grotte. Ces dernières, surprises par Zhu Bajie alors qu'elles se baignaient dans la Source du Nettoyage des Impuretés, déclenchent une véritable farce ; elles immobilisent ensuite Tripitaka avec leurs fils de soie, avant d'être mises en fuite par Wukong. Une fois échappées de la Grotte du Rideau de Soie, la première idée des sept araignées est de se rendre au Temple Huanghua, pour solliciter l'aide de leur « frère aîné », le Seigneur Cent-Yeux.

La nature de ce lien fraternel mérite une réflexion approfondie. L'une est une araignée, l'autre un mille-pattes ; biologiquement, elles appartiennent à des classes différentes. Pourtant, dans la culture populaire chinoise, l'araignée et le mille-pattes font tous deux partie de la famille des « vermines venimeuses des lieux obscurs » et partagent la même aura. Le fait qu'elles s'appellent « frère et sœurs » indique qu'elles ont pratiqué la culture ensemble, ou qu'elles sont du moins issues de la même lignée d'enseignement. Ce genre de « relation d'école » entre démons est rare dans Le Voyage en Occident : la plupart des monstres sont soit solitaires, soit liés par des rapports de subordination, ou encore par des pactes de fraternité (comme les trois démons du Mont Lion et Condor). Des « condisciples » comme les araignées et le Seigneur Cent-Yeux constituent presque une exception.

Plus important encore est le rôle de ce lien dans la progression de l'intrigue. Sans le Seigneur Cent-Yeux, l'histoire de la Grotte du Rideau de Soie se serait achevée au chapitre 72 : les araignées seraient parties, Tripitaka aurait été libéré, et les pèlerins auraient repris leur route vers l'Occident. Mais parce que les araignées sont allées se plaindre à leur aîné, ce dernier est entraîné dans le conflit, ouvrant la voie au chapitre 73 avec le banquet au thé empoisonné et l'éclat doré des mille yeux au Temple Huanghua. En d'autres termes, la motivation du Seigneur Cent-Yeux n'est pas le désir de « manger la chair de Tripitaka » (moteur principal de la quasi-totalité des démons du livre), mais la volonté de « venger ses sœurs » — un acte de loyauté fondé sur la camaraderie d'étude.

Cela confère au Seigneur Cent-Yeux une certaine complexité morale. S'il est indéniablement malveillant en piégeant Tripitaka avec du thé toxique et en blessant Wukong avec son éclat doré, son point de départ reste la vengeance pour ses sœurs, ce qui témoigne d'une forme d'affection protectrice. Wu Cheng'en écrit rarement les démons comme des êtres purement malfaisants : l'Enfant de Feu a l'attachement de ses parents, le Roi Démon Taureau a la loyauté envers ses frères, et le Seigneur Cent-Yeux a own ses liens de disciple. Ces détails transforment les monstres en « humains » — des êtres dotés de sentiments, de liens et de raisons d'agir.

La proximité géographique entre la Grotte du Rideau de Soie et le Temple Huanghua crée également un espace narratif intéressant. La demeure des araignées et le temple du mille-pattes sont proches, et le frère et les sœurs devaient sans doute s'y rendre fréquemment. D'un côté, sept araignées tissent leur soie et se baignent dans leur grotte, menant leur vie de femmes ; de l'autre, le Seigneur Cent-Yeux se fait passer pour un prêtre au Temple Huanghua, brûlant de l'encens et discourant sur le Tao. Ces deux bastions forment une petite « communauté démoniaque » dont les relations sociales sont bien plus complexes que ce que les pèlerins peuvent percevoir. Chaque démon croisé sur la route n'apparaît pas par hasard : ils ont leur propre réseau, des proches sur qui compter et des protecteurs à solliciter. Tripitaka pensait l'affaire close après avoir chassé les araignées, ignorant qu'un frère aîné bien plus redoutable l'attendait au Temple Huanghua.

La Bodhisattva Pilanpo : le renfort le plus mystérieux de l'œuvre

Après avoir été repoussé par l'éclat doré des mille yeux, Wukong cherche désespérément un moyen de vaincre son adversaire. Il interroge le Palais Céleste, sonde les esprits de la terre, mais personne ne sait comment contrer la lumière émise par mille yeux. Finalement, on lui indique une voie : se rendre à la Grotte aux Mille Fleurs, sur la Montagne aux Nuages Pourpres, pour trouver la Bodhisattva Pilanpo.

La Bodhisattva Pilanpo est sans doute le personnage le plus mystérieux de tout Le Voyage en Occident. Elle n'apparaît qu'une seule fois, au chapitre 73, sans aucune introduction préalable et sans jamais être mentionnée par la suite. Elle n'appartient pas à la hiérarchie bouddhique classique (elle n'est pas l'une des quatre grandes Bodhisattvas), ni au système des immortels taoïstes. Son identité est floue et unique : elle est la mère de l'Officier Stellaire Maojir.

L'Officier Stellaire Maojir, l'un des vingt-huit constellations, a pour forme originelle un grand coq d'un peu plus de deux mètres. Au chapitre 55, il avait aidé Wukong contre la Démone Scorpion, dont il avait révélé la vraie forme d'un seul chant matinal. L'Officier Stellaire a un rang et un statut officiel dans la Cour Céleste ; il est un soldat du ciel. Mais sa mère, Pilanpo, n'occupe aucune fonction céleste et vit recluse dans la Grotte aux Mille Fleurs sur la Montagne aux Nuages Pourpres.

Pourquoi la mère d'un officier du ciel ne résiderait-elle pas au paradis, mais dans une grotte terrestre ? L'auteur ne donne aucune explication, laissant le lecteur conjecturer à partir de quelques bribes. Le fait qu'elle soit appelée « Bodhisattva » indique qu'elle a atteint un niveau de culture spirituelle extrêmement élevé, supérieur à celui de la plupart des immortels de la Cour Céleste. Son choix de vivre seule sur terre plutôt que de jouir des délices célestes suggère que son cheminement spirituel diverge des systèmes bouddhiste et taoïste dominants : elle n'est ni dans la bureaucratie céleste, ni dans la hiérarchie bouddhique de l'Occident, mais existe indépendamment de ces deux grands ensembles.

Ce positionnement « transcendant » fait d'elle une véritable « éminence hors du monde ». La Bodhisattva Guanyin, malgré sa puissance, est profondément impliquée dans la quête des écritures et interagit fréquemment avec le Ciel et l'Occident ; le Vénérable Seigneur Laozi, bien qu'ancien, est un immortel enregistré à la Cour Céleste. La Bodhisattva Pilanpo, elle, est totalement détachée de ces réseaux de pouvoir : elle ne se soucie pas du pèlerinage, ne participe pas au fonctionnement du Ciel et n'intervient pas dans la politique religieuse. Quand Wukong la trouve, elle est assise seule dans sa grotte, semblant n'avoir eu aucun contact avec le monde extérieur depuis longtemps.

Lorsque Wukong la supplie d'intervenir, elle prononce une phrase lourde de sens : elle confie ne pas être descendue de sa montagne depuis bien longtemps. Un être du rang de Bodhisattva, vivant en ermite dans une grotte, ignorant les affaires du monde — cette image évoque moins une Bodhisattva bouddhiste qu'un immortel caché du taoïsme. En Pilanpo, les caractéristiques du Bouddha et du Tao s'entrelacent, créant une existence difficile à classer.

Pourquoi Wu Cheng'en a-t-il introduit un tel personnage ici ? Sur le plan narratif, il lui fallait quelqu'un capable de contrer l'éclat doré, mais quelqu'un qui ne fasse pas partie du « casting habituel » : on ne pouvait plus solliciter Guanyin (trop fréquent), ni le Seigneur Bouddha (ce serait un gaspillage de puissance), ni la Cour Céleste (qui s'était déjà avouée impuissante). Il lui fallait un renfort « extérieur », un nouveau visage jamais vu, une présence qui surprendrait autant le lecteur que Wukong. La Bodhisattva Pilanpo est ainsi un personnage conçu avec précision pour les besoins de l'intrigue — son mystère réside précisément dans le fait qu'elle n'apparaisse qu'une seule fois.

L'aiguille à broder brise les mille yeux : le coup fatal de la mère de l'Officier Stellaire des Pléiades

L'arme que la Bodhisattva Pīlanpō apporte au temple Huanghua n'est autre qu'une simple aiguille à broder.

Cette aiguille porte un nom, « la petite aiguille à broder » — ce qui pourrait presque ressembler à une plaisanterie. Comment une humble aiguille pourrait-elle briser la lumière dorée émanant de mille yeux, une puissance contre laquelle même Sun Wukong s'était trouvé impuissant ? Pourtant, l'origine de cet objet est prodigieuse : elle est issue du « globe oculaire » de la mère de l'Officier Stellaire des Pléiades — ou plus précisément, il s'agit d'un instrument magique possédant l'essence même de l'« œil ».

La logique de cette victoire doit s'entendre à deux niveaux.

Le premier est celui de l'antagonisme biologique. La forme originelle de l'Officier Stellaire des Pléiades est le coq, tandis que celle du Seigneur Démon aux Cent Yeux est le mille-pattes. Dans les légendes populaires chinoises, le coq est le prédateur naturel du mille-pattes — c'est un classique du système de domination opposant les « cinq poisons ». Le coq dévore le mille-pattes, et son chant en neutralise le venin ; c'est une sagesse populaire transmise depuis des millénaires. Pīlanpō, étant la mère de l'Officier Stellaire, est à la source même de cette lignée gallinacée. Son aiguille à broder porte en elle la puissance ancestrale du « coq contre le mille-pattes » — il ne s'agit pas simplement d'un oiseau piquant un insecte, mais d'une domination fondamentale, own au plan du Tao céleste, du coq sur le mille-pattes.

Le second niveau est celui d'un duel d'« œil contre œil ». La capacité centrale du Seigneur Démon aux Cent Yeux réside dans ses mille yeux — il attaque par la vue. L'aiguille de Pīlanpō, étant elle-même issue d'un globe oculaire, utilise l'« œil » pour vaincre l'« œil ». Il s'établit ainsi une symétrie exquise : alors que les mille yeux du démon projettent leur lumière dorée, la force lancée par l'aiguille de Pīlanpō neutralise par essence tout pouvoir visuel. C'est l'œil qui brise l'œil ; une seule aiguille portant l'« œil du coq » suffit à percer la lumière des mille « yeux du mille-pattes ».

Le combat est d'une rapidité foudroyante. À son arrivée au temple Huanghua, le Seigneur Démon aux Cent Yeux retire sa tunique et fait jaillir la lumière de ses mille yeux, comme à son habitude. Pīlanpō sort alors son aiguille et la lance dans les airs — et, en un instant, l'éclat doré est subjugué. Face à l'aiguille, la lumière des mille yeux s'éteint comme une bougie devant le soleil. L'attaque « invincible » du démon est réduite à néant par un seul geste de Pīlanpō ; ce stratagème qui avait laissé Wukong sans ressources ne tient pas un seul round face à elle.

Une fois sa lumière brisée, le Seigneur Démon aux Cent Yeux perd tout moyen de résistance et se laisse aussitôt soumettre par Pīlanpō. Celle-ci ne le tue pas — elle le ramène à la Grotte aux Mille Fleurs, sur la Montagne des Nuages Pourpres, pour le « prendre sous sa tutelle et lui confier la garde de la porte ». Cette fin rappelle celle de l'Enfant de Feu, recueilli par Guanyin pour devenir le Jeune Pèlerin Shancai : le monstre, une fois vaincu par un être supérieur, n'est pas anéanti, mais se voit attribuer une identité et une fonction nouvelles. Le Seigneur Démon aux Cent Yeux passe du statut de « maître » du temple Huanghua à celui de « gardien » de la grotte — une déchéance sociale immense, certes, mais elle lui sauve la vie.

Cette conclusion reflète également la sagesse traditionnelle chinoise consistant à « transformer l'ennemi en outil ». Le mille-pattes est certes venimeux, mais il est aussi un ingrédient en médecine traditionnelle chinoise — un poison, utilisé à bon escient, devient un remède. En nommant le Seigneur Démon gardien de sa porte, Pīlanpō transforme un mille-pattes venimeux en un chien de garde — la toxicité demeure, mais sa direction a changé.

Si l'on observe l'arc narratif du temple Huanghua, on s'aperçoit que tout est lié : les araignées de la Grotte des Soies mènent au mille-pattes du temple Huanghua, lequel mène à la Bodhisattva Pīlanpō, elle-même liée à l'Officier Stellaire des Pléiades, qui était déjà apparu lors de l'épisode du Scorpion. Wu Cheng'en utilise un fil invisible — la chaîne écologique des « insectes venimeux et leurs prédateurs » — pour relier des chapitres apparemment distincts : le Scorpion est vaincu par le coq (chapitre 55), tandis que l'Araignée et le Mille-pattes sont vaincus par la mère du coq (chapitre 73). Le scorpion, l'araignée et le mille-pattes, trois des cinq poisons, ont tous péri sous le coup de la même lignée. Ce n'est pas un hasard, mais une architecture minutieuse de Wu Cheng'en autour du thème des « antagonismes célestes ».

Personnages liés

  • Sun Wukong — Adversaire principal, incapable d'approcher le démon à cause de la lumière dorée, avant que Pīlanpō ne vienne porter secours.
  • Tripitaka — Victime, empoisonné par le thé toxique au temple Huanghua.
  • Zhu Bajie — Victime, également empoisonné par le thé toxique.
  • le moine Sha — Victime, également empoisonné par le thé toxique.
  • Les sept araignées — Sœurs d'armes, démons de la Grotte des Soies, qui appellent leur frère, le Seigneur Démon aux Cent Yeux, à l'aide après avoir été chassées par Wukong.
  • la Bodhisattva Pīlanpō — La protectrice, mère de l'Officier Stellaire des Pléiades, qui brise la lumière des mille yeux avec son aiguille à broder.
  • l'Officier Stellaire des Pléiades — Fils de Pīlanpō, l'un des vingt-huit constellations, dont la forme originelle est le coq et dont le globe oculaire a été transformé en l'aiguille à broder de Pīlanpō.

Questions fréquentes

En quoi consiste la Lumière Dorée aux Mille Yeux du Seigneur Démon aux Cent Yeux, et pourquoi Sun Wukong a-t-il été incapable d'y résister ? +

Il possède mille yeux disposés le long de ses flancs, capables de projeter simultanément dix mille rayons de lumière dorée. Si les Yeux de Feu et d'Or de Wukong servent à percer les illusions, ils sont paradoxalement plus sensibles aux lumières intenses. Frappé par cet éclat, le singe se retrouve…

Quel genre de monstre est le Seigneur Démon aux Cent Yeux, et quelle est sa véritable forme ? +

Il s'agit d'un Esprit Mille-Pattes ayant pratiqué la culture spirituelle pendant mille ans. Il s'était installé au Temple de la Fleur Jaune, se faisant passer pour un taoïste sur le long terme, et entretenait avec les Sept Esprits Araignées de la Grotte de la Soie Enchevêtrée des liens de…

Par quels moyens le Seigneur Démon aux Cent Yeux a-t-il porté atteinte au trio composé de Tripitaka et ses compagnons ? +

Il a glissé du poison dans le thé, l'offrant à Tripitaka, Zhu Bajie et Sha Wujing selon les rites d'hospitalité d'un temple taoïste. Les trois compagnons, sans se méfier, burent le breuvage et s'effondrèrent aussitôt, empoisonnés. Ce procédé d'assassinat par « attaque toxique » est extrêmement rare…

Quel lien unit le Seigneur Démon aux Cent Yeux et les Sept Esprits Araignées ? +

Ils sont condisciples. Après que les Esprits Araignées eurent été dispersées par Sun Wukong à la Grotte de la Soie Enchevêtrée, elles s'étaient réfugiées au Temple de la Fleur Jaune pour implorer l'aide de leur frère aîné, ce qui provoqua l'intervention du Seigneur Démon aux Cent Yeux dans le…

Qui a vaincu la Lumière Dorée aux Cent Yeux, et par quelle méthode ? +

Le Bodhisattva Pilanpo a brisé le sort avec une simple Aiguille à Broder. Cette aiguille, issue de l'œil de l'Officiel de l'Étoile des Pléiades (dont la forme originelle est un coq), portait en elle la puissance cosmique du « coq qui triomphe du mille-pattes ». En la lançant dans les airs, elle a…

Quel fut le sort final du Seigneur Démon aux Cent Yeux ? +

Une fois soumis par le Bodhisattva Pilanpo, il fut emmené à la Grotte aux Mille Fleurs sur la Montagne aux Nuages Pourpres pour y servir de gardien. Passant du statut de maître reclus du Temple de la Fleur Jaune à celui de simple concierge de la grotte, il a subi une chute sociale brutale. Il a…

Apparitions dans l'histoire

Épreuves

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