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Chapitre 73 : La Haine ancienne engendre le poison — la sainte aux mille fleurs brise la lumière

Les sept araignées réfugiées chez leur frère-en-Tao le Démon aux Cent Yeux empoisonnent Tang Sanzang et ses deux disciples avec du thé mortel. Sun Wukong, piégé dans une lumière d'or, s'échappe en pangolin et va chercher la Bodhisattva Pilanbopo, dont le fils — le coq céleste — peut seul détruire la lumière du Démon-Mille-Yeux.

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Le Grand Sage escortait Tang Sanzang sur la grande route vers l'Ouest quand ils aperçurent au détour d'un col un ensemble de tours et de pavillons élégants. Tang Sanzang retint son cheval.

— Qu'est-ce que cet endroit ?

Sun Wukong examina la scène : promenades ombragées, rocailles fleuries, biches apprivoisées, oiseaux chanteurs, tout semblait sortir d'un rêve taoïste. Une plaque de pierre sur le portail indiquait : Ermitage de la Fleur Jaune.

— C'est la demeure d'un taoïste, dit Bajie. Entre nous, nous sommes parents en esprit — la tenue est différente, la pratique est la même.

Sha Wujing approuva :

— On y verra du beau, le maître pourra manger. Entrons.

Un couplet ornait les portes intérieures : « Domaine des immortels où brillent le jade blanc et la feuille d'or, maison du sage où poussent les herbes de jade et les fleurs du paradis. »

Sun Wukong ricana :

— Des brûleurs de paille et de soufre, ces gens-là.

Tang Sanzang le pinça :

— Chut ! Tais-toi.

Dans la cour de la salle principale, assis sur un banc à rouler des pilules, un taoïste au visage sombre comme le fer, aux yeux brillants comme des étoiles — face de courge, lèvres retroussées, corps taillé dans le roc. Il se leva à leur approche, les invita à entrer, fit apporter du thé.

Deux petits servants se précipitèrent à l'intérieur. Ils tombèrent sur les sept araignées-démons, assises derrière, en train de se tailler des vêtements de rechange.

— Maîtresses, il y a des moines.

— Un gros joufflu ?

— Oui.

— Un avec une grande bouche et de grandes oreilles ?

— Aussi.

— Faites signe à notre frère de nous rejoindre ici. Vite.

Le taoïste apporta le thé, distribua les coupes et s'excusa un moment. Les araignées l'attendaient dans les appartements intérieurs. Elles s'agenouillèrent devant lui :

— Frère ! Ces moines, c'est eux. Nous les reconnaissons.

Elles racontèrent tout : Tang Sanzang capturé pour être mangé, le gros moine qui avait envahi leur bain, la défaite humiliante, la fuite.

— Ce moine était-il vraiment si licencieux ?

— Il a sauté tout nu dans notre bassin en disant qu'il faisait trop chaud !

Le taoïste pâlit, puis se ressaisit :

— Restez tranquilles. Je vais les arranger. Mais pas avec des coups.

— Alors comment ?

— Il y a une vieille formule : un seul coup abaisse les trois arts. Je préfère le poison.

Il grimpa sur une échelle derrière son lit, tira d'une poutre une petite boîte de cuir — huit centimètres de haut, fermée à clé. La clé était cousue dans son foulard de soie. Il l'ouvrit et en sortit un paquet de poudre :

Des excréments d'oiseaux de montagne, ramassés par milliers de livres, cuits dans une casserole de cuivre jusqu'à réduction extrême. Mille livres font une louche, une louche distillée en trois parts. Trois parts grillées, calcinées, fumées encore. Un poison ainsi fabriqué vaut tous les joyaux du monde. Une seule trace dans la bouche — et l'on voit le Seigneur des Morts.

— Pour un humain ordinaire, un dixième de gramme suffit. Pour un immortel, trois dixièmes. Ces moines ont peut-être quelque puissance — donnez-leur trois dixièmes chacun.

Une araignée apporta une balance. On pesa un gramme deux dixièmes, divisé en quatre parts. On glissa chaque part dans une datte rouge, elle-même placée dans une coupe de thé. Une cinquième coupe porta deux dattes noires — pour le taoïste lui-même.

Le taoïste changea de vêtements, affichant un sourire aimable, et retourna dans la salle :

— Pardonnez mon absence, j'étais à donner des instructions à mes disciples. Permettez que je vous serve un thé de meilleure qualité.

Tang Sanzang remercia. Les servants apportèrent cinq coupes. Le taoïste offrit la première au maître avec deux mains. Il donna ensuite à Bajie, à Sha Wujing, puis — voyant Sun Wukong de petite taille — le servit en dernier.

Sun Wukong remarqua immédiatement la coupe aux deux dattes noires, celle du taoïste.

— Maître, échangeons nos coupes.

Le taoïste sourit :

— Je n'ai que douze dattes rouges pour quatre coupes, et deux dattes humbles pour la mienne. Je voulais simplement ne pas rester sans rien boire. C'est là toute ma modestie de pauvre moine.

— Les voyageurs sont les vrais pauvres, dit Sun Wukong. Échangeons quand même.

Tang Sanzang intervint :

— Accepte le geste de cet hôte, Wukong.

Sun Wukong prit la coupe de la main gauche, la recouvrit de la droite, et regarda les autres boire.

Bajie — affamé, assoiffé, la gorge grande — avala les trois dattes en une seconde. Le maître en mangea une. Sha Wujing également.

Presque aussitôt : Bajie perdit de la couleur. Sha Wujing pleurait sans raison. Tang Sanzang crachait de la mousse. Ils se laissèrent glisser au sol, évanouis.

Sun Wukong reconnut le poison. Il jeta sa coupe au visage du taoïste — qui l'évita avec la manche, la coupe se fracassant au sol.

— Monstre ! Regarde mes trois compagnons. Qu'as-tu mis dans ce thé ?

— Ce sont tes propres fautes qui les ont condamnés, dit le taoïste froidement.

— Quelles fautes ? Nous venions d'arriver, nous avions à peine échangé des politesses.

— Tu as passé la nuit dans la Grotte des Fils de Soie ? Tu as baigné dans la Source Purificatrice ?

— Ces sept femmes sont tes sœurs-en-Tao ! Tu es toi aussi un monstre.

Sun Wukong dégaina son bâton, menaça — le taoïste esquiva et tira son épée. Les araignées surgirent des appartements. Sun Wukong se battit contre tous, mais sept cordons de soie jaillirent des nombrilsdes démons et le couvrirent d'un filet. Il s'échappa par un saut de trampoline, mais la Grotte des Mille Fleurs était désormais ensevelie sous les fils.

Sun Wukong appela le dieu du sol local, qui lui confirma : le taoïste est une Scolopendre géante — une créature aux mille yeux — frère adoptif des araignées.

Sun Wukong usa de son art de dédoublement. Il arracha soixante-dix poils, les changea en soixante-dix petits Sun Wukong armés chacun d'un bâton fourchu à deux pointes. Ensemble, ils enfoncèrent les fils de soie, les rompirent, les déchirèrent — et tirèrent hors de la grotte sept araignées de la taille d'un tonneau. Les petits Sun Wukong les maintenaient au sol, criant grâce.

— Rendez-moi d'abord mon maître et mes frères.

— Frère ! Rends-les ! Sauve-nous ! crièrent les araignées.

— Votre moine Tang est trop bon à manger pour que je le lâche, dit le taoïste de l'intérieur.

Sun Wukong fit signe à ses doubles. Les bâtons s'abattirent. Les sept araignées furent réduites en bouillie.

Le taoïste, voyant ses sœurs mortes, rugit et chargea avec son épée. Soixante combats sans décision. Puis le taoïste ôta sa robe. De ses deux flancs sortirent mille yeux — mille yeux dorés qui crachaient une lumière folle, une forêt de rayons dorés enveloppant Sun Wukong de toutes parts.

Sun Wukong se retrouva enfermé dans un cylindre de lumière, incapable de reculer, d'avancer, de monter. Il bondit vers le haut — et se heurta à la lumière comme à un mur, retomba sur la tête, l'oreille meurtrie. Il essaya de grandir — la lumière grandissait avec lui. Il essaya de rétrécir — la lumière rétrécissait aussi.

Il n'avait qu'une option. Il prononça le sortilège, se changea en pangolin — l'écailleux creuseur de montagne — et s'enfonça sous la terre. Il creusa une vingtaine de kilomètres avant d'émerger à l'air libre.

Épuisé, les jambes molles, les larmes aux yeux, il s'assit et gémit :

— Maître ! Jadis, sortant de la montagne pour vous escorter, je traversais des océans déchaînés sans peur. Et maintenant je me noie dans un ruisseau.

Il entendit des pleurs au loin. Une femme vêtue de deuil, portant un plateau d'offrandes et brûlant des papiers-monnaies — tenant la procession funèbre solitaire d'un mari perdu.

— Femme, quel deuil portez-vous ?

Elle essuya ses larmes et raconta : son mari avait eu un différend avec le taoïste de l'Ermitage de la Fleur Jaune sur le prix de quelques bambous. Le taoïste l'avait empoisonné avec du thé. Elle allait brûler des offrandes pour honorer leur union.

Sun Wukong pleura lui aussi. La femme se retourna avec colère :

— Insolent ! Tu te moques de ma douleur ?

— Non, femme. Je suis Wukong, disciple de Tang Sanzang, pèlerin vers l'Ouest. Nous sommes entrés dans cet ermitage — ce même taoïste a empoisonné mon maître et mes frères. J'ai combattu les araignées, les ai tuées. Lui m'a enfermé dans sa lumière dorée. Je me suis transformé en pangolin pour sortir en creusant. En voyant vos larmes, j'ai pensé à mon maître abandonné. Votre deuil et le mien se ressemblent — c'est pourquoi j'ai pleuré.

La femme posa ses offrandes, s'inclina et dit :

— Moine, je vais vous indiquer quelqu'un qui peut vaincre ce démon. Mais si vous tardez, votre maître mourra : ce poison ronge les os en trois jours.

— Je suis rapide. Aussi loin que vous voudrez.

Elle pointa le sud :

— À mille lieues d'ici, il y a la Montagne du Nuage Violet. Dans la Grotte des Mille Fleurs vit une sainte appelée Pilanbopo. Elle seule peut briser cette lumière.

Sun Wukong la remercia, se retourna — et la femme avait disparu. Il supplia le vide :

— Qui êtes-vous ? Laissez-moi votre nom pour vous remercier.

Une voix descendit du ciel :

— Grand Sage, c'est moi — la Vieille Mère de la Montagne Li.

Il s'élança dans les airs pour la rejoindre :

— Vieille Mère, pourquoi venez-vous vous-même me guider ?

— Je revenais de l'assemblée du Lotus. J'ai vu que ton maître était en danger. J'ai pris l'apparence d'une veuve pour m'approcher sans éveiller de suspicion. Va vite. Mais ne dis pas que c'est moi qui t'ai envoyé — cette sainte est susceptible.

Sun Wukong remercia et prit son envol. En un instant il atteignit la Montagne du Nuage Violet.

La grotte s'appelait Grotte des Mille Fleurs. Devant :

Des pins bleus voilaient le lieu saint, des cyprès verts couronnaient la demeure. Saules au long des sentiers, fleurs rares aux ruisseaux. Orchidées embrassant les rochers, herbes parfumées aux falaises. Eau courante et verte, nuages anciens autour des arbres. Oiseaux sauvages et cerfs paisibles. Bambous gracieux, pruniers rouges. Corneilles froides dans les vieux arbres, fauvettes printanières. Blé d'été dans les champs larges, riz d'automne sur les terrasses. Jamais une feuille ne tombait. En chaque saison les fleurs fleurissaient. Des nuages de bon augure montaient vers les étoiles, les brumes saintes rejoignaient le ciel vide.

Sun Wukong pénétra dans les profondeurs de la grotte. Silence absolu. Puis, dans une salle intérieure, une femme taoïste assise sur un divan :

Chapeau aux cinq fleurs cousues d'or, manteau brodé de fil d'or. Chaussures de grues à pointe, ceinture de soie tressée. Visage vieilli par l'automne, voix douce comme l'hirondelle du printemps. Trois voies du Tao gravées en elle, quatre vérités inscrites dans son cœur. Le vide accompli, la forme dissoute — telle est Pilanbopo, la Bodhisattva aux Mille Fleurs.

— Bodhisattva Pilanbopo, je vous salue !

Elle descendit de son siège :

— Grand Sage, soyez le bienvenu. Comment me reconnaissez-vous ?

— Vos formes ont circulé parmi les immortels depuis que j'ai semé le trouble au Palais Céleste.

— Quand vous êtes-vous converti ?

— Récemment. J'escorte Tang Sanzang vers l'Ouest. Il a été empoisonné par un taoïste de l'Ermitage de la Fleur Jaune. J'ai appris que vous pouvez dissiper sa lumière dorée.

— Qui vous l'a dit ? Cela fait plus de trois cents ans que je n'ai pas quitté cette retraite. Je cache mon nom et mes capacités — personne ne devrait le savoir.

— Je suis comme un diable de l'argile — je découvre tout tout seul.

La Bodhisattva réfléchit un moment :

— Je n'aurais pas dû partir. Mais puisque le Grand Sage est venu en personne, je ne peux laisser péricliter ce voyage vers le Dharma. Venez.

— Quelle arme portez-vous ?

— Une aiguille à broder. Elle seule peut le détruire.

Sun Wukong ne put réprimer un sourire :

— Je me suis dérangé pour une aiguille à broder ? J'en aurais donné un panier entier !

— La vôtre est en acier ou en fer ou en or. La mienne n'est rien de tout cela. Mon fils l'a forgée dans son propre œil pendant des années.

— Qui est votre fils ?

— L'Officiel Céleste de la Constellation du Coq.

Sun Wukong resta bouche bée. En chemin, il aperçut déjà au loin le halo doré.

— C'est là — l'Ermitage de la Fleur Jaune.

La Bodhisattva tira de son col une aiguille — épaisse comme un sourcil, longue de quelques centimètres — et la lança en l'air. Un instant plus tard, un son clair retentit : la lumière d'or se brisa.

— Magnifique ! L'aiguille, l'aiguille — où est-elle ?

Elle la montra sur sa paume.

Ils descendirent dans la cour. Le taoïste se tenait les yeux fermés, les jambes immobiles comme du bois mort.

Sun Wukong ricana :

— Tu fais l'aveugle maintenant ?

Il sortit son bâton de l'oreille. La Bodhisattva le retint :

— Laisse. Allons d'abord voir ton maître.

Tang Sanzang, Bajie et Sha Wujing gisaient sur le sol dans leur vomissement. Sun Wukong pleurait.

— Ne te désespère pas, dit la Bodhisattva. Aujourd'hui j'accumule quelque mérite. J'ai des pilules contre le poison.

Elle sortit de sa manche un vieux papier replié. À l'intérieur : trois pastilles rouges. Elle les plaça elle-même entre les lèvres des trois hommes, ouvrit leurs mâchoires, força l'entrée. En quelques instants ils vomirent le poison et reprirent connaissance.

Bajie fut le premier à se lever :

— J'étouffe !

Sha Wujing et Tang Sanzang suivirent. Ils remercièrent la Bodhisattva longuement.

Bajie voulait trouver le taoïste et lui régler son compte. La Bodhisattva l'arrêta :

— Cet être sera mon gardien de porte. Montrez-le-moi tel qu'il est vraiment.

Elle tendit le doigt vers le taoïste. Celui-ci s'effondra dans la poussière et révéla sa vraie forme : une scolopendre de deux mètres de long, brun-rouille, hérissée de pattes.

La Bodhisattva la ramassa sur un doigt et la ramena dans les airs vers sa grotte.

Bajie éclata de rire :

— Comment cette vieille dame fait-elle pour maîtriser un tel monstre ?

Sun Wukong expliqua :

— Elle m'a dit avoir une aiguille forgée dans l'œil de son fils — un coq céleste. Le coq dompte la scolopendre par nature. Et si son fils est un coq céleste, elle est une poule divine. La poule est la terreur de la scolopendre — logique impeccable.

Tang Sanzang s'inclina sans fin. On trouva dans la cuisine quelques riz et légumes pour nourrir les pèlerins. Ils mangèrent, sellèrent le cheval, et Sun Wukong mit le feu à l'ermitage d'une torche.

Ils reprirent la route vers l'ouest.

Tang Sanzang retrouva la vie grâce à Pilanbopo. Le démon aux mille yeux fut dissous dans la lumière brisée.