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Chapitre 87 : La Sécheresse de Fengxian — Quand le Grand Sage Convainc le Ciel

Le groupe arrive dans le district de Fengxian, desséché depuis trois ans à cause d'une offense du gouverneur envers le Ciel. Wukong monte deux fois au Palais Céleste, fait repentir le gouverneur, convoque les dieux de la pluie, et déclenche une averse providentielle qui sauve toute la région.

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Le district de Fengxian était silencieux comme un os blanchi. Les rues de la ville étaient bordées d'hommes en bleu — des fonctionnaires qui avaient perdu leur dignité à force de chercher de l'eau dans un ciel vide. Trois ans de sécheresse. Les puits à sec. Le prix du millet à cent pièces d'or le boisseau. Des enfants vendus pour trois livres de riz.

Quand les quatre voyageurs apparurent dans la rue principale, Bajie en tête avec sa gueule en avant, les gens crièrent : « Des monstres ! »

Tang Sanzang s'interposa.

— Nous venons de l'Est, dit-il avec toute sa hauteur de moine impérial. Nous allons à la Montagne de l'Esprit chercher les sutras du Bouddha Tathāgata. Nous passons ici en paix.

Le fonctionnaire en robe bleue s'inclina.

— Notre gouverneur a posté des affiches pour trouver un maître capable de faire pleuvoir. Si vous pouvez...

Wukong lut l'affiche. Il la rendit.

— Rien de plus facile. On s'occupe de ça.

Le gouverneur de Fengxian — de la famille Shangguan — était en train de brûler de l'encens et de prier quand on lui annonça l'arrivée de quatre moines capables de faire pleuvoir.

Il vint les accueillir lui-même, à pied, sans escorte.

« Notre beau pays riche du grand empire du ciel de l'Ouest, district extérieur de Fengxian que j'administre. Trois années consécutives de sécheresse totale, herbes et récoltes détruites, cinq grains anéantis. Dans chaque maison, il manque quelqu'un ; pour dix portes, neuf sont closes sur des sanglots. Les deux tiers de la population sont morts de faim, le dernier tiers vacille comme une flamme dans le vent. J'ai posté des affiches partout, cherchant un sage — et voilà que de vrais moines me tombent du ciel. Si vous pouvez verser une pluie qui sauve les vivants, je vous offrirai mille pièces d'or comme ma plus mince gratitude. »

Wukong, pour une fois, fut sérieux.

— Gardez votre or. Je vais vous faire pleuvoir non pas pour de l'argent mais pour accumuler du mérite. Mais d'abord, quelques questions.

Il convoqua mentalement le Vieux Roi Dragon de la Mer de l'Est, Ao Guang. Le dragon arriva en quelques instants, sous forme humaine.

— Grand Sage, vous m'avez appelé ?

— Fais pleuvoir sur ce district.

— Je ne peux pas, dit le dragon avec une honnêteté scrupuleuse. Je suis un sujet du Palais Céleste. Sans ordre de l'Empereur de Jade, je ne peux pas verser une goutte sans autorisation. C'est comme ça que ça fonctionne.

— Retourne à la mer, dit Wukong. Je vais chercher l'autorisation.

Il bondit dans les airs, arriva en quelques instants aux Portes du Ciel Ouest. Les Grands Rois Célestes s'écartèrent. Les Quatre Maîtres Célestes le reçurent dans le couloir de la salle Tongming.

— Voici mon affaire, dit Wukong. Le district de Fengxian est à sec depuis trois ans. Les gens meurent. Je veux faire pleuvoir.

— Ce district ne mérite pas de pluie, dit un des maîtres.

— Pourquoi ?

— L'Empereur de Jade a ses raisons. Va lui demander toi-même.

Wukong entra dans la Salle du Jade Céleste. L'Empereur de Jade l'attendait avec une expression qui était soit de l'irritation soit de la lassitude — difficile à dire avec les visages célestes.

— Il y a trois ans, dit l'Empereur de Jade, le vingt-cinquième jour du douzième mois, je faisais ma tournée d'inspection des Trois Mondes. Je m'arrêtai au-dessus de Fengxian. Le gouverneur venait de préparer une offrande végétarienne pour honorer le Ciel. Mais au lieu de la présenter avec révérence, il renversa la table dans un accès de colère contre sa femme et fit venir son chien pour manger les offrandes sacrées. Et il dit des grossièretés. J'ai donc établi trois conditions dans le Pavillon des Parfums. Quand ces trois conditions seront remplies, la pluie tombera.

Il envoya Wukong voir par lui-même.

Dans le Pavillon des Parfums, il y avait une montagne de riz — dix pieds de haut — et une montagne de farine — vingt pieds de haut. Une poule de la taille d'un poing becquetait le riz, grain par grain. Un chien doré léchouillait la farine, coup de langue après coup de langue. Et sur un portique de fer, une chaîne d'or — aussi épaisse qu'un doigt — était suspendue au-dessus d'une flamme de bougie qui en léchait le maillon inférieur.

— Quand la poule aura fini le riz, quand le chien aura fini la farine, quand la bougie aura brûlé la chaîne... alors la pluie tombera.

Wukong sortit du Pavillon sans rien dire. Les Maîtres Célestes lu regardèrent avec compassion.

— Grand Sage, dit l'un d'eux, ne vous découragez pas. Un seul acte de bonté sincère peut renverser ces montagnes. Retournez là-bas, faites repentir le gouverneur et ses administrés. Si leur conversion est authentique, le Ciel répondra.

Wukong redescendit sur terre, convoqua le gouverneur.

— Il y a trois ans, dit-il, le vingt-cinquième du douzième mois, vous avez poussé votre table d'offrandes et fait manger vos sacrifices à votre chien. Exact ?

Le gouverneur s'effondra à genoux.

— Je... j'avais eu une dispute avec ma femme ce jour-là. La colère m'a aveuglé. Depuis deux ans, j'y pense tous les jours avec remords. Je ne savais pas que l'Empereur de Jade avait été témoin.

— Il l'a été. Et voici ce qu'il a mis en place.

Wukong expliqua les trois conditions : la poule, le chien, la chaîne.

Bajie leva la main.

— Emmène-moi là-haut, grand frère. Je mange le riz et la farine en un repas, je casse la chaîne avec les dents.

— C'est une punition céleste, idiot. Personne ne peut y toucher.

— Alors qu'est-ce qu'on fait ?

— On convainc les gens d'être bons, dit Wukong simplement. C'est tout.

Le gouverneur fit proclamer dans tout le district l'appel au repentir. Des milliers de personnes allumèrent de l'encens, récitèrent des prières, changèrent de comportement. Les maisons se remplirent de murmures sincères — namo amituofo, namo amituofo.

Wukong remonta au Palais Céleste.

Les portes étaient déjà ouvertes : les messagers des bonnes nouvelles l'avaient précédé, portant les textes des vœux des fidèles de Fengxian. Pendant ce temps, Wukong s'arrêta au Palais des Neuf Cieux pour demander les dieux du tonnerre.

Le Seigneur des Neuf Cieux l'accueillit, écouta, acquiesça.

— Deng, Xin, Zhang et Tao, avec la Dame de l'Éclair — descendez avec le Grand Sage.

Dans la salle du Jade Céleste, l'Empereur de Jade avait déjà ses nouvelles. Les fonctionnaires du Pavillon des Parfums entrèrent en courant : les montagnes de riz et de farine s'étaient effondrées d'elles-mêmes, la chaîne s'était brisée.

L'ordre de pluie fut donné : vent, nuages, tonnerre, pluie — trois pieds d'eau et quarante-deux gouttes supplémentaires sur le district de Fengxian, immédiatement.

Le ciel s'ouvrit au-dessus de la ville assoiffée.

Nuages denses et brouillard épais, la foudre gronde, les éclairs tranchent l'air. Vent rugissant, pluie battante. Un seul acte de bonté a retourné le ciel — des millions de vies tenaient à ce moment. La pluie s'abat sur les champs et les toits, les rigoles débordent dans les rues. Les semis desséchés se redressent, les arbres morts retrouvent leurs feuilles. Paysans joyeux, marchands satisfaits, paix dans les maisons, abondance dans les greniers.

Wukong fit attendre les dieux dans les nuages et alla chercher le gouverneur et ses administrés.

— Venez remercier ceux qui vous ont sauvés.

Les dieux ouvrirent les nuages et apparurent dans leur forme véritable : le roi dragon aux moustaches d'argent, les généraux du tonnerre au bec crochu, le jeune dieu des nuages couronné de jade, et le vieux dieu du vent aux sourcils en broussaille.

Tout le district tomba à genoux sous la pluie. Ils restèrent une heure à genoux pendant que les dieux attendaient, impassibles et magnifiques, dans le ciel mouillé.

Le gouverneur fit construire un temple et une chapelle dédiés aux quatre voyageurs — en urgence, en deux semaines, avec des centaines d'ouvriers travaillant nuit et jour.

Tang Sanzang insista pour partir dès que le temple fut inauguré.

— Nous ne pouvons pas rester, dit-il. Notre route n'est pas finie.

Le gouverneur fit escorter les quatre moines sur trente li, avec tambours et bannières. Les gens ne voulaient pas les laisser partir. Certains pleuraient.

Ils les regardèrent jusqu'à ce que la poussière de la route les eût avalés.