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Chapitre 70 : Les Trois Cloches d'Or — L'Espion dans la Tanière du Démon

Sun Wukong bat l'éclaireur de Saitaisui, se déguise en lui pour s'infiltrer dans la tanière. Il découvre que les trois cloches d'or du démon crachent feu, fumée et sable. Il convainc la Reine d'Or Sacré de le laisser dérober les cloches, mais les sort trop tôt — elles s'enflamment, et il se retrouve piégé dans la grotte sous forme de mouche.

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Sun Wukong bondit dans les nuages, bâton tendu, et interpella la silhouette qui descendait du sud.

— Arrête ! Qui es-tu ? Où vas-tu semer la panique ?

— Je suis l'éclaireur du Grand Roi Saitaisui, maître de la Grotte de l'Animal Légendaire sur la Montagne de la Licorne. Mon maître m'envoie réclamer deux nouvelles dames d'honneur pour servir la reine.

— Et moi, je suis le Grand Sage Égal du Ciel Sun Wukong. Je protège Tang Sanzang en route vers l'ouest. Tu serves un maître qui tyrannise un peuple — ta chance vient de finir.

L'éclaireur brandit sa lance. Sun Wukong l'esquiva, frappa une fois, et la lance se cassa en deux. L'éclaireur s'enfuit vers l'ouest. Sun Wukong le laissa partir.

Il descendit vers le jardin souterrain. — Maître, sortez. Le danger est passé.

Tang Sanzang remonta avec le roi. Le ciel était calme et brillant. Le roi voulut offrir du vin pour célébrer. Sun Wukong prit la coupe dans la main, la porta à ses lèvres — et n'eut pas le temps de boire.

Un messager de la porte de l'ouest : — Incendie ! Le quartier ouest brûle !

Sun Wukong lança la coupe en l'air. Elle retomba avec un tintement de métal sur les dalles de la cour. — L'éclaireur que j'ai mis en fuite a vengé sa défaite en allumant le feu. Ma coupe vient d'éteindre les flammes à l'ouest.

Un second messager entra : — L'incendie s'est éteint d'un seul coup. Les rues sont inondées d'une eau qui sent le vin.

Le roi regarda Sun Wukong avec une vénération nouvelle.

— Saitaisui est à trois mille lieues au sud. Bajie et Sha Wujing restent ici garder le maître. Je pars.

— Grand Sage — permettez-moi de vous offrir des provisions…

— À l'aller en un clin d'œil, au retour pareil. Les provisions refroidiraient.

Sun Wukong s'envola. En vers, il dit au roi ce qu'était sa nature :

Mon corps est de la lignée des singes, mais j'ai dès l'enfance ouvert les portes de la vie et de la mort. J'ai cherché des maîtres partout, reçu la transmission des techniques — j'ai cultivé sur la montagne, du matin au soir sans repos. Ciel pour plafond, terre pour fourneau, deux substances — lune et soleil — pour former le cinabre. J'ai pris yin et yang, eau et feu en échange, et compris à temps l'instant où la porte secrète s'ouvre. Je m'appuie sur le pouvoir des trente-six étoiles du nord, je compte sur le mouvement des sept étoiles de la Grande Ourse. Nul sommet ne m'arrête, nul fleuve ne me barricade. En une seule volte-face : cent huit mille lieues !

Le roi regardait le ciel vide là où Sun Wukong avait disparu.

En quelques instants, Sun Wukong aperçut une haute montagne couverte de forêts denses. Il descendit se poser sur un pic pour observer. Dès qu'il posa le pied, des fumées colorées jaillirent du versant — rouge, noire, blanche, jaune, bleue — et dans les fumées, des flammes. Dans les flammes, un nuage de sable.

Bon. Difficile de s'approcher frontalement.

Il ramassa deux galets dans le ruisseau au bas de la falaise et les enfonça dans ses narines pour les boucher. Puis il se changea en vautour brun et plongea dans les flammes. En quelques battements d'ailes, il sortit de l'autre côté — sans brûlure, sans sable dans les yeux.

Le feu et le sable venaient bien de l'intérieur de la montagne.

Il reprit forme humaine. À ce moment, un son métallique — un gong de bronze frappé régulièrement. Un petit démon portant un fanion jaune, un sac de documents sur le dos, courait sur le sentier en frappant son gong d'une main.

Sun Wukong changea de forme. Il se transforma en mille-pattes volant — un insecte — et se percha sur le sac à documents. Il écouta le démon monologuer à mi-voix :

— Mon grand roi est vraiment sans cœur. Trois ans qu'il a enlevé la Reine d'Or Sacré, et il n'a toujours pas pu l'approcher d'un pouce — elle porte une tenue que lui a envoyée un immortel, couverte de piquants invisibles. La toucher, c'est se planter des aiguilles dans la paume. Alors il fait venir des dames d'honneur pour tenir compagnie à la reine — et les dames d'honneur finissent par mourir d'épuisement. Moi, il m'envoie porter la déclaration de guerre au roi de Zhuzi, qui n'aura qu'à choisir : céder ou être détruit.

Sun Wukong reprit forme humaine sur le chemin, dix lieues plus loin. Il attendit le démon, se changea en gamin de temple en robe de guenilles, flûte de roseau à la main.

— Seigneur garde-chiourme, où allez-vous donc avec ce beau fanion ?

Le démon s'arrêta, souriant. — Porter la lettre de guerre à Zhuzi.

— Dites — la Reine d'Or Sacré, elle s'entend bien avec le grand roi, maintenant ?

— Pas du tout ! Depuis le début, ce sont des aiguilles invisibles dans les vêtements qu'un dieu lui a envoyés — mon maître ne peut pas l'approcher.

— Intéressant. Allez, bonne route.

Il attendit que le démon ait tourné le dos. Puis sortit son bâton.

Un seul coup. Le démon tomba, la tête fracassée. Sun Wukong s'en voulut aussitôt — il aurait dû demander son nom d'abord. Il fouilla les vêtements du mort. Une plaque de jade pendant à sa ceinture : « Éclaireur de confiance. Présent à l'aller et au retour. Taille petite, face plate, sans moustache. Toujours exposé, sans plaque c'est un imposteur. »

Le nom : Y'a-qu'à-aller-et-revenir.

Sun Wukong sourit. — Ce bâton t'a envoyé dans le sens unique.

Il cacha le fanion et le gong dans les herbes, prit la plaque de jade, et se transforma en une copie parfaite de l'éclaireur. Puis il fonça vers la grotte, frappant le gong comme si tout allait bien.

À l'entrée de la Grotte de l'Animal Légendaire, cinq cents démons en armes montaient la garde — tigres et ours, renards et lièvres, serpents et lamproies, singes-hurleurs et crocodiles — tous en formation compacte autour du portail.

Une créature à l'allure d'orang-outan le reconnut. — Tu es revenu ?

— Oui.

— Le grand roi t'attend au Pavillon de l'Écorché. Vas-y vite.

Sun Wukong parcourut les couloirs jusqu'à un pavillon ouvert sur huit côtés. Au centre, un trône de jade. Sur le trône, le grand roi Saitaisui.

Une lumière rouge sur le crâne, une énergie meurtrière dans la poitrine. Crocs saillants hors de la bouche, sourcils dressés comme des flammes. Nez proéminent, narines béantes, bouche carrée, dents comme des lames d'acier. Poils roux dans les tempes, visage couleur de brique bleue. Bras de tendons rouges, mains d'indigo foncé, dix griffes pointues tenant une lance. Jupe de peau de léopard autour des reins, pieds nus, cheveux en broussaille — une silhouette de spectre.

Sun Wukong s'avança, dos tourné au roi, frappant toujours son gong.

— Tu es rentré ? demanda le roi.

Silence. Sun Wukong continua à frapper.

— Y'a-qu'à-aller-et-revenir, je te parle !

Silence. Coups de gong.

Le roi se leva, s'approcha, saisit le prétendu éclaireur par l'épaule. — Pourquoi tu ne réponds pas ? Pourquoi tu continues à frapper en entrant ici ?

Sun Wukong jeta le gong par terre. — Parce que j'ai été battu et humilié ! Vous m'envoyez porter votre lettre de guerre, et arrivé là-bas, j'ai trouvé toute une armée en formation. On m'a attrapé, giflé, fouetté, traîné devant le roi. Un vieux conseiller a dit qu'on n'exécute pas un messager. Alors ils m'ont libéré — après m'avoir frappé trente fois les cuisses pour bien me marquer. J'ai mal à chaque pas. Voilà pourquoi je ne répondais pas.

Le roi prit l'air contrit. — Pauvre garçon. Tu avais raison, c'était une mission dangereuse.

— Ils ont dit qu'ils viendraient vous attaquer ici. Ils ont des forces considérables.

— Ne t'inquiète pas. Mes trois cloches suffiront à les réduire en cendres. Mais avant : va prévenir la Reine d'Or Sacré que ses inquiétudes sont sans fondement.

Sun Wukong fit demi-tour, traversa les couloirs jusqu'aux appartements de la reine. Un rideau de perles, des servantes-renards et des servantes-biches disposées en deux rangées. Et au centre, assise, une femme au teint de jade et aux yeux rouges de larmes retenues.

Sun Wukong s'inclina. — Je vous salue, noble dame.

La reine leva les yeux. — D'où viens-tu, créature, pour m'interpeller sans cérémonie ? Au palais de Zhuzi, les ministres et les généraux osaient à peine lever les yeux sur moi. Qui es-tu ?

— Je suis l'éclaireur de confiance du grand roi. Aujourd'hui, j'ai porté la lettre de guerre à Zhuzi. Et en route, j'ai rencontré quelqu'un.

— Qui ?

— Un moine venu de l'est avec une mission pour le Bouddha. Il m'a dit qu'il avait guéri le roi de Zhuzi de sa maladie de trois ans. Et qu'il venait délivrer la reine.

La reine se tut. Ses mains serrèrent les accoudoirs de son siège.

— Il y a beaucoup de gens alentour, dit-elle enfin. Ce n'est pas l'endroit pour ce genre de conversation.

Sun Wukong fit signe aux servantes de sortir et ferma les portes. Il retira son masque.

— Ne criez pas. Je suis Sun Wukong, le Grand Sage Égal du Ciel, disciple aîné de Tang Sanzang. J'ai guéri votre roi. Il m'a envoyé vous chercher. Et pour vous prouver que je viens de sa part…

Il ôta les bracelets de son bras et les tendit à deux mains.

La reine vit les bracelets. Ses lèvres tremblèrent. Elle descendit de son siège et s'inclina.

— Grand Sage, si vous me ramenez chez moi, je ne l'oublierai jamais.

— Une question d'abord. Les flammes, la fumée, le sable — c'est quoi, exactement, ces armes du démon ?

— Trois cloches d'or. La première produit trois cents pieds de flammes. La deuxième : trois cents pieds de fumée. La troisième : trois cents pieds de sable jaune. La fumée et le feu, encore. Mais le sable — il entre par les narines et tue.

— J'en ai déjà reçu un peu. J'ai éternué deux fois.

— Et où garde-t-il ces cloches ?

— Sur lui, toujours. Il dort avec, il mange avec. Il ne les quitte jamais.

Sun Wukong réfléchit. — Noble dame, si vous voulez revoir votre roi, voici ce que je vous demande : faites semblant de vous réconcilier avec le démon. Obtenez que ces cloches vous soient confiées pour la nuit. Dès qu'elles sont dans vos mains, je les prends et je rentre.

La reine acquiesça.

Sun Wukong reprit son masque, alla chercher le roi dans le pavillon. — Grand roi, la reine vous demande.

Le roi bondit de son trône. — La reine ? Elle ne veut jamais me parler.

— Elle m'a posé des questions sur Zhuzi. J'ai dit que le roi avait été soigné, qu'il ne pensait plus à elle. Elle semble avoir abandonné tout espoir. Peut-être que c'est le bon moment.

Le démon accourut aux appartements de la reine. La reine lui sourit pour la première fois. Elle lui servit du vin de noix de coco, s'assit à côté de lui, lui parla doucement.

— Seigneur, nous sommes ensemble depuis trois ans et vous ne m'avez rien montré de vos trésors. Je sais que vous avez trois cloches. Si vous les aimez tant que vous ne pouvez pas vous en séparer, comment pouvez-vous parler de confiance entre époux ? Confiez-moi vos cloches pour la nuit. Quand vous en aurez besoin, vous les reprendrez.

Le démon rit et capitula. Il souleva deux, trois épaisseurs de vêtements et détacha de son corps les trois cloches attachées contre sa peau. Il avait bourré leurs ouvertures avec du coton pour qu'elles ne sonnent pas, et enveloppé l'ensemble dans une peau de léopard en guise de sacoche.

— Fais attention. N'agite pas cette sacoche.

La reine prit la sacoche, la posa sur sa table de maquillage. Elle commanda du vin pour fêter l'événement. Les servantes apportèrent venaison et alcool de palme. Le démon buvait, content pour la première fois de longtemps.

Sun Wukong, à l'angle de la pièce, glissa vers la table de maquillage, saisit la sacoche de peau de léopard, et recula millimètre par millimètre vers la porte.

Il sortit des appartements, traversa trois couloirs, atteignit le Pavillon de l'Écorché.

Personne dans les environs. Il ouvrit la sacoche, vit les trois cloches — une grande comme une tasse à thé, les deux autres comme des poings fermés. Il ôta le coton des ouvertures.

Ding. La première cloche sonna.

Bouillie de feu. Torrent de fumée. Sable aveuglant. Le pavillon s'embrasa d'un coup. Sun Wukong fut enveloppé en une fraction de seconde.

Les démons de garde se précipitèrent. Ils trouvèrent Y'a-qu'à-aller-et-revenir debout dans les flammes avec les cloches à la main. Le roi Saitaisui accourut.

— Traître ! Tu as volé mes cloches !

Il se jeta sur Sun Wukong. Sun Wukong jeta les cloches, sortit son bâton, et frappa. Des démons de toutes formes fondaient de partout. Le roi cria : — Fermez les portes !

Les portes se fermèrent. Sun Wukong était cerné.

Il rangea son bâton, secoua son pelage — et se transforma en mouche. Une mouche bleue, minuscule, qui se posa sur la pierre froide d'un mur sans fenêtre.

Les démons cherchèrent partout. Rien. Un général-tigre dit : — Les portes étaient fermées depuis l'intérieur, grand roi. Le voleur ne peut pas être sorti. Cherchez encore.

Un général-ours dit : — Je parie que c'est ce Sun Wukong déguisé en Y'a-qu'à-aller-et-revenir. Il aura tué l'original sur la route et pris son identité pour nous tromper.

Le roi blêmit. — Vous avez raison. Cherchez partout. Personne ne sort.

La mouche restait parfaitement immobile sur la pierre.

Ainsi Sun Wukong — le Grand Sage Égal du Ciel, vainqueur de cent batailles — se trouvait piégé dans la grotte du démon, sous la forme d'un insecte, sans cloches, sans moyen de fuir.

La nuit commençait à tomber sur la Montagne de la Licorne.