Chapitre 68 : Le Médecin Malgré Lui — Sun Wukong au Chevet du Roi de Zhuzi
Les pèlerins arrivent au Royaume de Zhuzi dont le roi est gravement malade. Sun Wukong subtilise l'avis de recherche d'un médecin, l'introduit secrètement dans la poche de Bajie, et se propose pour soigner le roi par la méthode du pouls suspendu à fil d'or.
Un singe peut soigner un roi — c'est affaire de ruse. Le moine prie, le cochon dort, le sable reste muet. Ce n'est pas l'art qui guérit, c'est le culot qui convainc — et le pouls du destin bat toujours au fil d'or.
Ils avaient lavé la boue de leurs sandales, traversé le territoire des sept merveilles, et maintenant c'était l'été. Des grenades ouvertes sur les branches, des feuilles de lotus larges comme des tables.
Une ville apparut. Sun Wukong lut le drapeau jaune planté sur la tour principale. — Le Royaume de Zhuzi.
Tang Sanzang voulut entrer pour faire tamponner son passeport. Ils traversèrent trois portes dans la grande muraille, marchèrent dans les rues — et aussitôt, les habitants s'arrêtèrent pour regarder Bajie, puis se mirent à rire, à crier, à lancer des tuiles. Tang Sanzang ordonna à ses disciples de baisser la tête et d'avancer sans s'arrêter. Bajie rentra son groin dans sa robe.
Au croisement d'une ruelle, une plaque de cuivre : « Relais des Visiteurs ». Tang Sanzang entra, se présenta aux intendants. Il y avait un roi au palais — selon l'intendant, le roi n'avait pas tenu audience depuis longtemps en raison d'une maladie. Aujourd'hui, il sortait exceptionnellement pour faire publier une affiche de recherche de médecin.
Tang Sanzang s'empressa d'aller au palais avec sa lettre de mission. Sun Wukong resta au relais avec Bajie et Sha Wujing.
— Sha Wujing, fais cuire le riz. Bajie, va acheter des condiments au marché.
Bajie refusa, invoquant sa laideur, ses oreilles de chauve-souris, et la panique prévisible chez les marchands. Sun Wukong promit de venir avec lui, et décrivit avec force détails les boutiques de thé, les échoppes de nouilles, les galettes au sésame, les beignets, les sucreries de toutes sortes qu'il avait vues dans les rues. Bajie, qui avait faim, se leva d'un bond.
Ils sortirent ensemble, attirèrent une foule de curieux. Quand ils arrivèrent près du tambour de la tour principale, la foule était telle que Bajie refusa d'avancer.
— Laisse-moi au pied du mur. Tu vas acheter.
Sun Wukong lui laissa un bol et continua seul. Sous la tour, une affiche était clouée sur un tableau de bois. Sun Wukong lut avec ses yeux d'or à travers la foule. L'affiche : le roi de Zhuzi était alité depuis longtemps, aucun remède n'avait fonctionné. Il cherchait un médecin capable de le guérir. La récompense : la moitié du royaume.
Sun Wukong décida sur-le-champ. Il ferait le médecin. Il convoqua un coup de vent, se rendit invisible, décrocha l'affiche, la roula dans un tube de vent qui alla se glisser dans la poche de Bajie, puis s'en retourna au relais avant que quiconque n'ait rien vu.
La foule découvrit la disparition de l'affiche. Les gardes cherchèrent partout. Quelqu'un aperçut le bout de papier qui dépassait de la robe de Bajie. Les gardes s'approchèrent. Bajie, distrait, leva son groin et fit tomber une douzaine de badauds. On le tira, on le poussa — il était planté comme un arbre. Finalement deux vieux eunuques comprirent la situation et le persuadèrent de suivre jusqu'au relais pour retrouver le médecin.
Au relais, Bajie trouva Sun Wukong en grande discussion avec Sha Wujing. — C'est toi ! cria Bajie. Tu m'as encore piégé !
Sun Wukong avait déjà mis son expression la plus officielle. Les eunuques et les gardes entrèrent derrière Bajie.
— Seigneur Sun Wukong, dit un eunuque en se prosternant, notre roi vous implore de venir soigner sa maladie.
Sun Wukong regarda l'assistance d'un air royal. — Votre roi ne vient pas lui-même ?
— Il est trop faible pour se déplacer. Il vous envoie ses plus proches serviteurs.
— C'est bien. Mais dites à votre roi qu'un médecin ne doit pas être convoqué — il doit être sollicité. Envoyez-lui un mot de ma part : s'il veut que je le guérisse, qu'il vienne me chercher lui-même.
Les eunuques consternés repartirent avec ce message. Tang Sanzang revint du palais au même moment, livide.
— Espèce de singe inconscient ! Qu'est-ce que tu as fait encore ? Tu ne connais rien à la médecine !
Sun Wukong rit. — Maître, j'ai quelques recettes de grand-mère qui guérissent les grandes maladies. Et même si j'en tuais un, ça s'appellerait au pire une erreur médicale — on ne pend pas pour ça. Détendez-vous.
— Tu n'as jamais ouvert le Classique des Questions difficiles, tu ne connais pas le Compendium des Remèdes, tu n'as jamais étudié le pouls —
— J'ai des fils d'or sur moi. Regardez.
Il tira trois poils de sa queue, les souffla, et les transforma en trois fils de soie dorés, chacun long d'une vingtaine de pieds.
— Voilà mes fils d'or.
Cependant les messagers royaux revinrent avec un cortège entier de ministres — le roi avait accepté d'envoyer une délégation officielle, avec un salut équivalant à la courtoisie due à un prince. Sun Wukong se leva, suivit le cortège.
Au palais, le roi était allongé sur son lit de dragon derrière un rideau de perles. Il entendit la voix de Sun Wukong — rauque, directe, sans cérémonie — et sursauta si violemment qu'il faillit tomber du lit.
Les ministres grondèrent. — Ce moine est grossier et mal élevé. Comment a-t-il osé se proposer pour soigner le roi ?
Sun Wukong sourit. — Si vous voulez un médecin qui sourit et s'incline, votre roi ne guérira jamais. Je pratique le diagnostic par fil suspendu.
Les ministres se regardèrent. Certains avaient entendu parler de cette méthode. Ils rapportèrent la proposition au roi.
— Laissez entrer ce moine, dit le roi depuis son lit.
Sun Wukong fit introduire ses trois fils d'or par un domestique — un fil par poignet pour le côté gauche, un pour le droit. Les fils traversèrent le rideau, furent attachés aux poignets royaux selon les trois zones du pouls. Sun Wukong, à l'extérieur, prit les extrémités entre ses doigts et commença à lire.
Il lut longuement. Pouls à gauche : fort et tendu au cun, rêche et lent au guan, creux et profond au chi. Pouls à droite : flottant et glissant au cun, lent et noué au guan, rapide et serré au chi.
Il retira les fils, se retourna vers l'assistance.
— Le pouls gauche fort et tendu indique un vide intérieur, douleur au cœur. Le guan rêche — transpiration, anesthésie musculaire. Le chi creux — urines rouges, selles avec sang. Pouls droit : blocage interne, circulations fermées au cun. Guan lent et noué — rétention alimentaire. Chi rapide et serré — agitation, froid et vide en conflit.
Il marqua une pause.
— Ce que votre roi a, c'est ce que j'appelle la maladie des Deux Oiseaux Séparés. Une angoisse profonde qui ronge depuis longtemps.
De l'autre côté du rideau, le roi s'agita. — Il a raison. Il a parfaitement raison. Faites-le sortir préparer un remède.
Les médecins officiels du palais, qui avaient écouté, hochèrent la tête entre eux. — Ce moine parle avec justesse. Même un immortel doit observer, écouter, interroger, palper — les quatre étapes. Il les maîtrise.
Sun Wukong sortit du palais. Tang Sanzang l'attendait avec mille questions. — Qu'a-t-il ?
— Je l'ai diagnostiqué. Maintenant je vais préparer le remède. Il me faut toutes les herbes médicinales du royaume.
Les médecins officiels envoyèrent des courriers dans toute la ville. Chaque pharmacie dut fournir trois livres de chacune des huit cent huit herbes répertoriées — soit plus de deux mille livres de médicaments au total, livrées au relais des pèlerins avec mortiers, pilons et tamis.
Sun Wukong rentra au relais, les yeux brillants.
À la nuit, Bajie et Sha Wujing allaient enfin savoir quel médecin étrange était leur frère aîné.