Chapitre 67 : Le Défilé Infect — Bajie Ouvre la Montagne des Kakis
Les pèlerins arrivent au village de Tuoluo infesté par un grand serpent démon. Sun Wukong et Bajie le tuent après une nuit de combat. Puis ils affrontent la montagne des Sept Merveilles, dont le défilé est obstrué par des kakis pourris sur huit cents lieues. Bajie se transforme en grand cochon pour ouvrir le passage avec son groin.
Un mois de route après le Petit Palais Céleste. Le printemps profond, les fleurs partout. Tang Sanzang arrêta son cheval au bord d'un hameau. Des lumières à travers les arbres — une ferme, peut-être, ou plusieurs.
Ils frappèrent à une porte de claies. Un vieil homme ouvrit, bâton à la main, sandalettes usées. Quand il vit Sun Wukong, il faillit refermer.
— Vieux père, dit Tang Sanzang, nous sommes des moines en route vers l'ouest. La nuit est venue, nous cherchons asile pour quelques heures.
L'homme les regarda tous les quatre, fit une grimace à Sun Wukong, puis soupira et les fit entrer. La maison était simple — deux pièces, un feu, une table en bois, des claies de roseau aux fenêtres.
— Il faut vous dire que vous allez vers un endroit où vous ne pouvez pas passer, dit l'homme. À trente lieues d'ici, vers l'ouest, il y a un défilé de huit cents lieues dans la Montagne des Sept Merveilles. Un défilé obstrué par des kakis pourris, si vous voulez savoir. Des kakis tombés depuis des générations, imbibés de pluie et de gel, fermentés sous la chaleur d'été — une bouillie infecte qui emplit la passe comme du béton d'égout. Par vent d'ouest, l'odeur pique à quinze lieues. Aujourd'hui, le vent souffle du sud-est, donc vous ne sentez encore rien.
Tang Sanzang hocha la tête en silence.
Sun Wukong ne laissa pas le silence durer. — Vieux père, vous nous parlez d'une montagne difficile — et nous apprécions l'avertissement. Maintenant, soyez honnête : vous n'avez pas ouvert votre porte par pure générosité. Qu'est-ce que vous voulez de nous ?
L'homme se leva. — Vous m'avez l'air de gens qui savent chasser les démons. Est-ce vrai ?
— Dites-moi ce qu'il y a.
— Depuis trois ans, chaque saison, un démon vient. Il arrive avec une bourrasque, mange les animaux — les bœufs, les chevaux, les porcs, les volailles, et quelques personnes par-ci par-là. Deux fois, on a fait venir des gens pour le chasser : un moine bouddhiste qui s'est fait fracasser la tête comme une pastèque mûre — ses disciples ont voulu porter l'affaire en justice et n'en sont pas encore revenus. Un maître taoïste qui s'est noyé dans un ravin. Les gens du village ont payé, enterré, et pleuré.
Sun Wukong : — Ce démon est difficile à attraper.
L'homme s'anima. — Vous voyez ! Vous aussi vous reculez.
— Je n'ai pas dit ça.
Le vieillard rassembla huit ou neuf voisins, des anciens du village. Ils vinrent voir Tang Sanzang, discutèrent récompenses. Sun Wukong refusa l'argent, refusa les terres cultivées, refusa les titres — son maître et lui ne prenaient rien que le thé et le repas du soir.
Les anciens acceptèrent. La nuit était déjà là. On soupa, on bavarda. Sun Wukong demanda des détails sur le démon.
— Comment se manifeste-t-il ?
— Par le vent. Un vent énorme, soudain. Et dans le vent, deux lampes de feu qui volent.
Alors le vent se leva.
Les anciens se précipitèrent vers la maison. Bajie voulut suivre. Sha Wujing aussi. Sun Wukong attrapa ses deux frères par le col et les força à rester dans la cour.
— Vous n'êtes pas des moines de pacotille. Restez. Regardons ce monstre en face.
Bajie tremblait comme une feuille. — Mais pourquoi on resterait ? On ne connaît pas ce démon, on n'est pas ses voisins !
Sun Wukong le tint d'une poigne de fer. Dans le ciel noir, deux lumières qui grandissaient. Les yeux du monstre — deux lampes suspendues dans la bourrasque.
— Regarde, dit Sha Wujing. Des lanternes.
— Ce ne sont pas des lanternes. Ce sont les yeux de la bête.
Bajie regarda, comprit, rétrécit de trois bons centimètres.
Sun Wukong bondit dans les airs.
— Stop ! Qui es-tu ? D'où viens-tu ? Où vas-tu ainsi dans la nuit ?
Le monstre ne répondit pas. Il brandit une longue lance. Sun Wukong l'esquiva, posa des questions, n'obtint aucune réponse — le monstre était sourd ou muet, ou peut-être les deux. Il ne faisait que se défendre avec sa lance, jamais attaquer vraiment.
Bajie comprit la clé : — Ce monstre n'a toujours que la défense. Sa lance file comme un serpent qui se déroule — la pointe sort, le manche disparaît — peut-être qu'il n'a pas encore atteint le rang humain dans sa cultivation. À l'aube, il doit partir. Si le soleil le surprend, il sera vulnérable.
Sun Wukong : — Exactement. Ne le lâchons pas au lever du jour.
À l'approche de l'aurore, le monstre voulut se retirer. Sun Wukong et Bajie fondèrent sur lui comme deux rapaces. La lumière augmenta — et le monstre, au bas d'une falaise, révéla sa vraie forme.
Un grand serpent aux écailles rouge feu, les yeux comme deux étoiles de l'aube, les crocs alignés comme des sabres, les griffes recourbées comme des hameçons d'or. De la tête à la queue : deux versants de montagne.
Bajie se précipita, enfonça son râteau dans la gueule du serpent. La bête plongea dans un terrier, laissant huit pieds de queue dehors. Bajie saisit la queue à deux mains.
Il tira. La queue ne bougea pas.
— Lâche, dit Sun Wukong. Tu tires dans le mauvais sens.
Sun Wukong enfonça son bâton dans l'entrée du terrier et frappa vers le fond. Le serpent, blessé au ventre, se propulsa vers la sortie arrière, creusa jusqu'à vingt lieues plus loin, et émergea à l'air libre. Bajie, qui avait couru par-dessus la montagne, le trouva là, et lui asséna un coup de râteau.
Le serpent referma la gueule sur Sun Wukong — et l'avala.
Bajie hurla : — Mon frère est perdu !
À l'intérieur, Sun Wukong appuya son bâton contre les parois du ventre.
— Bajie, tu me vois ?
— Je te vois.
— Un pont ?
— Oui, comme un arc-en-ciel. Mais je ne peux pas marcher dessus.
— Un bateau alors ?
Le bâton poussait la peau du ventre comme une voile. Bajie : — Comme une barque à fond plat. Mais sans mât.
— Attends.
Le bâton perça le dos du serpent de bas en haut, long de quinze mètres comme un mât d'embarcation. Le serpent, blessé, se lança vers l'avant en agonisant — plus rapide que n'importe quel bateau à voile — parcourut vingt lieues d'un seul élan, et s'écroula dans la poussière du chemin.
Bajie arriva au galop, planta son râteau dans le crâne du serpent, encore et encore, jusqu'à ce qu'il soit certain que la bête était morte. Sun Wukong sortit du corps par un trou, s'étira.
— Il est mort, arrête de taper.
— Je ne peux pas m'arrêter. J'ai toujours aimé tuer les serpents.
Ils traînèrent le corps jusqu'au village. Les habitants de Tuoluo tombèrent à genoux de soulagement. On les garda cinq jours — les anciens voulaient les garder un mois. À grand-peine, les pèlerins prirent congé. Le village entier — sept ou huit cents personnes — les accompagna jusqu'au pied de la Montagne des Sept Merveilles.
Là, Tang Sanzang s'arrêta. L'odeur venait à leur rencontre comme une vague.
Le défilé s'ouvrait devant eux — une gorge étroite entre deux falaises, et dans la gorge, une coulée de bouillie brun-jaune qui atteignait les genoux. Huit cents lieues de kakis pourris, fermentés, liquéfiés.
— Comment traverser ça ? demanda le moine.
— C'est le problème, dit Sun Wukong sobrement.
Le vieillard Li s'approcha. — Seigneur, voici ce que nous avons pensé. Vous avez tué notre démon, libéré notre village. En échange, nous allons défricher une nouvelle route pour vous faire passer.
Sun Wukong rit. — Huit cents lieues ? Vous n'avez pas les bras pour ça. Ce travail nous appartient. Votre Bajie va transformer son corps et ouvrir le chemin avec son groin.
Bajie sursauta. — Toujours les basses besognes pour moi ! Pourquoi pas toi ?
— Parce que je n'ai pas de groin en forme de pelle.
Tang Sanzang intercéda doucement. — Bajie, si tu ouvres ce chemin, c'est toi le héros de ce passage. Je noterai ta contribution dans les annales du voyage.
Bajie rit. — Bon. Mais il faut que je mange d'abord. On ne laboure pas à jeun.
Les villageois avaient apporté des vivres — riz cuit, galettes de blé, gâteaux de sésame. Bajie mangea sans compter, puis se leva, ôta sa robe noire, posa son râteau.
Il récita une formule, gronda, et se transforma.
Groin long, poils courts, flancs de graisse ferme, nourri depuis l'enfance aux herbes de montagne. Face noire, yeux ronds comme deux lunes, tête ronde, oreilles larges comme des feuilles de bananier. Ossature de diamant durcie par des millénaires, peau de cuivre trempée dans le fer. Narines rugissant, gorge grondant, sabots blancs de deux cents pieds de haut. Jamais on n'a vu pareil cochon-seigneur — le Maréchal Céleste des Eaux dans sa gloire d'origine.
Les villageois contemplèrent le spectacle, puis se remirent au travail. La moitié retourna au village préparer des repas supplémentaires. L'autre moitié regardait Bajie foncer dans le défilé.
Le cochon géant fonçait, groin contre la bouillie, ouvrant un chemin large de dix pieds à chaque coup de boutoir. Tang Sanzang le suivait sur son cheval blanc. Sun Wukong et Sha Wujing fermaient la marche.
Deux jours et deux nuits. Bajie labourait sans s'arrêter. Le troisième jour, les villageois rattrapèrent le convoi avec des charges entières de vivres — à dos de mulet, à dos d'homme — pour nourrir Bajie à mi-parcours. Il mangea tout sans s'asseoir, reprit aussitôt son travail de boutoir.
Le cœur de dharma de Tang Sanzang portait l'armée des dieux, la présence de Sun Wukong écrasait les forces du mal. Mille ans de kakis infects — un seul jour pour les déblayer, le défilé des Sept Merveilles, ouvert en une nuit. Six désirs et poussières du monde — tranchés net, la route plate et libre mène au trône de lotus.
Quand ils sortirent de l'autre côté, Bajie reprit forme humaine, exténué et fier. Les villageois avaient continué à apporter du riz et des galettes jusqu'à ce qu'ils les voient émerger. Ils s'inclinèrent, pleurèrent de gratitude, et rentrèrent chez eux le cœur léger.
La route de l'ouest s'étendait devant les quatre pèlerins, propre et fraîche, sous un ciel sans nuages.