Chapitre 66 : Le Sac du Bouddha Rieur — Comment Maitreya Reprend Son Bien
Sun Wukong cherche des renforts au mont Wudang puis à la ville de Pei, mais le démon aux sourcils jaunes capture chaque contingent avec sa sacoche de toile blanche. Maitreya révèle que le démon était son serviteur sonnant le gong, et le piège finalement avec la sacoche elle-même en se faisant avaler.
Sun Wukong descendit du mont Wudang dans un nuage de couleur, avec derrière lui cinq dragons célestes, la tortue divine et le serpent sacré du maître Zhenwu. Le Seigneur des Démons Vainqueurs avait répondu à sa demande avec courtoisie — il ne pouvait pas descendre lui-même sans ordre du Ciel, mais il prêtait ses champions.
Ils arrivèrent devant le Petit Palais Céleste et poussèrent un cri de guerre. Le démon aux sourcils jaunes sortit en ricanant. — Qui êtes-vous pour venir me déranger dans mon ermitage ?
Les cinq dragons, la tortue et le serpent chargèrent. Sun Wukong les appuyait avec son bâton. La bataille dura une demi-heure — puis la sacoche blanche s'ouvrit dans les airs.
Sun Wukong hurla : — Attention à la sacoche !
Les dragons et les deux généraux ne savaient pas ce que cela signifiait. La sacoche les avala d'une seule bouchée. Sun Wukong fit un bond de géant et fila dans les hauteurs avant qu'elle ne se referme.
Il s'assit seul sur un rocher, regardant l'horizon.
Le génie-soleil du jour courant arriva en boitillant.
— Grand Sage, ne vous laissez pas aller au découragement. Vos renforts sont dans la cave du démon, ligotés. Votre maître et vos frères sont suspendus aux colonnes du pavillon. Je suis là pour vous exhorter à chercher du secours.
Sun Wukong leva les yeux, rouges. — J'ai honte de monter au Ciel. J'ai honte de paraître devant la Bodhisattva. J'ai mené des armées entières à l'échec. Vers qui me tourner encore ?
Le génie réfléchit. — Il y a peut-être un endroit. Dans la ville de Pei, au mont Xuyi, en pays du Sud, vit le Grand Sage National, un Bodhisattva au vaste pouvoir. Il a jadis vaincu la Mère des Eaux. Son disciple, le petit prince Zhang, commande quatre grands généraux divins.
Sun Wukong se leva. — Va garder le maître. Ne laisse pas ce démon le tuer.
Il bondit jusqu'à la ville de Pei dans son temple magnifique, entre rivière Huai et mont Xuyi. Le Grand Sage National l'accueillit avec déférence, écouta le récit, et répondit avec regret — c'était la saison des crues de la Huai, et il venait de soumettre le Grand Sage Singe d'Eau, une créature qui déchaînait les flots dès qu'on lui tournait le dos. Il ne pouvait pas s'absenter, mais le petit prince Zhang et quatre généraux divins iraient avec Sun Wukong.
Ils revinrent. Le petit prince Zhang — beau jeune homme en habit de moine guerrier, lance de papier blanc à la main — annonça ses titres en vers au démon qui l'attendait devant les portes.
Le démon rit. — Un gamin ? C'est le mieux que ce singe ait trouvé ?
Le prince chargea. Les quatre généraux l'encadrèrent. Sun Wukong ouvrait la voie avec son bâton. Ils combattirent longuement sans vainqueur. Puis la sacoche.
— Attention !
Trop tard pour le prince et les quatre généraux. La sacoche les avala. Sun Wukong s'était encore échappé de justesse.
Il se laissa tomber sur la pente de la montagne occidentale, la tête entre les genoux, sanglotant comme un enfant. Le génie-soleil ne dit rien cette fois — il attendit.
Soudain une lumière chaude sur le flanc de la pente. Une silhouette ronde et joviale dans un nuage multicolore. Le sourire le plus large du monde des divinités.
Le Bouddha Maitreya.
— Grand Sage, je suis venu pour cette affaire.
Sun Wukong se prosterra. — Seigneur du Futur, pardonnez-moi de ne pas vous avoir vu venir. Ce démon — qui est-il ? Que contient cette sacoche maudite ?
— Ce démon est mon serviteur de temple — celui qui frappe le gong lors des cérémonies. Le troisième jour du troisième mois, j'étais parti assister à l'assemblée de Yuan Shi. Je l'avais laissé garder le temple. Il a profité de mon absence pour voler mes trésors et fuir.
Sun Wukong ouvrit la bouche. — Vous avez laissé votre serviteur sans surveillance, il a trompé mon maître, failli me tuer, et maintenant un palais entier de prisonniers souffre dans vos caves. C'est un manque de rigueur domestique, Seigneur du Futur.
Maitreya rit. — Tu as raison. Je plaide coupable sur les deux chefs d'accusation. Voici mon plan pour réparer cela.
Il exposa la ruse. Sun Wukong devait aller provoquer le démon en combat singulier, battre en retraite, l'entraîner jusqu'au champ de melon au bas de la pente — où Maitreya aurait semé une courge géante — et se transformer lui-même en melon bien mûr parmi les autres. Le démon aurait soif après le combat, viendrait cueillir un melon, avalerait Sun Wukong sans se méfier. Et Sun Wukong ferait le reste de l'intérieur.
— Mais comment allez-vous reconnaître quel melon je suis ? Et comment le démon se laissera-t-il entraîner jusqu'ici ?
— Pour la première question : je suis un Bouddha, mon œil voit tout. Pour la deuxième : tends ta main gauche.
Sun Wukong tendit la main. Maitreya trempa son index dans la salive sacrée de sa bouche et traça un caractère de blocage sur la paume.
— Quand tu seras en face du démon, ouvre cette main. Il sera bloqué — il ne pourra plus utiliser sa sacoche. Il suivra ton repli sans penser à l'arme.
Sun Wukong ferma le poing sur le signe.
Il fonça vers le temple, cria à tue-tête. — Démon ! Te voilà ! Viens donc te battre !
Le démon sortit en riant. — Ce singe obstiné. Il n'a plus de renfort à chercher.
— Tu me sous-estimes. Cette main — regarde.
Sun Wukong ouvrit le poing. Le signe brilla. Le démon voulut saisir sa sacoche — sa main ne répondait plus. Un engourdissement étrange le paralysait au niveau de l'intention. Il saisit sa masse et chargea.
Sun Wukong combattit d'une seule main — gauche fermée, droite maniant le bâton — juste assez pour tenir et reculer sans fuite visible. Le démon n'y voyait que du feu. Il suivit.
Ils descendirent la pente. Le champ de Maitreya s'étendait là, melons et courges dans la lumière.
Sun Wukong roula sur lui-même et se transforma en courge mûre, grosse et dorée, posée parmi les autres. Le démon s'arrêta, chercha des yeux — le singe avait disparu. Il remarqua le champ, aperçut le vieux paysan qui cultivait ses melons.
— C'est à toi ? Il y en a des mûrs ?
— Oui, grand seigneur.
— Donne-m'en un, j'ai soif.
Maitreya prit la courge dorée à deux mains — Sun Wukong — et la présenta au démon, qui mordit dedans à pleines dents.
Sun Wukong se laissa descendre dans la gorge du démon, puis dans l'estomac. Et là, il commença à travailler.
Coups de poing aux parois intestinales. Vrilles dans le ventre. Roues arrière sur les tripes. Le démon se tordait de douleur, roulait sur le sol, griffait la terre.
— Pitié, pitié ! Quelqu'un, aidez-moi !
Maitreya s'avança et se révéla. — Tu me reconnais, garnement ?
Le démon leva les yeux. Il vit son maître. Il se prostra aussitôt, les mains sur le ventre, la tête contre terre.
— Maître, pitié, je ne recommencerai jamais !
Maitreya tendit le bras, attrapa le démon par le col et lui ôta sa sacoche et sa masse. Puis il cria vers l'intérieur : — Sun Wukong ! Par égard pour moi, épargne-le.
Sun Wukong donna encore deux coups de pied bien placés, puis sortit en faisant ouvrir la bouche au démon, bondit dehors, se transforma, brandit le bâton. Maitreya avait déjà enfourné le démon dans la sacoche.
— La cymbale d'or que tu as brisée — rends-moi l'or.
Le démon gémit depuis l'intérieur. — L'or est en morceaux sur l'autel, dans le pavillon.
Maitreya mena Sun Wukong au temple. Les petits démons, apprenant que leur roi était vaincu, ramassaient leurs affaires et tentaient de fuir. Sun Wukong en tua autant qu'il en vit — et tous révélèrent en mourant leur vraie nature : rats de montagne, renards, cerfs, serpents, oiseaux de proie.
Maitreya récupéra les fragments de sa cymbale, souffla dessus, récita une formule — et la cymbale redevint entière. Il la glissa sous son bras, salua Sun Wukong, et reprit le chemin du Paradis de l'Ouest en riant.
Sun Wukong descendit Tang Sanzang de sa colonne, libéra Bajie et Sha Wujing. Bajie se précipita aux cuisines et mangea la moitié d'une marmite encore chaude que le démon n'avait pas eu le temps de toucher — puis apporta deux bols à ses frères. Seulement après, il remercia Sun Wukong.
On rouvrit la cave. Dragons, généraux, constellations, génies — tous furent dénoués et libérés. Tang Sanzang remercia les divinités en se prosternant. Sun Wukong les reconduisit chacun jusqu'à leur sphère.
Le lendemain matin, les quatre pèlerins mirent le feu au temple — palais, trônes, pavillons de lecture, tout. Les flammes montèrent dans le ciel comme une prière à l'envers.
Libres de toute entrave, ils s'éloignèrent du désastre, leur chemin épuré, leurs obstacles consumés.
Et ils continuèrent vers l'ouest.