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Chapitre 65 : Le Faux Paradis — Piège du Démon aux Yeux Jaunes

Les pèlerins découvrent un temple qui ressemble à la Montagne de l'Esprit mais est en réalité le Petit Palais Céleste, dirigé par un démon aux sourcils jaunes. Tang Sanzang et ses disciples tombent dans le piège. Sun Wukong est enfermé dans une cymbale d'or et doit être secouru par le dragon Astrologique Kang.

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Ce récit d'effets et de causes nous enseigne de faire le bien — jamais le mal. Une seule pensée naît, les dieux la voient, qu'elle soit maladroite ou habile, tu ne peux l'esquiver. Cultive la Voie avant que la vie ne soit trop courte. Les trois portes du corps percées, la mer noire comblée — les bons monteront sur la grue blanche, les Éveillés dans leur compassion éternelle entrent au paradis ultime.

Le printemps était revenu, les jonquilles et les saules bordaient les sentiers. Les pèlerins avançaient, légers après avoir traversé les épines, quand une haute montagne les arrêta. Tang Sanzang leva la tête — la crête disparaissait dans le bleu.

— Vois-tu cette montagne ? dit-il à Sun Wukong. On dirait qu'elle touche le ciel.

Sun Wukong cita un vers de poète : il n'y a que le ciel au-dessus, pas une montagne à sa hauteur. Bajie contesta — le mont Kunlun ne s'appelait-il pas la colonne du ciel ? Sun Wukong expliqua que le Ciel n'était pas plein à l'ouest, que Kunlun était dans ce vide et en comblait l'espace — d'où le nom.

Sha Wujing rit. — Arrêtez de vous disputer et montez.

Ils grimpèrent. Au sommet, les flammes de lumières colorées et le son lointain de cloches et de gongs les attirèrent vers une plaine en contrebas. Une grande construction se dressait là — palais de nacre, arcades de jaspe, jardins d'arbres-bijoux, cour de lumière dorée. Tout ressemblait exactement à la grande Montagne de l'Esprit.

Tang Sanzang sauta à bas de son cheval et s'inclina sur la route elle-même. — Est-ce la Montagne de l'Esprit ?

Sun Wukong plissa les yeux. Cette lumière avait quelque chose d'étrange — trop brillante d'un côté, trop sombre d'un autre. — Ce n'est pas la Montagne de l'Esprit. J'y ai fait plusieurs voyages. La route est différente. Ne vous agenoueillez pas encore.

— Mais s'il y a un Bouddha dans ce temple, je dois le vénérer. Il est dit qu'il y a trois mille bouddhas dispersés en tous lieux, comme Guanyin au Nanhaï, Mañjuśrī au mont Wutai, Samantabhadra à l'Émeï.

Un portail s'ouvrit. Au-dessus : « Petit Palais Céleste ».

— Même un petit palais céleste contient un Bouddha, dit Tang Sanzang. J'entre.

Sun Wukong l'en dissuada. Le moine insista. Il enfila sa kasaya, fit porter son chapeau de cérémonie, et s'avança. Une voix tonna depuis l'intérieur : — Tang Sanzang ! Tu viens de l'est chercher les Écritures — pourquoi traîner ainsi en chemin ?

Le moine s'agenouilla immédiatement. Bajie s'agenouilla. Sha Wujing s'agenouilla.

Sun Wukong, lui, tint son bâton et regarda.

Ils passèrent la première porte, puis la deuxième. Dans la grande salle principale s'étendait une cour peuplée de cinq cents Arhats, de mille génies gardiens, de quatre Bodhisattvas, de nonnes et de moines — un spectacle à couper le souffle de perfection bouddhique. Tang Sanzang et Bajie et Sha Wujing montèrent les marches en se prosternant à chaque pas.

Sun Wukong lâcha le cheval, laissa tomber les bagages, empoigna son bâton et cria : — Arrêtez ! Tout ça, c'est du faux !

Un éclat de métal. Une grande cymbale d'or tomba du ciel comme un couvercle et emprisonna Sun Wukong — tête, pieds, corps — en une fraction de seconde. Bajie et Sha Wujing furent aussitôt encerclés par des Arhats et des génies qui n'étaient que des petits démons déguisés. Tang Sanzang fut ligotté.

Le faux Bouddha sur son trône de lotus révéla sa vraie nature : un démon aux sourcils jaunes, grand roi de ce « Petit Paradis » de pacotille. Les pèlerins furent traînés dans les arrière-salles. Sun Wukong fut laissé dans sa cymbale d'or sur l'autel — avec l'ordre de le laisser se dissoudre en sang et pus d'ici trois jours.

L'œil de feu du singe distinguait le vrai du faux, mais le cœur zen de la nonne-épouse avait flanché. La nourrice aux yeux aveugles s'était prosternée devant l'illusion, le fils de bois au cœur sincère avait parlé d'or. Les esprits mauvais triomphent du naturel vrai, le démon au cœur noir trompe les immortels du Ciel. La Voie est petite, le démon est immense — entrer par la porte du travers, c'est gâcher sa vie.

Dans l'obscurité de la cymbale, Sun Wukong frappait, poussait, gonflait son corps jusqu'aux mille pieds de hauteur — la cymbale grandissait avec lui. Il se contractait comme une graine de moutarde — la cymbale rétrécissait avec lui. Il tenta de la percer avec des clous-cheveux transformés en vrilles à cinq pétales — le métal résonnait mais ne cédait pas.

Il récita alors la formule convoquant les cinq génies gardiens des points cardinaux, les six génies du yin, les six du yang, les dix-huit gardiens du Dharma. Ils apparurent à l'extérieur de la cymbale, chuchotant qu'ils protégeaient le maître de leur mieux.

— Faites-moi sortir de là !

— Nous avons essayé. Cette cymbale est d'un seul bloc, sans couture. Nous ne pouvons pas la soulever.

Le génie aux tête d'or dit : — Je vais monter au Ciel implorer le secours de l'Empereur de Jade.

Il s'envola. L'Empereur de Jade dépêcha les Vingt-Huit Constellations qui descendirent en pleine nuit au temple du démon. Avec leviers, épées, haches, ils essayèrent de soulever la cymbale — en vain. Elle était moulée d'un seul tenant, comme si elle avait poussé de la terre elle-même.

La constellation du Dragon Kang — un dragon de l'est — proposa autre chose. Il réduisit son corps à la taille d'une aiguille, enfonça la pointe de sa corne dans le joint du bord de la cymbale, puis se dilata lentement. La corne traversa l'épaisseur du métal, large comme un bol à thé. Sun Wukong, de l'intérieur, perça la corne avec son bâton transformé en vrille, rétrécit son propre corps, et se glissa dans le trou comme un ver dans un fruit.

Dehors, Dragon Kang était épuisé, allongé sur l'autel. Sun Wukong saisit son bâton, en frappa la cymbale de toute sa force. Le métal éclata en mille fragments d'or.

Le bruit réveilla tout le temple. Les démons-Arhats et les démons-Bodhisattvas surgirent de partout. Le grand roi aux sourcils jaunes, réveillé en sursaut, battit le tambour d'alarme et rassembla ses troupes.

Au lever du jour, le démon sortit en armure et défia Sun Wukong.

— Viens donc te battre proprement, singe, si tu as du courage.

Il avait une masse courte et flexible, hérissée de pointes de loup. Sun Wukong s'élança avec les Vingt-Huit Constellations. Cinquante passes d'armes sans vainqueur. Puis le démon plongea la main dans sa besace — une vieille sacoche de toile blanche.

— Attention ! cria Sun Wukong.

Il n'eut pas le temps de finir. La sacoche s'ouvrit comme une gueule et avala d'un coup Sun Wukong, les Vingt-Huit Constellations, et les cinq génies gardiens. Tous se retrouvèrent ficelés dans les galeries du temple, ligotés, bâillon dans la bouche.

Seul Sun Wukong s'échappa — il avait su d'avance.

Dans la nuit, il s'assit au bord d'un précipice à l'est, le front dans les mains, et pleura. Sa voix porta jusqu'aux quartiers des prisonniers. Tang Sanzang l'entendit sangloter dans le noir et dit :

— Ô Sun Wukong, c'est ma faute. Je n'ai pas écouté tes mises en garde. Maintenant tu souffres dans ta cymbale, et moi je suis attaché ici — qui saura jamais notre sort ?

Sun Wukong essuya ses larmes. La voix du maître, même brisée, lui donna de la force.

Il attendit que les démons dorment. Puis il appliqua la technique de corps dissimulé, réduisit sa taille à presque rien, défit ses cordes, glissa jusqu'au maître, jusqu'à Bajie, jusqu'à Sha Wujing, jusqu'aux Constellations, jusqu'aux génies. Il dénoua chaque prisonnier en silence.

— Vite. Sortez. Je vous rejoins.

Il alla chercher les bagages — les Écritures ne devaient pas rester entre les mains du démon. Il trouva la kasaya dans une malle au troisième étage. En la tirant à lui, il fit tomber la malle, qui produisit un bruit sourd.

Le démon se réveilla.

— Au voleur !

Sun Wukong abandonna les bagages, sauta par la fenêtre, s'envola. Le démon sortit à la tête de ses troupes et les attaqua à l'aube, sur le flanc de la montagne.

La sacoche blanche s'ouvrit une nouvelle fois. Cette fois, Sun Wukong vit venir le geste et s'envola à temps. Les autres — Bajie, Sha Wujing, les Constellations, les génies — furent de nouveau avalés.

Sun Wukong se posa sur un rocher, seul, regardant le ciel vide.

Qu'il avait aidé le maître, cherché du secours au mont Wudang, pris les troupes du Ciel — tout cela pour finir seul, incapable. La honte lui brûlait la gorge comme du métal en fusion.

À ce moment, une brise souffla du sud-ouest, portant des flocons de couleur. Une lumière chaude descendit sur la pente.

Une voix familière : — Sun Wukong, tu me reconnais ?

Un homme s'avançait, trapu comme une jarre de vin, le ventre rebondi, les oreilles pendantes, le sourire déployé comme une fenêtre ouverte sur l'été.

C'était le Bouddha Maitreya — le Bouddha du Futur. Le rieur bienveillant, le Bienheureux que l'on trouve dans chaque temple d'entrée.

— Je suis venu exprès pour ce démon, dit-il.

Et il révéla tout.