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Chapitre 57 : Le Sosie — Un Autre Wukong à la Grotte d'Eau

Sun Wukong, chassé, va se plaindre à Guanyin. En chemin, un sosie parfait de lui attaque Tang Sanzang, vole les bagages et s'installe à la Grotte d'Eau. Sha Wujing découvre l'imposteur, qui prétend vouloir aller chercher les Écritures tout seul. Ni Guanyin ni les armées célestes ne peuvent les distinguer.

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Wukong ne savait pas où aller. Retourner à la Montagne des Fleurs et des Fruits — ses singes se moqueraient. Demander asile au Palais Céleste — on ne l'y laisserait pas. Se réfugier auprès des immortels des trois îles — trop honteux. Aller voir les dragons — il ne voulait rien leur demander.

Il n'y avait qu'une direction juste.

Il allait finalement retrouver son maître et reprendre le chemin. C'était son destin. Il descendit dans les nuages, se posa devant Tang Sanzang, et s'inclina.

— Maître, pardonnez cette fois-ci. Je ne recommencerai pas.

Tang Sanzang s'arrêta net. Et récita le sort.

Le cerceau se serra. Wukong hurla. Il se tordit, pleura, appela grâce. Tang Sanzang n'arrêtait pas — vingt fois, trente fois. Finalement il cessa.

— Tu n'es plus mon disciple. Pars.

Wukong endura la douleur, s'inclina une dernière fois.

— Soit. Mais ne prétends pas que je ne vous ai jamais prévenu : sans moi, vous n'atteindrez pas la Montagne de l'Esprit.

Tang Sanzang, inflexible :

— Qu'on l'atteigne ou non, ce n'est plus ton problème.

Wukong se redressa, regarda son maître une dernière fois. Quelque chose dans ce regard-là n'était pas de la colère. Il leva les yeux vers le ciel et se rappela : Guanyin. Il pouvait aller lui raconter tout ça.

Il s'envola.


À la Montagne de la Chute de la Mer du Sud, il trouva le jeune Mu Cha qui l'attendait.

— Grand Sage. Vers où allez-vous ?

— Je veux voir Guanyin.

Mu Cha le guida vers la Grotte des Sons de la Marée. Shancai l'Enfant Vertu l'accueillit.

— Bon vieux singe acéré. Vous voulez porter plainte contre ma maîtresse ?

— J'ai une affaire à lui raconter. Ça m'est toujours douloureux de la voir en personne. C'est un «porter plainte» de force ?

— Alors entrez. Mais calmez ce visage.

Dans la salle aux lotus, Guanyin était assise. Wukong tomba à genoux, et les larmes vinrent d'elles-mêmes. Il pleurait vraiment — la gorge serrée, les yeux mouillés — comme un enfant.

Guanyin l'arrêta.

— Wukong, ne pleure pas. Raconte.

— Depuis que j'ai été libéré, Bodhisattva, je n'ai pas reçu un seul mauvais traitement sans raison valable. J'ai combattu des démons, sauvé le maître des centaines de fois, comme arracher un os dans la gueule d'un tigre, comme écailler vivant le dos d'un dragon. Et aujourd'hui, parce que j'ai tué quelques brigands, Tang Sanzang m'a chassé. Il n'y a pas de récompense pour tout ce que j'ai fait.

Guanyin dit :

— Raconte-moi exactement ce qui s'est passé.

Wukong raconta tout — les brigands tués sur la pente, la nuit chez le vieux Yang, le fils décapité, le sort récité jusqu'à la rupture.

Guanyin réfléchit un instant.

— Wukong, j'entends ta douleur. Mais franchement : Tang Sanzang a fait vœu de ne jamais ôter une vie. Ces brigands étaient des êtres humains — pas des démons. Il y avait des façons de les disperser sans les tuer. Tu as mal jugé.

— Je sais, dit Wukong. Mais le faire renvoyer sans même me laisser me défendre...

— Reste ici. Je vais surveiller le maître avec mes yeux de sagesse. S'il est en danger, il viendra te chercher.

Wukong ne bougea plus. Il attendit, assis sous les bambous de jade.


Sur la route, Tang Sanzang voyageait avec Bajie et Sha Wujing. À mi-journée, affamé, assoiffé, il dit :

— Qu'est-ce qu'on peut chercher à manger ?

Bajie s'envola pour explorer. Sha Wujing prit le cheval. Tang Sanzang attendit seul sur le bord de la route — le soleil lui brûlait la nuque, la gorge sèche.

Un homme s'approcha. Tenant un bol d'eau froide.

— Maître, buvez. Vous avez l'air épuisé.

Tang Sanzang reconnut la voix de Wukong. Il ne leva même pas les yeux.

— Je ne bois pas ton eau. Je mourrai de soif plutôt. Va-t'en.

— Sans moi, vous n'arriverez jamais à l'Occident.

— Pars. Que tu partes ou pas, ça ne me regarde plus.

Wukong changea de visage — il n'était plus suppliant, il était en colère. Il insulta Tang Sanzang, leva son bâton, frappa le moine dans le dos. Tang Sanzang s'effondra, inconscient. Wukong prit les deux sacs bleus et disparut.


À mi-chemin, Bajie trouva une maison isolée au fond d'une vallée. Sous sa laideur habituelle il ne pouvait pas mendier — alors il se transforma en moine maigre et maladif, et demanda humblement des restes. La femme de la maison lui donna un bol plein de riz et de croûtons.

Il revint, cherchant le maître — et trouva Sha Wujing debout près du cheval, dans le vide, hébété.

Tang Sanzang était face contre terre dans la poussière. Le cheval blanc, libre, tournait autour en hennissant. Les bagages — disparus.

Bajie s'agenouilla et se tapa les cuisses.

— Les bagages ont disparu. Le maître a été attaqué par des partisans du démon qu'on a tué tout à l'heure.

Sha Wujing toucha le visage du maître avec son visage.

— Il respire encore. Il est chaud.

Ils le relevèrent doucement. Tang Sanzang ouvrit les yeux. Il gémit, puis raconta en quelques mots ce qui s'était passé.

Bajie cria :

— Ce singe maudit ! Après tout ce qu'on lui a dit.

Sha Wujing dit :

— Calme-toi. Allons trouver un abri, faisons manger le maître, et on ira récupérer les bagages.

Ils trouvèrent la maison où Bajie avait mendié. Ils frappèrent à la porte — la vieille recula d'abord, puis Tang Sanzang l'apaisa en expliquant qu'il était moine de la Grande Tang. Elle accepta de les laisser entrer, chauffer de l'eau, faire du thé.

Tang Sanzang dit :

— Qui va aller chercher les bagages ?

— J'irai, dit Bajie. Je connais le chemin jusqu'à la Grotte d'Eau. J'y suis allé la dernière fois.

— Non. Tu te disputes trop facilement avec lui. Il te battra. Va, Sha Wujing.

Sha Wujing s'inclina.

— Maître, si les bagages sont là, je les rapporte. S'il refuse, j'irai directement voir Guanyin et je lui demande d'intervenir.

Tang Sanzang approuva. Sha Wujing s'envola vers l'est.


Trois jours de vol au-dessus de la mer. La Grotte d'Eau en vue, cachée derrière le rideau de cascade. Des bruits de singes et de chants. Et là, sur la terrasse de pierre, assis sur un trône de roc, brandissant une feuille de papier blanche — quelqu'un qui ressemblait exactement à Sun Wukong.

Il lisait à voix haute :

Le Grand Roi Tang, Souverain Li de la Tang d'Orient, sur ordre de Sa Majesté, envoie le vénéré moine Chen Xuanzang de la Loi, alias Tang Sanzang, vers le Pays de l'Occident, temple du Grand Tonnerre Retentissant de la Montagne de l'Esprit, pour soumettre sa vénération au Bouddha Tathāgata et obtenir les Écritures...

Il récitait le sauf-conduit encore et encore.

Sha Wujing s'approcha en criant :

— Grand Frère ! À quoi sert de lire le sauf-conduit du maître ?

L'autre Wukong leva la tête, ne reconnut pas Sha Wujing, et cria :

— Attrapez-le !

Des centaines de singes bondirent et traînèrent Sha Wujing jusqu'à la terrasse.

— Qui es-tu ? Oses-tu approcher notre grotte ?

Sha Wujing fit une révérence.

— Grand Frère, le maître a eu tort de te chasser. Nous aurions dû te défendre mieux. Si tu n'en veux plus au maître, reviens avec moi — les bagages, le cheval, le sauf-conduit. On repart ensemble. Si tu ne veux plus revenir, donne au moins les bagages.

Wukong éclata de rire froid.

— Petit frère, tu ne comprends pas tout. Je n'ai pas besoin de Tang Sanzang. J'ai lu le sauf-conduit. Je connais le chemin. J'irai moi-même chercher les Écritures et les rapporterai à l'Est. Toute la gloire sera pour moi. Je serai vénéré comme ancêtre.

— Grand Frère, ça n'a pas de sens. Le Bouddha Tathāgata a créé les trois corbeilles d'Écritures pour Tang Sanzang — l'ancien élève de l'Or Grillé, puni pour inattention et réincarné. C'est lui, et lui seul, que le Bouddha attend. Tu n'obtiendras rien sans lui.

— Tu es naïf, petit frère. Regarde ce que j'ai ici.

Il frappa dans ses mains. Des singes sortirent en portant un cheval blanc, une pile de bagages — et deux autres personnages : un faux Tang Sanzang et un faux Bajie.

Sha Wujing perdit la tête.

— Soit moi, soit lui. Lequel est le vrai Sha Wujing ?

Il sortit son bâton et frappa le faux Sha Wujing à la tête. Peau fendue, cerveau d'un singe ordinaire à l'intérieur. L'autre Wukong commanda à ses singes de ligoter Sha Wujing. Sha Wujing se dégagea à la force des bras et s'envola vers le sud.

— Je vais dire tout ça à Guanyin.

L'autre Wukong ne le poursuivit pas. Il donna l'ordre qu'on évacue le cadavre du faux singe, qu'on en choisisse un autre pour recommencer.


Sha Wujing arriva à la Montagne de la Chute après une journée de vol. Il trouva Mu Cha et lui demanda à voir Guanyin. Il entra, s'inclina, et commença son récit.

Puis il vit Wukong debout près du trône.

Il ne put se retenir. Il sortit son bâton et frappa.

— Hypocrite ! Tu viens prétendre devant Guanyin que tu es innocent ?

Wukong esquiva sans riposter.

— Calme-toi, Sha Wujing. J'ai quelque chose à dire.

Guanyin ordonna de cesser.

Sha Wujing, haletant, raconta tout : les brigands, le retour, l'attaque du maître, les bagages volés. Et la Grotte d'Eau — l'imposteur qui lisait le sauf-conduit, qui voulait aller chercher les Écritures seul, qui avait un faux Tang Sanzang, un faux Bajie et un faux Sha Wujing.

— Et Wukong était ici depuis quatre jours, dit Guanyin. Je ne l'ai pas laissé partir. Alors qui est à la Grotte d'Eau ?

— Il y était bel et bien, dit Sha Wujing.

— Alors allez tous les deux à la Grotte d'Eau pour voir. S'il s'agit d'un vrai démon, il sera difficile à tuer. S'il est faux, il sera facile à éliminer. Allez-y ensemble et découvrez la vérité.

Sha Wujing et Wukong s'inclinèrent et s'envolèrent ensemble.

La Montagne des Fleurs et des Fruits — où se sépare le blanc et le noir. La Grotte d'Eau — où se révèle le vrai et le faux.