Chapitre 50 : L'esprit trouble par le désir — le moine tombe entre les griffes d'un démon à corne
En plein hiver dans une montagne enneigée, Tang Sanzang sort du cercle magique tracé par Wukong pour chercher un abri. Dans une demeure piégée par un démon à corne unique, Bajie et Sha Wujing enfilent des gilets ensorcelés et sont capturés avec le moine. Le bâton magique de Wukong est volé par le cercle d'or du démon.
Balayer sans cesse le sol du cœur, éliminer grain par grain les passions mondaines. Ne laisse pas les fossés et les pièges engloutir le Tathâgata. La nature fondamentale est toujours pure — c'est le fondement de l'origine première.
La flamme de la nature demande qu'on l'entretienne — laisse le torrent de Caoxi respirer librement. Ne laisse pas le singe et le cheval s'emballer dans le bruit. La pratique silencieuse, nuit et jour sans relâche — voilà ce qu'on appelle le vrai effort.
Le fleuve Tongtian était loin derrière eux. Les quatre pèlerins avançaient en plein hiver. Les arbres nus portaient des manchons de givre. Un vent du nord mordait les joues.
Puis une montagne apparut — abrupte, rocheuse, couverte de neige. La route disparaissait entre des falaises à pic. Tang Sanzang arrêta son cheval.
— Au creux de cette montagne, il y a des toitures et des lumières. Allons chercher à manger.
Wukong regarda avec ses yeux d'or.
— Maître, là-bas c'est mauvais. Des nuages de mauvais augure. Des vapeurs hostiles. C'est un piège.
— Mais j'ai faim.
— Restez ici. Je cherche à manger ailleurs.
Wukong prit le bol de Tang Sanzang, confia la garde à Sha Wujing, et dit au maître :
— Ne bougez surtout pas.
Avant de partir, il tira son bâton magique, traça un cercle sur la neige autour de son maître, de Bajie, de Sha Wujing et du cheval.
— Ce cercle vaut mieux que des murs de bronze. Aucun tigre, aucun démon ne peut y entrer. Mais vous ne devez pas en sortir. Pas un pas. Juré ?
Tang Sanzang jura.
Wukong s'envola.
Il trouva une ferme au sud, dans un vallon protégé. Le vieux paysan l'accueillit avec peur, puis avec hospitalité. La marmite bouillait. Wukong attendit, puis prit son bol, remercia d'un coup de poing poli dans l'air, et repartit en courant dans les nuages.
Dans le cercle, Tang Sanzang attendait. Il attendit. Il regarda la montagne. Les toitures brillaient.
Bajie lui souffla :
— On est assis là comme des prisonniers. Il fait un froid de loup. Rien n'empêche qu'on aille un peu voir là-bas. Wukong nous rattrapera bien en chemin avec sa nourriture.
Tang Sanzang dit non.
Bajie insista. Le froid était réel. Les jambes s'engourdissaient.
Tang Sanzang se leva.
En un pas, ils étaient hors du cercle.
La bâtisse était orientée vers le sud — murs badigeonnés à la chaux, portail sculpté, porte entrouverte. Bajie attacha le cheval au pilier. Tang Sanzang s'assit sur le seuil pour se protéger du vent.
Bajie entra explorer. Grand hall vide — pas de meubles, pas de feu. Il traversa l'écran de séparation, monta à l'étage. Une chambre avec un baldaquin jaune. Dans le lit : un tas d'ossements. Bajie s'arrêta, les regarda en silence, puis hocha la tête :
Quel général illustre fus-tu, en quelle époque glorieuse ? Tes os sont là, sans femme pour te pleurer, sans soldats pour brûler l'encens. La vie et la puissance ne sont que vent — voilà ce qu'il en reste.
Derrière le baldaquin, une fenêtre donnait sur le couloir. Sur une table, trois gilets matelassés en brocard doré — doux, lourds, chauds.
Bajie les prit. Il descendit et les montra à Tang Sanzang.
— Je les remets en place, dit Tang Sanzang. C'est du vol.
— Il n'y a personne pour des centaines de li. Qui nous verra ? Personne. Ça revient à les trouver par terre.
— Les dieux voient.
Bajie dit qu'il les ferait juste chauffer un peu sur son dos — et les remettrait quand Wukong reviendrait.
Sha Wujing, intrigué, en voulut un lui aussi.
Ils enfilèrent deux gilets. À peine les lacets serrés, les jambes cédèrent sous eux. Les bras se plièrent dans le dos. Les poignets se retrouvèrent liés derrière la nuque. Bajie et Sha Wujing étaient ficellés comme des colis, face contre le sol.
Tang Sanzang voulut les aider — mais les cris avaient déjà alerté le vrai propriétaire des lieux.
La maison disparut. Le palais se réduisit à une buée — c'était une illusion depuis le début. Le sol nu, la falaise, le vent. Et autour d'eux : des petits démons.
Un grand démon en armure siégeait sur un rocher. Il avait une seule corne sur le front — grise comme l'acier, recourbée comme un crochet. Il regarda Tang Sanzang.
— D'où viens-tu, moine, pour te glisser dans mon domaine et voler mes vêtements ?
— Seigneur, dit Tang Sanzang en tremblant, j'étais sur la route — j'ai eu froid — mes disciples ont pris ces habits sans ma permission — je leur avais dit de ne pas le faire...
Le démon sourit :
— On me dit que la chair du moine Tang rend immortel. Voilà que la livraison vient toute seule.
Il demanda comment s'appelait le grand disciple.
— Sun Wukong, dit Bajie par réflexe. Cinq cents ans grand seigneur des Cieux, le Grand Sage aux Cieux Égaux.
Le démon marqua un temps d'arrêt. Son sourire se figea légèrement. Puis il reprit :
— Peu importe. Ficeler ces trois-là et les mettre de côté. Je m'occupe du singe.
Wukong revint en vol, bol en main, et trouva le cercle vide. L'empreinte de la neige montrait qu'ils avaient bougé. Il remonta la piste jusqu'à une falaise où il n'y avait rien — juste quelques rochers et deux démons qui montaient la garde devant une porte de pierre à peine visible.
Il s'arrêta pour réfléchir. Un vieil homme marchait sur le versant nord. Wukong le salua et lui demanda.
— Votre groupe est entré chez le démon à corne de la Montagne Dorée, dit le vieillard. Sa grotte s'appelle la Grotte Dorée. Sa puissance est grande. Ces trois-là n'en sortiront pas.
— Et moi ?
— Je ne peux pas vous conseiller d'y aller.
L'homme et son serviteur se prosternèrent soudain — c'était le dieu de la montagne et le génie du sol, venus lui transmettre l'information en secret.
— Gardez bien mon bol, dit Wukong. Je reviens avec mon maître.
Il fonça vers la porte de pierre.
— Petits démons ! Dites à votre maître que Sun Wukong vient chercher ses compagnons.
Les petits démons annoncèrent l'arrivée. Le démon à corne fut ravi :
— Enfin. Un vrai adversaire.
Il sortit avec une lance d'acier de douze pieds. Ils se battirent trente coups sur la neige — une danse furieuse, chaque coup sonnant clair dans l'air glacé. Le démon était bon, très bon. Wukong admit intérieurement qu'il avait une vraie technique.
Puis le démon ordonna à ses petits soldats d'encercler Wukong. Celui-ci lança son bâton en l'air en criant « Transforme-toi ! » — le bâton devint cent bâtons, tombant comme une pluie de serpents de fer sur les démons qui s'enfuirent en hurlant.
Le démon à corne sourit froidement. Il plongea la main dans sa manche et en sortit un cercle blanc — brillant, silencieux.
Il le lança en l'air :
— Frappe !
Le cercle fondit sur les cent bâtons. D'un coup, ils se ressemblèrent en un seul. Le cercle les enveloppa et les emporta.
Wukong, les mains vides, fit trois sauts arrière. Il n'avait plus rien.
Le démon rentra dans sa grotte, vainqueur, avec le bâton magique.
Wukong s'envola dans les nuages, les poings vides, le cœur lourd.
Le Tao surpasse d'une toise, le démon s'élève d'une loise. L'esprit trouble, les émotions qui brûlent — on se trompe de porte. Le corps de Dharma sans appui — c'est pour ça que le mouvement d'une pensée suffit à tout perdre.