Chapitre 49 : Le moine prisonnier au fond des eaux — Guanyin se manifeste avec son panier à poisson
Sun Wukong ne peut combattre dans l'eau, c'est donc Bajie et Sha Wujing qui descendent affronter le démon. Ils ne parviennent pas à le vaincre. Wukong court à Potalaka trouver Guanyin, qui arrive non peignée, tisse un panier de bambou en quelques instants et capture le démon — un poisson doré de son propre étang.
Les trois frères arrivèrent au bord du fleuve gelé. Wukong admit d'emblée :
— Dans l'eau, je suis inutile. Je dois utiliser l'incantation d'évitement des eaux pour plonger, et alors je ne peux plus tenir mon bâton. C'est vous deux qui devez descendre.
Sha Wujing proposa de porter Wukong sur son dos.
Bajie cacha mal sa joie : Ce singe se moque de moi depuis des années. C'est mon tour.
— Je vais le porter, moi, dit-il avec un large sourire.
Wukong devina immédiatement le plan, mais décida de jouer le jeu. Il monta sur le dos de Bajie.
À cent li de profondeur, Bajie fit un faux pas exprès et envoya Wukong valser dans la boue. Puis il dit à Sha Wujing :
— Le singe est trop fragile. Il est sûrement mort. Allons chercher le maître sans lui.
— Je ne pars pas sans lui, dit Sha Wujing.
Dans l'oreille de Bajie, une voix :
— Idiot, je t'entends.
Bajie s'effondra de honte. Il se prosterna dans la boue, bredouilla des excuses. Wukong sortit de son oreille sous sa vraie forme :
— Allez. Cherche les excuses pour plus tard. On avance.
Ils progressèrent encore cent li. Une construction apparut dans les profondeurs — quatre caractères sur la porte : « Palais de la Grande Tortue des Eaux ». Sha Wujing alla en reconnaissance sous forme de crevette. Il trouva le coffre de pierre dans les appartements du fond. Tang Sanzang était à l'intérieur — vivant, qui gémissait doucement :
Je maudis ma vie entachée de calamités aquatiques. Né dans les vagues, je cherche l'Éveil et je tombe dans l'abîme. Hier la Rivière Noire, aujourd'hui la glace brisée du Tongtian. Mes disciples viendront-ils ? Atteindrai-je la montagne sacrée ?
Wukong murmura à travers la pierre :
— Maître, ne vous désespérez pas. Je suis là. Tenez encore.
Il ressortit, dit à Bajie et Sha Wujing d'aller provoquer le démon pendant qu'il sortait de l'eau le premier.
Bajie chargea la porte du palais en hurlant. Le démon sortit — casque d'or, armure d'or, le corps cuivré par mille années de profondeur. Ses yeux étaient ronds et brillants, ses dents alignées comme des lames.
Nez comme un pic d'île volcanique, front large comme le palais du dragon. Yeux qui flambent, orbites rondes et saillantes, dents d'acier pointues et régulières. Cheveux courts hérissés comme des flammes, longue barbe dressée comme des piques dorées. Dans la bouche, une tige d'algue fraîche ; dans la main, un marteau de cuivre rouge à neuf pétales.
Bajie et Sha Wujing se battirent à deux contre le démon pendant deux heures — quatre-vingt-dix coups sans décider d'un vainqueur. Ils firent mine de fuir pour l'attirer hors de l'eau.
Le démon les poursuivit jusqu'à la surface. Wukong l'attendait sur la rive orientale, bâton levé. Le démon para, rendit trois coups — puis plongea. Il ne se battrait pas à découvert face au Grand Sage.
Wukong observa : impossible de forcer ce démon hors de l'eau, impossible de le combattre à l'intérieur. Il ne restait qu'une solution.
— Je vais chercher Guanyin.
En un demi-temps de thé il fut à Potalaka. Les gardiens l'accueillirent mais lui dirent que la Bodhisattva avait interdit qu'on la dérange — elle était dans la bambouseraie.
Wukong attendit. Puis son impatience l'emporta. Il fonça dans le bosquet.
Il trouva Guanyin assise sur un rocher moussu, les cheveux à peine coiffés, en tunique courte, pieds nus, les bras nus jusqu'aux épaules. Elle tenait un couteau d'acier et taillait des baguettes de bambou.
— Bodhisattva, dit-il à voix haute, votre disciple Sun Wukong se prosterne devant vous.
— Attends dehors, dit-elle sans lever la tête.
— Mon maître est en danger. Un démon dans le fleuve Tongtian...
— Attends.
Wukong sortit, maugréa, revint au groupe des gardiens. Le disciple Shancai — l'ancien Red Boy — vint lui parler :
— Grand Sage, grâce à vous j'ai trouvé mon chemin. Je sers maintenant la Bodhisattva avec gratitude.
— Tu as compris vite, dit Wukong.
Quelques instants plus tard, Guanyin sortit de la bambouseraie. Elle portait un panier de bambou violet à la main — tissé à la minute, fin et serré.
— Viens, dit-elle simplement. Allons sauver ton maître.
Elle n'avait pas pris le temps de se coiffer ni de s'habiller. Elle monta dans les nuages comme elle était, et Wukong la suivit.
En bas, Bajie et Sha Wujing les virent arriver et s'agenouillèrent.
— On a mis la Bodhisattva en retard de toilette, murmura Bajie.
Guanyin ne dit rien. Elle détacha la ceinture de soie de sa tunique, attacha son panier, et depuis un demi-nuage elle le laissa glisser dans le courant — en tirant doucement vers l'amont.
Sa voix s'éleva :
— Les morts partent, les vivants restent. Les morts partent, les vivants restent !
Elle répéta sept fois.
Puis elle tira le panier.
Dedans, un poisson d'or — vivant, clignant des yeux, battant des nageoires.
— C'était votre démon, dit Guanyin. Il vient de mon propre étang de lotus. Chaque jour il remontait à la surface pour écouter mes enseignements et acquérir ainsi ses pouvoirs. Ce marteau à neuf pétales — c'était un bouton de lotus non ouvert qu'il avait transformé en arme. Un jour, la marée haute de l'océan l'a emporté jusqu'ici. Ce matin je regardais mes fleurs et ne le voyais plus — j'ai calculé dans ma main et j'ai su. C'est pour ça que je tressais le panier.
— Bodhisattva, dit Wukong, attendez un instant. Les villageois de la famille Chen méritent de vous voir.
Guanyin consentit. Bajie et Sha Wujing coururent au village en criant :
— Venez voir la Bodhisattva vivante ! Venez voir !
Toute la famille, tous les voisins, se précipitèrent vers le fleuve. Sans égard pour la boue, ils se prosternèrent dans l'eau jusqu'à la ceinture, les yeux levés vers cette femme debout dans les nuages, simple comme elle était.
Certains firent son portrait ce jour-là. C'est ainsi qu'est née l'image de Guanyin au panier à poisson.
Puis elle repartit vers sa mer du Sud.
Sha Wujing et Bajie plongèrent, traversèrent le palais désert — tous les démons-serviteurs étaient morts — et libérèrent Tang Sanzang de son coffre de pierre.
Sur la rive, une voix de l'eau :
— Grand Sage, ne construisez pas de bateau. Je vous porte.
Une gigantesque tortue blanche émergea — quatre toises de tour, une carapace aussi lisse qu'une montagne de jade. Elle avait reconnu Wukong et venait rembourser une ancienne dette : le démon-poisson avait occupé sa demeure par la force pendant neuf ans, blessé ses enfants, volé ses sujets. Sa propre plainte auprès du roi-dragon de la mer de l'Ouest était restée sans suite — puisque c'était le neveu de ce même roi.
Maintenant le Grand Sage avait libéré sa maison. Elle voulait traverser les pèlerins.
Wukong passa une corde dans les narines de la tortue comme un licol, un pied sur sa carapace, un autre sur sa tête, son bâton levé, et dit :
— Avance. Si tu zigzagues d'un côté ou de l'autre, je tape sur la tête.
— Je ne bouge pas d'une ligne, dit la tortue.
Elle traversa les huit cents li du fleuve en une journée, ses quatre pattes battant la surface comme si c'était du sol.
La famille Chen était massée sur la rive — ils regardèrent jusqu'à ce que la carapace blanche disparaisse dans la brume de l'autre rive.
Quand ils eurent touché terre, la tortue adressa une dernière requête à Tang Sanzang :
— Moine, j'ai mille trois cents ans de cultivation. Je peux parler, je peux me déplacer librement, mais je ne peux toujours pas me défaire de ma carapace. Quand vous verrez le Bouddha, demandez-lui en mon nom : quand pourrai-je prendre forme humaine ?
Tang Sanzang promit.
La tortue plongea.
Les quatre pèlerins reprirent la route vers l'ouest.