Chapitre 48 : Le démon déchaîne la tempête de neige — le moine pieux marche sur la glace
Le démon du fleuve Tongtian fait geler les huit cents li du fleuve. Tang Sanzang, impatient de reprendre la route, décide de traverser sur la glace malgré les avertissements. La glace se brise sous ses pieds et il est capturé par le démon dans les profondeurs.
Cette nuit-là, la famille Chen dormit mal. Le froid était entré par les fissures des murs, s'était glissé sous les couvertures. Bajie grelottait en ronchonnant :
— Frère aîné, j'ai froid.
— Moine, tu n'es pas censé être insensible au chaud et au froid, dit Wukong.
Mais Tang Sanzang lui-même frissonnait. Il ouvrit les yeux dans l'obscurité :
Des couvertures lourdes sans chaleur, des mains dans les poches comme dans la glace. Les feuilles mortes pendent sous le givre, les pins portent des cloches gelées. La terre se craquelle de froid extrême, les étangs se taisent figés. Les pêcheurs restent au port, les bateliers cognent des dents.
Il se leva, ouvrit la porte.
Blanc. Partout blanc.
La neige tombait depuis des heures — une tempête venue du nord, verticale et serrée, couvrant les toits, les chemins, les arbres. Wukong regarda avec ses yeux d'or :
— C'est une belle neige, dit-il. Tranquille.
La famille Chen apporta du thé chaud, des beignets de riz, puis du gruau. Puis du charbon pour un brasero. Tang Sanzang demanda si cette saison était normale.
— Nous sommes à la Rosée Blanche, dit le vieux Chen. C'est déjà le huitième mois lunaire ici. La neige arrive souvent en août chez nous.
Tang Sanzang soupira. Chaque jour de retard l'éloignait du délai promis à l'Empereur de Tang.
La neige s'intensifia. Deux pieds de profondeur sur le sol. Le vieux Chen invita les pèlerins dans son pavillon d'hiver. Bajie maugréa — à quoi bon admirer un jardin sous la neige ? — mais Wukong lui expliqua que c'était pour distraire le maître.
Dans le pavillon, on but, on parla, on regarda les bambous courbés sous le poids du blanc. Puis vint la nouvelle : des hommes marchaient sur le fleuve gelé.
— Des commerçants, expliqua le vieux Chen. D'un côté du fleuve, cent sapèques valent dix mille de l'autre. Les profits sont tels que les gens risquent leur vie sur la glace.
Tang Sanzang se redressa :
— Alors je pars demain matin.
— Attendez la fonte. Je vous équiperai d'un bateau.
— En août, chaque jour est plus froid que le précédent. Si j'attends la fonte, je perds six mois.
Le lendemain, Bajie testa la glace à coups de râteau. Neuf coups — neuf marques blanches, pas une fissure, la vibration remonta dans ses paumes comme s'il avait frappé une montagne.
— Solide, dit-il. On passe.
On enveloppa les sabots du cheval de paille. On distribua les bâtons : Tang Sanzang porta le bâton d'étain en travers des genoux — en cas de chute à travers la glace, il ferait levier. Wukong son bâton magique, Sha Wujing son bâton de chasse aux démons, Bajie son râteau posé en travers de ses épaules. Ils avancèrent sur le fleuve comme quatre funambules, un pas après l'autre.
La famille Chen resta sur la rive, les regardant disparaître dans le blanc.
Ils marchèrent toute la journée, mangèrent leur nourriture sèche en marchant, ne s'arrêtèrent pas la nuit. La glace était aussi blanche que de l'argent sous la lune, aussi lisse qu'un miroir. Le cheval ne glissait pas grâce à la paille.
Puis, vers le milieu du deuxième jour, un bruit sourd sous leurs pieds. Un craquement qui remontait des profondeurs.
— Juste la glace qui se comprime, dit Bajie. C'est bon signe — cela veut dire qu'elle est épaisse jusqu'au fond.
Tang Sanzang hocha la tête et pressa ses jambes contre les flancs du cheval.
Dans les profondeurs, le démon attendait. Il avait suivi les pas à travers la glace. Il choisit son moment, convoqua ses pouvoirs, et d'un coup il fendit la glace en dessous d'eux.
La surface s'ouvrit comme une bouche.
Wukong bondit dans les airs. Sha Wujing et Bajie plongèrent avec la chute — ils étaient à l'aise dans l'eau. Mais le cheval blanc s'enfonça, et avec lui Tang Sanzang.
Le démon saisit le moine. Il l'emmena dans son palais de pierre au fond des eaux et le fit enfermer dans un coffre de pierre — long de six pieds, fermé par un couvercle pesant.
Sur la rive orientale, Sha Wujing et Bajie récupérèrent les bagages et le cheval. Wukong les retrouva depuis les nuages.
— Le maître ?
— Parti au fond. Le démon l'a.
Ils retournèrent au village Chen, honteux et trempés. Les deux frères les accueillirent avec des larmes :
— Vous n'avez pas voulu attendre. Et maintenant...
— Ne vous inquiétez pas, dit Wukong. Je sais où il est. Ce démon est celui du fleuve — le même faux dieu qui réclamait vos enfants. Cette fois, nous allons l'exterminer et vous débarrasser de lui pour toujours.
Le vieux Chen fit préparer un repas chaud. Les trois frères mangèrent, rangèrent leurs affaires, confièrent le cheval et les bagages à la famille Chen, et se dirigèrent vers le fleuve, leurs armes à la main.