Chapitre 47 : Le saint moine s'arrête au bord du fleuve du Ciel — le Grand Sage et Bajie sauvent deux enfants
Après le Royaume de Chechi, les pèlerins arrivent au village de la famille Chen au bord du fleuve Tongtiân. Un faux dieu réclame chaque année deux enfants en sacrifice. Wukong et Bajie se substituent aux enfants, affrontent le démon, mais celui-ci s'échappe dans les eaux.
Après le Royaume de Chechi, les moines rescapés vinrent remettre leurs poils magiques à Wukong sur le bord de la route, en file, comme des pénitents. Cinq cents, pas un de moins.
Le roi lui-même sortit avec ses ministres pour accompagner les pèlerins hors des murs. Wukong prit la parole :
— Ces moines étaient de vrais serviteurs du Ciel. Respectez les trois doctrines. Cultivez les talents de tous. Ne laissez plus jamais des charlatans vous aveugler.
Le roi s'inclina bas.
Printemps, été, automne. Les pèlerins marchèrent sans s'arrêter. Un soir, à la nuit tombée, Tang Sanzang entendit des tambours et des cloches.
— Ce n'est pas de la musique taoïste, dit-il. Ce sont les instruments de notre tradition. Allons voir.
Ils suivirent le son jusqu'à un village de quatre à cinq cents maisons au bord d'une rivière. Une famille gardait les lumières allumées.
Tang Sanzang demanda l'hospitalité seul — ses disciples auraient effrayé tout le monde. Un vieil homme sortit, faillit s'évanouir en voyant les trois autres, et finit par les accueillir tous après que Tang Sanzang eut expliqué qu'ils étaient laids mais inoffensifs.
Le vieillard s'appelait Chen Cheng. Son frère Chen Qing vivait juste à côté. À table, Tang Sanzang demanda pour quelle occasion on faisait des prières.
— Un service funèbre préventif, dit le vieux Chen d'une voix brisée.
Bajie rit : comment peut-on faire un service funèbre pour des gens encore vivants ?
Le vieux Chen expliqua. Un grand roi nommé « Esprit Sensible » veillait sur le fleuve Tongtian. Chaque année, il demandait un garçon et une fille en sacrifice, en échange de bonnes récoltes. Cette année, c'était au tour de la famille Chen.
Chen Cheng avait une fille de huit ans — Yichenjin, « Trente Livres d'or », ainsi nommée car son père avait dépensé trente livres d'or en bonnes œuvres avant sa naissance. Chen Qing avait un fils de sept ans — Guanbao, né sous la protection du Seigneur Guan.
— Deux enfants uniques, dit le vieux Chen. Deux familles sans autre descendance. On n'ose pas refuser ce sacrifice.
Tang Sanzang essuya une larme. Wukong sourit doucement :
— Vieil homme, avec votre fortune, vous pourriez acheter deux autres enfants du même âge.
— Ce faux dieu connaît nos enfants par leur nom, leur date de naissance. Il n'accepte que nos propres enfants.
— Apportez votre fils.
Chen Qing rentra chercher Guanbao. L'enfant sortit en sautillant, les mains pleines de friandises. Wukong murmura une formule et se transforma en parfait double du garçonnet — même visage, même taille, même vêtements.
Les deux enfants se prirent la main et dansèrent devant la lampe. Le vieux Chen tomba à genoux.
— Grand Sage, dit Wukong en reprenant son apparence, pouvez-vous m'envoyer à la place de votre fils ?
— Si vous sauvez mon enfant, je vous donne mille taels d'argent.
Puis Chen Qing amena sa fille. Bajie la regarda avec des yeux ronds.
— Elle est si petite et si gracieuse. Je ne suis pas sûr de pouvoir...
— Bajie, dit Wukong, arrête de trouver des excuses. Tu as trente-six transformations. Change-toi.
Bajie récita sa formule, secoua la tête plusieurs fois — et devint une jolie petite fille. Presque. Le ventre était encore trop rebondi.
— Encore ! dit Wukong.
Bajie souffla, se ratatina, et devint parfait.
Les deux familles rangèrent les vrais enfants à l'intérieur avec des friandises et l'ordre de ne pas pleurer. Deux jeunes hommes de la maison portèrent sur des plateaux laqués les deux faux enfants jusqu'au temple.
Le temple du grand roi était vide — juste une plaque en lettres d'or sur un trône : « Esprit Sensible Grand Roi ».
Les villageois déposèrent leurs offrandes, prièrent, et partirent.
Le faux démon arriva bientôt — grand, cuirassé, la voix tonnante. Il demanda les noms des offrandes. Wukong répondit avec tout son sang-froid. Mais le démon voulait changer les habitudes — manger d'abord la fille.
Bajie prit peur. Il sauta du plateau, reprit son apparence réelle et chargea le démon à coups de râteau. Le démon para, puis s'enfuit dans le vent — et deux écailles brillantes tombèrent sur le sol quand le râteau l'effleura.
Wukong et Bajie poursuivirent dans les airs, mais le démon plongea dans les eaux du Tongtian.
— Il vient de la rivière, dit Wukong. Je ne peux pas le poursuivre dans l'eau ce soir. Demain.
Ils rapportèrent les offrandes et le bétail à la maison Chen. Tang Sanzang, Sha Wujing et les deux frères attendaient, anxieux.
Wukong raconta tout. Les deux vieillards pleurèrent de soulagement.
Le démon, lui, regagna ses profondeurs.
Il s'y asit en silence. Ses sujets vinrent le trouver :
— Grand Roi, pourquoi ce visage sombre ?
— Un de mes pièges vient d'être déjoué par les disciples du moine Tang. Et j'ai entendu parler de ce Tang Sanzang — dix vies de vertu, la chair qui rend immortel. Si je pouvais l'attraper...
Une vieille carpe tachetée s'avança et fit une courbette :
— Grand Roi, vous savez faire le vent, la neige, le gel ?
— Tout cela m'est facile.
— Alors c'est très simple. Glacez le fleuve cette nuit. Faites paraître des voyageurs sur la glace. Le moine voudra traverser — il suffit de le laisser venir, et de briser la glace sous ses pieds.
Le démon sourit.
Cette nuit-là, le froid tomba sur le fleuve Tongtian.