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Chapitre 45 : Le Grand Sage laisse son nom au temple — le Roi des Singes montre sa puissance au royaume

Découverts par les taoïstes, les pèlerins affrontent en pleine cour les trois maîtres dans un duel de pluie. Sun Wukong apprivoise les dieux du vent, des nuages, du tonnerre et des dragons pour faire pleuvoir à sa commande, puis invite les quatre dragons à se montrer en personne au roi.

Royaume de Chechi duel de pluie vents et nuages quatre dragons Sun Wukong Tigre-Force roi de Chechi

Wukong pinça Sha Wujing d'un côté, Bajie de l'autre. Ils se figèrent, muets comme des statues de boue dorée. Les taoïstes inspectèrent le temple de fond en comble — les offrandes avaient toutes disparu, mais les trois « dieux » étaient là, impassibles, la face sereine.

Le Grand Maître Tigre-Force s'inclina bas :

— Vénérés Trois Purs, nous sommes venus en pleine nuit vous déranger. Mais nous vous en supplions — laissez-nous quelques gouttes d'eau céleste et quelques pilules d'or pour les offrir au roi et lui assurer une longévité sans fin.

Bajie murmura à Wukong, inquiet :

— Comment on répond à ça ?

Wukong lui pinça le bras — silence. Puis il s'éclaircit la voix :

— Petits adeptes, inutile de vous prosterner. Nous ne portons pas avec nous de pilules d'or. Revenez demain.

Les taoïstes insistèrent, courbés en deux. Le Grand Maître Cerf-Force récita une longue prière. Le Grand Maître Mouton-Force joignit les mains.

— Puisque vous insistez, dit Wukong, et pour ne pas avoir l'air avare, apportez des récipients.

Les trois maîtres firent apporter une grande jarre, un bassin de sable et un vase à fleurs. Wukong ordonna aux taoïstes de sortir et de fermer les portes.

Il se leva, releva sa tunique de tigre et arrosa le vase. Bajie, ravi, souleva sa robe et emplit le bassin d'un flot sonore. Sha Wujing compléta la jarre à moitié.

Les taoïstes rentrèrent et se servirent chacun une coupelle. Le Grand Maître Tigre-Force but, fit la grimace :

— C'est un peu acide.

Le Grand Maître Cerf-Force goûta à son tour :

— Ça sent l'urine de cochon.

Wukong, depuis le trône, décida que c'était le bon moment pour laisser son nom :

— Taoïstes, laissez-moi vous éclairer. Quel dieu des Trois Purs descendrait se mêler à vos prières de bas étage ? Nous sommes les disciples du moine Tang de Grande Tang, en route pour les Écritures sacrées. Nous avons mangé vos offrandes et vous avons offert notre urine en retour. Que ça vous serve de leçon.

Il empoigna Bajie et Sha Wujing, creva le toit, et s'envola.


À l'aube, Tang Sanzang voulut faire tamponner son laissez-passer. La cour fut convoquée. Le roi de Chechi y siégeait déjà avec ses trois maîtres taoïstes. Ceux-ci reconnurent les pèlerins aussitôt et dressèrent leur acte d'accusation : meurtre de deux disciples, libération de cinq cents moines, destruction de charrettes, profanation du temple des Trois Purs.

Wukong plaida leur innocence avec une logique imperturbable, remettant en cause chaque preuve. Le roi hésitait.

C'est alors qu'un groupe de vieux paysans arriva : ils demandaient qu'on fasse venir la pluie, car le printemps était sec.

Le roi vit l'occasion :

— Moine, mes maîtres savent faire pleuvoir. Toi, peux-tu en faire autant ? Si tu invoques la pluie, j'oublie tout. Sinon, tu passes en jugement.

Wukong sourit :

— J'ai quelques notions de prière.

On dressa deux autels. Le Grand Maître Tigre-Force monta le premier — plaque en or, épée à la ceinture, formules brûlées, tablette de tonnerre frappée. Le premier coup de la tablette — un souffle de vent.

En haut, Wukong était déjà dans les nuages. Il arrêta la Dame du Vent en chemin :

— Tu travailles pour qui aujourd'hui ? Pour moi. Un seul cheveu qui bouge sur la barbe de ce taoïste, et c'est vingt coups de bâton pour chacun de vous.

La dame obéit. Le vent cessa.

Deuxième coup — les nuages d'orage commencèrent à s'assembler. Wukong arrêta le garçon qui pousse les nuages et celui qui disperse le brouillard. Même traitement.

Troisième coup — le dieu du tonnerre Deng Tianjun arriva en tête des éclairs. Wukong l'intercepta :

— Votre maître m'a dit que vous répondez aux formules vraies. Ce taoïste a bien envoyé ses talismans au ciel. Sa méthode des Cinq Tonnerres est authentique.

— Exact, dit le dieu. Nous sommes venus d'après les ordres de l'Empereur de Jade.

— Alors attendez mon signal. Je prends la direction des opérations.

Quatrième coup — les quatre rois-dragons arrivèrent en réponse. Wukong les reprit tous :

— Aujourd'hui vous travaillez pour moi. Je vous dis quand agir. Mon bâton sera votre signal.

Il redescendit, reprit sa fausse apparence de pèlerin, et dit à voix haute qu'il était maintenant le tour des moines.

Tang Sanzang monta l'autel et récita simplement le Sûtra du Cœur — yeux fermés, mains jointes, sans formule ni tambour.

Wukong sortit son bâton, le pointa vers le ciel.

Un coup — le vent rugit dans toute la ville, arrachant les tuiles, renversant les étals. Wukong cria au général Deng de frapper les fonctionnaires corrompus et les fils ingrats.

Deux coups — les nuages noirs s'accumulèrent et le jour devint nuit.

Trois coups — les éclairs déchirèrent le ciel comme des serpents d'or, le tonnerre fit trembler les murs.

Quatre coups — la pluie tomba, diluvienne, des cascades, des fleuves du ciel.

La ville de Chechi fut inondée jusqu'aux chevilles. Le roi supplia qu'on arrête. Wukong pointa son bâton une dernière fois — les nuages se dissipèrent, le soleil apparut, l'air était lavé.

Les deux factions revendiqueraient chacune leur victoire. Wukong proposa au roi une épreuve finale : appeler les dragons en personne.

Le Grand Maître Tigre-Force invoqua, invoqua encore — les dragons ne bougèrent pas, sachant que le Grand Sage était là.

Wukong leva la tête :

— Roi Aoguang, sortez avec vos frères. Montrez votre vrai corps.

Les quatre dragons royaux émergèrent dans les nuages, leurs écailles de jade et d'argent brillant sous le soleil, tournoyant autour du palais devant le roi stupéfait et ses ministres prosternés.

— Vous voyez, dit Wukong. Ils n'obéissent qu'à moi.

Le roi ordonna que le laissez-passer soit tamponné sur l'heure. Mais les trois maîtres taoïstes s'agenouillèrent et demandèrent une dernière épreuve.

La confrontation finale ne faisait que commencer.