Chapitre 44 : Des moines en servitude — au royaume où les dieux sont des charlatans
Les pèlerins arrivent au Royaume de Chechi où trois faux immortels ont réduit cinq cents moines en esclavage. Sun Wukong découvre la vérité, distribue ses poils magiques pour protéger les moines et infiltre le temple des Trois Purs pour se repaître des offrandes au nom des dieux.
Chercher les sûtras pour marcher toujours plus à l'ouest — innombrables montagnes, interminable chemin. Le lièvre court, le corbeau vole, les jours et les nuits s'enchaînent — les oiseaux chantent, les fleurs tombent, les saisons passent. Au fond de l'œil, trois mille univers en poussière — au bout du bâton d'étain, quatre cents États. On dort dans la rosée, on mange avec le vent — nul ne sait quand on rentrera.
Tang Sanzang chevauchait au milieu des premières brumes de printemps quand une clameur lointaine ébranla l'air — comme dix mille voix criant ensemble. Le moine s'arrêta, blême.
Wukong bondit dans les nuages. Il vit : une ville au loin, des lumières célestes autour, aucun signe mauvais. Puis, près des portes, une vaste étendue de sable où des centaines de moines tiraient des charrettes chargées de briques et de bois. Deux jeunes taoïstes surveillaient leur travail, sifflant comme des contremaîtres.
Wukong se transforma en taoïste errant — chapeau de voyage, panier à feu sur le bras gauche, tambour de pèche sur le bras droit — et s'avança vers les deux surveillants.
— Frères en Tao, où peut-on ici se faire nourrir ?
Les taoïstes rirent :
— Tu parles comme quelqu'un qui n'a rien compris. Dans cette ville, le roi aime le Tao, les marchands aiment le Tao, tout le monde aime le Tao. Tu trouveras à manger mieux qu'ailleurs.
— Pourquoi ces moines tirent-ils des charrettes ?
— Ce sont nos esclaves. Il y a vingt ans, la sécheresse frappait ici depuis plusieurs années. Les moines ont prié — sans résultat. Puis nos trois maîtres sont descendus du ciel et ont fait venir la pluie en un souffle de main. Le roi, reconnaissant, a brisé les monastères, confisqué les papiers d'identité des moines et nous les a donnés comme serviteurs. Ils font tout : porter le feu, balayer, construire.
— Et si un moine s'enfuit ?
— Il y a des portraits d'eux affichés partout dans le royaume. Qui capture un moine reçoit cinquante taels d'argent. Beaucoup ont essayé de se pendre ou de se noyer — mais une puissance mystérieuse les en empêche.
Wukong descendit sur le chantier de sable. Les moines se prosternèrent, le croyant un inspecteur. Il les rassura :
— Je ne suis pas là pour vous surveiller. Je cherche un parent.
Les moines se bousculèrent pour se présenter. Wukong les observa et sourit intérieurement — ces hommes avaient été brisés mais pas détruits.
— Vos gardiens de nuit, dit-il, ce sont des démons ou des humains ?
— Des dieux, dirent les moines en baissant la voix. Les six jia et les six ding nous apparaissent en rêve pour nous protéger. Ils nous disent d'attendre le moine de Grande Tang et son disciple le Grand Sage aux Cieux Égaux — qu'il viendra faire justice.
Wukong éclata de rire. Il arracha une poignée de ses poils, les déchira en cent morceaux et en donna un à chaque moine :
— Glissez-le sous l'ongle de l'annulaire. Si quelqu'un cherche à vous attraper, serrez le poing et appelez le Grand Sage aux Cieux Égaux. Je viendrai.
Un moine courageux serra le poing et chuchota le nom. Aussitôt un guerrier apparut devant lui, bâton levé. Il rappela le moine à l'ordre d'un seul mot — disparu.
Les moines s'inclinèrent jusqu'à terre et s'éparpillèrent dans quatre directions.
Wukong revint en ville. Il trouva Tang Sanzang avec dix moines récalcitrants qui leur servirent de guides jusqu'au monastère Zhiyuan — l'unique qui n'avait pas été rasé, car le roi fondateur y avait sa statue.
La nuit tomba. Wukong ne dormait pas — il avait entendu des prières et des cymbales. Il bondit dans les airs et vit au loin le temple des Trois Purs illuminé comme une étoile. Les trois maîtres taoïstes officiaient en grande cérémonie.
Il revint secouer Bajie et Sha Wujing.
— Il y a des offrandes dans ce temple. Venez vous sustenter.
Bajie, à peine éveillé, fut prêt en un instant. Wukong souffla dans la direction du vent, déclenchant une rafale qui éteignit toutes les bougies du temple. Les taoïstes, effrayés, se retirèrent en décidant de prier le lendemain matin pour compenser.
Les trois compères entrèrent dans le temple désert et s'installèrent sur les trônes des Trois Purs.
— Ces statues, dit Wukong, si nous les remplaçons ?
Bajie, sans se faire prier, renversa la statue de Laozi d'un coup de groin :
— Vieil officiel, vous avez assez siégé. Laissez la place.
Il prit la forme du Vieux Seigneur, Wukong celle de l'Honoré Céleste Originel, Sha Wujing celle du Seigneur Trésor Numineux. Les trois statues, Bajie les porta aux latrines en murmurant une prière satirique :
— Trois Purs, écoutez. Nous venons de loin pour tuer des démons. Sans endroit tranquille pour jouir des offrandes, nous empruntons vos sièges. Vous avez eu votre part depuis longtemps. Ce soir, profitez d'un peu d'humilité — et des émanations du fumier.
Il les jeta dans les latrines, s'éclaboussa légèrement, et revint s'asseoir.
Les trois faux dieux mangèrent : manteaux, fruits, pâtisseries, galettes à l'huile, brioches cuite à la vapeur grosse comme des têtes. Wukong picora quelques fruits, laissant les autres ravager les offrandes avec le même enthousiasme qu'une tempête de sable.
Un jeune novice vint chercher sa clochette oubliée dans le temple obscur. Il tâtonna dans le noir, la trouva — puis entendit quelqu'un rire dans l'ombre. Il tomba à la renverse, heurta quelque chose, et la clochette se brisa en heurtant le sol.
Bajie éclata de rire — ce rire large, gras, impossible à contenir.
Le novice s'enfuit en courant, hurlant au fantôme. En quelques minutes, les trois maîtres taoïstes et toute leur suite débarquèrent avec des torches.
Il était temps de partir. Wukong prit Sha Wujing sous le bras gauche, Bajie sous le bras droit, et s'envola par les toits en laissant derrière eux un temple pillé, des statues disparues, et trois maîtres qui allaient avoir beaucoup d'explications à donner au roi.