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Chapitre 38 : La reine se souvient du froid — Zhu Bajie plonge dans le puits du roi mort

Le prince interroge sa mère la reine, qui confirme que l'homme du trône est un étranger depuis trois ans. Cette nuit-là, Sun Wukong et Zhu Bajie s'introduisent dans le jardin secret du palais, trouvent le puits maudit, et Bajie plonge jusqu'au palais de cristal du dragon pour en ramener le corps du roi.

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Le prince revint au crépuscule.

Il n'avait pas la démarche d'un homme qui a reçu de mauvaises nouvelles — il avait quelque chose de plus grave encore, cette façon de marcher droit et serré de quelqu'un qui vient de voir une certitude se confirmer.

Il s'assit en face de Wukong sans preamble.

— Ma mère, dit-il. Je suis allé la voir au palais intérieur, seul, sans prévenir. Elle ne s'y attendait pas. Et quand je lui ai posé la question directement — sur le lit, sur ces trois dernières années — elle n'a pas pu mentir.

Il s'arrêta une seconde.

— Elle dit que l'homme qui partage sa chambre n'est pas son mari. Elle dit qu'elle le sait depuis le premier soir. Un mari de vingt ans ne s'oublie pas — les mains sont différentes, la voix est différente, les silences sont différents. Elle s'était convaincue qu'elle inventait, qu'elle devenait folle, qu'une femme ne pouvait pas soupçonner son propre époux de n'être pas lui. Elle a gardé ce secret trois ans dans la gorge.

Wukong hocha la tête. Il avait vu ça avant — les mensonges qui tiennent parce que personne n'ose les nommer.

— Elle dit qu'elle n'a pas dormi une seule nuit complète depuis que cela a commencé.

— Ta mère est plus courageuse que tu ne le crois, dit Wukong. Maintenant, écoute bien ce que nous allons faire.


Le jardin royal de Wuji était interdit depuis trois ans.

C'était l'une des premières décisions du faux roi : ce jardin, jadis ouvert aux promenades de la cour, avait été fermé, ses portes scellées d'une chaîne neuve et d'un cadenas dont seul le roi avait la clé. On disait que le lieu était devenu hanté, que des esprits mauvais y rodaient, qu'une fontaine s'y était tarie. Les jardiniers avaient reçu l'ordre de ne plus y entrer.

Au milieu de la nuit, Sun Wukong et Zhu Bajie escaladèrent le mur du jardin.

Le parc était envahi de mauvaises herbes. Les allées de gravier qu'on avait autrefois balayées chaque matin étaient couvertes de mousse. Des acacias sauvages avaient poussé entre les pierres ornementales. La lune éclairait tout cela d'une lumière blanche et sans chaleur.

— Le puits devrait être vers le fond, dit Wukong à voix basse.

— Tu me demandes de plonger dans un puits la nuit, dit Bajie. C'est ta définition de la bonne idée ?

— Toi seul peux manier un filet de pêche sous l'eau avec assez de force. Tu es l'ancien Amiral du Fleuve Céleste. L'eau est ton domaine.

— J'ai démissionné de ce poste.

— On ne démissionne pas de ce qu'on est.

Bajie grommela mais ne discuta pas davantage.

Ils trouvèrent le puits au fond du jardin, derrière un bosquet de bambous morts. Le couvercle de pierre était là, exactement comme le fantôme l'avait décrit — énorme, circulaire, posé trop régulièrement pour être naturel. Wukong le fit glisser sur le côté. Un souffle d'air froid et humide monta des profondeurs. L'eau était très loin en dessous.

Bajie regarda dans le trou noir.

— Et si le dragon des eaux ne veut pas me laisser entrer ?

— Tu le convaincs.

— Comment ?

— Tu t'appelles Zhu Bajie, ancien Commandant de la Marine Céleste, pèlerin du Bouddha, disciple de Tang Sanzang. Tu entres chez lui, tu lui dis bonjour poliment, et tu lui demandes le corps.

— Et s'il dit non ?

— Alors tu n'es pas aussi impressionnant que tu le crois.

Bajie se transforma — corps de sanglier des eaux, râteau à neuf dents dans la main — et plongea.


L'eau du puits donnait sur un autre monde.

C'est toujours ainsi avec les puits profonds : ils débouchent sur des royaumes que la surface ne soupçonne pas. Bajie descendit, les yeux ouverts dans le noir liquide, les nageoires battant régulièrement, jusqu'à ce qu'il aperçoive une lueur en dessous.

Un palais de cristal. Murs translucides, colonnes de corail rouge, lanternes de perles à lumière froide. Le dragon des eaux du puits royal de Wuji l'attendait dans la grande salle — une créature longue et sinueuse, aux écailles couleur d'eau profonde, aux yeux aussi calmes qu'un étang sans vent.

Bajie exposa sa requête. Brièvement, correctement, sans fioritures.

Le dragon hocha sa tête de serpent géant.

— J'attendais que quelqu'un vienne, dit-il. Le roi est ici depuis trois ans. J'ai fait de mon mieux pour le conserver. Le palais de cristal ralentit la décomposition — mais un mort reste un mort. Suivez-moi.

Il conduisit Bajie dans une chambre latérale, aux murs plus épais, où flottait une lumière verdâtre. Sur un lit de corail était allongé un homme — ou ce qu'il en restait. Les vêtements de brocart vert, reconnaissables malgré les années. Le visage serein, comme endormi.

Bajie prit le corps dans ses bras avec une délicatesse qu'on ne lui connaissait pas.

— Je reviendrai pour lui rendre ce qu'on lui doit, dit-il au dragon.

— Je le sais, dit le dragon. Prenez soin de lui.


Bajie remonta à la surface, le corps du roi dans les bras, dégoulinant d'eau noire du puits. Wukong était là, accroupi au bord, une lanterne dans la main. Il éclaire le visage du roi mort.

Reconnaissable. Intact. Trois ans dans les profondeurs n'avaient pas effacé les traits — la magie du palais de cristal avait tenu sa promesse.

Ils enveloppèrent le corps dans un tissu et le portèrent jusqu'au temple de Baolinsi avant l'aube, par les ruelles endormies de la ville.

Quand Tang Sanzang vit ce qu'ils rapportaient, il posa ses mains sur son visage et resta ainsi un long moment, les épaules secouées d'un sanglot silencieux.

— Ce roi, dit-il enfin, voix brisée, est mort injustement. Personne ne mérite cela.

— Non, dit Wukong. Personne ne le mérite. C'est pour ça qu'on va le réparer.

Il posa doucement la main sur l'épaule de son maître — un geste rare pour lui, presque maladroit — puis se redressa et commença à réfléchir à l'étape suivante.