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Chapitre 36 : Sous la lune du temple — cinq cents moines écoutent la voix du pèlerin

Le groupe arrive au temple de Baolinsi, où un abbé arrogant refuse l'hospitalité avant d'être convaincu par la puissance de Sun Wukong. Cette nuit-là, sous la pleine lune, Tang Sanzang récite un poème nostalgique, et ses trois disciples offrent chacun leur interprétation du croissant d'argent.

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Le temple de Baolinsi se dressait au flanc d'une colline boisée, ses toits de tuiles vertes brillant sous la lumière de l'après-midi. Une odeur d'encens flottait jusqu'à la route. Tang Sanzang pressa légèrement les flancs de son cheval blanc — un geste d'espoir plus que d'urgence.

— Voilà un endroit propice pour la nuit, dit-il.

Sun Wukong, qui marchait devant, son bâton sur l'épaule, ne répondit pas. Il avait déjà repéré le portail fermé, les moines qui observaient depuis les meurtrières du mur, la façon dont personne ne venait ouvrir.

Il frappa trois coups. Le battant s'entrouvrit juste assez pour laisser paraître le visage soupçonneux d'un moine-portier.

— Nous sommes des pèlerins en route vers l'Occident, dit Tang Sanzang avec courtoisie. Le soir approche. Nous sollicitons l'hospitalité de votre vénérable abbé pour cette nuit seulement.

Le moine-portier disparut. Il revint quelques instants plus tard.

— L'abbé dit qu'il n'y a pas de place.

Wukong sourit — ce sourire étroit qui ne présageait rien de bon.

— Dites à votre abbé que nous venons de la cour de l'Empereur Tang, que nous portons des sceaux impériaux, et que refuser l'hospitalité à un envoyé du Fils du Ciel est une imprudence dont se souviennent les histoires.

Nouveau silence. Puis le portail s'ouvrit en grand.

L'abbé était un vieillard à la tête rasée, vêtu de soie brochée, plus proche d'un grand propriétaire que d'un moine. Il regarda Tang Sanzang avec l'air de quelqu'un qui évalue une marchandise.

— Vous pouvez rester une nuit, dit-il enfin. Les quartiers des hôtes sont au fond.

— Nous avons besoin de nourrir notre cheval, ajouta Wukong.

— Il y a une écurie. Quelqu'un s'en occupera.

— Et nous aurons besoin d'eau chaude pour nous laver.

— ...Bien.

— Et il serait courtois que les cinq cents moines de votre maison se réunissent pour accueillir correctement un émissaire impérial.

L'abbé se raidit. Son regard glissa vers Wukong — la tête de pierre, les yeux de tigre, les épaules larges qui portaient ce bâton comme si c'était une plume.

— Je vais... donner les instructions nécessaires.

Wukong tourna les talons. Près du portail, deux lions de pierre gardaient l'entrée — de belles sculptures, hautes d'un mètre, aux gueules ouvertes sur d'éternels rugissements silencieux. Wukong s'arrêta, leva son bâton, et d'un seul geste abattit le lion de droite en miettes.

Le fracas résonna dans toute la cour. Des éclats de pierre rebondirent jusqu'aux dalles du corridor.

— Simple exercice du soir, dit Wukong sans se retourner. J'espère que personne n'y voit d'inconvénient.

Personne n'y vit d'inconvénient.


Cinq cents moines se rangèrent en deux files dans la grande salle pour accueillir Tang Sanzang. L'abbé lui-même apporta l'eau parfumée et les serviettes de lin. On servit un repas végétarien soigné — tofu lacté, légumes de saison, riz nouveau. Wukong mangea deux bols de riz en silence et observa tout le monde.

Cette nuit-là, la lune était pleine.

Tang Sanzang s'installa sur le balcon du pavillon des hôtes, seul dans un premier temps, les yeux levés vers le ciel. La lune montait entre deux collines comme une lanterne qu'on aurait oubliée là, indifférente, parfaite. Il y avait quelque chose d'insupportable dans cette perfection — quelque chose qui renvoyait au chemin parcouru, aux années perdues, aux visages qu'il n'avait pas vus depuis si longtemps.

Il récita à mi-voix, les mots venant d'eux-mêmes :

Quand donc le palais de jade a-t-il édifié ce miroir d'argent ? Seule dans le vide, elle répand sa lumière froide sur dix mille li. Les dragons de neige tournent et retournent — l'eau du fleuve tourne avec eux. Les cristaux de glace s'assemblent — le palais du givre ne s'effacera pas.

Ce reflet rond et lisse — qui peut le saisir ? Ce disque clair et pur flotte dans le vide sans attaches. L'ombre d'un nuage léger effleure en passant — La lumière du soir enveloppe les montagnes dans la brume.

Lumière sur les toits de tuiles, lumière dans la rosée des herbes, Lumière sur les vagues qui se lèvent, lumière dans la coupe du voyageur. Elle éclaire les miroirs, elle illumine les rivages — Elle cherche les absents comme si elle portait un message.

Par-delà les nuages du mont Su, par-delà les vagues du fleuve Xiao, Combien de fois a-t-elle accompagné les adieux déchirants ? Ce soir, depuis ce balcon, elle semble me regarder — Et moi qui regarde la lune, je ne sais pas si je rêve encore.

Il y eut un bruit de pas derrière lui. Wukong s'appuya au montant de la porte, les bras croisés.

— Maître, dit-il avec quelque chose dans la voix qu'on ne lui entendait pas souvent, vous connaissez la nature de la lune ? Ce disque n'est pas seulement de la lumière. C'est le métal de l'Eau, l'essence du yin qui règle le cycle de la méditation — la graine cachée dans la nuit qui nourrit l'éveil du matin.

Tang Sanzang tourna les yeux vers lui.

— Tu as des connaissances en alchimie intérieure, Wukong.

— J'ai eu de bons maîtres et beaucoup de temps pour réfléchir, dit Wukong. La lune n'est pas une absence. C'est la réserve.

Sha Wujing s'approcha à son tour depuis l'ombre du corridor.

— Dans les textes du fleuve, dit-il de sa voix calme, la lune est l'eau qui reflète le feu du soleil. Le métal de l'Eau porte en lui les germes du bois et du feu. La Mère Terre équilibre tout. On peut lire dans ce disque argenté toute la carte des cinq éléments.

La lune reçoit la lumière du soleil et la rend douce — Le métal nourrit l'eau qui nourrit le bois à son tour. La Mère Terre tient le centre, impassible et pleine — Cinq éléments, un seul souffle : l'univers ne manque de rien.

Zhu Bajie arriva le dernier, encore en train de se curer une dent avec une paille.

— La lune, dit-il, c'est surtout agréable pour dormir à la belle étoile. Et si quelqu'un a encore du riz dans son bol, je prends.

Il regarda le disque argenté une seconde, et récita avec un sérieux parfaitement imité :

La lune est ronde ce soir comme mon ventre après souper — Elle éclaire les chemins des renards et les toits des voleurs. Si j'étais moine du ciel, j'aurais un poste plus commode — Mais me voilà sur la route, avec mes oreilles et mes rêves.

Tang Sanzang rit — un rire vrai, bref, surpris.

— Idiot, dit-il affectueusement.

Bajie sourit, ravi.

Ils restèrent tous les quatre un moment sans parler, regardant la lune descendre lentement vers les collines du nord. Puis Tang Sanzang rentra dans sa chambre, alluma une lampe, et lut des sutras jusqu'à l'aube.