Chapitre 26 : Les Trois Îles Sans Remède — Guanyin Ressuscite l'Arbre Divin
Wukong parcourt les trois îles immortelles en quête d'un remède pour l'arbre de ginseng, en vain — jusqu'à ce que Guanyin intervienne avec son eau de rosée céleste, et que Wukong et Zhenyuan deviennent frères jurés.
Le Poids d'une Promesse
La nuit était tombée sur le monastère des Cinq Éléments, silencieuse comme un reproche. Wukong était assis sur le toit du pavillon, les genoux relevés, les yeux fixés sur l'arbre de ginseng renversé. Ses racines séculaires pointaient vers le ciel comme des doigts suppliants. Dix mille ans d'existence, réduits à un tas de branches mortes par un coup de bâton de fer.
Il avait fait une promesse au Grand Immortel Zhenyuan : retrouver un remède ou ne pas revenir. Il était du genre à tenir sa parole — sauf quand il ne la tenait pas, mais cette fois-ci, l'honneur était en jeu.
Dix mille ans de vie en une nuit renversés, La sève figée, les fruits tombés, les feuilles grises — Qui dans les trois îles connaît le secret sacré De rappeler l'esprit d'un arbre au paradis ?
Il sauta sur son nuage et prit cap au nord-est, vers les mers lointaines où flottaient les îles des immortels.
Première Île : Penglai et ses Trois Vieux Sages
L'île de Penglai surgissait de la brume comme un rêve trop beau. Ses falaises de jade rose, ses forêts de pins millénaires, ses cascades qui coulaient vers nulle part — tout ici respirait une sérénité hors du temps.
Wukong atterrit devant le pavillon des Trois Étoiles : Longévité, Fortune et Prospérité. Les trois vieillards avaient l'air de statues en train de jouer aux échecs. Ils levèrent les yeux à son approche avec une expression mi-surprise, mi-amusée.
— Grand Sage Égal au Ciel, dit Longévité, depuis quand rends-tu visite aux vieux solitaires ?
— Depuis que j'ai besoin de vous, répondit Wukong sans cérémonie. J'ai un problème avec un arbre de ginseng. Renversé. Mort. Dix mille ans d'âge. Vous avez un remède ?
Les trois sages échangèrent un regard. Fortune se gratta la barbe. Prospérité toussa dans sa manche.
— Un arbre de ginseng de Zhenyuan Dashi... dit Longévité lentement. Non. Nous n'avons rien qui puisse rappeler cet esprit. Sa vitalité est d'une nature trop ancienne, trop profonde. Même nos élixirs seraient comme verser de l'eau sur du sable.
— Vous êtes sûrs ?
— Absolument certains. Mais... Grand Sage, pourquoi ne pas essayer Guanyin ?
Wukong fit une grimace. Il savait qu'on en viendrait là.
Deuxième Île : Fangzhang et l'Empereur de l'Est
Il ne capitula pas immédiatement. Il avait encore deux îles à visiter — autant être exhaustif.
Fangzhang était plus petite que Penglai, plus intime, entourée de coraux lumineux. L'Empereur de l'Est l'y accueillit dans un palais de cristal marin, entouré de ses immortels aux robes bleu-vert.
— Grand Sage, quelle surprise ! Que nous vaut l'honneur ?
Wukong expliqua la situation. L'Empereur de l'Est écouta avec attention, convoqua ses conseillers, consulta ses archives de médecine céleste. Un quart d'heure de délibération, puis la même sentence :
— Nous regrettons. L'arbre de longévité humaine de Zhenyuan est une création originelle, antérieure à nos propres pharmacopées. Nous n'avons pas de remède.
— Et vous me conseillez Guanyin, bien sûr.
— Eh bien... son eau de rosée céleste a des propriétés que nous—
— Très bien, merci, coupa Wukong. Je me doutais.
Troisième Île : Yingzhou et les Neuf Sages
Yingzhou était la plus mystérieuse des trois îles. Elle changeait de position selon les vents, et seuls les vrais immortels savaient la trouver. Les Neuf Sages qui y résidaient étaient des êtres d'une ancienneté qui faisait paraître Wukong lui-même comme un enfant.
Ils l'accueillirent avec bienveillance, l'écoutèrent avec patience, et lui offrirent du thé de chrysanthèmes distillé depuis mille ans.
— Ton problème nous émeut, dit l'aîné des Neuf. Mais tu poses la mauvaise question. Ce n'est pas un remède médicinal qu'il te faut — c'est une intervention de nature spirituelle. L'arbre de ginseng humain n'est pas une simple plante. C'est un être doté d'une âme végétale ancienne. Seule une eau chargée de compassion absolue peut rappeler cet esprit.
— L'eau de rosée de Guanyin.
— Tu le savais déjà, dit le sage avec un sourire. Mais il était sage de venir nous voir d'abord. Parfois, il faut épuiser les chemins de traverse avant d'accepter la route principale.
Wukong reprit son nuage avec un soupir qui aurait pu renverser un arbre moins solide que celui qu'il cherchait à sauver.
La Montagne de la Fleur de Jade
La montagne Putuo, résidence de Guanyin, était baignée dans une lumière dorée permanente. Les lotus flottaient sur les étangs, les perroquets récitaient des sutras, et l'air sentait l'encens et la mer. Wukong atterrit et se prosterna — chose rare, qu'il ne faisait qu'en cas de vraie nécessité.
La Bodhisattva l'attendait sur son rocher de lotus, son vase de jade blanc posé à ses côtés, son branche de saule trempée dans l'eau claire.
— Grand Sage, dit-elle sans se lever. Tu as fait le tour des trois îles. Tu es enfin venu.
— Vous saviez ?
— J'observe le monde. C'est ma fonction. — Elle sourit légèrement. — Dis-moi ce que tu as fait.
Wukong raconta tout, sans omettre sa faute : le vol des fruits, l'arbre renversé, les trois expéditions infructueuses. Guanyin l'écouta sans l'interrompre.
— L'arbre peut-il être sauvé ? demanda-t-il finalement.
— Oui. Mon eau de rosée, combinée à une branche de saule purifiée, peut rappeler l'esprit vital de n'importe quelle plante — même centenaire, même millénaire. Mais il faut agir vite. Les esprits végétaux s'éloignent comme des rêves au matin.
Elle se leva, prit son vase et sa branche, et suivit Wukong sur son nuage.
La Bodhisattva traverse les mers sur un nuage blanc, Son vase de jade porte la rosée des origines — Ce que la force a brisé, la compassion le berce, Ce que l'orgueil a tué, la sagesse le ravive.
La Résurrection de l'Arbre
Zhenyuan les attendait devant le monastère. À la vue de Guanyin, il s'inclina profondément, geste que lui-même — pourtant égal en rang aux Bouddhas — n'accordait qu'aux êtres d'une sagesse exemplaire.
— Bodhisattva, dit-il, votre visite honore ce modeste sanctuaire.
— Grand Immortel, répondit Guanyin, j'espère que le remède suffira. Votre arbre a une âme robuste. Il devrait répondre.
Elle s'approcha de l'arbre renversé. La communauté entière du monastère s'était rassemblée en silence — les deux disciples, les serviteurs célestes, et les pèlerins eux-mêmes. Tang Sanzang joignit les mains. Bajie retint son souffle — chose exceptionnelle chez lui. Sha Wujing baissa la tête en signe de respect.
Guanyin plongea la branche de saule dans son vase, laissa quelques gouttes tomber sur les racines de l'arbre, puis traça dans l'air un sceau invisible tout en murmurant une incantation que personne ne put entendre.
Le silence dura trois battements de cœur.
Puis un frémissement parcourut les racines. Une couleur verte, tendre comme le printemps, remonta le long du tronc. Les branches se redressèrent lentement, centimètre par centimètre, comme si un géant invisible relevait l'arbre de sa chute. Les feuilles apparurent, d'abord pâles, puis de plus en plus lumineuses, et enfin d'un vert profond, vif, presque phosphorescent.
Et sur les branches, accrochés comme de petits enfants endormis, vingt-trois fruits de ginseng humain — ronds, roses, parfaitement formés.
L'assemblée retint son souffle.
— Il en manque sept, dit Zhenyuan en comptant. Quatre avaient atteint leur maturité et furent volés. Deux tombèrent quand l'arbre fut renversé et se perdirent dans la terre. Un dernier avait été offert il y a un siècle à un pèlerin de passage. L'arbre ne les régénère pas — ces fruits ne reviendront que dans trois mille ans.
— Vingt-trois, c'est déjà miraculeux, dit Tang Sanzang.
— Vingt-trois, c'est amplement suffisant pour un banquet, dit Bajie.
Le Festin des Fruits Millénaires
Zhenyuan organisa un banquet dans la grande salle du monastère. Il fit cueillir dix fruits de ginseng — cinq pour ses hôtes célestes, cinq pour les pèlerins. Les serviteurs les apportèrent sur des plateaux de jade, dans des coupes d'or.
Tang Sanzang, qui avait refusé d'y toucher lors de leur première visite, accepta cette fois avec gratitude — l'arbre était vivant, l'offre était sincère, et manger ce fruit était participer à quelque chose d'ancien et de sacré.
Bajie prit le sien avec une hâte à peine dissimulée. Il le mordit d'un coup et ferma les yeux de bonheur.
— C'est... c'est comme croquer dans une étoile, murmura-t-il.
— Comparaison gustativement inexacte, mais spirituellement juste, dit Sha Wujing en savourant le sien avec beaucoup plus de retenue.
Wukong mangea le sien debout, appuyé contre une colonne, l'air distrait. Mais ses yeux brillaient d'un éclat particulier.
Zhenyuan s'approcha de lui.
— Grand Sage, dit-il à mi-voix. J'ai été sévère avec toi. Tu avais fauté — le vol, la destruction. Mais tu as réparé ta faute avec une énergie et une honnêteté que je n'attendais pas. Il faut du caractère pour parcourir les trois îles puis venir chercher de l'aide là où l'orgueil aurait refusé.
Wukong haussa une épaule.
— J'avais une promesse à tenir.
— Les promesses sont faciles à faire. Elles sont rares à tenir. — Zhenyuan leva sa coupe. — Grand Sage Égal au Ciel, acceptes-tu de devenir mon frère juré ?
La salle se figea.
Wukong regarda le vieil immortel — cet être qui régnait sur la terre depuis avant que le Ciel eût été organisé, ce patriarche de l'immortalité terrestre qui n'avait qu'une poignée de pairs dans l'univers entier.
— Frère juré, dit Wukong lentement. Toi et moi.
— Toi et moi.
Un sourire se dessina sur le visage du singe — pas le sourire fanfaron qu'il arborait d'habitude, mais quelque chose de plus rare : un sourire sincère.
— D'accord.
Le singe et l'immortel lèvent leurs coupes ensemble, Deux esprits nés du chaos primordial se reconnaissent — L'un gardien de la terre depuis avant les mémoires, L'autre né du roc et promis à traverser le monde.
Les frères jurés n'ont pas besoin de sang pour sceller leurs vœux : Leur parole suffit, plus solide que le jade ou le fer.
Le banquet dura jusqu'à l'aube. Guanyin prit congé avant minuit, son nuage blanc disparaissant vers le nord-est dans un parfum d'encens. Les pèlerins dormirent dans les chambres parfumées du monastère, leurs corps vivifiés par les fruits millénaires.
Le lendemain matin, alors que le soleil se levait sur la montagne des Cinq Éléments, Tang Sanzang chargea Bai Long Ma et prit la route vers l'ouest, ses trois disciples sur ses talons.
L'arbre de ginseng se dressait dans la cour du monastère, vert et majestueux, ses vingt-trois fruits brillant comme de petites lunes dans la lumière du matin.
Et Zhenyuan, debout sur le perron, regarda partir son nouveau frère juré — ce singe impossible, bruyant, irresponsable et finalement irremplaçable — en se disant qu'il avait fait une bonne affaire.