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Chapitre 9 : L'enfant du fleuve — naissance d'un moine et vengeance d'une mère

Chen Guangrui, nouveau lauréat des examens impériaux, épouse la fille d'un Premier Ministre et part prendre ses fonctions à Jiangzhou. Sur la route, le passeur Liu Hong le tue et s'empare de sa femme. L'enfant né de cette union tragique est confié au fleuve sur une planche de bois, recueilli par un abbé, et élevé sous le nom de Xuanzang. Dix-huit ans plus tard, la famille se retrouve, les traîtres sont châtiés, et Chen Guangrui, sauvé par le Dragon qu'il avait libéré jadis, ressuscite.

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Chang'an la grande — ville impériale depuis des dynasties et des dynasties, des Zhou aux Qin aux Han, trois provinces pareilles à une broderie de fleurs, huit rivières encerclant les remparts comme des rubans. Une cité de gloire, de beautés et de légendes. En ce temps-là, le grand Empereur Taizong des Tang venait de monter sur le trône sous le nom d'ère Zhenguan, en sa treizième année de règne — l'année du Serpent. La paix régnait sur les huit directions, les quatre mers se prosternaient.

Un jour, l'Empereur convoqua ses ministres au grand trône d'or, et le Premier Ministre Wei Zheng prit la parole :

— En ce temps de paix universelle, il convient de suivre l'usage des anciens en ouvrant des concours de recrutement, afin d'appeler à nous les hommes sages et de nommer des talents capables pour le bon ordre de l'État.

— Le ministre a raison, dit l'Empereur.

Un décret fut transmis jusqu'aux confins du royaume : dans chaque préfecture, sous-préfecture et district, tout lettré cultivé, maîtrisant parfaitement les trois épreuves classiques, devait se présenter à la capitale pour passer l'examen.


Chen Guangrui, le lauréat à la fleur de soie

Ce décret parvint jusqu'à la région du Jianghai. Là vivait un homme du nom de Chen E, dont le nom de plume était Guangrui. Ayant lu l'affiche officielle, il rentra chez lui et dit à sa mère Madame Zhang :

— La Cour vient de publier un décret invitant les lettrés à se présenter aux examens pour être nommés à des postes. Votre fils désire tenter sa chance. Si j'obtiens un poste, ne serait-ce que modeste, j'honorerai mon nom et rendrai gloire à notre famille, je protègerai mon épouse et mes enfants, et j'illuminerai notre maisonnée. C'est là mon ambition — permettez-moi d'aller.

— Mon fils est lettré. "Apprendre jeune, agir une fois adulte" — c'est bien ainsi que les choses devraient être. Va passer tes examens, mais prends soin de toi en chemin, et une fois nommé, reviens vite.

Guangrui fit préparer ses bagages par son serviteur et, après avoir pris congé de sa mère, se rendit à Chang'an. Les concours venaient précisément de s'ouvrir. Guangrui se présenta et fut reçu. Lors des épreuves finales au palais, l'Empereur en personne, de son pinceau souverain, lui accorda le titre de Zhuangyuan — premier dans tout le royaume. On lui offrit une promenade à cheval dans les rues pendant trois jours.

C'est ainsi que, passant devant la résidence du Premier Ministre Yin Kaishan, il vit qu'une fille du ministre — du nom de Wenjiao, également connue sous le nom de Mantang Jiao, encore célibataire — avait fait dresser sur un balcon une belle estrade ornée, depuis laquelle une boule brodée serait lancée pour choisir un époux. Justement, en ce moment où Guangrui passait sous le balcon, la demoiselle l'aperçut. Voyant sa prestance exceptionnelle et reconnaissant le nouveau Zhuangyuan, elle fut au fond d'elle-même transportée de joie — et lança la boule brodée, qui alla frapper exactement le bonnet noir de Guangrui.

On entendit aussitôt une musique de flûtes et de cloches, et une dizaine de servantes et suivantes descendirent du balcon pour saisir le cheval de Guangrui et le conduire dans la résidence du Premier Ministre pour les noces. Le ministre et sa femme sortirent accueillir leur gendre, firent réciter les rites par un officiant, et donnèrent la demoiselle en mariage à Guangrui. Ils s'inclinèrent devant le ciel et la terre, puis l'un devant l'autre, puis devant le beau-père et la belle-mère. Le ministre fit préparer un banquet, et les deux époux buren ensemble jusqu'au soir. Ils s'unirent dans la chambre nuptiale comme deux âmes enfin réunies.

Au lendemain matin, l'Empereur convoqua la cour et demanda à quel poste assigner le nouveau Zhuangyuan. Wei Zheng dit que la préfecture de Jiangzhou manquait d'un gouverneur — l'Empereur ordonna donc à Guangrui de s'y rendre sans tarder. Guangrui remercia l'Empereur et sortit du palais. Il retourna à la résidence du ministre, discuta de la situation avec sa femme, prit congé du beau-père et de la belle-mère, et les deux époux partirent ensemble pour Jiangzhou.

C'était la fin du printemps. Le vent tiède faisait verdir les saules, la pluie fine rougissait les fleurs. Guangrui proposa de passer d'abord chez lui pour voir sa mère.

Le vent de printemps berce les saules sur la route, La pluie fine peint les fleurs d'un rouge fragile. Deux époux voyagent, le bonheur les écoute, Vers quels destins cache-t-on sous ce ciel tranquille ?

Les deux époux s'agenouillèrent devant Madame Zhang, qui dit :

— Félicitations, mon fils — et te voilà marié par-dessus le marché !

Guangrui expliqua comment il avait reçu la boule brodée et épousé la fille du Premier Ministre, comment il avait été nommé gouverneur de Jiangzhou par décret impérial, et qu'il venait chercher sa mère pour la conduire avec eux à son poste.

Madame Zhang, pleine de joie, fit ses préparatifs de voyage.

Après plusieurs jours de route, ils arrivèrent à l'auberge du Marchand Liu, dans le bourg aux Dix Mille Fleurs. Madame Zhang se sentit soudain souffrante et dit à son fils :

— Je me sens mal à l'aise. Laisse-moi me reposer ici quelques jours.

Guangrui acquiesça. Le lendemain matin, il aperçut devant l'auberge un homme qui vendait une carpe dorée. Il l'acheta pour un liang, voulant la faire cuire pour sa mère — mais la carpe avait des yeux qui cillaient. Guangrui, intrigué, se souvint qu'on disait que poissons et serpents aux yeux cillants ne sont pas des créatures ordinaires. Il interrogea le pêcheur :

— Où as-tu pris ce poisson ?

— Dans le Fleuve du Grand Hong, à quinze li d'ici.

Guangrui porta la carpe jusqu'au fleuve et la remit à l'eau. Il revint à l'auberge raconter la chose à sa mère, qui dit :

— Remettre à l'eau un être vivant — quelle belle action. J'en suis réjouie.

Une carpe d'or cligne ses yeux dans la main, Elle n'est pas poisson — quelque chose dans son souffle parle. L'homme qui libère sans demander de lendemain Ne sait pas que c'est la grâce qui tisse, qui enroule.

Après trois jours d'auberge, Guangrui dit à sa mère :

— Il est urgent de rejoindre mon poste. Seriez-vous en état de voyager ?

— Je me sens encore faible, et la route est brûlante en ce moment — de nouvelles maladies pourraient m'assaillir. Loue ici une chambre et laisse-moi un peu d'argent pour les dépenses. Toi et ton épouse, partez prendre vos fonctions. Attendez l'automne pour revenir me chercher.

Guangrui et sa femme s'entretinrent de la situation, louèrent une chambre, laissèrent de l'argent à sa mère, la saluèrent et partirent.


L'assassin du gué

Le chemin était épuisant, les deux voyageurs marchaient le jour et dormaient la nuit. Quand ils arrivèrent au gué du Grand Hong, deux bateliers nommés Liu Hong et Li Biao poussèrent leur barque jusqu'à la rive pour les accueillir. Et c'est à ce moment-là que le destin de Guangrui était écrit.

Guangrui fit charger les bagages sur la barque. Les deux époux montèrent à bord. Mais Liu Hong, levant les yeux sur la Dame Yin, vit un visage comme la pleine lune, des yeux comme les eaux d'automne, une bouche de cerise, une taille de saule vert — d'une beauté à faire plonger les poissons et tomber les oies, à faire rougir la lune et pâlir les fleurs. Une convoitise sauvage s'éveilla en lui. Il s'entendit en secret avec Li Biao, poussa la barque jusqu'à un endroit sans âme qui vive, attendit le silence de la troisième veille de nuit, égorgea d'abord le serviteur, puis frappa Guangrui à mort. Il jeta les corps dans le fleuve.

La dame, voyant son mari tué, voulut se jeter à l'eau. Liu Hong la retint :

Le fleuve ne rend rien — ni les mots ni les corps. La nuit de la troisième veille avale tout sans bruit. Un homme est tombé, les eaux refermées dessus, Et le traître revêt l'habit du mort pour vivre.

— Si tu acceptes de me suivre, tu vivras. Sinon, la même lame te tranche en deux.

La dame réfléchit — aucune issue. Et elle était enceinte. Elle ne sut pas combien de temps encore elle poursuivrait sa vie misérable, et dut, à contrecœur, feindre d'accepter. Liu Hong abandonna la barque à Li Biao, revêtit les habits et les papiers officiels de Guangrui, et mena la dame vers Jiangzhou pour prendre ses fonctions.


Le Dragon du fleuve — une dette remboursée

Le corps de Guangrui était tombé au fond du fleuve. Mais une sentinelle de nuit du Dragon Roi vit la scène et vola vers le palais de cristal pour l'annoncer au Roi Dragon de la Mer. Le Roi Dragon fit amener le corps, l'examina soigneusement et dit :

— Cet homme est précisément mon bienfaiteur. Comment a-t-il été assassiné ainsi ? On dit toujours : "Grâce pour grâce." Je dois lui rendre la vie pour rembourser la faveur d'autrefois.

Il rédigea un rapport officiel et dépêcha la sentinelle de nuit vers les divinités de la ville et du lieu dit, à Hongzhou, pour réclamer l'âme du lettré et la sauver. La divinité de la ville et la divinité locale convoquèrent un petit démon pour remettre l'âme de Chen Guangrui à la sentinelle. Celle-ci l'amena jusqu'au Palais de Cristal et la présenta au Roi Dragon.

Le Roi Dragon demanda :

— Quel est ton nom ? D'où viens-tu ? Comment as-tu été assassiné et jeté ici ?

Guangrui s'inclina :

— Je m'appelle Chen E, alias Guangrui, originaire du district de Hongnong dans le Jianghai. J'avais obtenu le titre de Zhuangyuan et la charge de gouverneur de Jiangzhou. En chemin, je montai dans la barque du batelier Liu Hong. Celui-ci, voulant s'emparer de ma femme, me frappa à mort et me jeta dans l'eau. Je vous implore de me sauver, Grand Roi Dragon.

— Alors, c'est bien toi — la carpe dorée que tu avais libérée jadis, c'était moi. Tu m'as sauvé la vie, et je refuse de te laisser mourir à ton tour.

Il fit placer le corps de Guangrui dans un coin, mit dans sa bouche une Perle de Stabilité des Couleurs pour l'empêcher de se décomposer, et déclara :

— Ta vraie âme va rester ici dans mon palais aquatique comme chef de camp. En attendant.

Guangrui s'inclina maintes fois, et le Roi Dragon fit dresser un banquet en son honneur.


L'enfant du fleuve

La dame — Dame Yin, fille du Premier Ministre — détestait Liu Hong d'une haine mortelle. Elle aurait voulu dévorer sa chair et boire son sang. Mais elle portait un enfant dont elle ignorait encore le sexe. Faute d'autre recours, elle dut endurer sa situation. En un clin d'œil, ils arrivèrent à Jiangzhou.

Les clercs et les serviteurs vinrent les accueillir. Les officiels du district organisèrent un banquet de bienvenue. Liu Hong dit :

— Je dois beaucoup à vos soutiens à tous.

— Monsieur le Gouverneur est le premier dans tout le royaume. Vous traiterez sûrement les gens du peuple comme vos enfants, les procès seront rares, les châtiments justes. Nous comptons sur vous — pas besoin de tant de modestie.

Le festin se termina, chacun se dispersa.

Le temps passe vite. Un jour, Liu Hong fut appelé loin pour des affaires officielles. La dame, restée seule, se mit à réfléchir à sa belle-mère, à son mari, dans la tonnelle aux fleurs. Elle fut saisie d'un accablement — et soudain, son corps fut pris de pesanteur, des douleurs lui déchirèrent le ventre, et elle s'évanouit sur le sol. Et dans cet évanouissement, elle mit au monde un fils.

Tout près de son oreille, quelqu'un lui chuchota :

— Mantang Jiao, écoute mes instructions. Je suis la Divinité du Pôle Sud — sur ordre du Bodhisattva Guanyin, j'apporte cet enfant pour toi. Son avenir sera extraordinaire, incomparable. Quand le traître Liu Hong rentrera, il cherchera certainement à tuer cet enfant — garde-le bien précieusement. Ton mari a été sauvé par le Roi Dragon — un jour, vous serez réunis, mari et femme, mère et fils, et vous pourrez vous venger. Grave bien mes mots dans ton cœur.

La dame se réveilla. Elle serrait l'enfant dans ses bras — sans aucun moyen de le sauver.

Liu Hong rentra. Dès qu'il vit l'enfant, il voulut le noyer. La dame dit :

— Il fait déjà nuit — laisse jusqu'à demain matin pour le jeter dans le fleuve.

Par bonheur, le lendemain matin, Liu Hong fut appelé d'urgence loin pour des affaires. La dame réfléchit : si elle attendait le retour du traître, l'enfant n'en réchapperait pas. Mieux valait l'abandonner au fleuve dès maintenant — au moins aurait-il une chance si le ciel lui était favorable, si quelqu'un le recueillait et l'élevait. Un jour, peut-être, ils se retrouveraient.

Mais comment l'identifier plus tard ? Elle se mordit le doigt jusqu'au sang et rédigea une lettre en sang sur un bout de papier, indiquant les noms de ses parents et de son mari, les circonstances de tout ce qui s'était passé. Elle prit aussi la petite main gauche de l'enfant et mordit son petit doigt — pour qu'il serve de signe de reconnaissance.

Elle prit une chemise de sa propre personne, en emmaillota l'enfant, attacha dessus la lettre de sang. Elle profita d'un moment favorable pour emporter l'enfant hors de l'yamen. L'yamen se trouvait heureusement près du fleuve. Elle pleura un long moment au bord de l'eau. Juste au moment où elle allait se résigner à le laisser partir, elle aperçut une planche de bois qui dérivait sur la rive. Elle pria le ciel avec ferveur, posa l'enfant sur la planche, le fixa avec sa ceinture, et poussa le tout dans le courant.

Va, petit être, sur ta planche de bois — Le ciel parfois se souvient de ceux qu'on abandonne. Ta mère t'a donné son sang pour toute loi, Et le fleuve, ce soir, sera ta seule madone.

L'enfant disparut au fil de l'eau, et la dame rentra à l'yamen en pleurant.


Le moine Xuanzang

L'enfant dériva sur la planche jusqu'au pied du Monastère de la Montagne Dorée, où il s'arrêta. L'abbé du monastère, un moine du nom de Faming, avait cultivé la Vérité et atteignait la sagesse du Non-Naissance. En pleine méditation ce jour-là, il entendit soudain les pleurs d'un nourrisson. Il courut au bord du fleuve et vit sur une planche, au bord du rivage, un bébé endormi. Il le sauva en toute hâte et, découvrant la lettre de sang dans ses bras, comprit sa provenance. Il lui donna le surnom de Jiangliu — Enfant du Fleuve — le confia à des nourrices, et garda précieusement la lettre.

Le temps file comme une flèche, le soleil et la lune passent comme des navettes. Sans qu'on s'en aperçoive, Jiangliu eut dix-huit ans. L'abbé l'invita à se raser la tête et à entrer dans les ordres monastiques, lui donna le nom de religion Xuanzang, lui imposa les mains et lui conféra les préceptes, et le guida sur la voie de la méditation.

Un jour, à la fin du printemps, tous les moines du monastère étaient assis à l'ombre d'un pin, commentant les textes, échangeant sur les mystères — et Xuanzang mit en difficulté un moine qui aimait le vin et la viande. Ce moine, furieux, l'interpella :

— Espèce de créature ! Tu ne sais même pas qui tu es, tu ne connais même pas tes parents — et tu viens encore nous importuner !

Xuanzang, profondément blessé par ces paroles, entra au monastère et s'agenouilla devant son maître, les larmes aux yeux :

— Un être humain venu au monde reçoit le ciel et la terre, s'appuie sur le yin et le yang, s'alimente de l'énergie des cinq mouvements — tout est né d'un père et d'une mère. Comment serait-il possible qu'un être humain n'ait pas de parents ?

Il supplia encore et encore d'apprendre qui étaient ses parents. L'abbé dit :

— Puisque tu veux vraiment trouver tes parents — viens avec moi dans la chambre des abbés.

Xuanzang suivit l'abbé. Celui-ci grimpa jusqu'à une poutre et en descendit une petite boîte. Il l'ouvrit : une lettre de sang, une chemise. Il les tendit à Xuanzang.

Xuanzang lut la lettre, et seulement alors apprit avec tous les détails les noms de ses parents et l'histoire de l'injustice commise. À la lecture, il tomba par terre en sanglotant :

— La vengeance des parents — comment un fils pourrait-il l'ignorer ? Dix-huit ans, et je ne connaissais pas mes parents — aujourd'hui seulement je sais que j'ai une mère. Si mon maître ne m'avait pas repêché et élevé, comment serais-je en vie aujourd'hui ? Permettez que j'aille trouver ma mère. Ensuite, je reviendrai la tête chargée d'un encensoir, je reconstruirai les salles du monastère — pour rembourser la profonde grâce de mon maître.

— Si tu veux aller trouver ta mère, emporte cette lettre de sang et la chemise. Va comme mendiant de l'aumône, directement à l'yamen privé de Jiangzhou — tu pourras alors rencontrer ta mère.

Xuanzang reçut les instructions de son maître, se fit passer pour un moine mendiant et se rendit directement à Jiangzhou. Il se trouva que Liu Hong était sorti pour des affaires. Le ciel lui-même arrangeait cette rencontre entre mère et fils. Xuanzang alla directement au seuil de l'yamen privé demander l'aumône.

Dame Yin avait eu la nuit précédente un rêve étrange : la lune, jadis absente, brillait à nouveau de toute sa splendeur. En s'éveillant, elle avait songé : ma belle-mère n'a aucune nouvelle ; mon mari a été tué par ce traître ; mon fils a été abandonné au fleuve — si quelqu'un l'a recueilli et élevé, il aurait bien dix-huit ans maintenant. Peut-être que le ciel arrangera notre rencontre aujourd'hui.

Elle était encore dans ses pensées quand elle entendit quelqu'un réciter des prières et crier Chao hua — "Je demande l'aumône" — à la porte. Elle sortit voir :

— D'où viens-tu ?

— Je suis disciple du Maître Faming, l'abbé du Monastère de la Montagne Dorée.

— Un disciple du Maître Faming ? Entre, dit-elle.

Elle lui fit apporter des repas végétariens et l'observa attentivement. Il avait le port et les manières tout à fait semblables à ceux de son mari. Elle renvoya ses servantes et demanda :

— Petit moine, tu t'es fait tonsurer dans l'enfance ou à l'âge adulte ? Comment t'appelles-tu ? As-tu des parents ?

— Je ne me suis pas tonsurer dans l'enfance, je ne me suis pas non plus tonsurer à l'âge adulte. Si je vous le disais... mon injustice est aussi grande que le ciel, ma haine profonde comme la mer. Mon père a été assassiné, et ma mère a été prise de force par le meurtrier. Mon maître Faming m'a dit d'aller à l'yamen privé de Jiangzhou pour trouver ma mère.

— Quel est le nom de famille de ta mère ?

— Ma mère s'appelle Yin, son prénom Wenjiao. Mon père s'appelle Chen, son prénom Guangrui. Mon petit nom est Jiangliu, mon nom de religion Xuanzang.

— Wenjiao, c'est moi ! dit-elle. Mais quelle preuve as-tu ?

Xuanzang, entendant que c'était sa mère, tomba à genoux en pleurant :

— Mère, si tu ne me crois pas, voici ma lettre de sang et ma chemise.

La dame les prit et les examina — c'était bien vrai. Mère et fils s'étreignirent en sanglotant. Puis elle dit :

— Mon fils, pars au plus vite. Si le traître revient et te trouve, il te tuera sûrement. Je ferai semblant d'être malade. Demain, je prétendrai avoir fait le vœu de distribuer des chaussures de moine — je viendrai au monastère pour l'accomplir. Là, j'aurai quelque chose à te dire.

Xuanzang s'inclina et s'en alla.


La ruse des chaussures de moine

Dame Yin, après avoir revu son fils, portait en elle à la fois une joie et une tristesse. Un jour, elle prétendit être malade et refusa de manger. Liu Hong, rentré à l'yamen, demanda la raison. La dame dit :

— Quand j'étais petite, j'avais fait un vœu : distribuer cent paires de chaussures de moine. Cinq jours avant, j'ai rêvé qu'un moine, un couteau à la main, réclamait ses chaussures — et depuis lors je me sens mal.

— Une si petite chose — pourquoi ne pas en avoir parlé plus tôt ? dit Liu Hong.

Il convoqua ses adjoints et fit préparer des chaussures : chaque famille de la ville devrait en apporter une paire dans les cinq jours. Les habitants s'exécutèrent.

La dame demanda alors à Liu Hong en quel monastère elle pourrait aller accomplir son vœu. Il lui proposa le Monastère de la Montagne Dorée ou le Monastère de Jiaoshan. Elle dit :

— J'ai entendu dire que le Monastère de la Montagne Dorée est exceptionnel. J'irai là-bas.

Liu Hong fit aussitôt préparer une barque. La dame emmena ses servantes de confiance et prit le bateau jusqu'au Monastère de la Montagne Dorée.

Xuanzang, rentré au monastère, avait tout raconté à l'abbé Faming, qui en fut très heureux. Le lendemain, une servante arriva en éclaireur pour annoncer que la dame venait accomplir un vœu.

Tous les moines sortirent accueillir. La dame entra directement, salua les Bodhisattvas, fit de généreuses offrandes. Elle fit apporter sur un plateau les chaussures et les chaussettes de moine et vint à la salle du Dharma. Elle brûla encore de l'encens de son cœur, s'agenouilla, et demanda à l'abbé Faming de distribuer les chaussures à tous les moines.

Quand les moines se furent dispersés et que la salle fut vide, Xuanzang s'approcha et s'agenouilla. La dame lui demanda de quitter chaussures et chaussettes — et vit de ses propres yeux que la main gauche manquait bien d'un petit doigt. Les deux s'étreignirent à nouveau en pleurant. Ils remercièrent ensemble l'abbé pour ses années de soin.

L'abbé dit :

— Mère et fils viennent de se retrouver, mais il faut prendre garde que le traître ne l'apprenne. Partez vite — pour éviter le malheur.

La dame dit à son fils :

— Je te donne un anneau de jade parfumé. Va directement vers le nord-ouest de Hongzhou — à environ quinze cents li — au bourg aux Dix Mille Fleurs. Ta grand-mère paternelle Zhang y attend. Je vais aussi rédiger une lettre pour toi. Tu iras directement à Chang'an, dans la résidence du Premier Ministre Yin Kaishan — ton grand-père maternel. Tu lui remettras cette lettre et lui demanderas d'en référer à l'Empereur pour envoyer une armée, capturer ce traître, venger ton père. Ce sera seulement quand tout sera accompli que ton vieux mère pourra être sauvée. Je n'ose m'attarder davantage — je crains que le traître ne s'inquiète de mon retard.

Elle sortit du monastère, monta dans la barque et s'en alla.


La grand-mère aveugle, le grand-père du Premier Ministre

Xuanzang pleura en rentrant au monastère. Il fit ses adieux à son maître et se rendit directement à Hongzhou. Au bourg aux Dix Mille Fleurs, il demanda au tenancier Liu Xiao'er :

— Il y a des années, un Gouverneur Chen, passant par ici, a laissé sa mère dans votre auberge. Elle va bien ?

— Elle y était bien. Plus tard, elle perdit la vue — elle n'a pas payé le loyer depuis trois ou quatre ans. Maintenant elle vit dans une vieille ruine de tuiles délabrées à la porte sud, en mendiant dans les rues chaque jour. Depuis le départ de ce monsieur Chen, elle n'a jamais eu de nouvelles — qui sait ce qui lui est arrivé.

Xuanzang se rendit directement à la vieille ruine de la porte sud et trouva sa grand-mère.

La vieille femme dit :

— Votre voix ressemble à celle de mon fils Chen Guangrui.

— Je ne suis pas Chen Guangrui, dit Xuanzang. Je suis le fils de Chen Guangrui. Dame Wenjiao est ma mère.

— Pourquoi ton père et ta mère ne viennent-ils pas eux-mêmes ?

— Mon père a été assassiné par des bandits. Ma mère a été prise de force par les bandits. Je viens sur les instructions de ma mère pour chercher ma grand-mère. Ma mère a envoyé une lettre et un anneau parfumé.

La vieille femme prit la lettre et l'anneau, éclata en sanglots :

— Mon fils est parti pour une carrière officielle — je le croyais ingrat, oublieux — qui aurait pu penser qu'il avait été assassiné. Par chance, le ciel a eu pitié et n'a pas éteint sa descendance. Aujourd'hui, un petit-fils est venu me trouver. Mais tes yeux, grand-mère — ils se sont obscurcis de te fixer sur la route qui n'en finit pas d'être vide.

Xuanzang s'agenouilla et pria le ciel avec ferveur :

— Aujourd'hui Xuanzang a dix-huit ans, et il ne peut venger la mort de son père. Aujourd'hui, suivant l'ordre de sa mère, il est venu chercher sa grand-mère. Que le ciel, s'il entend la sincérité de ce disciple, rende la vue à sa grand-mère.

Sa prière achevée, il prit de sa propre langue et lécha doucement les yeux de sa grand-mère. En un instant, les deux yeux s'ouvrirent à nouveau — clairs comme avant. La vieille femme regarda le jeune moine :

— Tu es vraiment mon petit-fils — tu es le portrait exact de mon fils Guangrui.

À la fois joyeuse et attristée. Xuanzang emmena sa grand-mère hors de la ruine, retourna à l'auberge Liu Xiao'er, paya quelques jours de location pour lui donner une chambre, lui laissa des frais de subsistance et dit :

— Ceci ne me prendra qu'un mois environ — je reviendrai vite.

Il prit congé de sa grand-mère et se dirigea directement vers la capitale. Il trouva la résidence du Premier Ministre Yin, dans la rue est de la ville impériale, et dit au garde à la porte :

— Je suis un parent qui vient rendre visite au Premier Ministre.

Le garde annonça la chose. Le Premier Ministre dit :

— Je n'ai aucun parent parmi les moines.

Mais la dame dit :

— J'ai rêvé hier soir que notre fille Mantang Jiao rentrait à la maison — peut-être que notre gendre envoie des nouvelles.

Le Premier Ministre fit entrer le petit moine dans la salle. Le petit moine s'inclina devant le Premier Ministre et son épouse en pleurant, et sortit de son sein une lettre. Le Premier Ministre l'ouvrit et la lut de bout en bout — et se mit à sangloter.

La dame demanda :

— Qu'est-il arrivé ?

— Ce moine est notre petit-fils. Notre gendre Chen Guangrui a été assassiné par un traître, et notre fille Mantang Jiao a été prise de force par ce traître.

En entendant cela, la dame ne put retenir ses larmes.

Le Premier Ministre dit :

— Ne vous affligez pas, ma chère. Demain, j'en référerai à l'Empereur et j'irai moi-même à la tête d'une armée venger notre gendre.


La vengeance

Le lendemain, le Premier Ministre entra à la cour et informa l'Empereur Tang :

— Mon gendre Zhuangyuan Chen Guangrui a été assassiné par le passeur Liu Hong, qui s'est emparé de ma fille par la force. Il joue les fonctionnaires depuis plusieurs années. L'affaire est extraordinaire — je vous implore, Votre Majesté, d'envoyer des soldats pour châtier ce traître.

L'Empereur Taizong, furieux à ces nouvelles, envoya soixante mille soldats de la garde impériale sous le commandement du Premier Ministre Yin.

Le Premier Ministre reçut le décret, donna ses ordres au camp d'entraînement, et se dirigea vers Jiangzhou. Les troupes marchèrent jour et nuit. Quand ils arrivèrent en vue de Jiangzhou, l'armée s'installa au nord du fleuve. Dans la nuit, le Premier Ministre convoqua deux officiers locaux et leur expliqua la situation — ils se joignirent à lui avec leurs troupes.

À l'aube, avant même le lever du jour, ils encerclèrent l'yamen de Liu Hong. Liu Hong dormait encore quand un coup de canon retentit — les tambours de guerre et les soldats envahirent l'yamen privé. Liu Hong, pris de court, fut capturé sur-le-champ. Le Premier Ministre transmit l'ordre militaire de conduire Liu Hong et ses complices sur le lieu du supplice.

Le Premier Ministre entra directement dans l'yamen principal et s'assit dans la grande salle. Il fit appeler la demoiselle. La dame, voulant sortir mais ayant honte de se montrer devant son père, voulut se pendre. Xuanzang, l'apprenant, se précipita et la détacha, tombant à genoux :

— Fils et grand-père externe ont conduit l'armée jusqu'ici pour venger votre père. Maintenant que le traître est capturé — pourquoi, mère, vouloir mourir ?

Le Premier Ministre lui-même entra à l'intérieur de l'yamen pour la consoler. La dame dit :

— J'ai entendu dire : "La femme suit un seul mari jusqu'à la mort." Depuis que mon cher mari fut assassiné par le traître, j'ai bien dû souffrir et survivre — parce que j'étais enceinte, sans autre choix. Maintenant mon fils est grand, j'ai vu mon vieux père venir à la tête d'une armée venger notre injustice — quelle face puis-je montrer ? Seule la mort peut me permettre de rembourser mon mari.

— Ce n'est pas que ma fille ait changé selon les circonstances — c'est qu'elle était dans une situation où elle ne pouvait pas faire autrement. Comment s'en envergogner ?

Père et fille s'étreignirent en pleurant. Xuanzang pleurait aussi, inconsolable. Le Premier Ministre essuya ses larmes :

— Vous deux, cessez vos lamentations. J'ai capturé le traître — allons régler les affaires.

Il se leva et se rendit sur le lieu du supplice. À ce moment, les officiers locaux de Jiangzhou avaient aussi capturé l'autre bandit, Li Biao, et l'amenaient. Le Premier Ministre, ravi, fit frapper Liu Hong et Li Biao chacun de cent coups de bâton, les fit avouer le meurtre prémédité de Chen Guangrui, puis fit crucifier Li Biao sur un âne de bois et l'envoya au marché pour être lacéré d'un millier de coups, la tête exposée pour l'exemple. Liu Hong fut amené au gué du Grand Hong, à l'endroit même où il avait autrefois assassiné Guangrui.

Le Premier Ministre, la dame et Xuanzang se rendirent tous les trois au bord du fleuve. Ils firent des libations vers le ciel vide, arrachèrent de leurs propres mains le cœur et le foie de Liu Hong, les offrirent en sacrifice à Guangrui, brûlèrent un texte rituel en sa mémoire.

Les trois personnes pleurèrent sur le fleuve — et dans le Palais du Dragon, les clameurs furent entendues. La sentinelle de nuit apporta le texte rituel au Roi Dragon. Le Roi Dragon le lut, puis fit appeler le général Tortue pour chercher Guangrui et l'amener.

— Monsieur, dit le Roi Dragon, félicitations, félicitations. Votre dame, votre fils et votre beau-père sont tous sur le bord du fleuve et vous font des libations. Je vais à présent vous rendre votre âme. Et j'ai encore pour vous une Perle de Vœu, deux Perles Tournantes, dix pièces de soie précieuse, et une ceinture ornée de perles et de jade. Allez retrouver votre femme, votre fils — vous vous réunirez.

Guangrui s'inclina maintes fois. Le Roi Dragon ordonna à la sentinelle d'apporter le corps de Guangrui à la sortie du fleuve pour lui rendre son âme.


La résurrection

Dame Yin, ayant fait ses libations, voulut se jeter à l'eau à nouveau — Xuanzang se précipita pour la retenir. Au moment de la plus grande confusion, soudain un cadavre surgit de la surface du fleuve et dériva jusqu'à la rive. La dame, se précipitant, reconnut le corps de son mari et éclata en larmes encore plus fort.

Tout le monde regardait — quand le corps de Guangrui commença à étendre bras et jambes, à bouger lentement, puis à s'asseoir d'un bond.

Tout le monde fut stupéfait.

Ce qu'on croyait perdu remonte à la surface — Les morts reviennent quand une dette est remboursée. La grâce circule : libère, et un jour tu retrouves ta place, Le fleuve rend les âmes que la pitié a gardées.

Guangrui ouvrit les yeux. Il vit la dame, le beau-père et le petit moine — tous là à pleurer à côté de lui.

— Pourquoi êtes-vous ici ? dit-il.

La dame expliqua tout : comment, après sa mort, elle avait accouché, comment l'enfant avait été abandonné au fleuve, recueilli par l'abbé du monastère, comment il était venu la retrouver, comment son père avait été alerté, comment l'armée était venue châtier les traîtres, et comment ils venaient de faire les libations — et maintenant, pourquoi avait-il pu ressusciter ?

— Tout cela grâce à la carpe dorée que j'ai remise à l'eau ce jour-là — c'était le Roi Dragon. Quand le traître m'a jeté dans l'eau, c'est lui qui m'a sauvé. Maintenant, il m'a aussi redonné vie et offert des présents précieux — les voici sur moi. Et je n'aurais jamais imaginé que tu aurais donné naissance à ce fils, et que le beau-père aurait vengé mon injustice. Vraiment, après l'amertume vient la douceur — quelle immense joie.

Tous les officiers présents vinrent féliciter. Le Premier Ministre fit préparer un festin pour remercier les officiels locaux. L'armée reprit le chemin du retour.

À leur passage au bourg aux Dix Mille Fleurs, le Premier Ministre fit camper les troupes. Guangrui et Xuanzang allèrent à l'auberge de Liu chercher la grand-mère. Cette nuit-là, la grand-mère avait fait un rêve : du bois mort fleurissait, et derrière la maison une pie jacassait sans cesse. La grand-mère pensa : "Mon petit-fils serait-il déjà revenu ?" Et voilà que Guangrui et son fils arrivèrent ensemble à la porte.

Xuanzang dit :

— N'est-ce pas notre grand-mère ?

Guangrui, voyant sa vieille mère, s'agenouilla sur-le-champ. Mère et fils s'étreignirent et pleurèrent longuement, racontant tout ce qui s'était passé. Ils remboursèrent Liu Xiao'er et prirent la route de la capitale.

De retour à la résidence du Premier Ministre Yin, Guangrui et la dame vinrent tous deux présenter leurs hommages à la dame du Premier Ministre. La dame du Premier Ministre déborda de joie et fit préparer par ses serviteurs un grand festin de célébration. Le Premier Ministre dit :

— Ce festin se nomme la Réunion des Proches.

Vraiment, une famille tout entière dans la joie la plus profonde.

Le lendemain à l'aube, l'Empereur Taizong tint sa cour. Le Premier Ministre Yin rapporta toute l'affaire du début à la fin et recommanda que Guangrui était un talent de grande utilité. L'Empereur approuva et nomma Chen E au poste de Xueshi — académicien — pour servir à la cour.

Quant à Xuanzang, résolu à pratiquer la méditation, il fut envoyé au Monastère Hongfu pour y cultiver le Dharma. Dame Yin finit par mettre fin à ses jours de sa propre main, en toute sérénité. Xuanzang retourna au Monastère de la Montagne Dorée remercier l'abbé Faming de ses bienfaits.

Ce qui advint ensuite, le prochain chapitre le révèlera.